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Résumé de "Seuls ensemble" de Sherry Turkle : une psychologue reconnue se demande si nous vivons dans un monde avec "de plus en plus de technologies" et de "moins en moins de relations humaines" et elle en vient à la conclusion qu'il faudrait peut-être repenser notre façon d'être ensemble en société — un livre événement par l'une des spécialistes de sciences humaines les plus en vue du moment.

Sherry Turkle, 2015, 523 pages.

Titre original : Alone together (2011).

Chronique et résumé de "Seuls ensemble" de Sherry Turkle

Préface — Trois tournants

Sherry Turkle a une longue expérience en tant que psychologue et anthropologue. Étudiante à Paris, elle est ensuite partie faire carrière au célèbre Massachussetts Institute of Technology (MIT) pour y étudier "les cultures informatiques". Plus précisément, elle s'intéresse aux rapports intimes que nous entretenons avec le monde numérique.

Au cours des 40 dernières années, elle a écrit trois livres importants :

The Second Self (1984) ;

Life on the Screen (1995) ;

Alone together (2011) (traduit par Seuls ensemble) ;

Reclaiming Conversation (2015) (traduit par Les yeux dans les yeux).

Introduction — Seuls ensemble

« La technologie se présente comme l'architecte de nos intimités. » (Seuls ensemble, Introduction)

Toute la technologie dite "numérique" — depuis l'utopie virtuelle de Second Life aux hamsters de compagnie Zhu Zhu — nous est présentée comme une série d'améliorations artificielles de la réalité. Mais ces "améliorations" sont-elles réelles ? Et sont-elles sans risque ?

Pour l'auteure, il y a un inconvénient majeur à cette promesse de l'hyperconnexion numérique, à savoir la possibilité de la perte des relations humaines directes. Elle le montre bien en citant l'histoire d'une jeune fille qui envoie des textos à son amie alors qu'elles sont dans la même maison !

Sur la base de ce constat, Sherry Turkle propose de demander :

« comment en sommes-nous arrivés là — et sommes-nous contents d'y être ? » (Seuls ensemble, Introduction)

Sherry Turkle utilise plusieurs anecdotes et arguments pour présenter son propos.

Par exemple, alors qu'elle emmène sa fille au New York Museum of Natural History, celle-ci lui dit que le musée aurait dû utiliser des robots à la place des tortues Galápagos, au lieu d'emprisonner des créatures vivantes. Selon l'autrice, beaucoup d'autres enfants réagissent de la même façon, et cela l'inquiète.

Elle critique également le livre d'un expert en intelligence artificielle, David Levy, qui promeut les relations romantiques avec les robots. Elle craint qu'une interaction avec un objet inanimé "comme s'il" était vivant puisse, d'une manière ou d'une autre, nous faire "perdre" une dimension essentielle de notre humanité.

La technologie moderne promet de nous rapprocher. Ce qui est sûr, c'est qu'elle s'appuie sur nos "vulnérabilités humaines" — à savoir, en premier lieu, le besoin d'intimité avec autrui et de connexion sociale. Mais nous aide-t-elle vraiment à combler ce besoin, ou nous fait-elle courir de nouveaux risques ? Telle est toute la question de cet ouvrage.

Première partie — Le moment robotique : nouvelles solitudes, nouvelles intimités

Chapitre 1 — Nos plus proches voisins

Quelles sont nos relations aux robots domestiques qui peuplent déjà nos quotidiens ? L'auteure a mené de nombreuses études pour tenter de répondre à cette interrogation.

Tout d'abord, en tant qu'étudiante du MIT dans les années 1970, elle a fait l'expérience d'ELIZA, un programme informatique de base qui avait pour propriété essentielle de mimer un dialogue avec un psychothérapeute.

En réalité, ELIZA se contentait souvent de reformuler (éventuellement sous forme de questions) ou de paraphraser les propos de l'utilisateur. Mais la plupart des personnes l'ayant utilisé étaient prises au jeu et lui révélaient leurs secrets.

Pour Sherry Turkle, les participants ne pensent en rien qu'ils parlent à une véritable intelligence, mais ils "jouent le jeu", en quelque sorte. Autrement dit, ils sont complices du programme et utilisent les capacités du programme pour provoquer ce qu'ils attendent, à savoir des réponses réalistes d'ELIZA.

Il en va sensiblement de même pour les enfants avec les Furbies, ces peluches animées qui peuvent interagir avec leurs propriétaires. À travers les interviews qu'elle a menées durant de longues années, Sherry Turkle découvre que les petits considèrent les Furbies comme vivants, tout en sachant qu'ils ne sont pas "biologiquement vivants".

En fait, les enfants n'ont pas peur de brouiller les catégories : ils voient leur Furby à la fois comme une machine et comme un être vivant. Wilson, un petit garçon interrogé par l'auteure, affirme qu'il peut "toujours entendre la machine à l'intérieur".

D'un autre côté, dans ses études sur l'usage des Tamagotchis par les enfants, Sherry Turkle a remarqué que certains d'entre eux pleurent la mort de leurs petits animaux de compagnie électroniques. Elle donne ainsi l'exemple d'une petite fille qui refuse d'appuyer sur reset après la "mort" de son Tamagotchi.

Selon l'auteure, la pensée de ces enfants est directement liée à leurs interactions — c'est une pensée pragmatique, orientée vers l'action. Ils se prennent au jeu, comme si les Tamagotchis étaient en vie, et se demandent : que veut-il ? Quelles sont les expériences significatives que j'ai eues avec lui ?

Chapitre 2 — Assez vivants

Sherry Turkle amène avec elle huit Furbies dans une école primaire au printemps 1999. Directement, les enfants essaient de se connecter avec les jouets en leur parlant. Ils remarquent que les Furbies ont beaucoup en commun avec eux :

Ils ont des besoins ;

Ils sont distincts les uns des autres ;

Enfin, ils ont besoin d'être nourris.

Étrangement, certains enfants utilisent le vocabulaire des êtres vivants pour parler des machines, et parfois s'appliquent à eux-mêmes le vocabulaire des machines pour parler d'eux-mêmes. Un flou se crée. Pour l'auteure :

« [Les Furbies] promettent la réciprocité parce que, contrairement aux poupées traditionnelles, elles ne sont pas passives. Ils font des exigences. Ils se présentent comme ayant leurs propres besoins et leur vie intérieure. » (Seuls ensemble, Chapitre 2)

Autre expérience : le « test à l'envers ». Ici, des adultes tiennent trois "choses" à l'envers :

Une Barbie ;

Une gerbille (sorte de hamster) ;

Et enfin un Furby.

Apparemment, les gens sont plus réticents à laisser le Furby à l'envers trop longtemps. Pourquoi ? Car celui-ci, contrairement aux deux autres, est capable de dire "J'ai peur" (langage programmé dans la machine). Ils savent que c'est un robot, et pourtant c'est plus fort qu'eux, ces paroles les touchent.

Sherry Turkle raconte encore les opinions de deux garçons sur les robots, à vingt-cinq ans d'intervalle.

En 1983, l'auteure parle à Bruce, un garçon qui pense que, bien qu'un robot puisse faire moins d'erreurs, les défauts des humains sont ce qui les rend spéciaux.

En 2008, elle s'entretient avec Howard, qui voit quant à lui l'infaillibilité d'un robot comme un avantage. Il pense qu'un robot est susceptible de donner de meilleurs conseils qu'un humain, car il a accumulé davantage de connaissances.

Dans le cas de Bruce, c'est l'humanité et sa singularité qui sont mises en avant. La réponse de Howard, quant à elle, est typique de l'optimisme qui caractérise les constructeurs de technologies numériques et de robots. Mais celle-ci, pour Sherry Turkle, comporte le risque de se satisfaire des relations robotiques.

En d'autres termes, l'auteure craint que nos interactions répétées avec des robots sociables ne mènent à une réduction de ce que nous considérons comme "la vie", et tout particulièrement la vie humaine, avec les liens sociaux complexes qui la caractérisent.

Chapitre 3 — De vrais compagnons

C'est ce qu'elle cherche à exemplifier à partir d'un autre cas : la relation entre les robots AIBO — les chiens robots — et leurs propriétaires. Est-ce un véritable animal de compagnie ? Et plus important : est-ce que le fait de faire "comme si" il s'agissait d'un vrai chien peut amener ces personnes à se suffire de ce type de relation, somme toute limitée ?

Que leur manquent-ils ? Pour Sherry Turkle, la réponse est claire : l'altérité, à savoir la capacité de voir le monde à travers les yeux d'un autre.

Pour l'auteure, comme le robot n'est pas vivant, il devient simplement une prothèse ou une extension de la personne qui le possède. Lorsque nous interagissons avec des êtres humains, nous avons l'habitude de considérer l'altérité. Ne pas le faire est même le signe certain d'un problème psychologique (personnalité narcissique, manipulatrice, etc.).

Dans leurs relations avec AIBO, les enfants sont à nouveau pragmatiques. Ils le considèrent "comme si" il était un animal de compagnie normal et agissent en fonction. Toutefois, une jeune fille interviewée par l'auteure dit que l'AIBO est plus facile que les animaux de compagnie à certains égards parce qu'elle peut l'éteindre, à la différence d'un "vrai" animal vivant.

Sherry Turkle appelle cela un « attachement sans responsabilité ». Selon elle, s'habituer à ce type d'interaction peut être risqué dès lors qu'il influence nos rapports avec les autres personnes.

Bien sûr, il y a des nuances à faire. Les personnes n'interagissent pas de la même manière avec ces robots et ces interactions ne disent pas la même chose de notre façon d'agir avec les autres. À la fin du chapitre, l'auteure présente plusieurs exemples qui permettent de nuancer le propos.

Chapitre 4 — Enchantement

My Real Baby est une poupée robotique sortie en 2000. C'est un robot sociable légèrement plus avancé que le Furby. Il mûrit et devient plus indépendant. Sa "personnalité" est peu à peu façonnée par la façon dont il est traité par son propriétaire.

Sherry Turkle étudie les interactions entre My Real Baby et les enfants âgés de 5 à 14 ans. Elle remarque tout d'abord qu'ils voient les robots sous un jour positif, à la manière dont ils sont présentés dans les blockbusters hollywoodiens (R2D2 dans Star Wars ou Wall-e, par exemple).

L'auteure s'intéresse à la question de savoir si les enfants pensent que les robots pourraient, à l'avenir, prendre soin d'eux ou de leurs proches (enfants ou personnes âgées). Elle récolte des réponses — et des questions — intéressantes.

Certains se demandent concrètement si les robots ont de l'empathie pour eux. Selon Sherry Turkle, c'est une idée particulièrement courante chez ceux qui ont des parents absents. Un enfant nommé Kevin, âgé de 12 ans et particulièrement précoce, demande à l'auteure :

« Si les robots ne ressentent pas de douleur, comment pourraient-ils vous réconforter ? »

Mais d'autre part, Sherry Turkle remarque aussi que le comportement pragmatiste de bon nombre d'entre eux ne change pas : ils se satisfont de l'action simulée du robot et s'inquiètent seulement du fait qu'il pourrait tomber en panne.

Lorsqu'elle les interroge sur l'utilisation des robots pour aider leurs grands-parents, certains enfants affirment qu'ils pourraient être utilisés pour intervenir en cas de problème (chute, mort, etc.) ou de les aider à se sentir moins seuls. Mais certains enfants craignent aussi que leurs grands-parents en viennent à aimer le robot plus qu'eux !

Sherry Turkle termine ce chapitre par deux autres illustrations intéressantes.

Elle donne d'abord l'exemple de Callie, une jeune fille de 10 ans qui a une relation forte avec son jouet My Real Baby. Comme son père est souvent absent, la présence du robot la réconforte et lui fait "se sentir plus aimée". Investie d'un sentiment de responsabilité, elle se considère même comme la mère du bébé.

Tucker, un enfant de sept ans, est atteint d'une maladie grave. Il utilise AIBO pour exprimer ses sentiments sur la mort, sur son corps et sa propre peur de mourir. Il compare AIBO à son chien, mais considère que l'AIBO "fait mieux". Selon Sherry Turkle, il identifie le robot à « un être qui peut résister à la mort par la technologie ».

Chapitre 5 — Complicités

Sherry Turkle fait la découverte du robot Cog pour la première fois en 1994, au MIT. Cog est un robot assez évolué qui apprend de son environnement et cherche à créer du lien social.

Lors de nouvelles expériences avec des enfants, Sherry Turkle présente deux robots — Cog et Kismet (un autre robot "sociable") — à un groupe d'enfants. Ceux-ci, naturellement curieux, interagissent avec les robots et cherchent à faire connaissance.

Ils essaient de plaire aux robots et se font les complices de l'effort des concepteurs pour rendre les robots plus humains qu'ils ne le sont vraiment. Ils parlent et ils dansent avec eux ; bref, ils cherchent à attirer leur attention et à créer du lien social.

Même lorsque les concepteurs expliquent à certains enfants le mécanisme qui se cache derrière ces robots, ou bien lorsque ceux-ci tombent en panne, les élèves interrogés continuent de trouver des justifications et des explications pour conserver cet aspect "vivant".

Pour aller plus loin, Sherry Turkle raconte notamment l'histoire d'une petite fille de 11 ans qui, en raison de ses origines indiennes, a quelques difficultés à s'intégrer dans le groupe.

Elle n'aime pas la façon dont les filles qu'elle fréquente font semblant d'être ses amies, puis se moquent de son accent. Par contraste, elle aime la "fiabilité" de Cog. Selon Sherry Turkle, la petite fille s'assure ainsi d'être aimée, sans risquer le rejet d'autrui.

Une autre petite fille, à l'inverse, considère que c'est de sa faute si le robot ne parle pas suffisamment. Elle se demande pourquoi il n'est pas très bavard et s'en impute la responsabilité. Ici, c'est un sentiment d'échec qui est fabriqué par la relation avec la machine.

L'auteure donne de nombreux autres exemples très parlants. À chaque fois, elle pose la question du sens de créer des robots sociables. Quelles sont les implications éthiques de ce type de technologie et sommes-nous capables de les assumer ?

"Voulons-nous vraiment être dans le business de la fabrication d'amis qui ne pourront jamais être des amis ?" (Seuls ensemble, Chapitre 5)

L'amitié avec les robots ne pourra jamais être réciproque. Ce sera toujours une projection de nos propres sentiments sur un être finalement indifférent. Autrement dit, l'amitié véritable nécessite l'altérité.

Chapitre 6 — L'amour au chômage

Connaissez-vous Paro ? C'est un robot thérapeutique introduit dans certaines cliniques à partir du printemps 2009. Sa cible : les personnes âgées et, avant tout, les résidents des maisons de retraite. C'est l'occasion, pour Sherry Turkle, de revenir sur ses réflexions et ses observations auprès de ce groupe d'individus.

Sherry Turkle raconte d'abord les expériences qu'elle a menées avec My Real Baby. Elle explique que le robot est bien accepté, même si, de façon générale, elle remarque que les personnes âgées cherchent surtout à interagir avec les personnes humaines réelles qui organisent l'étude ou prodiguent les soins.

L'auteure raconte ensuite son incursion auprès des chercheurs en robotique. En 2005, elle assiste à un symposium intitulé « Caring Machines [machines de soin] : l'intelligence artificielle dans les soins aux personnes âgées ». Elle questionne notamment les participants au sujet du titre du symposium lui-même : veut-on vraiment que les machines prennent soin de nos ainés ?

Selon elle, prendre soin est ce qu'elle nomme "le travail de l'amour". Il s'agit avant tout d'une activité fondamentalement humaine.

Plus tard, toutefois, elle parle avec Tim, un homme d'âge moyen qui affirme que le robot Paro améliore la vie de sa mère. Celle-ci, selon lui, semble plus vivante grâce à la compagnie du robot. Mais est-elle pour autant moins seule qu'auparavant ? Telle est l'inquiétude de l'auteure.

Voici quelques autres exemples donnés par Sherry Turkle :

Une personne âgée nommée Andy devient très attachée à un My Real Baby et en vient à lui parler comme à son ex-femme.

Johnathan, un autre résident, ancien ingénieur, est plus terre-à-terre. Il démonte My Real Baby et trouve une puce informatique dont il ignore la composition.

Une femme âgée nommée Edna préfère le jouet à sa véritable arrière-petite-fille de 2 ans parce qu'elle peut jouer avec elle sans aucun risque. Le robot la détend.

Les robots comme Paro ou encore Nursebot (un autre robot de ce genre) commencent à intégrer les maisons de repos. Ils peuvent aider dans certaines tâches, comme la prise de médicaments. Mais nous devons faire attention aux conséquences inattendues de ces technologies sur les liens sociaux et, en particulier, sur la façon dont nous prodiguons l'amour et les soins.

Chapitre 7 — Communion

Sherry Turkle relate une série d''études visant à tester les compétences du robot Kismet dans la conversation entre adultes. Rich, jeune homme de vingt-six ans, participe à cette expérience.

Il commence par activer ce que l'auteure a appelé dès le premier chapitre "l'effet ELIZA". C'est-à-dire qu'il cherche activement à faciliter la relation avec le robot afin de créer l'illusion de son caractère "vivant". Peu à peu, un rapport se crée et Rich se prend au jeu — au point d'oublier que le lien est factice !

Avec Domo, une version améliorée de Kismet pensée pour l'aide ménagère, les effets sont semblables. Selon son concepteur, peu importe de savoir que le robot n'as pas de sentiments ; ce qui compte, c'est ce que nous ressentons lorsqu'un robot, par exemple, nous tient la main.

Mais Sherry Turkle n'est pas d'accord avec ce point de vue. Elle considère que, derrière ce "fantasme de communion", se cache en réalité "l'indifférence ultime" du robot. Et que cette indifférence n'est pas sans conséquences.

Selon le psychologue Clifford Nass, les personnes tendent à éviter les conflits ou à blesser les "sentiments" de l'ordinateur, même s'ils savent, au fond d'eux, que l'ordinateur n'en a pas. C'est toute la thématique de l'"informatique affective", une discipline inventée par Rosalind Picart dont parle l'auteure à la fin de ce chapitre.

Deuxième partie — En réseau : dans l'intimité, de nouvelles solitudes

Chapitre 8 — Toujours connectés

Sherry Turkle se souvient d'un groupe de personnes surnommées « les cyborgs » au MIT, dans les années 90. "Errant dans et hors du réel physique", ils étaient les premiers passionnés des jeux en ligne.

Leur attachement à l'espace virtuel semblait bizarre et marginal dans ces années-là. Mais qu'en est-il aujourd'hui ? L'auteure souligne que beaucoup d'entre nous vivent comme cela désormais, que ce soit par le biais des réseaux sociaux ou des jeux en ligne comme Second Life.

Pour Sherry Turkle, notre vrai moi, notre moi physique, se confond peu à peu avec notre moi virtuel. Ou, à tout le moins, l'un et l'autre se transforment mutuellement. La psychologue-anthropologue prend plusieurs exemples tirés de ses recherches plus récentes.

En voici un. Pete est un homme d'âge moyen qui vit un mariage malheureux. Mais il a une femme virtuelle dans Second Life. Selon lui, cette relation en ligne aide effectivement son mariage dans la vie réelle à perdurer.

Pourquoi ? Car elle lui donne un exutoire. Dans le jeu, il peut aborder des sujets que sa femme refuse d'entendre. Les moments où il se sent le plus "lui-même", c'est dans le jeu, dit-il encore.

Sherry Turkle s'intéresse aussi au multitâche et à ses implications. Elle rappelle des études ayant montré les effets plutôt négatifs, en terme d'efficacité d'apprentissage, notamment, de ce mode de travail.

Par ailleurs, l'auteure remarque que la patience des gens diminue à mesure que les technologies de communication nous offrent des services toujours plus rapides. Les nuances se perdent aussi. Dans un monde où les réponses instantanées deviennent la norme, il faut faire court et direct.

Sherry Turkle voit ainsi une « symétrie effrayante » émerger : à mesure que les robots sont promus au rang d'être (quasi-) vivants, les personnes qui communiquent en ligne sont rétrogradées au stade de « machines maximisantes », sommées d'être toujours plus efficaces.

Finalement, Sherry Turkle observe un lien fort entre la robotique et les réseaux sociaux. Nous sommes profondément séduits par les deux technologies.

Les robots sociaux attirent les utilisateurs avec leurs besoins artificiels et créent une réponse positive chez les utilisateurs, qui se mettent à "jouer le jeu".

Les réseaux sociaux exigent de nous un engagement de plus en plus intense. Nous nous sentons obligés, ici aussi, d'entrer dans le jeu et de répondre le plus rapidement possible aux notifications et aux messages qui nous sont envoyés.

Chapitre 9 — Grandir constamment reliés

Depuis l'apparition des smartphones, de nombreux adolescents (et adultes) sont "scotchés" à leurs écrans. Quitte, parfois, à les utiliser lorsqu'ils conduisent ou quand ils savent que cela est dangereux.

La génération native d'Internet pense que la connexion via les réseaux sociaux est quelque chose d'acquis, de déjà-là et de premier. Mais, selon l'auteure, cette attitude peut nuire à l'auto-réflexion, qui passe par l'intimité et la solitude.

Par ailleurs, le médium lui-même, à savoir la forme des messages que nous envoyons, encadre la façon dont nous pensons et réagissons. L'auteure craint que le caractère rapide, court et direct des messages déposés sur les réseaux sociaux empêche les adolescents d'exprimer et de ressentir complètement leurs sentiments.

Aujourd'hui, une étudiante qui envoie des messages 15 fois par jour n'est pas considérée comme "anormale". Mais pensez-y. Était-ce ainsi il y a dix ans ? Pas du tout. À cette époque, vous auriez sans doute trouvé cela "bizarre". Les codes sociaux et culturels changent.

Sherry Turkle utilise de nombreux entretiens qu'elle a elle-même réalisés afin de montrer comment les jeunes se "créent des identités" en ligne et comment celles-ci peuvent causer des troubles intérieurs ou participer à réparer (partiellement ou artificiellement) des blessures dans la vie réelle.

Trish, par exemple, est une jeune fille de 13 ans qui est maltraitée physiquement. Dans les Sims Online, elle se crée une famille respectueuse et aimante.

Katherine, 16 ans, expérimente diverses personnalités dans ce même jeu.

Mona et un autre lycéen s'inquiètent de la relation de conséquence entre la création de leur profil sur Facebook et les opportunités qu'ils peuvent avoir dans la vie réelle. Leur profil virtuel peut avoir des conséquences importantes sur leur bien-être et leur avenir.

Sherry Turkle montre qu'un certain nombre d'étudiants sont fatigués de cet "audit" constant et de cette simplification de soi-même qu'implique l'univers des réseaux sociaux.

En résumé :

« Les réseaux sociaux nous demandent de nous représenter sur un mode très simplifié. Et devant notre public, nous nous sentons ensuite tenus de nous conformer à ces représentations simplificatrices. » (Seuls ensemble, Chapitre 9)

Chapitre 10 — Plus la peine de passer un coup de fil

Dans ce chapitre, Sherry Turkle continue son investigation sur les réseaux sociaux et la communication en ligne de façon plus générale.

Elle donne l'exemple d'Elaine, 17 ans, qui préfère envoyer des textos plutôt qu'appeler. Pourquoi ? Car cela lui donne le temps de construire ses pensées sans pression et souvent pendant qu'elle est seule. Ici, le message écrit peut aider la réflexion.

Audrey, 16 ans, est quant à elle timide. Elle préfère envoyer des textos, plutôt que de parler. Mais c'est surtout parce qu'elle n'aime pas mettre fin aux appels. Ses parents sont divorcés et ses frères sont souvent occupés ; dès lors, elle ressent chaque fin d'appel comme un rejet. Avec les textos, c'est plus simple, dit-elle.

Cela dit, elle avoue que, lorsqu'elle a déménagé, elle aurait aimé dire au revoir à l'un de ses amis par téléphone ou en personne, plutôt que par message écrit.

D'ailleurs, les adolescents ne sont pas les seuls à préférer les textos. L'auteure cite une femme adulte qui cherche à convertir son mari à ce mode de communication. Lui qui préfère téléphoner se voit contraint d'écrire afin d'être "plus efficace".

Sherry Turkle utilise de nombreux autres exemples en relation aux textos. À chaque fois, elle montre bien l'ambiguïté de ce médium. En effet, celui-ci peut aider à l'expression. Mais il contraint également énormément les échanges.

Et — comme nous avons toujours le mobile à côté de nous — il ne permet plus que rarement les moments de solitude et de remise en question.

Chapitre 11 — Réduction et trahison

Sherry Turkle se prête ici au jeu et crée un personnage de Second Life nommé Rachel. Elle affirme que "quand nous jouons à recréer notre vie via un avatar, nous exprimons nos espoirs, nos forces et nos fragilités".

À nouveau, l'auteure n'est pas contre la technologie. Elle reconnaît même qu'un tel « jeu » peut avoir des effets thérapeutiques ou éducatifs sur la vie réelle d'une personne.

Les psychologues distinguent deux processus mentaux que Sherry Turkle propose d'utiliser pour penser les formes de vie en ligne :

Le « retour du refoulé » ;

Le « travail sur les problèmes ».

Le « retour du refoulé » désigne ici le fait de rester bloqué au sein des mêmes conflits intérieurs, sans pouvoir avancer et trouver une solution. Votre présence en ligne ne vous aide pas à grandir, mais plutôt à vous cacher.

Par contraste, en « travaillant sur les problèmes », vous utilisez l'univers virtuel pour explorer de nouveaux comportement et mettre un terme à vos soucis.

Par exemple, Joel, un programmeur informatique à succès, utilise Second Life pour « explorer son potentiel d'artiste et de leader ». Son avatar est un éléphant miniature nommé Rashi qui organise et construit de grands projets artistiques et bâtiments dans le jeu et qui est respecté pour cela.

La vie en ligne de Joel "rejaillit" de façon positive sur sa vie hors ligne.

En revanche, Adam a plutôt tendance à s'enfermer dans le virtuel et à "laisser tomber" sa vie réelle. Il est insatisfait de sa vie hors ligne et en particulier de son travail. Mais il aime sa vie virtuelle dans Quake, un jeu de tir à la première personne auquel il joue seul ou avec des amis. Il aime aussi Civilization, un jeu dans lequel il peut construire des univers entiers.

« Tel est le secret de la simulation : elle offre l'exaltation de la créativité sans la pression, l'excitation de l'exploration sans le risque. » (Seuls ensemble, Chapitre 11)

Cette caractéristique peut être mise à profit pour évoluer dans la vie, ou simplement nous divertir. Mais elle peut aussi susciter des phénomènes d'addiction et la perte des repères avec le monde réel.

Chapitre 12 — De vraies confessions

Sur un site appelé PostSecret, les gens envoient des cartes postales manuscrites confessant quelque chose, et ces confessions de cartes postales sont ensuite mises en ligne. Il existe plusieurs sites de ce genre où l'idée est, à chaque fois, de faire part aux autres internautes de ses questionnements les plus intimes.

Sherry Turkle remarque qu'il est plus facile de se confesser de cette façon. En effet, nous pouvons rester plus évasifs et nous nous dévoilons sous couvert d'anonymat. Mais c'est aussi moins efficace, car nous ne confrontons pas à une relation directe (avec un ami ou un membre de la famille, par exemple).

En fait, ces confessions en ligne sont, dans un sens, semblables à ces compagnons robots analysés dans la première partie. Comme avec eux, nous n'avons plus à traiter avec de vraies personnes ; nous pouvons juste nous satisfaire de faire "comme si" nous nous excusions vraiment, ou comme si nous réparions vraiment nos erreurs.

Par ailleurs, confesser ses problèmes en ligne augmente le nombre de réponses auxquelles nous pouvons nous attendre. Or, ce ne sont pas toujours des réponses bienveillantes ou justifiées, loin de là. La "cruauté" des internautes peut rendre l'expérience vraiment pénible.

Enfin, ces messages peuvent avoir pour effet de limiter l'empathie de ceux qui les lisent. Nous doutons de l'aspect "réel" et sincère de la confession. Et comme nous estimons qu'il pourrait s'agir d'une "performance", nous nous lassons des messages.

Chapitre 13 — Angoisses

Autre phénomène analysé par Sherry Turkle : le stress et l'anxiété. L'anxiété est monnaie courante à l'ère du numérique. Nous avons peur de manquer une information ou un bon plan (le fameux FOMO pour fear of missing out) et nous avons le sentiment simultané que tout est disponible et de devoir toujours être accessible.

Pour l'auteure, c'est d'ailleurs à partir des attentats du 11 septembre que les mobiles sont devenus "des symboles de sécurité physique et émotionnelle". En l'ayant toujours avec nous, nous nous sentons davantage protégés. Même si ceux-ci nous stressent aussi d'un autre côté.

À la fin du chapitre, Sherry Turkle aborde la question délicate du harcèlement sur Facebook et celle de la surveillance généralisée qu'impliquent les réseaux sociaux. Elle rappelle l'importance cruciale de la vie privée pour la démocratie.

Chapitre 14 — La nostalgie des jeunes

Finalement, Sherry Turkle note que de nombreux jeunes aspirent à une connexion plus profonde et en face à face. Ils se sentent enfermés dans le cercle vicieux créé par la technologie numérique. Envoyer des textos, par exemple, crée « une promesse qui génère sa propre demande ».

La promesse est que vous pouvez envoyer un SMS et demander à un ami de le recevoir en quelques secondes, ;

La demande est que l'ami soit obligé de répondre.

Robin, une jeune journaliste ambitieuse de 26 ans, se sent par exemple obligée de garder son BlackBerry avec elle à tout moment. Elle se sent même anxieuse et presque malade lorsqu'il n'est pas à bout de bras.

Pourquoi cet attachement si fort aux mobiles ? Parmi ses arguments, Sherry Turkle fait valoir que l'une des raisons pour lesquelles les enfants d'aujourd'hui souhaitent être connectés est qu'ils ont grandi en concurrence avec les téléphones pour attirer l'attention de leurs parents.

Conclusion — Des débats nécessaires

La psychologue et anthropologue démontre que les ordinateurs nous "utilisent" — et nous façonnent — autant que nous les façonnons. Nous inventons de nouvelles technologies pour nous aider à vivre et à travailler au quotidien, mais celles-ci nous transforment profondément !

L'un de ses amis et collègues handicapés, Richard, lui raconte comment il valorise l'aide que lui apportent les personnes humaines. Selon lui, un robot ne pourrait pas agir vis-à-vis de lui de cette façon. L'être humain, dit-il, surtout quand il est fragile, a besoin d'être raccroché à son histoire et à des liens concrets de fraternité. C'est ce qui lui donne sa dignité.

Non, la seule "performance du sentiment" ne suffit pas. Bien sûr, nous pouvons être tentés par cette solution, car nous contrôlons (ou pensons mieux contrôler) les rapports que nous entretenons avec les robots. Mais nous nous exposons moins à l'altérité.

Par ailleurs, nous risquons de ne plus supporter la solitude, pourtant essentielle à la création de nouvelles idées. Constamment aux prises avec cette performance du sentiment (aussi bien avec les robots qu'avec les autres virtuels), nous en oublions de nous retrouver avec nous-même pour nous poser ou réfléchir.

Au final, Sherry Turkle voit bien que certaines générations ressentent davantage le besoin de se mettre au vert et de concevoir d'autres formes de connectivité — c'est d'ailleurs tout l'objet du cyberminimalisme.

Que ce soit avec les robots ou les réseaux sociaux, nous pouvons créer des limites. Les robots, par exemple, peuvent très bien nous aider dans certaines tâches, mais nous ne devrions pas nous laisser avoir par l'illusion de l'amour robotique — dans le domaine des soins, surtout.

En somme, c'est à nous de reprendre le contrôle des usages acceptables et indésirables !

Épilogue — La lettre

Sherry Turkle raconte ici une anecdote personnelle. Elle envoie un texto à sa fille, qui prend une année sabbatique à Dublin avant l'université. Mais elle est insatisfaite : elle se souvient avec nostalgie des lettres qu'elle envoyait et recevait de sa propre mère alors qu'elle était à l'université.

Elle se rappelle que ces lettres étaient longues, sincères et pleines d'émotions. Bien qu'elle apprécie les échanges écrits et les visioconférences par Skype avec sa fille, quelque chose lui manque. Et elle remarque aussi que d'autres mères sont dans la même situation.

Alors, que faire ? Sherry Turkle évoque différentes méthodes pour « capturer la vie ». Il y a l'art et la science, bien sûr. Mais aussi la volonté, pour certaines personnes, d'archiver leur vie complète en écrivant des mémoires — ou en consignant chaque petit moment sur Instagram ou sur Facebook !

Pourtant, au quotidien, comment échanger de façon à la fois simple et plus profonde ? Sherry Turkle propose à sa fille de s'écrire des lettres, comme elle le faisait quand elle était elle-même plus jeune. Une correspondance à l'ancienne, pourquoi pas !

Conclusion sur "Seuls ensemble" de Sherry Turkle :

Ce qu'il faut retenir de "Seuls ensemble" de Sherry Turkle :

Ce livre se lit presque comme un roman. Pourtant, il repose sur un nombre impressionnants d'études et d'expériences réalisées par l'auteure et ses collègues pendant plus de quatre décennies. Grâce à sa force narrative et sa rigueur scientifique, l'ouvrage est devenu un classique à la fois dans les universités et en dehors.

Ses deux champs d'expérimentation sont :

La conception et la commercialisation de robots domestiques et en particulier de robots sociaux (jouets, robots domestiques, de compagnie, de soin, etc.) ;

L'apparition, grâce à Internet, de mondes en ligne divers (jeux, réseaux sociaux, etc.) et d'une connexion accrue (via les messageries, les textos, etc.).

Elle remarque une similitude entre ces deux domaines. En effet, à chaque fois, les êtres humains, jeunes ou vieux, se prêtent au jeu de la simulation et en oublient qu'ils deviennent, à leur tour, les jouets de réactions préprogrammées.

Or, ce qui l'intéresse plus que tout, c'est de voir comment ces relations à sens unique affectent notre sens de l'intimité, de la solitude et des relations humaines.

Et sa contribution principale consiste à documenter avec précision les difficultés auxquelles nous sommes confrontés avec les technologies actuelles issues de la robotique et d'Internet. À savoir :

Le risque de se couper de l'altérité et de l'imprévisibilité ;

La tentation de préférer des émotions artificielles aux joies et aux peines concrètes ;

Le manque de solitude nécessaire à la constitution du soi et des relations humaines.

Pour autant, Sherry Turkle, qui est une fine psychologue et anthropologue, ne considère pas qu'il faille — comme on dit — jeter le bébé avec l'eau du bain. Selon elle, il existe des usages positifs de la robotique ainsi que des réseaux sociaux et des jeux en ligne. Mais ce n'est qu'en les pratiquant avec conscience et réflexion que nous pouvons en tirer le meilleur.

Points forts :

Un style personnel qui permet d'entrer dans l'étude comme s'il s'agissait d'un roman ;

De très, très, très nombreux exemples issus de toutes ses études de terrain et entretiens ;

Un effort théorique solide ;

Une bibliographie et des annexes intéressantes.

Point faible :

C'est un livre peu ardu, mais qui en vaut la peine.

Ma note :

★★★★★

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Thu, 21 Nov 2024 17:00:00 +0100 http://www.olivier-roland.fr/items/view/12977/Seuls-ensemble
Comment réussir une négociation http://www.olivier-roland.fr/items/view/12976/Comment-russir-une-ngociation

Résumé de "Comment réussir une négociation" de Roger Fisher, William Ury et Bruce Patton : un classique absolu de la littérature sur la négociation (politique, business, famille) vendu à plus de 15 millions d'exemplaires dans le monde — une approche simple et pragmatique qui fait l'unanimité (ou presque) depuis 1981 !

Roger Fisher, William Ury et Bruce Patton (pour les nouvelles éditions), 267 pages, 2002.

Titre original : Getting to Yes (1981).

Chronique et résumé de « Comment réussir une négociation » de Roger Fisher, William Ury et Bruce Patton :

Partie I. Le différend

1 — Pas de négociations sur des positions

Pour les auteurs, une négociation réussie est une négociation qui aboutit à un accord :

Judicieux ;

Efficace ;

Qui ne compromet pas les relations existantes.

Or, la façon dont nous négocions habituellement répond rarement à ces trois exigences. Souvent, en effet, nous négocions « à la dure » en partant de positions déterminées, puis en allant vers le compromis.

C’est comme cela, par exemple, que nous marchandons dans une brocante (un exemple pris par les auteurs, p. 31-32). Parfois, cela fonctionne. Mais pas toujours. Et pas souvent de la meilleure manière possible.

Étudions les failles de cette « négociation sur des positions » un peu plus en détail.

La discussion sur des positions ne permet pas d’aboutir à un accord judicieux

Premier point : l’accord judicieux est difficile à atteindre car l’amour-propre entre souvent en jeu. Comme nous avons pris une position de départ, nous ne voulons pas en sortir, car ce serait risquer de « perdre la face ».

Au final, quand l’accord est trouvé, c’est souvent de guerre lasse. Nous coupons la poire en deux « pour arrêter les frais ». Mais en réalité, nous restons souvent sur notre faim et l’accord n’est pas aussi avantageux qu’il aurait pu l’être.

La discussion sur des positions est dépourvue d’efficacité

Logiquement, ce type de négociation qui n’en finit pas n’est pas très efficace. Les négociations sur les positions traînent en longueur et s’enlisent. Pourquoi ? Car, pour être sûrs de parvenir à nos fins, nous partons de positions extrêmes, afin de nous donner une marge d’évolution.

À chaque instant, nous devons décider que faire. L’autre partie est dans la même situation. Il y a trop de décisions à prendre. Les concessions sont lentes à se former et chacun cherche à gagner le plus de temps. Bref, ce n’est pas très efficace !

La discussion sur des positions compromet les relations existantes

En affrontant ainsi leurs volontés, les négociateurs en finissent par abîmer leurs relations. Nous nous fâchons, nous nous frustrons. Nous avons le sentiment de n’avoir pas été profondément entendus.

« La colère et la rancœur suscitées par une aventure de ce genre durent parfois toute une vie. » (Comment réussir une négociation, Chapitre 1)

Quand les parties en présence sont nombreuses, la négociation sur des positions est pire encore

C’est déjà compliqué à deux, mais lorsqu’il y a encore plus de parties en présence, ce type de négociation aboutit encore plus souvent à des blocages et à des tensions extrêmes.

La gentillesse ne constitue pas une réponse

« Face à ce mode de négociation « dure », il existe un mode de négociation « doux » qualifié par le terme de « gentillesse ». Dans ce cas, nous cherchons à satisfaire nos amis en évitant le conflit. Dès lors, nous changeons facilement d’avis et nous faisons des offres en vue d’arriver à un accord le plus rapidement possible.

Le problème avec cette manière de faire, c’est que nous pouvons facilement nous faire abuser. Tout d’abord, l’accord risque de ne pas être à notre avantage. Mais surtout, nous nous mettons « à la merci » du négociateur « dur ».

La solution de rechange

Toutes les négociations comportent deux niveaux :

Le fond, ce qui doit être décidé ;

La forme, c’est-à-dire la partie procédurale, la façon dont la négociation sera menée.

Sans toujours nous en rendre compte, nous négocions sur la forme aussi bien que sur le fond. En fait, il s’agit d’un jeu (ou d’une négociation) sur les règles du jeu elles-mêmes (faut-il être doux ou dur ?).

C’est au niveau de ce « méta-jeu » qu’il faut se placer. Au lieu d’utiliser des techniques de négociation douces ou dures, il est préférable d’utiliser le système appelé « négociation raisonnée » ou « négociation sur le fond » inventé par les auteurs.

Celui-ci, selon Roger Fisher, William Ury et Bruce Patton, peut être utilisé dans presque toutes les situations.

Il contient quatre éléments :

Hommes : séparer les gens du problème.

Intérêts : se concentrer sur les intérêts, pas sur les positions.

Solutions : inventer plusieurs options avant de se décider.

Critères : insister sur l’établissement de critères objectifs.

Démêler les gens et leurs émotions du problème en question permet aux deux parties de travailler ensemble en équipe, plutôt que l’un contre l’autre. L’accent mis sur les intérêts porte quant à lui à privilégier les besoins réels des personnes plutôt que leur égo. Penser à de nombreuses solutions aide à soulager la pression et à accroître la coopération, tandis que l’utilisation d’une norme externe et équitable au lieu d’en rester à la seule volonté des négociateurs.

Ces éléments peuvent et devraient être utilisés aux trois étapes de la négociation :

L’analyse. ;

La mise au point d’un plan ;

La discussion.

Si vous suivez cette façon de négocier raisonnablement, le résultat sera probablement un règlement du conflit judicieux, efficace et à l’amiable.

Partie II. La méthode

2 — Traiter séparément les questions de personnes et le différend

Les négociateurs sont avant tout des personnes

« Une donnée fondamentale que l’on a tendance à oublier au cours de négociations, en particulier au sein de grosses entreprises ou de conférences internationales, c’est que les autres, ceux de la partie adverse, ne sont pas des représentants abstraits mais des êtres humains. » (Comment réussir une négociation, Chapitre 2)

Eh oui, les négociateurs sont des gens ; ils ont des désirs, des besoins et des préjugés. C’est encore plus vrai — ou encore plus visible — lorsque nous nous disputons avec notre conjoint ou conjointe, par exemple.

Parfois, ces relations humaines concourent à la réussite de la négociation : lorsque l’amitié prime. Mais souvent, nous comprenons mal les bonnes intentions d’autrui et nous nous sentons rapidement menacés. Notre égo prend le dessus.

Résultat : une réaction en chaîne de récriminations qui aboutit à l’échec de la négociation.

L’intérêt du négociateur est double : le différend ET la relation avec l’adversaire

Les négociateurs ont en général deux objectifs :

Obtenir ce qu’ils veulent (c’est-à-dire servir leur propre intérêt) ;

Maintenir une bonne relation avec l’autre partie.

Il est rare, en effet, que nous nous moquions complètement de la pérennité de la relation avec autrui. Même dans le commerce, nous souhaitons fidéliser le client pour qu’il revienne. Il faut donc se montrer conciliant pour que celui-ci accepte de faire de nouveau appel à nous.

Le problème, c’est que les deux objectifs s’embrouillent très souvent lorsque nous négocions à partir de positions « dures ». Par exemple, nous profitons des défauts personnels d’autrui pour l’emporter et cela crée une rupture qui peut être définitive.

Traiter séparément les questions de relation et celles de fond : il faut aborder sans détour les problèmes humains

Les différences personnelles devraient être résolues, non pas en faisant des concessions (et encore moins en se laissant manipuler), mais en changeant la façon dont nous traitons l’autre partie.

Autrement dit, nous devons apprendre à traiter nos partenaires avec psychologie. Or, les psychologues utilisent une classification des problèmes humains en 3 grandes catégories :

Perception ;

Affectivité ;

Communication.

Nous devons appliquer les conseils qui suivent aussi bien à nous-mêmes qu’aux autres personnes qui entrent dans la négociation.

La perception

Les personnes ou les pays se disputent autour de possessions ou d’événements. Mais le plus souvent, peu importe les faits. Vous pouvez chercher à apporter des preuves, celles-ci ne sont qu’un argument parmi d’autres.

Ce qui importe avant tout, c’est la perception qu’a l’autre du problème. Le conflit naît et se situe au niveau des idées différentes que les deux parties ont formées. Il faut donc être capable de se mettre dans la peau de l’adversaire. C’est capital.

« Le pouvoir de se mettre dans la peau de son adversaire n’est pas donné à tout le monde ; c’est pourtant un des talents les plus essentiels qu’un négociateur devrait posséder. » (Comment réussir une négociation, Chapitre 2)

Il n’est pas nécessaire d’être en accord avec le point de vue d’autrui, ; simplement de prendre le temps de le comprendre. Ce faisant, nous éliminons certains préjugés et nous améliorons notre capacité à négocier et à résoudre le conflit.

Roger Fisher, William Ury et Bruce Patton donnent plusieurs autres conseils pour améliorer la perception réciproque des négociateurs :

Ne supposez pas que vos peurs décrivent leurs intentions.

Ne prétendez pas que votre problème est de leur faute.

Discutez et reconnaissez leurs perceptions, y compris celles qui vous semblent sans importance.

Surprenez-les en allant à l’encontre de leurs préjugés négatifs à votre égard.

Incluez-les dans tous les aspects d’une décision.

Assurez-vous qu’ils considèrent l’accord comme juste et non comme une concession humiliante.

L’affectivité

Les auteurs commencent par mettre en avant le fait que nous devrions, en tant que négociateurs, constamment faire attention aux émotions qui nous traversent et qui traversent la partie adverse. Ces émotions peuvent être la colère, la peur ou la distraction, par exemple.

Il est toujours bon de « prendre la température » et de chercher à modifier le curseur pour atteindre un état de calme et de confiance.

Pour ce faire, concentrez-vous sur les cinq « préoccupations essentielles » des individus ou des groupes. À savoir le besoin d’/de :

Autonomie ;

Appréciation ;

Affiliation ;

Rôle ou de but ;

Statut.

Par ailleurs, veillez à :

Respecter l’identité, c’est-à-dire l’image de soi de l’autre partie.

Reconnaitre les émotions et inviter autrui à partager les siennes.

Permettre à chacun de se « défouler » pendant un moment.

Éviter de répondre aux accès de colère.

Proposer des gestes symboliques (une poignée de main, un repas partagé, de courtes excuses).

De cette façon, nous pouvons garder les relations sur des bases affectives saines.

La communication

« Sans communication, point de négociation », disent les auteurs. En effet, la négociation suppose la communication pour arriver à une décision commune. Mais ce n’est pas aussi facile que ça en a l’air !

Trois problèmes principaux bloquent régulièrement la communication.

Lorsque celle-ci n’a pas pour fin de se comprendre mutuellement mais plutôt de manipuler des tiers (spectateurs au débat, par exemple) ;

Quand les négociateurs cessent tout simplement d’écouter la partie adverse, le plus souvent afin de préparer leur propre réplique ;

Quand il y a malentendu véritable, en raison d’une barrière linguistique ou culturelle.

Pour chercher à tempérer ou résoudre ces trois enjeux, Roger Fisher, William Ury et Bruce Patton proposent les alternatives suivantes :

Se placer dans une attitude d’écoute active et montrer que l’on comprend :

S’exprimer de manière claire pour être compris ;

Parler de soi, et non des autres ;

S’exprimer dans un but précis.

Mieux vaut prévenir

« Il est toujours préférable de traiter les questions de personnes avant qu’elles ne deviennent des problèmes. » (Comment réussir une négociation, Chapitre 2)

Pour ce faire, vous veillerez à établir une relation constructive avec votre interlocuteur, c’est-à-dire ne pas avoir peur de se montrer comme une personne à part entière. Cela dit, vous ferez attention, dans la négociation elle-même, à ne pas attaquer la personne elle-même, mais toujours l’objet du différend lui-même — en prenant soin de laisser la personne (son identité, ses besoins légitimes, etc.) en sécurité.

3 — Se concentrer sur les intérêts en jeu et non sur les positions

Pour trouver une solution judicieuse, il faut concilier les intérêts, pas les positions

« Faire la distinction entre positions et intérêts, voilà ce qui compte vraiment dans une négociation. » (Comment réussir une négociation, Chapitre 3)

Mais comment faire ? En fait, les intérêts sont « les moteurs silencieux de l’action ». Ce sont nos besoins, nos craintes, nos désirs et nos soucis réels. Par contraste, les positions en sont « les bruyantes manifestations ». D’où l’importance de savoir bien écouter.

Selon Roger Fisher, William Ury et Bruce Patton, l’avantage de partir des intérêts est que ceux-ci offrent plusieurs voies de règlement du conflit. Par ailleurs, la conciliation d’intérêts vaut mieux que le compromis sur les positions parce qu’il est toujours possible de trouver davantage de points communs au niveau des intérêts.

En effet, « sous » chaque position, il y a plusieurs intérêts qui peuvent se révéler conciliables ou antagoniques. Et c’est parce que nos intérêts divergents que nous pouvons nous entendre.

« Le cas du marchand de chaussures et de son client en est l’illustration la plus simple : ils ont besoin d’argent et de chaussures l’un et l’autre, mais inversement : le chausseur préfère gagner 50 dollars et vendre ses chaussures, le client préfère prendre les chaussures et donner ses 50 dollars. Ils sont faits pour s’entendre ! » (Comment réussir une négociation, Chapitre 3)

Comment déterminer les intérêts en jeu

Il existe au moins deux techniques pour faire surgir les intérêts des parties en cause.

La première est de poser la question « Pourquoi ? » en se mettant à la place de l’adversaire.

La deuxième consiste à se poser la question « Pourquoi pas ? » en se demandant pourquoi l’adversaire refuserait la première proposition qu’il pense que nous lui ferions.

Vous devez également prendre en compte le fait qu’il existe plusieurs intérêts en jeu. Souvent, les négociateurs parlent pour des mandants (des personnes qui l’ont chargé de négocier). Il faut retrouver toute la palette des intérêts qui s’expriment plus ou moins clairement dans les négociations.

Le plus souvent, ce sont les exigences fondamentales de l’être humain qui jouent le rôle le plus important. À savoir :

La sécurité ;

Le bien-être économique ;

L’appartenance à une communauté ;

L’identification ;

La maîtrise de sa destinée.

Les auteurs conseillent de dresser la liste des intérêts en jeu afin de les garder en mémoire tout au long de la procédure de conciliation.

Chacun doit aborder la question de ses préoccupations

Lorsque nous nous engageons dans une négociation raisonnée, nous souhaitons parler de façon constructive des intérêts en jeu. Bien. Mais quelle est la marche à suivre pour que ce soit efficace ?

Voici les derniers conseils des auteurs :

Soyez concret dans vos explications ;

Admettez les intérêts d’autrui dans la discussion ;

Commencez par une question et non une solution ;

Soyez orienté vers l’avenir ;

Expliquez ce que vous voudriez faire au lieu de vous justifier ;

Soyez résolu mais conciliant, ouvert aux idées d’autrui ;

Restez ferme sur la question débattue et conciliant avec les participants.

4 — Imaginer des solutions procurant un bénéfice mutuel

Diagnostic

Souvent, les négociations sont centrées sur des questions uniques — une somme d’argent à recevoir ou un territoire à garder, la garde des enfants dans un divorce, etc. — où nous pensons qu’il y aura toujours un gagnant et un perdant. Ou, si nous ne sommes pas perdants, nous éprouvons à tout le moins une insatisfaction.

Finalement, une solution optimale est souvent négligée et il en résulte beaucoup de « pertes ». C’est l’exemple du partage de l’orange : si je veux manger la chair et que l’autre veut la peau pour faire un gâteau, pourquoi s’obstiner à la couper en deux et à donner à chacun une partie ? Il aurait été plus judicieux de donner toute la pelure à l’un et toute la chair à l’autre.

« Nous devons donc nous efforcer de trouver des options qui élargissent la ressource contestée au lieu de simplement la diviser. Mais pourquoi les négociateurs négligent-ils la plupart du temps cette approche raisonnée ou « sur le fond » ?

 Pour quatre raisons selon Roger Fisher, William Ury et Bruce Patton :

Les jugements hâtifs (vouloir aller trop vite) ;

La recherche de la seule et unique réponse (croire qu'il n'y a qu'une bonne solution) ;

L'hypothèse selon laquelle les limites du gâteau sont fixées une fois pour toutes ;

L'idée que les difficultés de l'adversaire ne regardent que lui.

Au contraire, toute la méthode de la négociation raisonnée passe, comme nous allons le voir, par l'empathie et la recherche concertée de solutions variées.

Ordonnance

Quatre lignes directrices pourront vous aider à améliorer la recherche de solutions mutuellement satisfaisantes :

Dissocier l'invention et la décision ;

Élargir le champ des possibles (carte en rond) ;

Rechercher un bénéfice mutuel ;

Faciliter la tâche de l'adversaire quand il devra se prononcer.

La première consiste à séparer le processus créatif du processus de décision : « Inventez d'abord, décidez plus tard ». Pour ce faire, les auteurs conseillent de mettre sur pied des sessions informelles de brainstorming en petits groupes.

Une autre façon de faire (complémentaire) est d'élargir le champ des possibles. Les auteurs proposent une carte "en rond" qui vous aidera à inventer des solutions (p. 115) :

Questions à résoudre ;

Analyse et diagnostic de la situation ;

Angles d'attaque ;

Solutions.

Une troisième proposition consiste à rechercher un bénéfice mutuel qui élargit les ressources. Le secret est de trouver des choses qui coûtent très peu à une partie, mais que l'autre partie souhaite vraiment.

La quatrième ligne directrice est de faire en sorte qu'il soit facile pour l'autre partie de dire oui. Penser à dessiner votre solution de telle manière à ce qu'elle soit facile à mettre en œuvre et que chaque partie se sente honorée.

5 — Exiger l'utilisation de critères objectifs

Les décisions fondées sur la seule volonté sont coûteuses

Nous l'avons vu tout au long des précédents chapitres, les compromis issus des négociations dures ou douces ne sont pas souvent optimaux. Ils prennent du temps et, lorsqu'ils aboutissent, laissent souvent une partie insatisfaite. La ressource en jeu aurait pu être allouée de manière plus juste et plus efficace.

L'un des critères de la méthode de la négociation raisonnée consiste à exiger l'utilisation de critères objectifs.

En quelles circonstances utiliser un critère objectif ?

Parfois, aucune des parties ne peut trouver une solution à un conflit. Dans cette situation, une partie extérieure et neutre peut être amenée pour décider de la question.

Par exemple, si un entrepreneur et un acheteur ne peuvent pas se mettre d'accord sur la profondeur minimale de la fondation d'un bâtiment, ils peuvent se référer aux normes des régulateurs locaux ou à la pratique courante de la région.

De cette façon, la décision est établie sur des bases objectives plutôt que sur la volonté des négociateurs. De tels accords sont plus stables, car ils reposent sur des règles éprouvées ; ils sont également plus efficaces, car des normes communes résolvent automatiquement de nombreux problèmes.

La mise au point d'un critère objectif

"Si l'on décide d'adopter la méthode de négociation raisonnée, deux questions se posent : comment mettre au point des critères objectifs, comment les utiliser dans la discussion." (Comment réussir une négociation, Chapitre 4)

Les auteurs passent en revue différents types de critères et de procédures à utiliser dans les négociations. Concernant le critère d'équité (qui signifie "justice"), il doit "être indépendant de la volonté des parties en présence" et "acceptable pour les deux parties en présence". Dans la réalité, il existe une diversité de critères objectifs possibles et il faudra donc prioritairement tomber d'accord sur celui (ou ceux) à utiliser.

Au sujet des procédures équitables, les auteurs évoquent l'importance de mettre en place des systèmes qui minimisent l'injustice (ou le sentiment d'injustice). Par exemple :

La procédure "l'un coupe, l'autre choisit" ;

Le tirage au sort ;

Le choix à tour de rôle ;

L'arbitrage d'un tiers ;

Etc.

Fonder les discussions sur un critère objectif

Il faut se mettre d'accord sur les procédures et les critères à utiliser. Mais comment faire ? Comment convaincre l'adversaire ? Trois principes fondamentaux doivent guider les discussions :

Présenter chaque question comme la recherche commune d'un critère objectif ;

Être disposé à raisonner et rester ouvert à la recherche de critères mieux adaptés ;

Demeurer impassible face aux pressions, mais s'incliner devant les principes.

Roger Fisher, William Ury et Bruce Patton développent ces trois aspects en donnant de nombreux exemples. Retenons ici que l'établissement de principes objectifs permet de résister aux pressions (chantages, pots de vin, etc.) d'une partie ou de l'autre et d'obtenir justice plus aisément.

Partie III. Oui mais…

6 — Que se passe-t-il quand la partie adverse est manifestement plus puissante ?

Se protéger

"Quand on se précipite à l'aéroport parce qu'on craint de rater le départ d'un avion, on agit comme si c'était une question de vie ou de mort. En y réfléchissant à tête reposée, on se rend compte qu'on aurait fort bien pu prendre le suivant sans que cela constitue une catastrophe." (Comment réussir une négociation, Chapitre 6)

Il en va de même avec les négociations. Nous avons tendance à nous précipiter quand nous avons investi beaucoup de temps dans les discussions. Nous risquons alors de nous montrer trop "doux" et de laisser l'adversaire prendre le dessus.

Pour éviter de tomber dans cet écueil, vous pouvez fixer un seul non négociable, au-delà duquel vous refuserez d'aller. Mais c'est revenir à une forme de négociation "dure" qui limite l'imagination. À la place de cette stratégie classique, les auteurs privilégient la MEilleure SOlution de REchange — ou MESORE.

La MESORE est un "moyen d'évaluer tout accord pour savoir si l'on a intérêt ou non à le signer". Elle repose sur l'hypothèse de ce qui serait réalisé si l'accord n'aboutissait pas au bout d'un certain temps.

Il convient d'y penser sérieusement, et non de façon vague. Autrement dit, vous devez savoir clairement quelles sont les options réalistes de remplacement qui s'offrent à vous si l'accord n'aboutit pas ou ne prend pas la direction initialement souhaitée.

Tirer le meilleur parti de ses atouts

La MESORE se révèle plus importante que l'argent, l'influence sociale ou le poids politique respectif de chaque partie. Mais comment l'élaborer ? Vous devrez agir en trois temps :

Imaginer plusieurs solutions de repli qui vous conviendraient si l'accord devait échouer ;

Approfondir les idées les plus intéressantes et concevoir leur mise en application pratique ;

Opter pour la meilleure d'entre elles.

Vous devriez également faire de même avec l'adversaire — c'est-à-dire étudier quelle est sa MESORE probable. Si vous la trouvez, vous serez davantage en mesure de trouver un accord judicieux, efficace et amical.

Quand l'adversaire est tout-puissant

Lorsque l'autre est vraiment plus fort, il faut chercher à s'appuyer autant que possible sur les principes objectifs décidés en amont, aussi bien les critères d'équité que les procédures équitables.

Avoir une bonne MESORE vous permettra également de gagner en force, puisque vous vous sentirez capable de quitter la table des négociations lorsque l'adversaire cherchera à vous intimider.

"Un négociateur qui possède une MESORE est donc plus apte non seulement à déterminer l'accord minimum qu'il peut accepter mais encore à l'obtenir. Rechercher sa MESORE est certainement la ligne de conduite la plus efficace qu'il puisse adopter quand il affronte un négociateur apparemment plus puissant." (Comment réussir une négociation, Chapitre 6)

7 — Que se passe-t-il quand la partie adverse refuse de jouer le jeu ?

Nous pouvons nous retrouver dans des situations où l'adversaire refuse de jouer le jeu de la négociation raisonnée. Dans ce cas, il se placera le plus souvent dans une posture de position "dure" et cherchera par tous les moyens à nous faire plier. Que faire, dans ce cas ?

Trois angles de réponses sont à envisager :

Ce qu'il convient de faire personnellement, à savoir suivre la méthode raisonnée afin de créer une dynamique positive ;

Ce que l'adversaire peut faire et à quoi nous pouvons l'amener par la "négociation jiu-jitsu".

L'utilisation d'une tierce personne "pour orienter la discussion sur les intérêts, les propositions et les critères".

La première tactique fait, d'une certaine manière, l'objet de tout le livre, puisqu'elle consiste simplement à mettre en œuvre la négociation raisonnée de façon résolue dans l'espoir que l'autre y reconnaitra également son intérêt. Concentrons-nous donc sur les deux autres.

La négociation jiu-jitsu

La bonne tactique consiste à ne pas répondre aux critiques qui nous poussent dans nos retranchements. Pourquoi ? Pour éviter le cercle vicieux des contre-critiques qui nous ferait revenir à une négociation "dure" classique.

L'enjeu consiste plutôt à l'esquiver et à "la faire dévier dans le sens de la question en cours"

"Au lieu de résister à ses efforts, il faut les canaliser pour qu'ils participent à la recherche des intérêts communs, à l'invention de solutions avantageuses fondées sur des critères objectifs." (Comment réussir une négociation, Chapitre 7)

Pour maîtriser cet art de la négociation, il vous faudra (p. 168-171) :

"Découvrir sur quoi repose la position de l'adversaire au lieu de l'attaquer."

"Rechercher la critique et les conseils de la partie adverse, sans défendre ses propres idées."

"Savoir ramener les attaques personnelles vers les questions de fond."

"Poser des questions et attendre."

La procédure à texte unique

Au lieu de partir de positions et de faire des concessions qui nous laissent fatigués et aigris, mieux vaut parfois avoir directement recours à une personne tierce — un médiateur. Celui-ci peut utiliser la procédure à texte unique pour agir efficacement, amicalement et judicieusement.

Prenons l'exemple d'un couple avec deux projets de maison différents (donné par les auteurs). Ils font un appel à un architecte. Celui-ci décide de s'enquérir des intérêts de chacun (et non de leurs positions), puis réalise une liste de desiderata qu'il soumet à leurs critiques.

À partir de là, il peut créer un avant-projet. De nouveau, ronde de critiques de la part du mari comme de la femme (il est plus facile de critiquer que de faire des concessions, rappellent les auteurs). Deuxième projet et même dynamique, jusqu'à aboutir à un accord.

Le cercle, ici, est vertueux. Pourquoi ? Car :

Il n'a pas engagé l'amour propre des époux, ni le sien.

Il a fait au mieux à partir des intérêts (désirs, besoins, craintes, etc.) de chacune des parties, et les a invités à construire ensemble un projet unique.

En outre, il a pris en compte une série de contraintes (légales, physiques, etc.) objectives. Les époux savent ce qui les attend et peuvent se décider ensemble.

Dans la suite du chapitre, Roger Fisher, William Ury et Bruce Patton proposent une étude détaillée d'un autre cas issu de la vie réelle : une négociation entre un propriétaire et son locataire : l'affaire Agence Jones/Frank Turnbull (p. 178-193).

8 — Que se passe-t-il quand la partie adverse triche ou recourt à des moyens déloyaux ?

Parfois, les négociateurs sont particulièrement coriaces et n'hésitent pas à employer des méthodes douteuses pour "gagner" coûte que coûte la négociation. C'est ce que les auteurs nomment la négociation truquée.

Le plus souvent, nous nous irritons tout en "laissant passer" et en nous promettant que nous ne ferons plus jamais affaire avec cette personne (ou ce groupe). Ou bien alors nous rétorquons en rendant coup pour coup.

Comment y répondre plus sainement ? En prenant conscience que :

"La négociation truquée n'est jamais qu'une manière de tirer la couverture à soi sur la forme. On réagira donc en faisant une question de procédure — quelle est la méthode de négociation choisie par les parties ? Et l'on entamera donc une négociation raisonnée sur la procédure." (Comment réussir une négociation, Chapitre 8)

Comment discuter des règles de négociation

Il faut nécessairement :

Comprendre ce qu'il se passe et mettre le doigt sur les tactiques employées) ;

Exprimer à l'autre ce que nous avons compris ;

Lui proposer de discuter de la forme de la négociation.

Autrement dit, il faut appliquer la négociation raisonnée à la forme elle-même en cherchant à comprendre les intérêts qui poussent l'adversaire à tricher et en l'amenant à un accord sur les règles à suivre.

Pour vous aider à identifier ce qui se passe, les trois sections suivantes sont consacrées à trois catégories de tactiques déloyales :

Le mensonge délibéré ;

La guerre psychologique ;

Les pressions.

Les mensonges délibérés

Dans cette section, les auteurs abordent les types de mensonges délibérés :

Faux renseignements (un classique pour tromper l'adversaire) ;

Autorité mal définie (identification claire du mandant et des marges de manœuvre du négociateur) ;

Intentions sujettes à caution (incertitude sur le respect de la parole donnée).

Cela dit, ne considérez pas que cacher une partie de son jeu équivaut à l'une de ces formes de triche. Vous pouvez garder certaines informations pour vous, même dans la négociation raisonnée. L'important est de suivre la méthode et, le cas échéant, de faire appel à une personne tierce pour aider à la construction d'une solution.

La guerre psychologique

Une autre façon de colorer négativement la procédure de la négociation consiste à s'en prendre aux sentiments des personnes en les mettant mal à l'aise. Les auteurs abordent les cas des/de :

Situations angoissantes ;

Attaques personnelles ;

Tactique du bon et du méchant ;

Menaces.

Au lieu de menaces, vous pouvez opter pour des avertissements. Ceux-ci ne visent pas à réclamer et à annoncer une punition pour la partie adversaire, mais plutôt à montrer que vous protégerez vos intérêts.

De façon générale, le négociateur raisonné refusera de répondre à ces intimidations et cherchera toujours à remettre la discussion sur des rails constructifs.

La stratégie de la pression dans la négociation de position

"Cette stratégie consiste à placer d'emblée l'adversaire dans une position où lui et lui seul sera en mesure de faire des concessions." (Comment réussir une négociation, Chapitre 8)

Voici quelques "mauvaises manières" utilisées par les négociateurs coriaces :

Refus de négocier ;

Exigences extrêmes ;

Exigences sans cesse croissantes ;

Stratégie de blocage ;

Le coup du partenaire têtu ;

La temporisation ;

Le choix décisif ("c'est à prendre ou à laisser").

Chacune de ces tactiques est exposée en détail par Roger Fisher, William Ury et Bruce Patton.

Refuser d'être une victime

Refuser d'être une victime, cela signifie qu'il est possible de déclarer ouvertement que nous souhaitons voir advenir une négociation en bonne et due forme. Nous pouvons nous montrer fermes sur ce point et nous devrions l'être.

Par ailleurs, nous ne devrions pas nous laisser aller à être un "bourreau". Pour ce faire, nous pouvons nous demander ce que nous sommes en train de faire ou prêt à faire. Certaines questions peuvent nous aider à maintenir le curseur vers l'équité, l'efficacité et l'amabilité. Par exemple :

"Est-ce une démarche que j'adopterais en face d'un ami ou d'un membre de ma propre famille ?"

"Si la totalité de ce que j'ai dit et fait était rendue publique, est-ce que j'en éprouverais de la gêne ?"

Etc.

En conclusion : trois remarques

"Je le sais depuis toujours."

Les préceptes et idées développées ici forment "ce que le bon sens et l'expérience commune mettent à la portée de chacun de nous". Roger Fisher, William Ury et Bruce Patton ne prétendent donc pas avoir inventé de toutes pièces une nouvelle méthode, mais plutôt s'être inspirés de pratiques déjà existantes.

C'est en forgeant qu'on devient forgeron

La négociation se pratique… Sans cela, vous ne deviendrez pas un négociateur expert. Et tous les livres que vous lirez — même les meilleurs — n'y changeront rien.

"Gagner."

"Demander à un négociateur "alors, qui a gagné ?" est à peu près aussi déplacé que de poser la même question aux deux conjoints d'un ménage." (Comment réussir une négociation, Conclusion)

L'objectif de la négociation n'est pas de "gagner" mais d'"entrer dans une collaboration constructive destinée à élaborer une solution judicieuse à tel ou tel problème commun"

Conclusion sur "Comment réussir une négociation" de Roger Fisher, William Ury et Bruce Patton :

Ce qu'il faut retenir de "Comment réussir une négociation" de Roger Fisher, William Ury et Bruce Patton :

Comment réussir une négociation est un livre qui mêle politique, affaires et développement personnel avec beaucoup de perspicacité et de pertinence. Roger Fisher et William Ury ont tous deux présidé le Harvard Negociation Project, rebaptisé Global Negociation Initiative.

Ce livre a été s'est vendu à 15 millions d'exemplaires et a été traduit en 35 langues. il est l'un des ouvrages les plus fréquemment cités sur les listes des meilleurs livres de négociation.

Bref, c'est un classique ! Et dans un sens, il pourra vous rappeler des autres livres comme Cessez d'être gentil, soyez vrai sur la communication non-violente.

Rappelez-vous que la négociation raisonnée a pour but de construire une solution judicieuse (équitable), efficace et à l'amiable entre les parties, en insistant sur trois points :

La focalisation sur les intérêts et non sur les personnes ou les positions ;

L'invention de solutions partagées qui procurent des bénéfices mutuels ;

L'utilisation de critères objectifs et de procédures équitables.

Points forts :

Un manuel très clair et instructif ;

De très nombreux exemples venus des affaires, de la politique et de la vie privée ;

10 questions supplémentaires en fin d'ouvrage pour y voir encore plus clair ;

Une préface à la nouvelle édition, ainsi que les préfaces antérieures ;

Un classique absolu de la négociation à avoir dans sa bibliothèque.

Points faibles :

Je n’en ai pas trouvé.

Ma note :

★★★★★

Avez-vous lu le livre de Roger Fisher, William Ury et Bruce Patton « Comment réussir une négociation » ? Combien le notez-vous ?

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Thu, 14 Nov 2024 17:00:00 +0100 http://www.olivier-roland.fr/items/view/12976/Comment-russir-une-ngociation
Le grand saut http://www.olivier-roland.fr/items/view/12963/Le-grand-saut

Résumé de "Le grand saut" de Gay Hendricks : ce psychologue vous montre comment retrouver un surplus de confiance en vous et découvrir que tout ce que vous voulez entreprendre est réellement possible — un best-seller du New York Time lors de sa sortie aux États-Unis.

Gay Hendricks, 2010, 284 pages.

Titre original : The Big Leap (2009).

Chronique et résumé de "Le grand saut" de Gay Hendricks

Introduction - Supprimez le dernier obstacle à la réussite ultime en amour, au travail et en santé

Le seul problème qui vous retient

Pour Gay Hendricks, ce problème a un nom : c'est le problème de la limite supérieure. Lorsque vous êtes déjà une personne motivée et avec du succès, il se peut que vous perdiez confiance au moment d'atteindre vos objectifs ultimes. Ou que vous les pensiez impossibles.

C'est ça, le problème de la limite supérieure : la difficulté à "franchir les derniers kilomètres". Pour le résoudre, une chose est à accomplir : apprendre à apprendre ou, si vous voulez, être ouvert à l'apprentissage. Telles sont la question et la thèse principales de l'auteur.

Comment atteindre votre zone de génie ? Telle est une autre formulation de cette même interrogation. Cela dit, pour être heureux, il ne suffit pas de réussir dans les affaires. L'important est de parvenir au meilleur de soi-même dans tous les domaines de l'existence.

Pour vous aider à réaliser ce potentiel que vous sentez en vous, Gay Hendricks choisit de s'adresser à vous simplement et directement, à partir de sa propre expérience personnelle et comme thérapeute.

Le moment de la découverte

L'auteur raconte comment lui est venue l'idée principale de sa méthode. C'est alors qu'il s'inquiétait inutilement pour sa fille (qui était en sécurité dans un camp de vacances) qu'il a pris conscience que son inquiétude était générée à cause de bien-être antérieur. Comment ? Cela mérite une explication !

"Une partie de moi craignait de jouir d'une énergie positive pour une période prolongée de temps. Lorsque j'atteignais ma limite supérieure, quant à la quantité de sentiments positifs que je pouvais gérer, je créais une série de pensées désagréables pour me dégonfler." (Le grand saut, Introduction)

Ce schéma fonctionne dans tous les domaines :

Vous mangez sainement puis vous "craquez" ;

Ou bien vous vous disputez après une période de couple harmonieuse ;

Etc.

Les pensées ou attitudes négatives seraient donc un moyen — mis en place de façon inconsciente ou presque inconsciente — pour stopper net une avancée positive. Pourquoi ? Car, ainsi, nous restons dans notre zone de confort, c'est-à-dire dans ce que nous connaissons déjà.

D'où une première question pratique : "Comment puis-je augmenter les périodes de contentement dans ma vie ?" Suivie de trois autres :

"Si je peux éliminer les comportements qui interrompent le flot d'énergie positive, puis-je apprendre comment me sentir bien tout le temps ?

"Puis-je permettre aux choses d'aller bien dans ma vie en tout temps ? Dans mes relations, puis-je vivre en harmonie et en intimité tout le temps ?"

" Notre espèce peut-elle vivre des périodes plus longues de paix et de prospérité, libres du schéma où nous chamboulons tout lorsque les choses vont bien ? » (Le grand saut, Introduction)

Chapitre 1 - Vous préparer pour le grand saut

Comment commencer

Dans ce chapitre, tout l'enjeu consiste à identifier le problème et la façon de le résoudre. Commencez par vous demander si vous êtes prêt à être mieux au quotidien. Cela peut paraître stupide (tout le monde a envie de répondre "oui !"), mais ne l'est pas.

"Se sentir bien", pour Gay Hendricks, c'est avant tout ressentir un "sentiment profond et naturel de bien-être qui ne dépend pas de facteurs extérieurs".

Prenez un peu de temps chaque jour pour rechercher ce sentiment. Puis, vous pourriez progressivement vous demander si vous voulez étendre ce bien-être à votre "vie tout entière" (dans tous les aspects de votre existence) et, finalement, si vous voulez vous sentir bien absolument "tout le temps".

Ici encore, la réponse évidente semble être positive. Mais quand nous y pensons un peu, nous voyons qu'en fait, nous nous mettons des bâtons dans les roues ou, plutôt, nous nous imposons des limites. Or, celles-ci n'ont pas lieu d'être ; elles sont simplement issues de croyances restrictives et erronées.

En fait, répondre par oui à ces questions est un acte courageux. Il vous prépare au "grand saut" !

Le grand saut de Maynard

Maynard Webb est l'une des personnes qui ont permis à la plateforme eBay de connaître un grand succès dans les années 2000-2010. Dans cette compagnie, il était dans sa zone d'excellence, selon Gay Hendricks, mais pas dans sa zone de génie. Il pouvait — et souhaitait — faire mieux.

Il s'est finalement décidé à entrer dans une autre compagnie et a connu un succès retentissant.

Autre exemple. Le Dr Jordan a lui reculé au dernier moment, lorsqu'une grande entreprise a voulu racheter sa petite compagnie. Il a tellement créé de difficultés que les acheteurs se sont enfuis. Mais cela lui a permis d'apprendre la leçon et il est devenu un adepte du grand saut.

Vous concentrer sur vous-même

"Une fois que vous vous engagez à vivre votre plein potentiel, votre ego est soudainement menacé d'extinction. Il a fabriqué des excuses pour vous tout le long de votre vie. Si votre engagement à faire votre grand saut est sincère, vous devrez montrer la porte à votre ego. Mais à moins que vous ayez de la chance, votre ego ne partira pas calmement. Il a toute une carrière derrière lui." (Le grand saut, Chapitre 1)

Que veut dire ce passage ? Eh bien que nous nous faisons un cinéma intérieur et que le projectionniste n'est autre que notre ego, qui cherche à nous protéger contre une perte d'estime de nous-même en préférant se bercer d'illusions.

Le chemin à parcourir

En fait, c'est de la peur. La peur est ce brouillard qui vous empêche d'avancer et de trouver votre chemin hors de votre zone de confort (le cinéma intérieur). Pourtant, la crainte peut être maîtrisée et mise à profit comme un carburant. À condition de "respirer".

En fait, la peur est de l'excitation "sclérosée".

Pour lui redonner vie, il faut respirer, c'est-à-dire prendre concrètement des bouffées d'air pour donner de l'espace à cette émotion et la contrôler. C'est ce que font de nombreux acteurs et actrices quand ils ont le trac, par exemple !

Si votre envie d'atteindre votre zone de génie est sincère, la méthode qui sera exposée dans les lignes qui suivent vous sera d'un secours précieux.

Comment fonctionne le problème de la limite supérieure

Selon l'auteur, nous sommes dotés d'un "thermostat" qui nous indique les limites d'amour, de réussite professionnelle, etc. que nous pouvons tolérer. Ces mesures ont été arrêtées, pour la plupart, dans l'enfance. Autrement dit, nous avons appris à limiter les hausses "dangereuses" du thermostat.

La culpabilité joue un rôle particulièrement important dans ce processus :

"La culpabilité est un moyen dont dispose notre esprit pour presser douloureusement sur le conduit où circulent nos sentiments positifs." (Le grand saut, Chapitre 1)

Une idée radicale

Pour Gay Hendricks, tout l'enjeu consiste à dissiper ces sentiments négatifs en prenant appui sur la réserve de bien-être intérieur que nous pouvons retrouver à chaque instant en nous.

Souvent, nous pensons que, pour être heureux, vous devez avoir réussi, être en bonne santé, etc., c'est l'inverse qui est vrai. Retrouvez cette source de bien-être et faites-la grandir progressivement : c'est là que vous serez en bonne voie pour vous accomplir dans tous les domaines !

Cette idée est radicale car elle s'oppose à ce qui est communément cru. Vous n'avez besoin de rien pour commencer à être heureux, sinon d'une pensée positive qui vous aide au quotidien dans vos réalisations.

Apprenons à ne pas saboter notre capacité à vivre mieux en "enclenchant le commutateur de la limite supérieure", c'est-à-dire en nous créant des problèmes inutiles (et parfois graves). Trouvons le moyen de retrouver notre énergie positive.

Le thermostat de la limite supérieure des personnes à succès

Gay Hendricks prend plusieurs exemples de personnalités qui achoppent au moment même où ils réussissent. Certains, en effet, se "tirent une balle dans le pied" parce qu'ils ne supportent pas avoir autant de succès. L'auteur prend les exemples de :

Christian Bale ;

John Belushi ;

Bill Clinton.

Il montre aussi comment la chanteuse Bonnie Raitt est parvenue à entrer dans sa zone de génie et à accomplir ses plus grands espoirs musicaux.

Résoudre un problème et vous libérer

"Par sa nature, le problème de la limite supérieur est impossible à résoudre dans votre état de conscience ordinaire. Si cette résolution avait été possible, il y a déjà longtemps que vous l'auriez faite. Le problème de la limite supérieure ne se résout que par un bon dans la conscience." (Le grand saut, Chapitre 1)

Impossible, ici, de recueillir des informations, puis de faire le choix adéquat. Il faut purement et simplement "dissoudre" le problème, en une seule fois.

Pour bien faire comprendre de quoi il s'agit, le psychologue rappelle les quatre "zones" d'interaction efficace avec le monde :

Incompétence (nous ne savons pas comment agir) ;

Compétence (nous pouvons résoudre des problèmes donnés) ;

Excellence (nous avons la maîtrise de notre environnement et sommes reconnus pour notre travail) ;

Génie (nous créons sans aucune difficulté et c'est notre don qui est mis en avant).

Souvent, c’est autour de 40 ans que notre « génie naturel » nous envoie des alarmes pour se rappeler à nous. Nous avons souvent évolué en faisant taire les petites voix qui nous appelaient, mais celles-ci se font de plus en plus pressantes.

Chapitre 2 - Faire le saut

Souvent, les problèmes et les réussites s'emmêlent. Une réussite dans la sphère du travail peut vous procurer un problème côté "cœur". Et vice-versa : les gâchis dans un domaine se répercutent ou peuvent se répercuter dans un autre.

Le déclenchement du problème de la limite supérieure

Selon Gay Hendricks, il y a quatre croyances limitantes qui nous empêchent d'accéder à notre plein potentiel. La plupart du temps, après un effort, nous sommes capables d'en reconnaître au moins deux ou trois. Il est plus rare d'arriver à quatre.

Avant de les présenter, l'auteur montre que ces barrières intérieures se manifestent sous la forme de mantras négatifs du type :

"Je ne peux développer mon plein potentiel parce que (...)" ;

"Je suis incapable de vivre des relations sereines parce que (...) ;

Etc.

Barrière cachée numéro 1 : se sentir fondamentalement imparfait

Souvent, nous pensons que quelque chose manque en nous. Ce défaut nous empêcherait d'atteindre nos objectifs professionnels ou de développer notre créativité, par exemple. Mais est-ce si sûr ?

Si vous réussissez, alors vous entrez en contradiction avec ce mantra négatif. Il y a "dissonance cognitive", c'est-à-dire conflit intérieur entre vos valeurs ou croyances (limitantes) et vos actions (réussite).

Pour résoudre cette tension intérieure, votre thermostat cherche à se remettre à la normale et à évacuer la réussite gênante par un nouveau problème ! Mais il y a une autre voie : vous pouvez mettre fin à cette croyance fausse et limitante, que l'auteur compare à un "bug" de notre cerveau.

Barrière cachée numéro 2 : déloyauté et abandon

Une autre façon de s'interdire de faire les choses est de considérer que vous souffrirez d'abandon ("je serai seul") ou que vous trahirez vos origines ("je ne peux pas lui/leur faire ça") en cas de réussite.

Souvent, vous vous inquiétez pour votre famille (vos parents). "Vais-je réussir à combler les attentes de mes proches ?" Telle est l'une des questions que vous vous posez. Vous vous sentez coupable et n'osez pas avancer.

Souvent, une bonne conversation permet de mettre les choses à plat et d'éteindre ces peurs inutiles. Celle-ci demande du courage, mais vous soulage d'un poids immense ensuite. L'auteur donne l'exemple d'un couple nouvellement marié qui a dû en passer par là pour vivre pleinement la relation.

Barrière cachée numéro 3 : croire qu'un plus grand succès entraîne un plus grand fardeau

Vous pouvez penser que vous serez un plus grand fardeau pour vous-même ou pour les autres si vous réussissez. Ce type de croyance peut vous poser problème depuis votre plus jeune âge, selon les messages que votre entourage familial vous a transmis inconsciemment ou implicitement.

Gay Hendricks raconte une histoire liée à sa propre enfance. Selon lui, sa mère et son frère l'ont toujours vu comme un fardeau, alors qu'il était une bénédiction pour ses grands-parents. Heureusement, il a fini par le comprendre et à voir que sa culpabilité reposait sur une faute imaginaire.

Barrière cachée numéro 4 : le crime d'éclipser les autres

Parfois, nous nous sentons retenu dans nos actions par la peur de faire du tort aux autres — souvent un proche. Nous ne voulons pas qu'il se sente exclu ou éclipsé par nos réussites. C'est un phénomène qui se produit régulièrement avec les enfants doués et talentueux.

Demandez-vous si vous avez peur d'éclipser quelqu'un en exprimant qui vous êtes et ce que vous faites de mieux. Peut-être que la dissolution de votre limite supérieure est liée à cet interdit qui vous a été imposé un jour…

Aller de l'avant

Ces 4 barrières cachées forment des mantras négatifs qui, répétés au fil des jours, peuvent vous limiter considérablement. Apprenez à les repérer par une réflexion honnête ; peut-être aussi à l'occasion de discussions avec des proches ou des professionnels de psychologie.

Une fois identifiés, vous serez capable d'aller de l'avant… C'est-à-dire de faire le grand saut !

Chapitre 3 - Pour être plus précis

Voyons maintenant de façon plus précise comment détecter le problème de la limite supérieure dans la vie quotidienne. Autrement dit, entrons dans encore plus de détails ; cette enquête nous aidera à nous préparer au changement.

Modèles typiques où nous atteignons notre limite supérieure

Voici les cinq modèles typiques de limite supérieure que Gay Henricks développe dans ce chapitre :

L'inquiétude ;

Le blâme et la critique ;

La "déviation" ;

Les disputes ;

Le fait de tomber malade ou de se blesser.

  • L'inquiétude

Pourquoi survient l'inquiétude ? Souvent, elle survient… pour rien, c'est-à-dire pour rien d'important. Elle est alors la manifestation évidente de notre limite intérieure. Bien sûr, il y a des inquiétudes légitimes, mais elles ne sont pas en cause ici. Pour dissocier l'une de l'autre, demandez-vous :

Si elle est liée à une possibilité réelle (et non imaginée) ;

S'il y a quelque chose que vous pouvez mettre en œuvre ici et maintenant pour créer une différence positive (pour résoudre le problème).

Si ce n'est pas le cas, alors c'est sans doute que l'inquiétude ne mérite pas toute cette énergie mentale de votre part. L'auteur prévient qu'il n'est pas si aisé de se déprendre de ses inquiétudes inutiles. En quelque sorte, nous y tenons. Le psychologue donne néanmoins un plan en 7 étapes pour parvenir à la maîtriser (voir pages 98-99).

  • La critique et le blâme

Souvent, la critique a aussi peu avoir avec la réalité que l'anxiété.

"En d'autres termes, lorsque nous critiquons quelque chose, cela n'a habituellement rien à voir avec la chose que nous critiquons. Quand nous blâmons quelqu'un — ou quelque chose — nous le faisons parce que nous avons atteint notre limite supérieure et que nous essayons de retarder le flot d'énergie positive." (Le grand saut, Chapitre 3)

Souvent, nous sommes accro au blâme et à la critique. Nous nous en prenons à l'autre (ou aux choses ou aux autres de façon générale) de façon répétée et, en fait, nous ne pouvons nous arrêter. Faites l'expérience : cessez de critiquer ou blâmer pendant une journée et voyez si vous avez des difficultés.

Il en va de même lorsque vous vous critiquez vous-même. C'est le même processus. Souvenez-vous : la critique et le blâme ne visent jamais à parvenir à des résultats tangibles. Ils ont juste pour objet de vous mettre des bâtons dans les roues.

Apprenez donc à vous observer très attentivement pour reconnaître les moments où vous jouez le rôle du critique et de l'accusateur. Ici encore, apprenez à trier entre celles qui sont véritablement méritées et demandent une action concrète ici et maintenant — puis celles qui sont véritablement inefficaces et destructrices.

  • La déviation

"Faire dévier" signifie ici minimiser ou se refuser à profiter de l'énergie positive qui émane de nos actions. Concrètement, vous refusez par exemple de recevoir une critique positive ou un compliment sur votre travail.

Ce faisant, vous ne pouvez mettre en place une véritable scène de reconnaissance, où chacun des interlocuteurs estime l'autre. C'est dommage, puisque cela nuit à votre propre énergie. Nous restons dans notre zone de compétence, peut-être, mais nous refusons l'excellence et le génie.

Dans ce cas-ci, apprenez à distinguer la louange honnête et méritée (de la flatterie sans intérêt) et à la recevoir comme il se doit. De cette façon, vous vous mettrez au défi d'aller encore plus loin !

  • Les disputes

Gay Hendricks aborde la question à la fois sur le plan personnel du couple et sur celui, international, des conflits entre pays ou confessions religieuses et politiques. Selon lui, c'est à chaque fois le même scénario : quelqu'un revendique le statut de victime et veut rendre l'autre partie responsable.

Comment sortir de ces engrenages ? En affirmant à 100 % sa propre responsabilité à la fois dans la création du conflit et dans sa volonté à le résoudre. Chacun, bien sûr, doit s'engager de la même façon. En fait, il n'y a pas 100 % à diviser, mais 100 % à additionner de part et d'autre !

  • Blessures et maladies

Gay Hendricks affirme que certaines — pas toutes, bien sûr ! — affections ou accidents peuvent survenir de façon à créer un problème de limite supérieure. Et, dans tous les cas, cela ne doit pas vous empêcher de le traiter avec des médecins compétents.

Simplement, demandez-vous si ce problème de santé survient à un moment particulièrement "inadéquat", lorsque vous venez tout juste de réussir quelque chose ou que vous vous apprêtiez à faire le grand saut, par exemple.

Pour savoir si vos douleurs peuvent être liées à un problème de limite supérieure, utilisez la technique suivante.

Les trois P

Que sont les trois P ? Ils sont comme une carte. Les trois P signifient :

Punition ;

Prévention ;

Protection.

La punition peut survenir lorsque vous faites quelque chose manière irrationnelle et que votre corps vous "punit" pour vous signaler un souci. L'auteur prend l'exemple d'une personne ayant des migraines affreuses après des ébats amoureux hors mariage.

Selon Gay Hendricks, voilà un signe que cette personne se châtie de son comportement irrationnel et ne s'autorise pas, en fin de compte, d'explorer sa zone de génie. Solution ? Reconnaître que les "sensations délicieuses" qu'il expérimente avec sa maîtresse pourraient être libérées de façon plus saine, sans tricher.

Quant à la prévention et la protection, elles surviennent souvent ensemble. Ce peut être dû à une tentative de votre corps et de votre subconscient de vous éviter de faire quelque chose que vous n'avez pas totalement (ou du tout, en fait) envie de faire.

Atteinte à l'intégrité

"Poser une atteinte à votre intégrité est l'un des moyens les plus rapides pour vous rabaisser après une excursion au-delà de votre limite supérieure. Les atteintes à l'intégrité les plus répandues sont les mensonges, le non-respect d'un accord, et les vérités cachées." (Le grand saut, Chapitre 3)

Nous sommes souvent des experts au petit jeu de nous cacher ce que nous pensons vraiment. Nous évitons d'être honnêtes avec nous-mêmes et avec les autres pour ne pas dépasser notre limite supérieure, mais nous nous imaginons que ce sont d'autres raisons qui nous y poussent.

Le psychologue prend de nombreux exemples, dont celui de Bill Clinton à nouveau, pour illustrer ce phénomène. Il suggère aussi de considérer l'intégrité moins comme un problème moral (même si c'en est un) que comme un problème physique : le manque de sincérité, par exemple, "bouche" les relations et les rend moins fluides.

En reconnaissant que nous n’avons pas été sincères, nous pouvons enlever le caillou et laisser le flux de la communication se rétablir naturellement. De ce fait, nous pouvons, dans nos interactions quotidiennes, atteindre de bien meilleurs niveaux de succès et de bien-être.

L'auteur propose de faire le point en acceptant de prendre en considération le fait que le mensonge ou le manque d'intégrité soit lié à une peur d'évoluer positivement (pour soi-même ou au sein d'une relation).

La première étape vers la plénitude : découvrir votre histoire

Pour découvrir ce qui empêche la plénitude d'être restaurée, il importe de se pencher sur son histoire. Posez-vous les questions suivantes :

"À quel moment est-ce que je sens que je ne suis plus intègre face à moi-même ?"

"Qu'est-ce qui m'empêche de me sentir complet et entier ?"

"Quels sont les sentiments importants que je ne laisse pas apparaître dans ma conscience ?"

"Y a-t-il un aspect de ma vie où je ne révèle pas toute la vérité ?"

"Y a-t-il un aspect de ma vie où je n'ai pas tenu mes promesses ?"

"Dans ma relation avec (...), qu'ai-je besoin de dire ou de faire pour me sentir complet et entier ?"

Ces interrogations vous aideront à "déprogrammer" votre histoire et à vous reconnecter à votre zone de génie.

L'attitude

Ces exercices peuvent paraître longs et fastidieux. Mais Gay Hendricks se veut rassurant : recherchez des choses déterminées (un sentiment de tristesse ou de peur, par exemple) et cherchez à l'analyser.

Important : agissez avec une tonalité de remerciement et d'émerveillement, plutôt que sur le mode du blâme ! Rechercher la vérité est une activité qui s'exerce préférablement dans une atmosphère ludique.

Actions requises

En ayant cette attitude à l'esprit, commencez vos recherches de "problèmes de limite supérieure", ce que l'auteur résume par ULPs (pour upper limit problem, en anglais). Chaque fois que vous constatez que votre problème est lié à un ULP, cherchez à le dissoudre en utilisant l'une des techniques citées plus haut.

Cherchez aussi consciemment à accroître l'épanouissement, l'amour et le succès dans votre corps et votre esprit. Savourez les sensations corporelles qui sont liées au bien-être et à la plénitude intérieure.

Enfin, mettez-vous à la recherche d’une histoire de vous-même qui soit en lien avec votre zone de génie. Créez votre propre récit positif afin de reconnaître votre plein potentiel et accepter de le partager.

Chapitre 4 - Construire un nouveau nid dans votre zone de génie

"Ceux et celles qui ont le courage de découvrir et de faire naître leur génie font une percée vers des hauteurs sans précédent de productivité et de satisfaction." (Le grand saut, Chapitre 4)

La plupart du temps, nous "sautillons" dans notre zone de compétence, mais nous n'osons pas franchir le pas, faire le grand saut — le seul qui compte vraiment. Notre tâche consiste à repérer les moments où nous n'avançons plus en raison du problème de la limite supérieure afin de déverrouiller ce plafond de verre.

De façon régulière, les personnes souhaitent réaliser un projet créatif, mais n'y parviennent pas. Le grand saut consiste à passer le cap et à se donner les cartes en main. Les histoires que nous construisons et que nous racontons pour justifier notre maintien dans la zone de compétence ne peuvent pas durer éternellement !

Votre engagement au génie

Dans cette partie, Gay Hendricks cherche à vous faire passer le précipice ; bref, il veut que vous vous engagiez à sauter. Pour vous faire à l'idée, il vous propose de commencer par la répétition de cette phrase :

"Je m'engage à vivre dans ma zone de génie, maintenant et pour toujours." (Le grand saut, Chapitre 4)

En répétant plusieurs fois cette phrase et en étant attentif à ce qu'elle provoque en vous, vous ancrerez cette nouvelle croyance positive et vous serez prêt à changer.

Les questions géniales

Voici une série de questions à vous poser pour identifier votre zone de génie et ne pas la laisser s'échapper :

"Qu'est-ce que j'aime le plus faire ?"

"Quel est le travail que je fais sans sentir que c'est du travail ?"

"Dans mon travail, qu'est-ce qui produit le ratio le plus élevé de rentabilité et de satisfaction par rapport au temps consacré ?"

"Quelle est mon habilité unique ?"

L'auteur explicite chacune de ces questions pour que vous puissiez y répondre de façon précise. À noter : c'est aussi la méthode employée dans Vivre la vie de ses rêves grâce à son blog !

Articuler votre habileté unique

Il n'est pas si aisé de la rencontrer. Il faut souvent défaire "les poupées russes" qui la cachent. Par exemple, ce n'est pas "animer les réunions" qui sera, peut-être, l'habilité de quelqu'un. Mais plutôt : la capacité à sentir des changements d'humeur dans les groupes et à les canaliser.

Trouvez une affirmation simple et précise commençant par :

"J'excelle dans…"

Selon Gay Hendricks :

« Vous saurez que vous approchez de votre habileté unique quand vous ressentirez une lueur intérieure d’émerveillement et d’excitation. » (Le grand saut, Chapitre 4)

Chapitre 5 - Vivre dans votre zone de génie

Sortez de votre boîte et engagez-vous dans la spirale

La zone de génie n'est pas tellement stable : en fait, c'est plutôt une spirale d'ascension permanente. Une fois passée la limite supérieure, il n'y a plus de limites selon Gay Hendricks. Du moins, comparé à l'état très restreint dans lequel vous étiez avant, à savoir bloqué dans des "boîtes" et des croyances erronées.

Le mantra de la réussite suprême : une intention directrice centrale

Le mantra de la réussite suprême (ou appelez-le autrement si vous préférez) est une sorte de méta-programme à installer au cœur ou à la racine de vous-même.

Il s'agit d'un mantra dans la mesure où c'est "un son ou une idée que vous employez comme point de focalisation dans la méditation". Souvent, le mantra est simplement l'attention à la répétition. Mais il existe aussi d'autres techniques où vous pouvez focaliser votre attention sur une phrase précise.

L'important est d'y revenir à chaque fois, comme à un "port d'attache". Il est normal que vos idées vagabondent vers le passé ou l'avenir ; l'enjeu, c'est de les laisser filer et de revenir à l'instant présent.

Votre mantra de la réussite suprême

Dans la suite de l'ouvrage, l'auteur utilise l'acronyme MRS pour en parler. Il vous permet de garder l'intention centrale de votre zone de génie à l'esprit. Le voici :

"Je me développe chaque jour dans l'épanouissement, le succès et l'amour, et j'inspire ceux et celles qui m'entourent à faire de même." (Le grand saut, Chapitre 5)

Commencez par le dire à voix basse plusieurs fois. Puis tentez à voix haute. Ressentez son action en vous. Pour le psychologue Gay Hendricks, il s'agit de la meilleure méthode pour tenir à distance le problème de la limite supérieure et parvenir à vous installer durablement dans votre zone de génie.

Comment utiliser le MRS

Deux voies complémentaires sont préconisées par l'auteur :

Formellement, c'est-à-dire dans le cadre de méditations régulières ;

Informellement, dans la vie quotidienne, lorsque vous en avez l'occasion.

Pour la méditation, Gay Hendricks propose d'alterner des répétitions toutes les 15-20 secondes.

Ce à quoi vous pouvez vous attendre

En fait, se répéter ce mantra dans le cadre d'une méditation n'ira pas sans difficulté. Comme l'auteur le signale, il est fort probable — et même souhaité — que vous esprit riposte à cette phrase nouvelle.

En effet, l'objectif est de "recabler" le conscient et le subconscient. Mais le cerveau, lui, préfèrerait garder ses bonnes vieilles habitudes ! Il va donc vous faire penser (en boucle) à tout le contraire. Par exemple : "Je ne suis pas assez bon pour inspirer qui que ce soit", etc.

Mais persévérez et vous verrez un changement. Ces ripostes sont un bon signe. Elles cesseront quand votre subconscient et votre conscient auront assimilé le nouveau programme.

Un important raccourci : le refus éclairé

Il importe de savoir dire non ou, pour le dire avec un livre célèbre : cessez d'être gentil et soyez vrai ! Le refus n'est pas mauvais en soi, au contraire. Il vous permet de rester focaliser sur ce qui vous intéresse et vous profite le plus.

Les refus éclairés et motivés honnêtement vous offriront même de bonnes surprises. L'auteur raconte comment il a lui-même réussi à obtenir des avantages et des opportunités grâce à sa capacité à dire non.

Un autre raccourci : renouveler et raffiner votre engagement

S'engager est le point de départ de tout projet : amoureux comme professionnel. Mais il ne se suffit pas à lui-même. En réalité, il faut souvent renouveler l'engagement pris à l'égard d'autrui. Il en va de même avec vous-même et votre MRS.

En prenant soin de votre engagement pour la zone de génie, vous donnerez l'exemple autour de vous. C'est ce qu'affirme Gay Hendricks dans ce passage :

"L'un des sentiments les plus savoureux au monde, c'est de voir que votre engagement à vivre dans votre zone de génie inspire d'autres personnes à faire de même. Non seulement inspirer les autres leur fera du bien, mais vous vous sentirez aussi merveilleusement bien." (Le grand saut, Chapitre 5)

Chapitre 6 - Le temps selon Einstein

Pour bénéficier d'une existence plus harmonieuse, vous devez comprendre que le temps n'est pas linéaire et objectif, mais avant tout subjectif. Nous pouvons le "créer". Oui, pour Gay Hendricks — qui s'inspire ici assez librement de la théorie de la relativité d'Einstein — vous pouvez maîtriser le temps !

Le problème et la solution

Pour l'auteur, qui cite ici David Allen (son voisin !), nous avons tous un problème avec le temps. Nous n'arrivons pas à "caser" tout ce que nous voulons ou devons faire dans le temps qui nous est "imparti".

Il y a bien des méthodes, dont celle de David Allen justement, mais celles-ci sont souvent compliquées et nous les laissons tomber en partie ou complètement après quelques essais. En tout cas, c'est l'expérience qu'en a faite Gay Hendricks.

Pour celui-ci, le vrai secret réside dans le fait de se donner une autre conception du temps. C'est ce qu'il appelle le paradigme Einstein, en opposition à l'ancien paradigme, celui de Newton.

Une fois adopté le temps selon Einstein, vous pourrez augmenter le temps disponible pour vos activités créatrices et productives. Comment ? Voyons d'abord en quoi consiste la différence entre les deux formes de temps.

L'ancien paradigme et le piège du temps newtonien en détail

Pour résumer, le temps newtonien est un temps fini, puisqu'il existe une quantité limitée de temps. Du coup, nous sommes toujours dans un état de pénurie. Toujours à le chercher pour réaliser la moindre activité.

En fait, nous sommes pris dans un piège, selon lequel il existe d'un côté le temps comme réalité matérielle et physique, indubitable, et de l'autre nous-mêmes, qui subissons sa pression. Nous sommes pris dans un dualisme où nous sommes les esclaves du maître-temps !

Notre problème de temps : un problème d'espace

Le changement de conception du temps va de pair avec un changement de conception de l'espace. Dans l'ancien paradigme, l'espace est lui aussi fixe. Dans la version d'Einstein, l'espace peut se contracter ou s'élargir — comme le temps justement !

La phrase clé du célèbre physicien contemporain est la suivante :

"Placez votre main sur un poêle une minute et ça vous semble durer une heure. Asseyez-vous auprès d'une jolie fille une heure et ça vous semble durer une minute. C'est ça la relativité." (Albert Einstein)

Gay Hendricks interprète cette remarque en disant que notre conscience s'étend dans l'espace lorsque nous sommes bien, alors qu'elle se rétrécit le plus possible quand nous sommes en mauvaise posture.

La vérité à propos du temps et toutes ces choses que vous ne voulez pas vraiment faire

"Pour arriver à vivre dans le temps selon Einstein, il vous faut effectuer une importante transformation, et c'est un concept qui est tellement inconcevable que j'ai effectivement vu des adultes avoir le souffle coupé d'étonnement lorsque je leur ai présenté comment procéder." (Le grand saut, Chapitre 6)

Êtes-vous prêt à essayer ?

En fait, vous avez besoin de déprogrammer votre persona du temps. Qu'est-ce que c'est que ça ? Le persona, ici, désigne "un modèle d'action et de sentiments qui sont apparus dans notre vie à un certain moment en réaction à certaines conditions".

En fait, persona signifie masque en latin. Mais laissons les complications aux universitaires, dit l'auteur, et entrons dans le concret.

Ce que vous avez vraiment besoin de savoir au sujet de votre persona

Nous avons plusieurs persona, au moins deux ou trois le plus souvent. Ceux-ci se sont développés durant notre enfance. À l'âge adulte, l'un des enjeux consiste à les repérer et à "supprimer" ceux qui nous sont devenus inutiles ou néfastes.

Pour Gay Hendricks, nous agissons également avec le temps en fonction d'un persona. Le plus souvent, nous agissons par exemple comme des "policiers du temps", recadrant la moindre personne en retard. Mais nous pouvons adopter en profondeur une autre personnalité relative au temps.

Le temps selon Einstein

Devenir maître de son temps, c'est refuser le dualisme et considérer que vous êtes la source du temps. Le temps vous appartient ; vous avez prise sur lui. Ce n'est pas une ruse, selon le psychologue. Vous pouvez générer davantage de temps. Commencez par vous dire :

"Où dans ma vie je n'assume pas ma pleine responsabilité ?" ou "Qu'est-ce que j'essaie de nier ?" ou encore "Où dans ma vie dois-je assumer ma pleine responsabilité ?" (Le grand saut, Chapitre 6)

Prendre ses responsabilités aiderait-il à mieux gérer son temps ? C'est ce que prétend l'auteur. En fait, prendre en main le stress permet aussi de prendre en main le temps. Regardons comment.

Comment commencer

Une première action pourrait être de cesser de vous plaindre du temps — ou plutôt de votre manque de temps. Les phrases du genre "Je n'ai pas le temps" doivent disparaître de votre vocabulaire.

Imaginez un peu : si votre enfant veut jouer avec vous, vous pourriez être tenté de lui répondre que "vous n'avez pas le temps maintenant". Mais qu'en serait-il s'il se coupait en jouant seul et que vous deviez l'amener à l'hôpital ?

Dans un cas, vous avez le temps mais pas dans l'autre. Cela n'est pas une bonne manière de prendre ses responsabilités. Vous êtes la source du temps que vous prenez et que vous accordez aux autres.

La sensation de la pression du temps

Cette pression que nous ressentons lorsque nous sommes pressés, en retard et stressés, vous l'avez déjà sûrement expérimentée. En fait, vous pouvez modifier cet état corporel. Et il en va de même avec l'ennui que vous ressentez peut-être comme un vide.

Rendez-vous compte que, en réalité, ces sensations proviennent de vous-même et d'un "ferment créateur" en vous. Vous pouvez maîtriser cet élan créateur et le diriger là où il vous semble bon d'agir.

Une invitation

Créez donc suffisamment de temps pour apprendre sur vous-même et mettre en œuvre ces principes !

"Ce qu'il faut principalement, c'est une attention enthousiaste. Surveillez constamment les plaintes qui sortent de votre bouche ou circulent dans votre esprit à propos du temps. En les détectant pour les éliminer une par une, vous deviendrez de moins en moins occupé tout en en accomplissant beaucoup plus." (Le grand saut, Chapitre 6)

Chapitre 7 - Résoudre les problèmes relationnels

Souvent — nous dit l'auteur qui s'appuie ici sur une étude scientifique de John Cuber et Peggy Harroff —, les personnes qui réussissent ont des relations conjugales décevantes. Pourquoi ? En fait, avant d'en venir à cette question, il convient de voir quels sont les types de relations dites décevantes :

Celles qui sont dépourvues de vitalité, c'est-à-dire d'envie de partager et de libido.

Il y a aussi celles qui sont passives-agréables, c'est-à-dire où l'amour est sans passion (et ne l'a peut-être jamais été). Peu d'attente, peu de disputes, mais pas de véritable harmonie profonde.

Enfin, il y a les relations où le conflit est prédominant.

Alors maintenant, revenons sur les raisons. Selon Gay Hendricks, il en existe deux :

Parce qu'ils ont du succès (nous l'avons dit) ;

Mais qu'ils ne connaissent pas le fonctionnement de la limite supérieure.

Dès lors, ces couples se créent des noises sans savoir pourquoi. Les personnes inconscientes de ce qu'elles croient et de ce qu'elles projettent sur l'autre ne peuvent pas rétablir leurs relations.

La projection survient quand vous vous rendez compte que vous attribuez à l'autre vos propres sentiments. Ces projections sont souvent nocives et nuisent à l'énergie et à l'équilibre du couple.

Pour apprendre à prendre vos responsabilités au sein du couple lorsque vous avez déjà du succès, l'auteur donne quelques conseils :

Prenez du temps en suffisance sans votre partenaire ;

Exprimez vos émotions et vos vérités de façon simple ;

Permettez-vous de vivre les sentiments (les vôtres et ceux de l'autre) ;

Soyez affectueux ;

Apprenez à relâcher l'intimité autrement que par la dispute ;

Cherchez des amitiés avec lesquelles réaliser des projets communs.

Conclusion sur « Le grand saut » de Gay Hendricks :

Que faut-il retenir du livre "Le grand saut" de Gay Hendricks :

Ce manuel typique de développement personnel vous apprendra à ne plus vous auto-saboter et à réaliser le meilleur de vous-même. Bien entendu, cela demande des efforts. L'enquête sur ses propres croyances limitantes, par exemple, est un processus délicat ; mais vous pouvez la mener à bien !

Dans la conclusion du livre, Gay Hendricks insiste sur le fait qu'il s'agit d'une trajectoire ascendante continue. Les moments où nous nous libérons d'une limite supérieure sont les moments du grand saut.

"Voici ce que je vous souhaite : un voyage de toute une vie béni de plusieurs moments de découverte de ce genre. À mesure que vous avancez sur votre chemin puisse chaque jour être rempli d'autant de magie pratique et miracles quotidiens." (Le grand saut, Conclusion)

Points forts :

Un livre pour aller encore plus loin dans le succès, dans tous les domaines ;

De grandes séquences autobiographiques ;

Des concepts expliqués clairement ;

Une méthode pas à pas pour le changement ;

Des annexes avec encore plus d'anecdotes.

Point faible :

On peut regretter l'absence d'un bibliographie avec des sources scientifiques.

Ma note :

★★★★★

Avez-vous lu le livre de Gay Hendricks « Le grand saut » ? Combien le notez-vous ?

[ratings]

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Thu, 03 Oct 2024 17:00:00 +0200 http://www.olivier-roland.fr/items/view/12963/Le-grand-saut
ChatGPT pour les nuls http://www.olivier-roland.fr/items/view/12928/ChatGPT-pour-les-nuls

Résumé de "ChatGPT pour les nuls" de Yasmina Salmandjee : un manuel pour bien commencer à prendre en main la célèbre intelligence artificielle générative d'OpenAI —, quel que soit votre domaine d'action, vous y trouverez des solutions !

Yasmina Salmandjee, 2023, 304 pages.

Chronique et résumé de "ChatGPT pour les nuls" de Yasmina Salmandjee

Introduction

Depuis plusieurs mois, il est impossible de passer à côté de la déferlante d'informations et de news concernant l'intelligence artificielle et ChatGPT en particulier !

Si vous lisez cette chronique (et que vous vous intéressez au livre lui-même), c'est que vous avez, vous aussi, décidé de vous initier à l'intelligence artificielle "grand public".

Vous souhaitez comprendre et maîtriser cet outil au mieux de ses capacités, dans vos usages quotidiens et professionnels ? Cet ouvrage est fait pour vous !

Partie 1. Les fondamentaux de ChatGPT

Chapitre 1. Introduction à ChatGPT

Qu'est-ce que ChatGPT ?

Il y a plein de manières de donner une définition de ChatGPT (vous vous en rendrez compte rapidement si vous faites un petit tour sur le net à ce sujet). Mais le plus simple est encore de commencer par son nom :

Chat comme « chat », en anglais, qui signifie bavarder, discuter. Par extension, chatbot, c’est un robot capable de tenir une discussion, dit aussi « agent conversationnel ».

GPT comme Generative Pre-trained Transformer ou « transformateur génératif pré-entraîné » en bon français, c’est le modèle spécifique de langage développé par OpenAI et utilisé ici.

"ChatGPT est donc tout simplement une interface de conversation utilisant une technologie de pointe dans le domaine de l'intelligence artificielle." (ChatGPT pour les nuls, Chapitre 1)

Ce à quoi sert ChatGPT concrètement

L'interface renvoie des réponses structurées en langage naturel sur la base de demandes réalisées par l'utilisateur. Vous posez une question et ChatGPT vous répond ! Il y a donc pléthore d'usages potentiels.

Selon Yasmina Salmandjee, il est possible de les diviser en 6 familles principales :

Obtenir des réponses à des questions ;

Transformer un texte ;

Générer du texte ;

Trouver des idées dans tous les domaines (à partir de ce qui existe déjà sur le web) ;

Classer ou extraire des données ;

Programmer du code informatique.

Ce que ChatGPT n’est pas

D'abord, l'interface n'est pas humaine ! Et son intelligence reste… artificielle ! Elle n'a rien à voir avec l'intelligence humaine. Elle ne sait pas tout et ne peut pas tout. Autrement dit : elle a des limites évidentes.

C'est un logiciel qui "donne l'illusion de s'exprimer comme le ferait un être humain", mais "il reste une machine".

Voyons quelques-unes de ses limites :

Comme il compile l'information d'internet, il a peu de créativité réelle (il est incapable de créer des idées complètement nouvelles).

Il n'a pas d'émotions, de sentiments ou même de "ressentis" (la sentience).

Les notions de prompt et de contexte

« Prompt est tout simplement le mot qui désigne l’instruction — phrase, question, ensemble de directives ou d’exemples — que l’utilisateur saisit pour obtenir une réponse de ChatGPT. » (ChatGPT pour les nuls, Chapitre 1)

Le contexte va venir préciser la demande en ajoutant des informations diverses (par exemple le ton à employer ou la localisation de l’utilisateur). Grâce à ces données supplémentaires, ChatGPT peut répondre de façon plus adéquate.

ChatGPT versus moteurs de recherche : quelles différences ?

Vous savez très probablement déjà utiliser un moteur de recherche. Vous posez une question ou introduisez un mot-clé (ou une expression) dans la barre de recherche et vous attendez la « réponse » : une liste de sites internet plus ou moins pertinents.

Est-ce que Google (le plus connu d’entre eux) est menacé par OpenAI ? La réponse est non. Moteurs de recherche et agents conversationnels sont des outils différents.

Voyons un peu les différences :

Google travaille à partir de mots-clés et fournit une liste de sites/références ; ChatGPT met le "dialogue" au premier plan (et ne fournit pas toujours ses sources !).

ChatGPT est avant tout textuel, alors que Google traite textes, images, vidéos, lieux, livres, etc.

Google vous donne accès à Internet dans son entièreté, alors que ChatGPT (dans la version 3.5 au moins) ne dispose pas des informations après 2021.

ChatGPT modifie ses réponses alors que, pour une même question, Google (ou Bing, si vous êtes plutôt "team" Microsoft) vous donnera les mêmes résultats.

Google propose des publicités dans ses résultats ; ChatGPT non.

L’un dans l’autre, ChatGPT est peut-être plus ressemblant d’un dispositif comme l’assistant vocal de Google (Google Assistant), d’Apple (Siri) ou d’Amazon (Alexa).

Et pourtant, y a-t-il néanmoins des recoupements et des changements à prévoir dans nos façons de nous connecter au web ? Eh bien oui. Mais Google ne compte pas se laisser faire et a déjà sa réponse : Bard.

Les limitations de ChatGPT

ChatGPT ne peut répondre à tout. Il y a des règles et des restrictions qui lui ont été imposées. C'est pourquoi il refusera de répondre à certaines de vos questions. En outre, ChatGPT se trompe parfois et certains usages sont tout simplement interdits.

"ChatGPT a donc des limitations d'ordre technologique, technique, mais aussi des restrictions d'usage imposées par ses créateurs." (ChatGPT pour les nuls, Chapitre 1)

Il faut enfin noter que la question du droit d'auteur et du plagiat est particulièrement importante ici. Pourquoi ? Car ChatGPT transforme des contenus déjà diffusés. Même s'il les remanie, la question du respect des auteurs se pose de façon accrue.

Chapitre 2. L'intelligence artificielle

Qu'est-ce que l'intelligence artificielle ?

L'intelligence artificielle est une expression qui peut porter à confusion. Elle a un côté "oxymore" (n'y a-t-il pas contradiction entre l'intelligence, un phénomène d'abord humain, et la notion d'artifice ?). Par ailleurs, il faudrait plutôt en parler au pluriel.

Cela dit, Yasmina Salmandjee propose de retenir la définition de base du Larousse :

"Ensemble de théories et de techniques mises en œuvres en vue de réaliser des machines capables de simuler l'intelligence humaine." (ChatGPT pour les nuls, Chapitre 2)

Des machines imitant le fonctionnement du cerveau ?

Quelles sont les principales fonctions mentales qui font de nous des êtres intelligents ? En voici une liste :

Apprentissage (acquérir et traiter de l'information nouvelle) ;

Raisonnement (manipuler de façon logique/cohérente l'information) ;

Compréhension (apprécier les raisonnements) ;

Perception de la vérité (faire la différence entre vraie et fausse info) ;

Perception des liens (interactions entre les données) ;

Prise en compte du sens des choses ;

Distinction entre faits, valeurs et croyances ;

Prise de décision ;

Etc.

L’auteure passe en revue la question des réseaux neuronaux et fait bien la différence entre robots et intelligence artificielle. Pour en savoir plus à ce sujet, voir l’excellent ouvrage L’intelligence artificielle pour les nuls.

Réseaux de neurones et apprentissage

Au sujet des réseaux de neurones, il est néanmoins important de noter les concepts suivants :

Deep learning (apprentissage profond) ;

Machine learning (apprentissage machine ou automatisé).

Ce sont deux méthodes très en vogue pour former des intelligences artificielles :

"Le deep learning est particulièrement adapté pour l'analyse de grandes quantités de données non structurées, telles que des images, du texte ou des signaux audio, tandis que le machine learning est plus adapté pour des tâches où les données sont plus structurées." (ChatGPT pour les nuls, Chapitre 2)

IA supervisée ou non supervisée

Les IA dites "supervisées" ont besoin que les données soient "étiquetées". Autrement dit, un agent humain doit aider l'IA à ranger les données dans des catégories pour que celle-ci puisse "apprendre".

À l'inverse, les IA dites "non supervisées" apprennent d'elles-mêmes par essai/erreur à partir d'un très grand stock de données.

Les domaines d'application de l'intelligence artificielle

Les domaines d'application de l'IA sont potentiellement infinis ou presque. Les principaux secteurs touchés ou en voie de transformation sont :

La santé ;

Les transports ;

L'industrie en général ;

La protection de l'environnement ;

L'éducation ;

Le divertissement ;

La finance ;

Le commerce ;

La sécurité ;

Les ressources humaines ;

La logistique ;

Le marketing (digital ou non) ;

Le tourisme ;

Etc.

Petite histoire de l'intelligence artificielle

L'histoire de l'IA commence au milieu du XXe siècle. Des chercheurs comme Walter Pitts et le célèbre Alan Turing font partie des précurseurs.

En tant que tel, le concept d'intelligence artificielle "IA" apparaît lors de la célèbre conférence de Darmouth en 1956, qui réunit tous les grands chercheurs du domaine.

Les années 1960 connaissent un premier développement, notamment dans le domaine des jeux (jeu de dames). Puis, un premier "hiver de l'IA" a lieu dans les années 1970, par manque de financements et de résultats.

Après un bref regain d'intérêt dans les années 1980, c'est à nouveau un passage à vide qui caractérise la recherche des années 1990. Mais tout change dans les années 2000 avec le développement sans précédent d'Internet.

Les dérives et dangers de l'intelligence artificielle

Beaucoup d'espoirs sont liés à l'intelligence artificielle. Mais aussi beaucoup de craintes ! Certaines histoires peuvent faire sourire, mais d'autres ont de quoi nous faire vraiment peur… C'est pourquoi il est important d'en comprendre les enjeux et de s'y intéresser.

Le premier défi est le travail. Selon une étude particulièrement alarmiste (trop, peut-être ?) de Goldman Sachs, plus de 300 millions d'emploi à travers le monde pourraient être menacés.

Côté risques, on retrouve également :

Deep fakes (fausses informations "profondes") ;

Contrôle des populations ;

Biais racistes, sexistes et autres ;

Problèmes de droit de propriété intellectuelle ;

Hameçonnage, escroqueries ou chantage ;

Addiction ;

Etc.

Pour autant, l'IA est une nouvelle mine d'or que les géants du web aussi bien que les start ups n'entendent pas laisser passer. En fait, la course à l'IA n'en est qu'à ses débuts et va encore s'emballer.

Serons-nous capables d'en maîtriser les dangers tout en en récoltant les bénéfices ?

Partie 2. ChatGPT en action

Chapitre 3. Bienvenue dans le monde de ChatGPT

Accéder à l'interface de ChatGPT

Pour vous connecter, rien de plus simple : allez sur le site d'OpenAI et cliquez sur "Try". Vous pourrez y créer un compte. Une fois configuré, vous pourrez vous connecter aisément à ChatGPT 3.5. chaque fois que vous le voudrez.

À noter : depuis que ce livre a été rédigé, il existe deux autres versions (payantes) :

ChatGPT 4 ;

ChatGPT 4o (pour la reconnaissance vocale).

Depuis la parution de l’ouvrage, un autre changement important est survenu : l’application ChatGPT pour mobile.

Si vous êtes un utilisateur plus avancé (développeur ou programmeur, par exemple), vous pouvez accéder à l'API (application programming interface) de ChatGPT pour intégrer cette technologie à vos propres logiciels ou app en cours de conception.

Lancer une discussion

La notion de prompt a été proposée par Reid Hoffman, ancien cadre chez OpenAI et auteur d'Impromptu, Amplifying Our Humanity Through AI.

Mais soit, passons à l'action ! Pour rédiger votre premier prompt, rien de plus simple. Utilisez la barre de texte pour taper ou coller votre texte et appuyez sur le logo "envoi" (une petite flèche).

Si vous constatez un bug, rafraîchissez votre navigateur et tout devrait revenir à la normale rapidement.

Affiner vos prompts et préciser le contexte

Plus votre prompt contiendra du contexte — c'est-à-dire des informations supplémentaires qui précisent la nature de la réponse attendue —, plus la réponse sera précise et détaillée.

Par exemple, vous pouvez demander un niveau de difficulté particulier. Si vous souhaitez une explication pour un enfant ou un débutant, vous pouvez l'indiquez. Pareil si vous voulez une réponse d'expert !

Autre cas : l’ajout de contraintes. Vous avez envie qu’un mot apparaisse trois fois dans le texte de réponse, demandez-le. Ou bien alors vous souhaitez écrire « dans le style de… » ? Dites-le dans votre prompt.

Continuer la discussion… ou recommencer !

Au cours d'un même "chat" ou "discussion", vous pouvez poser plusieurs questions à ChatGPT. Il vous répondra en se souvenant (normalement) de ce que vous lui aviez demandé précédemment.

Mais vous pouvez tout aussi bien décider de changer de discussion et en créer une nouvelle. Dans ce cas, l'historique et le contexte seront perdus et vous recommencerez de zéro.

Si vous souhaitez revenir à une discussion antérieure, vous le pouvez sans difficultés. L'interface conserve vos discussions passées.

Consulter l'historique des discussions

Cet historique se situe dans la partie gauche de l’écran. Pour commencer une nouvelle discussion, cliquez sur « New chat ». Pour accéder à une ancienne discussion, cliquez sur le nom de celle-ci (c’est l’IA qui le choisit par défaut pour vous, mais vous pouvez en changer), avec l’onglet

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Thu, 01 Aug 2024 17:00:00 +0200 http://www.olivier-roland.fr/items/view/12928/ChatGPT-pour-les-nuls
Commencer par pourquoi http://www.olivier-roland.fr/items/view/12863/Commencer-par-pourquoi

Résumé de « Commencer par pourquoi : comment les grands leaders nous inspirent à passer à l’action » de Simon Sinek : avec 18 millions de vues, sa conférence TED est l’une des plus fameuses de l’histoire de la série — mais avez-vous lu le livre ?

Par Simon Sinek, 2015, 230 pages.

Titre original : Start with why: How Great Leaders Inspire Everywone to Take Great Actions, 2009.

Chronique et résumé de "Commencer par pourquoi : comment les grands leaders nous inspirent à passer à l'action" de Simon Sinek

Préface

« Il y a des dirigeants et il y a des leaders. Les dirigeants occupent une position de pouvoir ou d’influence. Les leaders nous inspirent. Qu’il s’agisse d’individus ou de sociétés, nous suivons les leaders non pas parce que nous y sommes obligés, nous les suivons pour nous-mêmes. Nous suivons les leaders non pas pour eux, mais pour nous. Ce livre s’adresse aux personnes qui veulent inspirer les autres et à celles qui veulent trouver quelqu’un qui les inspire. » (Commencer par pourquoi, Phrase mise en exergue du livre)

Introduction

Selon Simon Sinek, les leaders efficaces se distinguent par une forme singulière "de pensée, d'action et de communication". Cet état d'esprit leur permet d'inspirer plus de monde et de mieux réussir que les autres.

Il ne s'agit pas de don. Bien sûr, il existe des leaders très talentueux. Mais ce n'est pas le plus déterminant. Ce qui compte, c'est vraiment cet état d'esprit. Et celui-ci peut être appris ! N'importe qui peut apprendre à penser, agir et communiquer efficacement en suivant le modèle qui sera présenté dans ces pages.

L'auteur présente enfin quelques figures clés de cet ouvrage :

Les frères Wright ;

Dr. Martin Luther King Jr. ;

Steve Jobs et Steve Wozniak d'Apple.

Ces personnes ont été des leaders inspirés et inspirants. Pourquoi ? Eh bien… justement, car ils ont commencé par se demander "pourquoi" !

Partie 1 — Un monde qui ne commence pas par pourquoi

1 — Présumer que vous le savez

Simon Sinek s'intéresse à la façon dont nos hypothèses affectent nos actions. Souvent, nous avons le nez dans le guidon. Or, une perspective plus large sur le monde peut conduire à un succès plus durable.

Il illustre cette idée en comparant les constructeurs automobiles américains à leurs homologues japonais.

Dans l'industrie automobile américaine, les travailleurs de la chaîne de montage utilisent souvent un maillet en caoutchouc comme outil de réglage final pour les portes de voiture.

En revanche, les constructeurs automobiles japonais conçoivent leurs véhicules pour s'assurer que les portes s'adaptent parfaitement dès le début.

À partir de cet exemple, l'auteur développe deux approches distinctes du leadership.

Les dirigeants qui choisissent de manipuler les situations et les gens pour atteindre les résultats souhaités, compromettant volontairement leurs principes pour un succès immédiat. Ils peuvent utiliser des tactiques qui génèrent des résultats rapides, mais finissent par éroder la confiance et l'authenticité.

Les dirigeants qui commencent avec une vision claire du résultat final qu'ils veulent atteindre. Ces dirigeants opèrent avec une compréhension profonde de leur "pourquoi" — leur but et leurs valeurs — et utilisent cette compréhension pour guider leurs décisions et leurs actions.

Selon Simon Sinek, ce deuxième type de leader est focalisé sur le long terme. Les dirigeants qui connaissent leur "pourquoi" sont authentiques et inspirants. Ils sont aussi plus confiants et rassurants. Enfin, ils sont davantage capables de promouvoir lune culture de la collaboration et du travail partagé.

2 — Des carottes et des bâtons

Dans Commencer par pourquoi, l’auteur examine ensuite les deux principales incitations utilisées par les entreprises pour attirer les clients :

Les « carottes », c'est-à-dire la promesse de récompense(s) ;

Les « bâtons », à savoir la mise en évidence de douleurs et de coûts.

Une grande partie des techniques de vente contemporaines s’appuient sur la mise en exergue de « points de douleurs » à évacuer… c’est-à-dire de « bâtons ».

Ces stratégies de persuasion publicitaire — ce que les marketeurs nomment copywriting, notamment — se rencontrent partout. Elles jouent sur les prix, la peur ou encore la pression par les pairs.

En tant que consommateurs, certaines nous sont familières et nous ne sommes pas "dupes". D'autres, toutefois, agissent plus implicitement.

Pour Simon Sinek, c'est toutefois insuffisant. En fait, ces tactiques sont des solutions à court terme qui doivent être constamment répétées pour rester efficaces. Le risque étant, pour l'entreprise, de perdre son identité et, finalement, sa rentabilité.

Partie 2 — Une perspective différente

3 — Le cercle d'or

Dans Commencer par pourquoi, Simon Sinek introduit sa propre conception de la persuasion. Il nomme « cercle d’or » les trois questions suivantes :

Pourquoi = le but et la raison d'être de l'organisation ;

Comment = sa proposition de valeur unique ;

Quoi = les produits/services tangibles qu'elle offre.

Le plus souvent, les entreprises privées ou publiques peuvent exposer leur "quoi", mais sont beaucoup plus embêtées lorsqu'il s'agit de parler de leur "comment" et, surtout, de leur "pourquoi".

Pourtant, c'est par là qu'il faudrait commencer ! C'est "la" clé pour établir des liens durables avec les clients ou les usagers. Lorsqu'une organisation communique efficacement ses valeurs et son but, elle s'adresse directement au cœur des individus et ceux-ci entrent plus facilement en résonance avec elle.

L'exemple le plus fameux est celui d'Apple. Les produits d'Apple sont techniquement similaires à ceux de ses concurrents, mais l'entreprise se démarque nettement dans la mesure où elle commence par son "pourquoi".

Pensez à sa plus célèbre publicité inspirée de 1984 de George Orwell. L'enjeu de la marque à la pomme : remettre en question le statu quo et libérer les individus de leurs chaînes. Ce mantra primordial insuffle de la vie à toute l'entreprise et lui donne son cachet d'authenticité. Les consommateurs, eux, entrent directement en empathie avec cet objectif : "Moi aussi, je veux être autonome et original".

4 — Ce n'est pas une question d'opinion, mais de biologie

Quelles sont les raisons de ce comportement ? En fait, Simon Sinek explique que les humains ont un désir inné d'appartenir à des communautés, c'est-à-dire à des groupes partageant les mêmes valeurs et croyances.

Ce besoin très fort de l'humanité correspond au niveau « pourquoi » du cercle d'or.

Par ailleurs, d'un point de vue neurologique, il existe une différence entre :

Le néocortex, qui gère la pensée et l'analyse rationnelles ;

Le cerveau limbique, qui régit les émotions, la confiance et la loyauté.

Le premier est lié au "quoi", tandis que c'est davantage dans le second que s'ancre le "pourquoi". Les entreprises (ou les organisations au sens large) qui commencent par leur "pourquoi" puisent dans ce désir naturel d'appartenance.

Pourquoi, dans ce cas, la plupart des entreprises commencent par « quoi » et « comment » ? Eh bien, parce que ce sont aussi des aspects que les clients privilégient :

La qualité du produit ;

Son prix bas ;

Ses fonctionnalités ;

Etc.

Tous ces aspects sont importants et sont "calculés" par la partie rationnelle du cerveau. Toutefois, c'est à un niveau plus profond (et plus ancien, selon la théorie de l'évolution), que l'auteur propose d'agir.

5 — La transparence, la discipline et la constance

Dans Commencer par pourquoi, Simon Sinek souligne l’importance de maintenir le bon ordre dans le cercle d’or. Chaque niveau implique un degré d’engagement différent :

Lorsque les décisions sont basées sur des éléments tangibles ou des mesures rationnelles (« quoi »), le plus haut niveau de confiance est formulé selon une phrase du genre : « Je pense que c'est la bonne décision ».

Les décisions instinctives (« comment ») produisent un niveau de confiance semblable à « La décision semble juste ».

Lorsque les décisions sont enracinées dans un "pourquoi" clair, le plus haut niveau de confiance est "Je sais que c'est juste".

Le consommateur qui connaît les raisons d'agir d'une organisation peut facilement l'expliquer et se sentir à l'aise avec son choix, comme s'il était tout à fait "naturel".

Partie 3 — Les leaders ont besoin d'adeptes

6 — L'émergence de la confiance

Simon Sinek explique comment la confiance émerge dans les organisations et comment l'alignement du "pourquoi", du "comment" et du "quoi" peut favoriser cette confiance.

Du point de vue de l'auteur, la confiance commence à s'épanouir lorsque les gens et les organisations font preuve d'un type de motivation qui va au-delà de l'intérêt personnel. À noter : c'est ce qui est parfois appelé motivation oblative.

L'auteur considère que la vision qui consiste à se démarquer constamment de ses concurrents n'est pas viable à long terme. C'est une culture du « quoi » qui risque à tout moment d'oublier son "pourquoi".

En effet, en se concentrant uniquement sur "ce qu'ils font" (quoi), ils restent constamment le nez dans le guidon. Par contre, les entreprises qui s'appuient sur leur "pourquoi" peuvent agir avec plus de flexibilité.

Voici deux exemples qui vont en sens inverse :

Apple, avec son "pourquoi" clairement identifié (voir plus haut), a pu sans problème diversifier ses propositions de services et de produits des ordinateurs aux iPads et aux iPhones.

Dell, quant à elle, a eu du mal à se diversifier au-delà des ordinateurs et en est finalement restée à son activité principale. L'entreprise s'est trop focalisée sur ce qu'elle faisait (son produit, leur qualité) et n'a pas cherché à "vendre" sa raison d'être.

Connaissez-vous "l'avantage du premier déménageur" ? C'est le nom que Simon Sinek donne à l'avantage compétitif que peuvent engranger les entreprises qui savent capitaliser sur leur "pourquoi". Il donne un autre exemple, toujours avec Apple (et Steve Jobs) en héros de l'aventure :

Creative, l'un des premiers producteurs de lecteurs MP3 s'est concentré sur les spécifications techniques lors de ses campagnes publicitaires ;

Apple a commercialisé l'iPod en vantant la possibilité de mettre "1 000 chansons dans votre poche".

Cette approche plus sensationnelle d'Apple fait tilt auprès des consommateurs et leur permet de dominer le marché.

Enfin, l'auteur souligne l'importance d'embaucher des employés qui sont passionnés par le « pourquoi » de l'entreprise. Les employés qui se connectent au « pourquoi » sont plus productifs et innovants. Ils contribuent davantage à la vie de celle-ci et créent une émulation positive pour tout le groupe.

7 — Comment se produit un point de bascule

Comment les idées et les innovations se propagent-elles ? Comment se produit le "point de bascule" qui fait d'un simple produit une référence, voire une norme que tout le monde utilise "doit" utiliser ? Pour l'expliquer, l'auteur s'inspire de la loi d'Everett M. Rogers sur la diffusion des innovations.

Cette loi décrit la courbe en cloche de l'adoption des produits. Il existe plusieurs types de consommateurs :

Innovateurs, c'est-à-dire ceux qui prennent le risque d'adopter une technologie en premier, lorsque celle-ci n'a pas encore été complètement testée ou validée par le public ;

Adopteurs précoces qui souhaitent être à la pointe de la technologie ;

Majorité précoce, qui ne veut pas être en reste et cherche à se maintenir dans la course au progrès ;

Majorité tardive, qui emboite le pas pour entrer dans ce qui devient une "norme" ;

Retardataires, qui adoptent la technologie après tout le monde.

Il y a peu d'innovateurs et peu de retardataires, comparativement aux autres segments. C'est pourquoi la courbe est "en cloche".

Cette analyse classique résonne avec le propos de Simon Sinek. En effet, selon ce dernier, les organisations devraient se concentrer sur l'attraction de personnes qui s'alignent sur leur "pourquoi" et qui croient en leur cause. En l'occurrence, ce sont les innovateurs bien sûr, mais surtout les adopteurs précoces.

Ceux-ci représentent environ 15 % à 18 % du marché. Ils jouent un rôle déterminant pour atteindre ce "point de bascule", cette "masse critique" requise pour qu'une idée ou un produit soit accepté par le grand public.

Dans Commencer par pourquoi, l’auteur cite le mouvement des droits civiques comme exemple du cercle d’or et de la loi de la diffusion de l’innovation. Selon lui, le Dr. Martin Luther King Jr. est devenu le symbole du mouvement des droits civiques, car il a su toucher ces adopteurs précoces avec une vision claire et une communication percutante.

Partie 4 — Comment rallier ceux qui croient

8 — Commencer avec pourquoi, mais savoir comment

Simon Sinek explore ensuite les concepts d'énergie et de charisme. Ceux-ci sont capitaux pour penser le leadership.

L'énergie motive ;

Le charisme inspire.

Si vous connaissez votre raison d'être, vous pouvez développer votre charisme. Est charismatique celui qui croit en quelque chose qui le dépasse. Simon Sinek illustre cela avec les exemples de Bill Gates et de Steve Ballmer.

Steve Ballmer est énergique, il sait mobiliser les troupes ;

Bill Gates respire le charisme malgré sa timidité naturelle.

Les dirigeants charismatiques, qui sont animés par un « pourquoi » fort, laissent un impact durable et obtiennent plus facilement l'engagement des autres. Ces visionnaires ont de l'imagination et une vue précise pour l'avenir. Ils sont la quintessence des personnalités "pourquoi".

Par contraste, les dirigeants qui se focalisent sur le « comment » sont pragmatiques : ils cherchent des solutions pratiques et sont réalistes ; ils pensent au jour le jour. Les personnalités "comment" peuvent très bien réussir, mais elles créeront rarement des entreprises qui changent le monde.

Par ailleurs, ces deux types de personnalités sont souvent complémentaires. Un dirigeant "pourquoi" a souvent besoin d'une personne de type "comment" pour donner vie à sa vision. C'était le cas de Walt Disney, par exemple, qui a pu compter sur son frère Roy pour faire de ses rêves une réalité.

Cette distinction s'étend à la vision et à la mission d'une organisation.

La vision représente l'intention du fondateur, le « pourquoi » derrière la fondation de l'entreprise.

La mission prédit « comment » l'entreprise créera cet avenir. C'est le mode d'emploi.

Lorsque ces deux dimensions sont au clair, l'organisation a toutes les chances d'être un succès, aussi bien en interne (relations entre les collaborateurs) qu'à l'externe (relations avec les clients, surtout, mais aussi les fournisseurs, etc.).

9 — Savoir pourquoi, savoir comment. Ensuite, quoi ?

Simon Sinek continue son parcours et aborde l'évolution du rôle des dirigeants. Lorsqu'une entreprise de développe, elle doit passer du centre du cercle d'or (le "pourquoi") vers son extérieur (le "comment", puis le "quoi").

Au commencement d'une organisation, les fondateurs ont un contact direct avec le monde extérieur. Ils s'expriment et sont écoutés. Mais progressivement, les fondateurs deviennent un symbole du message principal. Or, il en faut plus pour mettre en œuvre et faire fonctionner une organisation.

Pour exposer son idée, Simon Sinek réexpose la distinction entre cerveau limbique, centre des émotions et des décisions irrationnelles, et le néocortex rationnel. Au niveau de l'entreprise, les fondateurs sont l'équivalent du système limbique, tandis que les cadres dirigeants représentent usuellement le néocortex.

La communication doit utiliser les émotions. Pour cela, elle peut s'appuyer sur des métaphores, des images et des symboles. Lorsqu'il est bien compris et exécuté, le marketing communique les valeurs et les croyances de l'entreprise au monde.

Mais il n'est pas toujours facile d'exprimer ses émotions, et c'est pourquoi tant d'organisations peinent à se faire connaître et à se développer !

10 — Communiquer, ce n'est pas parler, c'est écouter

Dans Commencer par pourquoi, Simon Sinek insiste tout particulièrement sur le pouvoir des symboles dans la communication. Les symboles rendent l’intangible (invisible, abstrait, etc.) tangible. Ils tirent leur sens des associations que les gens créent.

Les logos jouent ce rôle de symbole. Par exemple, le logo de Harley-Davidson symbolise bien plus que l'entreprise. Pour les amoureux de motos, il incarne tout un ensemble de valeurs et un style de vie à part entière.

L'auteur en revient encore une fois à Apple pour montrer la discipline importante qu'il faut pour parvenir à communiquer son "pourquoi" sans se perdre. Il en vient ensuite à la description d'un test : le test du céleri !

"Ce n’est pas seulement CE QUE vous faites ou COMMENT vous le faites qui compte. Le plus important, c’est que le QUOI et le COMMENT soient cohérents avec votre POURQUOI. C’est seulement à ce moment-là que vos pratiques seront meilleures. Il n’y a rien de mauvais en soi à regarder ce que font les autres pour apprendre. Le défi est de savoir quelles pratiques ou quels conseils il faut suivre. Heureusement, il existe un simple test que vous pouvez utiliser pour trouver exactement quels QUOI et COMMENT sont les bons pour vous. Il s’agit d’une simple métaphore appelée le test du céleri." (Commencer par pourquoi, Chapitre 10)

Ce « test de céleri » a une base simple : pour choisir quels sont les exemples sur lesquels vous pouvez vous appuyer ou les innovations que vous pouvez faire dans votre entreprise, ne vous contentez pas de copier ce que font les autres. Passer chacune de ces propositions au crible de votre "pourquoi".

Si votre ambition est de manger sainement, vous opterez pour ceux qui vous proposent du céleri et non des M&Ms. En agissant avec cette boussole intérieure, vos décisions (et votre communication) s'aligneront sur vos croyances et vos objectifs fondamentaux.

Mais ce n'est pas tout ! Vous économiserez également du temps et d'autres précieuses ressources en évitant de vous éparpiller.

Partie 5 — Le plus grand défi est la réussite

11 — Lorsque le pourquoi devient vague

Dans ce chapitre, SImon Sinek discute de ce qui se passe lorsque les entreprises perdent de vue leur "pourquoi" d'origine. Deux exemples éminents, Volkswagen et Walmart, servent à l'auteur pour nous mettre en garde.

Volkswagen, qui signifie littéralement « voiture du peuple », a construit une image de marque autour de voitures fiables et abordables pour tout le monde. L'emblématique VW Beetle représentait la liberté et une vie simple et insouciante. Cependant, lorsque Volkswagen a sorti la VW Phaeton pour un public très aisé, elle a contredit son propre "pourquoi" et n'a pas réussi à trouver un écho auprès des consommateurs.

Walmart connait sensiblement la même histoire. L'enseigne s'adresse historiquement à des personnes aux revenus modestes. À la mort de son fondateur, l'entreprise se restructure et opte pour une politique impitoyable auprès de ses fournisseurs et ses employés notamment. Sa réputation en pâtit très fortement et elle perd ce qui faisait sa raison d'être.

Rester attaché à sa cause ou à sa croyance s'avère être le véritable test de l'intégrité d'une organisation.

12 — Une rupture peut survenir

Chaque entreprise évolue selon un cycle de vie déterminé :

La passion des débuts ;

Les risques pour faire vivre concrètement cette vision ;

La solidification de structures pour la faire "tenir" et la transformer en "mission".

L'entreprise peut devenir une référence et entrer dans le cœur de tous ou bien oublier son "pourquoi" (voir plus haut). La croissance comporte elle-même ses risques.

Pour de nombreuses entreprises, une « rupture » entre le "pourquoi" et le "comment" se produit au fur et à mesure qu'elles ont de plus en plus de succès. L'auteur définit cette rupture comme ce qui se passe lorsque le « pourquoi » et le « quoi » divergent.

Au fur et à mesure que les entreprises grandissent et se globalisent, la prise de décision se décentralise. Il n'est pas rare, alors, que les collaborateurs — voire les cadres eux-mêmes — perdent de vue le "pourquoi" de l'entreprise. Ils ne commencent à compter que sur le "quoi" pour éclairer leurs décisions.

Partie 6 — Découvrir pourquoi

13 — Les origines du pourquoi

Devez-vous réellement faire des études de marché pour connaître vos clients et trouver votre niche ?

Simon Sinek met cette théorie classique de la création d'entreprise en question. Selon lui, la vision du fondateur doit primer sur l'adaptation au consommateur. Le "pourquoi" ne ressort pas de statistiques, de sondages ou d'entretiens approfondis avec les clients et les employés.

Une fois que celui-ci est trouvé, le défi consiste à rester fidèle à soi-même face aux pressions extérieures et à l'évolution de la situation.

Simon Sinek révèle également les origines de ce livre. Selon lui, elles sont justement à trouver dans son propre échec à rester fidèle au « pourquoi » de sa première entreprise.

Lorsqu'il commença son activité d'entrepreneur, il était rempli d'excitation et de fierté car son entreprise avait survécu au-delà des trois premières années — ce qui est un succès en soi, considérant que 90 % des entreprises font faillite dans les 3 ans qui suivent leur création.

Cependant, au fur et à mesure que l'entreprise se développait, il se rendit compte que sa passion déclinait et que l'entreprise se transformait pour lui en une routine désagréable.

L'auteur explique alors que cet ennui, mais aussi son manque de confiance en lui-même et sa trop grande faiblesse à l'égard de ses concurrents l'ont incité à se lancer dans une analyse approfondie de ce qui distinguait sa propre expérience entrepreneuriale des entreprises plus prospères.

Il a tout particulièrement cherché à comprendre pourquoi des entreprises comme Apple surpassent systématiquement leurs rivaux. C'est alors qu'il a identifié un fil conducteur qui lui a permis de concevoir le cercle d'or présenté au premier chapitre.

Peu à peu, il a reconnu que ses propres difficultés découlaient d'une perte de son « pourquoi ». Trouvant que son analyse était pertinente, il s'est décidé à la partager avec autrui. Et c'est comme ça que tout a recommencé et qu'il a connu, cette fois, le succès !

14 — La nouvelle concurrence

Simon Sinek part d'une distinction essentielle pour penser la concurrence : celle contre les autres et celle contre soi-même.

Si vous (ou votre organisation) êtes en concurrence avec le monde, vous aurez des difficultés à trouver du soutien et à ne pas vous essouffler dans la durée. Vous chercherez à améliorer vos produits et services, mais au prix d'une course épuisante et sans fin.

Cependant, si vous (ou votre entreprise) êtes en concurrence avec vous-même, vous chercherez avant tout à améliorer vos réalisations antérieures, sans être constamment dans la comparaison. Vous pourrez plus aisément attirer les autres à vous et collaborer avec eux, ce qui diminuera la pression et la fatigue.

Cette "nouvelle concurrence" (celle contre soi-même) vous oblige à conserver votre vision, tout en l'affinant et la transformant. La concurrence classique nous amène à trop regarder à l'extérieur et à perdre notre spécificité. La nouvelle, au contraire, nous impose de regarder toujours davantage en nous-mêmes.

Seules les plus grandes conservent cette clarté sur leur « pourquoi », année après année. Oui, le chemin vers un succès durable réside dans le fait de commencer par pourquoi et de rester attaché à sa vision, tout en s’attachant à s’améliorer de façon continue.

Une entreprise fidèle à sa vision se simplifie la vie de bien des manières :

La qualité de ses décisions est accrue ;

La loyauté de ses membres s'approfondit ;

La confiance du public est durable.

L'optimisme et l'innovation font partie intégrante de sa culture.

Postface — Faites partie de ce mouvement, partagez votre vision du monde

                                                 Le cercle d'or de Simon Sinek. Source : Wikipedia

Conclusion sur "Commencer par pourquoi : comment les grands leaders nous inspirent à passer à l'action" de Simon Sinek :

Ce qu’il faut retenir de "Commencer par pourquoi : comment les grands leaders nous inspirent à passer à l'action" de Simon Sinek :

Une chose est sûre : Simon Sinek sait présenter sa pensée. D’ailleurs, si vous n’avez toujours pas vu la vidéo YouTube de sa présentation TED, c’est le moment ! Ce livre en est la continuation et l’approfondissement.

Sa théorie du "cercle d'or" lui permet de développer son argument central, selon lequel le but d'une personne ou d'une organisation est la clé de sa réussite.

Dans Commencer par pourquoi, Il affirme que les individus et les organisations influents commencent toujours par exposer clairement « pourquoi » ils font ce qu’ils font, puis qu’ils vont progressivement vers l’extérieur pour expliquer « comment » ils accomplissent cet objectif et — enfin — ce (« quoi ») qu’ils font pour l’accomplir.

Commencer par pourquoi est particulièrement important pour au moins 3 raisons :

Inspirer et motiver plus efficacement les autres.

Donner un cap pour les décideurs et les cadres qui doivent maintenir une cohérence au fil du temps.

Accroître la fiabilité et, ce faisant, la confiance des clients et des parties prenantes.

Contribuer à une plus grande résilience de l'individu ou de l'organisation, puisque le but sert d'ancre en période d'incertitude ;

Fournir un héritage durable, qui va au-delà du simple succès immédiat ou du profit.

Tout au long de Commencer par pourquoi, Simon Sinek prend des exemples dans les mondes de l’entreprise, mais aussi de la politique. À ce titre, ses deux exemples phares sont Apple et le Dr. Martin Luther King Jr. Ce dernier a profondément influencé le Mouvement pour les droits civils en clamant un « pourquoi » clair et puissant (le fameux discours « I have a dream » ou « J’ai un rêve », prononcé en 1963).

Points forts :

Un livre court, mais très clair et bien construit ;

Des exemples qui permettent de bien comprendre le propos ;

Une théorie assez simple, qui peut être facilement mise en application pour les autoentrepreneurs.

Point faible : 

Quelques répétitions.

Ma note :

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Thu, 23 May 2024 17:00:00 +0200 http://www.olivier-roland.fr/items/view/12863/Commencer-par-pourquoi
12 nouvelles règles pour une vie au-delà de l’ordre http://www.olivier-roland.fr/items/view/12858/12-nouvelles-rgles-pour-une-vie-au-del-de-lordre

Résumé de « 12 nouvelles règles pour une vie au-delà de l’ordre » de Jordan B. Peterson : le dernier ouvrage de l’un des penseurs les plus influents du développement personnel et de la psychologie outre-Atlantique — à ne mettre dans vos mains que si vous avez vraiment envie de vivre pleinement votre vie !

Par Jordan B. Peterson, 2021.

Titre original : « Beyond Odrer: 12 More Rules for Life », 2020.

Chronique et résumé de « 12 nouvelles règles pour une vie au-delà de l'ordre » de Jordan B. Peterson

Introduction

Contrairement à son précédent livre, 12 Règles pour une vie : un antidote au chaos, Jordan B. Peterson propose ici de réfléchir à ce que le désordre (le chaos) peut avoir de bon et de positif dans nos existences quotidiennes.

Son premier livre était une partie du chemin : une méthode pour vivre mieux en s'organisant le plus efficacement possible. Mais ici, il nous fait faire un pas de plus et découvrir comment accepter la part de désordre et d'incertitude pour rester ouvert à la nouveauté et à la créativité.

L’auteur commence par raconter sa descente aux enfers après la publication de son premier ouvrage. Sa femme et sa fille ont connu des problèmes de santé assez graves. En outre, lui-même s’est retrouvé face à une addiction aux benzodiazépines qu’il n’a réussi à traiter que très difficilement, au cours de longs mois de souffrance.

Pour Jordan B. Peterson, ces expériences sont compliquées et douloureuses, et il ne s’agit pas de les nier. Mais il n’est pas non plus opportun de se couper de ce qu’il y a de fort en nous ; ce qu’il nomme notre « part héroïque ».

"Tous ces malheurs ne forment que la moitié sombre de l'histoire de l'existence et ne tiennent aucun compte de l'élément héroïque de la rédemption ni de la noblesse de l'esprit humain qui requiert qu'on lui confie un minimum de responsabilités. C'est à nos dépens que nous méprisons cette partie de l'histoire, car la vie est si difficile que le fait de perdre de vue cette partie héroïque de l'existence pourrait nous coûter très cher." (12 nouvelles règles pour une vie au-delà de l’ordre, Introduction)

Règle 1 — Évitez de constamment dénigrer la créativité et les institutions sociales

Solitude et chaos

Parler avec autrui est capital pour mettre de l'ordre dans ses idées. C'est une leçon que l'auteur a clairement perçue grâce à l'un de ces patients. Lors des premières séances de psychothérapie avec Jordan B. Peterson, il était dépressif, très solitaire. Il ne parlait que de ce qui l'ennuyait.

Au fil des années, il a pourtant complètement changé. Il a fait de nombreux efforts, dans sa vie de tous les jours, pour se tourner davantage vers les autres. Il a peu à peu remis de l'ordre dans son existence grâce à la discussion qu'il menait avec eux et grâce au fait de les laisser voir ses talents.

La santé mentale comme institution sociale

La santé mentale ne vient pas seulement de l'harmonisation de nos différentes personnalités. Nous sommes ouverts sur le monde extérieur, que nous le voulions ou non. Autrement dit, la communauté a un grand rôle à jouer dans notre sentiment de bien-être au quotidien.

L'éducation :

Les loisirs ;

Les projets ;

Nos proches ;

Nos amours ;

Etc.

Voici des dimensions sociales de nos existences. Et tout cet « entourage » nous permet, d’une manière ou d’une autre, de rester en bonne santé mentale. En fait, les autres nous rappellent constamment quel est le « droit chemin » et celui à éviter. Comment ? Via du langage verbal et non verbal au cours de nos interactions avec eux.

De l'intérêt de désigner

Nous cherchons tous à attirer l'attention des autres. Lorsque nous désignons quelque chose (comme un bébé pourrait le faire), nous cherchons en même temps à attirer l'attention sur l'objet et sur nous-mêmes qui le montrons.

Les bébés — comme la petite-fille de l'auteur qui est prise pour exemple — ont besoin de montrer ce qui les intéresse pour recevoir une validation d'autrui.

"Si vous ne communiquez pas sur ce qui pourrait intéresser d'autres personnes, alors, la valeur de votre communication — voire la valeur de votre présence — risque d'être réduite au néant." (12 nouvelles règles pour une vie au-delà de l’ordre, Chapitre 1)

La parole est une forme plus complexe de désignation. Pour attirer l'attention de nos semblables, il y a peu de choses plus efficaces ! C'est d'ailleurs ce que savent très bien les copywriters…

Que devrions-nous désigner ?

Le langage exprime ce qui est acceptable ou non ; des valeurs sont déjà présentes dans les mots que nous employons. Souvent, nous ne nous en rendons pas compte. Nous cherchons à exprimer et à subvenir à nos besoins de façon correcte pour nous et pour les autres, au sein de la société dans laquelle nous vivons.

Nous coopérons les uns avec les autres pour ce faire. Mais nous sommes aussi en concurrence pour certains biens. C'est toute une organisation sociale qui en découle. Dans l'idéal d'une société bien organisée, chacun intervient là où il a plus de talent.

La hiérarchie qui découle de la structuration des besoins au sein d'une société est une institution sociale "qui rend en même temps possibles le progrès et la paix", dit Jordan B. Peterson.

De bas en haut

Nous intégrons tous progressivement le langage et, avec lui, les règles propres à une société. Nous entrons dans le jeu de la concurrence et de la compétition, d'abord avec les gestes, puis avec la parole.

Le jeu est un véritable microcosme social où nous expérimentons les règles. Au final, la vie et les sociétés elles-mêmes ressemblent à de grands jeux que nous jouons constamment.

L’objectif de tout joueur (ici, de tout être humain, donc) est de se rendre capable de participer au plus grand nombre de jeux possible. Ou plus exactement « d’être invité par le plus grand nombre à participer à une série de jeux ».

De l'utilité de l'Idiot

Il est tout à fait bienvenu d'être un "débutant". Nous devons tous en passer par là. Nous sommes tous, à un moment donné au moins, au bas de l'échelle. Cela peut nous apprendre l'humilité et la gratitude.

Les plus grands héros de nos mythes et fictions, de Harry Potter à Pinocchio en passant par Jésus Christ, ont tous commencé dans de piètres conditions et ont été exposés au danger. Mais c'est comme cela, à chaque fois, qu'ils apprennent à la fois qui ils sont et comment changer (ou s'adapter) au monde.

De la nécessité d'avoir des égaux

C'est parmi nos pairs que nous parlons le plus librement et que l'information circule le mieux. Entre supérieurs et inférieurs, il y a toujours du bruit ou des résistances à s'écouter l'un l'autre.

Parler entre amis, c'est-à-dire en égaux, est une chose essentielle dans l'existence. Et celle-ci implique le partage, qui s'apprend lui aussi au cours de l'enfance, comme le relate Jordan B. Peterson.

Recevoir et surtout donner son soutien sont des éléments positifs de la santé mentale (et ceux-ci influenceraient même sur la longévité). Éprouver les sentiments d'amitié renforce notre sentiment de sécurité et de sens, que ce soit dans la vie personnelle ou professionnelle.

Qui c'est le patron ?

Être une autorité dans son domaine n'a rien d'une honte. Au contraire ! Avoir de la "supériorité" dans une hiérarchie ne doit pas être considéré non plus avec mépris. Parfois, c'est le cas. Pourtant, savoir être un bon supérieur ou une autorité pour d'autres est quelque chose de très positif.

Ceux qui le cherchent ont de l'ambition, ce qui n'est pas la même chose que la "soif de pouvoir". Un bon patron ou supérieur hiérarchique se fonde sur l'autorité, c'est-à-dire sa compétence, et non sur le pouvoir (c'est-à-dire la force).

Bien sûr, les deux peuvent être mêlés, et parfois avec raison, mais il convient de les distinguer.

Les institutions sociales sont nécessaires… mais insuffisantes

Les institutions sociales et les hiérarchies sont essentielles pour grandir. Cela dit, il y a un paradoxe : les problèmes de la société changent et, parfois, les réponses apportées hier ne fonctionnent plus pour ceux-ci. Dans ce cas, que faire ?

C’est là où interviennent les esprits créatifs, qui valorisent le changement sur le statu quo. Ces personnes, souvent plus jeunes, viennent bouleverser les codes sociaux, les normes (et même parfois le langage).

« Comment établir un équilibre entre un conservatisme raisonnable et une créativité revitalisante ? », demande Jordan B. Peterson dans 12 nouvelles règles pour une vie au-delà de l’ordre.

De la nécessité d'un équilibre

Ni la créativité ni la discipline ne sont suffisantes. Les deux entretiennent une relation d'interdépendance que nous oublions trop souvent, en mettant uniquement l'accent sur l'une ou l'autre.

Pour être créatifs, nous avons besoin de suivre d'abord des règles, d'apprendre, justement, une "discipline" (que ce soit le piano, le tennis ou les mathématiques). Par ailleurs, la créativité a le grand mérite de venir renouveler l'efficacité des réponses habituellement apportées. Il nous faut les deux !

La personnalité en tant que hiérarchie… et capacité de transformation

"À quoi ressemble, alors, la personnalité qui permet d'établir un équilibre entre le respect pour les institutions sociales et la transformation créatrice ? Compte tenu de la complexité du problème, ce n'est pas facile de le déterminer. Pour cette raison, on préfère se tourner vers les histoires." (12 Nouvelles Règles pour une vie au-delà de l'ordre, Chapitre 1)

Plusieurs histoires sont mises en avant par l'auteur pour nous faire sentir la "personnalité idéale" qui parvient à joindre conservatisme et créativité. Notamment :

Harry Potter ;

Pocahontas ;

Jésus-Christ.

À chaque fois, les institutions sociales sont à la fois respectées et bafouées, mais toujours en vue de créer un monde meilleur, plus juste, plus sain et plus vivant.

Règle 2 — Imaginez qui vous pourriez devenir, et visez résolument cet objectif

Qui êtes-vous, et qui pourriez-vous devenir ?

Que serions-nous si nous n’avions pas eu cet accident, ce problème, etc. ? Nous avons tous le sentiment d’avoir du « potentiel » largement inexploité en nous. Mais comment le débloquer, et comment se donner une idée claire de ce que nous pourrions devenir ?

Jordan B. Peterson pense que cela est lié à deux choses, qui sont spécifiquement humaines.

Premièrement, nous nous racontons collectivement des histoires dans lesquelles nous mettons en scène des héros et des situations qui montrent ce dont nous sommes capables (ou des "nous" idéalisés).

Deuxièmement, nous sommes susceptibles d'apprendre toujours plus et de nous inspirer du passé pour développer nos propres luttes, nos propres combats (intérieurs ou collectifs).

Grâce à ces qualités, nous sommes en mesure d'avoir des guides pour notre développement personnel et social.

La naissance de l’inoubliable

"Une histoire inoubliable capte la quintessence de l'humanité et la condense, la transmet et la clarifie, mettant en lumière ce que nous sommes et ce que nous devrions devenir. Elle nous parle, attirant notre attention et nous poussant à l'imiter. Nous apprenons à voir et à nous conduire de la même manière que les héros de ces récits qui nous ont tant captivés." (12 Nouvelles Règles pour une vie au-delà de l'ordre, Chapitre 2)

Toutes ces histoires sont le fond dans lequel nous pouvons puiser pour comprendre comment agir au mieux et transformer ce chaos de sensations que nous éprouvons en force active et positive.

C'est pourquoi l'auteur utilise tant d'histoires et d'exemples tirés de la fiction dans les sections et les chapitres qui suivent.

Qui vous pourriez devenir 1 : Materia prima

La "matière première" est ce que les alchimistes utilisaient pour créer de l'or ou des métaux précieux (du moins essayaient-ils). Il existe toute une symbolique de l'alchimie et de la sorcellerie (que Jordan B. Peterson reprend via la saga Harry Potter, notamment) qui est utilisée par l'auteur pour expliquer le processus de transformation du potentiel.

Nous parvenons à transformer notre potentiel en une personnalité épanouie si nous réussissons à poursuivre de façon "franche et courageuse" ce qui est "à la fois significatif, dangereux et prometteur" en nous.

Qui vous pourriez devenir II : Le polythéisme dans le monothéisme, et l'apparition du héros vertueux

Jordan B. Peterson reprend plusieurs histoires, depuis le temps des mythes antiques et polythéistes jusqu'aux plus récents films, en passant par les paraboles et histoires religieuses des religions monothéistes.

Un exemple. Dans cette section, il passe de :

Enuma Elish (mythe mésopotamien) ;

Le mythe d'Horus en Égypte ;

L'histoire de Saint-Georges (christianisme) ;

Les récits de la Saint-Patrick (idem) ;

Le Hobbit de J.R. Tolkien ;

Avengers, le film de Marvel.

"Tous ces héros interprètent ce qui a sans doute été la plus grande découverte jamais faite par les ancêtres primordiaux de l'homme : si vous avez la vision et le courage (et un bâton solide, en cas de nécessité), vous pouvez chasser les pires serpents." (12 Nouvelles Règles pour une vie au-delà de l'ordre, Chapitre 2)

Qui vous pourriez devenir III : Héros, dragon, mort et résurrection

Ici, l'auteur revient sur l'histoire de Harry Potter — sa rencontre et sa bataille avec le Basilic — pour montrer tout l'intérêt de ce type d'histoire. Que nous apprend-elle, si nous suivons les symboles ?

Eh bien qu'au-delà de la bataille avec le serpent (le dragon ou le basilic, qui sont tous des reptiles), il y a une renaissance : nous devenons différents, plus forts qu'auparavant.

Comment passer à l'action

Nous passons à l'action le plus souvent sans nous en rendre compte. Lorsque nous sommes enfants, nous apprenons à agir à partir du jeu d'imitation que nous développons naturellement. Nous faisons "comme si".

Devenus adultes, nous utilisons le théâtre, mais aussi la littérature. Dans ce dernier cas, l'imitation ne passe plus par le corps directement, mais par l'imagination seule et les mots. Nous pouvons apprendre à imiter les modèles que nous imaginons grâce aux œuvres de fiction que nous lisons (et regardons sur nos écrans).

En l'occurrence, ceux-ci nous apprennent la chose suivante :

"Fixez-vous des objectifs. Choisissez la meilleure cible que vous soyez en mesure de concevoir. Approchez-vous-en tant bien que mal. Tout au long du chemin, relevez vos erreurs et vos idées fausses, affrontez-les et rectifiez-les. Soyez cohérent. Le passé, le présent, l'avenir… ils sont tous importants. Il vous faut organiser votre chemin. Vous devez savoir où vous êtes, afin d'éviter de reproduire vos erreurs passées." (12 Nouvelles Règles pour une vie au-delà de l'ordre, Chapitre 2)

C'est ce que font les héros qui se fixent un objectif ultime et cherchent à l'atteindre constamment, tout en restant modestes et ouverts quant à leurs compétences.

Règle 3 — Évitez de cacher dans le brouillard ce dont vous ne voulez pas

Ces fichues assiettes

Ne prenez pas l'habitude d'accepter les petites choses qui vous ennuient. Elles se répètent et peuvent rendre votre vie insupportable, voire mettre fin à de belles histoires. Mieux vaut les prendre à temps et accepter de se confronter à l'autre — de façon non violente et positive — lorsque cela est nécessaire.

Ça ne mérite pas que je me batte pour ça

Pour accepter de se confronter à ces proches et de s'affirmer dans la vie de tous les jours, encore faut-il savoir ce que nous voulons. L'auteur reprend l'histoire réelle d'une de ses patientes qui ne parvenait pas à se sentir chez elle dans sa propre maison.

En cause ? Elle avait laissé son mari tout décider et, pourtant, n'aimait pas ce qu'il avait choisi en termes de décoration. Peu à peu, cela lui avait rendu la vie impossible et elle ne se sentait pas heureuse, comme "prise au piège".

Mieux vaut donc parler en ayant un objectif clairement à l'esprit !

Corruption : action et omission

Nous nous aveuglons sur ce qui compte ou pas. Nous laissons souvent les choses aller, sans prendre le temps d'y réfléchir de façon plus profonde, ni d'agir en conséquence. Mais nous détournons également les soucis qui nous concernent de bien des manières. Freud, par exemple, en a souvent parlé comme des formes plus actives de "refoulement".

Et cela, pour une part, se comprend. Lorsque nous sommes mis face à de telles situations désagréables, nous avons une tendance naturelle à les évacuer. En outre, elles sont souvent enchevêtrées dans le reste de l'existence, et leur trouver une "solution claire" au problème peut être un exercice assez, voire très complexe.

Qu'est-ce que le brouillard ?

Certaines personnes peuvent avoir très peur de définir ce qu'elles veulent. Pourquoi ? Car elles ont peur d'elles-mêmes et de l'échec. Souvent pour de bonnes raisons, qui sont liées à des expériences passées.

Si c'est votre cas, vous êtes dans le "brouillard". Vous vous dissimulez vos émotions aussi bien que vos motivations et vous refusez catégoriquement d'y avoir accès. Pourtant, les émotions nous renseignent sur ce que nous voulons.

Accepter ses sentiments est difficile, mais mène à une vie plus dense et plus sereine. Vous ne vous laisserez pas prendre par l'optimisme béat (tout le monde est gentil) ou par le pessimisme noir (tout le monde va me tromper, et moi en premier lieu).

Prendre la responsabilité de ses émotions et les manifester conduit à une forme de confiance, fondée sur le courage. Vous savez qu'il est possible de se tromper (et d'être trompé), mais vous décidez malgré tout de vous engager — en vous réservant le droit de dire ce que vous ressentez.

Événements et souvenirs

Sortir de la confusion pour étudier consciemment les événements et les souvenirs que nous avons est l'une des choses les plus courageuses que nous puissions faire. Nous avons mille raisons de rester dans le "brouillard", mais cela ne nous aidera pas d'un pouce à avancer vers un mieux-être.

"Grâce à une recherche minutieuse et une attention soutenue, vous pourriez suffisamment faire pencher la balance vers l'opportunité et contre l'obstacle pour que votre existence, en dépit de sa fragilité et de la souffrance qu'elle vous procure, mérite réellement d'être vécue." (12 Nouvelles Règles pour une vie au-delà de l'ordre, Chapitre 3)

Règle 4 — Retenez que l'opportunité se cache là où l'on a démissionné de ses responsabilités

Devenez indispensable

Il est essentiel pour la santé mentale de trouver des choses importantes à faire. Cela peut être dans le travail ou dans d'autres secteurs de la vie (associative, par exemple).

Nous apprécions aussi être reconnus pour nos actions. Cela nous donne un sentiment d'être à notre place dans le monde.

Pour y parvenir, il importe d'oser entreprendre et exécuter des tâches qui nous semblent parfois difficiles à réaliser. Oser prendre sa place sur un lieu de travail ou dans une communauté, en surmontant la peur que cet engagement et ce travail impliquent.

Responsabilité et sens

Nous pouvons rester confortablement dans l'idée de la potentialité. Nous pouvons tout, comme Peter Pan. Mais quand nous nous engageons dans l'action, nous assumons des choix. En d'autres termes, nous réduisons nos potentialités.

Refuser de grandir, comme Peter Pan, cache quelque chose de noir, voire de suicidaire (voir p. 128). Se lancer dans l'aventure de la vie est bien plus positif. Même à un âge avancé, comme c'est le cas dans le récit biblique d'Abraham que relate également Jordan B. Peterson.

Sauvez votre père : Osiris et Horus

L'histoire d'Osiris et Horus, dieux de la mythologie égyptienne, est contée par l'auteur pour exposer le problème de la transmission et de la transformation. Horus, fils d'Osiris, est amené à régner. Mais il doit pour cela affronter son oncle, Seth, dieu des enfers.

La leçon qu'en tire le psychologue est ici ce qui nous intéresse le plus :

"Il n'est pas dans la nature de l'humanité de se recroqueviller, ni de se figer telle une proie sans défense ni de retourner sa veste et d'œuvrer pour le mal, mais d'affronter le lion dans sa tanière. C'est la nature de nos ancêtres : des chasseurs, défenseurs, bergers, voyageurs, inventeurs, guerriers et fondateurs de cités et de pays extrêmement courageux. C'est le père que vous pourriez secourir ; l'ancêtre que vous pourriez devenir. Vous le découvrirez au plus profond de vous." (12 Nouvelles Règles pour une vie au-delà de l'ordre, Chapitre 4)

Et qui cela pourrait-il bien être ?

Pour bien agir, il nous faut prendre en compte la répétition de notre action dans le temps. Cela peut être formulé de la façon suivante : si je répète ce comportement toute ma vie, serais-je heureux — et rendrais-je les autres autour de moi heureux ?

L'auteur montre que nous ne pouvons pas être très longtemps des êtres égoïstes agissant uniquement selon nos désirs du moment. Ça ne fonctionne tout simplement pas !

Prendre soin de soi, c'est au minimum être capable de prévoir cette répétition dans le temps et agir pour que notre "moi" futur vive dans de bonnes conditions. Il en va de même lorsque nous pensons à notre couple à la communauté tout entière.

Bonheur et responsabilité

Bien sûr, nous pourrions simplement chercher à répéter inlassablement des moments de plaisir (nourriture, sexualité, etc.). Ces délices de la vie s'en vont et reviennent avec une ardeur implacable. Mais ce court-termisme fait-il de nous des êtres heureux ?

Jordan B. Peterson ne le pense pas. Pourquoi ? Car nous savons que notre vie a une fin — la mort — et que nous voulons lui opposer des émotions positives plus durables, un sens de l'accomplissement qui soit plus profond que la fugacité des sensations agréables.

Cette façon d'envisager le bonheur passe par la responsabilité. C'est en assumant un objectif clair et à long terme que nous construirons une vie plus heureuse, au sens fort du terme. Prendre sa vie en main, voilà un geste responsable.

Acceptez un excédent de poids

"Votre existence commence à prendre du sens, dans les mêmes proportions que les responsabilités que vous acceptez d'assumer. C'est dû en grande partie au fait que vous vous efforcez désormais sincèrement de mieux faire les choses. Vous réduisez au minimum les souffrances inutiles. Vous encouragez vos proches, que ce soit par l'exemple ou la parole. Vous limitez la malveillance dans votre cœur comme dans celui des autres." (12 Nouvelles règles pour une vie au-delà de l'ordre, Chapitre 4)

Jordan B. Peterson n’explique pas vraiment le titre de cette section. Mais nous pouvons l’expliquer par la responsabilité. Celle-ci est un poids, mais c’est elle qui nous mène sur le chemin de l’aventure, celle de notre vie ! Alors, acceptons ce poids et mettons-nous en marche.

Règle 5 — Ne faites pas ce qui ne vous plaît pas

L'ordre pathologique au quotidien

Parfois, les systèmes hiérarchiques sont porteurs de mal-être, voire de domination et de manipulation. Ces ordres sont alors « pathologiques ». Pour y résister, que ce soit en entreprise ou dans la vie privée, il faut du courage et de la ténacité.

Jordan B. Peterson raconte comment l'une de ses patientes est parvenue à se défaire de relations toxiques au sein de la grande entreprise où elle travaillait. Plus tard, elle s'est même battue, en tant que journaliste, pour défendre ses idées sociales et politiques.

Notre conscience — dans le sens, ici, du sentiment moral et intellectuel que quelque chose ne va pas et que nous devrions le changer — nous oblige d'agir. Même si, trop souvent, nous nous résignons. Pourtant, seul le courage de mener à bien ces combats nous aide à rester dignes et confiants en nous-mêmes.

Renforcez votre position

C'est dans ce sens qu'il faut refuser de faire ce que nous ne voulez pas faire. Vous pouvez accepter de faire plus de travail si vous pensez que cela mènera à plus de reconnaissance. Mais ne faites pas des choses dont vous auriez honte et qui vont à l'encontre de votre sens moral.

Renforcer sa position au sein de l'entreprise (thème privilégié de ce chapitre) peut passer par la force du refus :

"Si, au travail, ce qu'on vous demande de faire vous pousse à vous mépriser, à vous sentir faible et honteux, à vous en prendre à ceux que vous aimez, à refuser de vous montrer productif, et à avoir l'impression que votre existence vous écœure, il est possible qu'il soit temps de méditer, de réfléchir, de mettre en place une stratégie et de vous mettre en situation de dire "non"." (12 Nouvelles Règles pour une vie au-delà de l'ordre, Chapitre 5)

Aspects pratiques

Une autre solution pourrait être de vous reconvertir ou de changer d'emploi dans le même secteur. Si vous pensez que vous pourriez vous faire renvoyer, c'est certainement une bonne stratégie.

Avez-vous peur de partir ? Demandez-vous quelle en est la cause… Et puis, souvenez-vous, tout choix comporte sa dose de risque. La lumière est peut-être au bout du tunnel !

Vous pensez que personne ne voudra de vous ailleurs ? Les conditions de recrutement sont dures. Mais vous ne devez pas prendre cela personnellement. Cela ne remet pas en cause votre valeur intrinsèque.

Ce sera peut-être l'occasion de faire le point sur vos compétences et de vous engager sur un nouveau chemin d'apprentissage.

Règle 6 — Renoncez à l'idéologie

Les mauvais endroits

La responsabilité est un thème qui fait mouche dans toutes les conférences données par Jordan B. Peterson. Il serait facile de penser le contraire. Ce n'est pas un thème facile. Et pourtant, il intéresse particulièrement le public. Pourquoi cela ?

Parce que les gens ont besoin de retrouver ce sens, cette capacité à être responsables. Ils le savent sans nécessairement pouvoir articuler leur pensée.

Peut-être est-il simplement endormi

Notre sens de la responsabilité s'est peut-être endormi. Nous avons réclamé des droits sans nous interroger sur nos devoirs. Nous avons critiqué toutes les hiérarchies, sans nous demander ce que nous pouvions (et devions) faire. Bref, nous n'avons fait que la moitié du chemin.

Le sens des responsabilités nous pousse à faire l'autre moitié. Mais pour cela, nous devons sortir de notre tendance à l'idéologie (endoctrinement dogmatique) et au nihilisme (désespoir de celui qui ne croit en rien).

L'attrait fatal de la fausse idole

Jordan B. Peterson met en garde contre ce qui lui apparaît comme de fausses idoles actuelles (souvent, des mots en "-isme"). Pour lui, le plus important est de ne pas se laisser abuser par des intellectuels qui construisent des théories réductrices.

Celles-ci considèrent en général qu'il y a un "grand méchant" qu'il faut combattre et que tous nos maux viennent de là.

Ressentiment

Avoir du ressentiment, c'est mettre la faute de nos ratés sur les épaules de ces "grands méchants" (patriarcat, économie, etc.). En fait, c'est se laisser influencer par l'idéologie, qui nous évite d'avoir à regarder en nous-mêmes.

Au lieu de cela, il est préférable d'avoir un peu d'humilité et de commencer par prendre soin de soi en se dotant d'objectifs à sa mesure. Si vous voulez, progressivement, lutter pour une cause qui vous dépasse, cela sera un bienfait pour tout le monde.

Mais ne commencez pas par dire que vous n'y pouvez rien "à cause du grand méchant".

Règle 7 — Travaillez aussi dur que possible dans au moins un domaine, et voyez ce qui se produit

La valeur de la température et de la pression

La température et la pression du sol transforment le charbon en diamant. Il en va de même, métaphoriquement parlant, avec les personnes. Si nous parvenons à unifier notre personnalité, grâce notamment à un environnement propice, nous pouvons devenir des êtres conscients et "lumineux".

La psychanalyse nous apprend que l'esprit est multiple et que l'unification n'est pas chose aisée. Lorsque nous sommes pris, surtout enfants, par de grosses émotions telles que la colère, ou encore lorsque nous ne parvenons pas à nous décider, nous échouons à présenter au monde un moi clair et unifié.

Pour Jordan B. Peterson, la solution consiste encore une fois en l'établissement d'objectifs que nous désignons comme tels :

"Avoir des objectifs clairs limite et simplifie le monde tout en réduisant l'incertitude, l'angoisse, la honte et les forces psychologiques autodévorantes libérées par le stress." (12 Nouvelles Règles pour une vie au-delà de l'ordre, Chapitre 7)

La pire des décisions

Quelle est la pire des décisions ? C'est de n'en prendre aucune. C'est de continuer à croire que tout est possible ou de devenir cynique en croyant, à l'inverse, que rien ne l'est.

Souvent, les personnes échouent ou abandonnent par manque de détermination. Certes, il y a parfois de réelles incompatibilités entre une personne et ses ambitions, ou encore un individu et un autre, par exemple.

Voici quelques domaines qui demandent de la détermination :

Le couple ;

La famille ;

Les amis ;

Le travail.

Pour Jordan B. Peterson, plus vous irez au bout des choses dans ces domaines, mieux vous vous sentirez.

Discipline et unité

La discipline équivaut à la pression et à la température dont nous parlions plus tôt dans le cas du diamant. Nous avons besoin, en tant qu'êtres humains, de discipline pour nous mener vers l'intégration psychique et sociale.

La discipline n'est donc pas en soi répressive ou négative. Bien au contraire. Lorsqu'un enfant joue, il s'autodiscipline en apprenant et en suivant des règles. Lorsqu'un adulte veut apprendre un métier, il doit faire de même.

La communauté familiale et amicale, pour l'enfant, ou la communauté professionnelle, pour l'adulte, sont là pour guider le débutant et s'assurer que l'apprentissage se réalise correctement.

Le dogme et l'esprit

"Si vous travaillez aussi dur que possible sur une tâche, vous changerez. Vous commencerez aussi à devenir une seule chose, au lieu de la multitude vociférante que vous étiez jadis." (12 Nouvelles Règle pour une vie au-delà de l'ordre, Chapitre 7)

N'ayez donc pas peur d'apprendre et de vous mêler à une tradition déjà existante. Apprendre des règles, suivre des règles, tout cela n'est pas contraire à la créativité et à la nouveauté. Au contraire, c'est en vous ordonnant vous-même que vous serez capable de faire advenir du nouveau dans le monde.

Règle 8 — Chez vous, essayez de décorer du mieux possible au moins une pièce

Il ne suffit pas de nettoyer sa chambre

Jordan B. Peterson est connu pour ses conseils sur le rangement. Dans son précédent ouvrage, il incitait les jeunes gens à ranger leur chambre avant de vouloir changer le monde. Et il réitère ici, mais va un cran plus loin.

Pour lui, il est essentiel de se connecter au beau et donc, à l'art. Il ne suffirait donc pas de nettoyer sa chambre, ou sa maison ; il faudrait aussi chercher à l'embellir.

Le territoire que vous connaissez, celui que vous ne connaissez pas et celui que vous n'imaginez même pas

Les artistes apprennent (et nous apprennent) à reconnaître ce que nous avons oublié de notre enfance, la façon dont nous voyions le monde à ce moment-là, pleine de mystères et de détails. Ils nous ouvrent aussi l'horizon vers d'autres territoires, ceux que nous ne connaissons pas (ou plus), et ceux que nous n'imaginerions même pas.

Et c'est pourquoi il est si important de leur réserver une place dans notre vie. Ils nous aident à voir plus loin, à oser là où nous n'osons pas. En cela, ils sont les "agents civilisateurs" du monde moderne. À l'avant-garde, les artistes et les innovateurs balisent le chemin que suivront, ensuite, les personnes plus conservatrices.

Une pièce

Le psychologue raconte des anecdotes sur sa maison, son goût pour la peinture impressionniste réaliste soviétique (oui, oui !), et ses tentatives de rénover son bureau à l'université.

Mais pour lui, une chose importe par-dessus tous ces exemples : ayez le courage de rendre au moins l'une de vos pièces de vie plus belle, plus travaillée que les autres. Et même si cela vous attire des ennuis ou des moqueries !

Pas de la décoration

L'art n'est pas de la décoration, mais une "exploration". C'est la raison pour laquelle certains artistes ne cherchent pas à faire du beau, mais à choquer, à repousser les limites, même (et volontairement) en suscitant des émotions négatives.

Ne vous trompez donc pas : il n'y a pas que la beauté de type impressionniste — esthétique que nous avons presque tous adoptée comme modèle du beau aujourd'hui — qui vaut le coup d'œil ! Choisissez des œuvres qui vous parlent et vous transportent au-delà de vous-même.

Règle 9 — Si de vieux souvenirs continuent à vous hanter, notez-les soigneusement, en intégralité

En avez-vous réellement terminé avec le passé ?

Nous avons tous, peu ou prou, été prédateur ou victime. Nous avons souffert et fait souffrir. Ces erreurs, voire ces horreurs, nous reviennent régulièrement en mémoire. Nous ressentons de la peur, de la honte ou encore de la culpabilité.

Il n'est pas facile de se dépêtrer de tels souvenirs. Mais nous devons pourtant faire quelque chose de ces expériences. Nous devons en apprendre quelque chose ; nous devons en tirer une leçon, une morale, afin de ne plus nous laisser aller à de tels agissements.

Évitez de répéter les mêmes erreurs

L'auteur relate l'histoire de l'une de ses patientes qui avait été maltraitée par son grand frère. Elle avait 4 ans et celui-ci 6. Elle voyait pourtant son frère comme une personne menaçante et forte et le considérait comme l'agresseur.

Le travail de Jordan B. Peterson fut (en une seule séance) de dévier le raisonnement en montrant que son grand frère était un enfant, comme elle. Ce qui était en cause était plutôt le manque de surveillance des parents (momentané ou récurrent).

En imaginant la scène de façon différente, la patiente put se libérer de son statut de victime qui l'encombrait et passer à autre chose.

Possédé par des fantômes

Jordan B. Peterson raconte ensuite l'histoire d'une autre patiente qui pensait être possédée par des fantômes. Elle parvint, grâce à l'aide du psychologue et à l'hypnose, à se libérer de ces démons du passé qui la hantaient.

Voici ce que relate l'auteur au sujet de sa guérison :

"Désormais, elle comprenait et admettait suffisamment les dangers potentiels qui l'entouraient pour se frayer un chemin dans la vie en toute sécurité. Il n'était plus nécessaire que ce qu'elle avait appris, mais refusait d'admettre, s'impose à elle de manière incarnée et spectaculaire. Elle avait compris que cela faisait partie de sa personnalité — de la carte qui la guiderait désormais dans ses actions —, et s'était libérée des fantômes qui la possédaient." (12 Nouvelles Règles pour une vie au-delà de l'ordre, Chapitre 9)

Malveillance incompréhensible

Un autre jeune homme suivi par Jordan B. Peterson avait été la victime de malveillance venue d'autres élèves. Il avait développé des symptômes psychotiques qui l'empêchaient de poursuivre sa scolarité.

Le fait de reprendre son histoire et de la raconter à quelqu'un (son psychologue) lui permit d'en comprendre mieux les ressorts et de tirer les leçons pour que cela ne se reproduise plus. Il reprit confiance en lui et décrocha son bac.

Réaliser son potentiel

Réaliser son potentiel passe par le fait de faire des choix. Et cela nous inquiète. Au quotidien, nous pouvons nous trouver perdus devant la montagne de questions et d'incertitudes qui nous attendent dans l'avenir. Face à cela, comment — et que — choisir ?

Ce libre arbitre humain, c'est-à-dire cette capacité de choisir ce que nous avons à faire, est essentiel. Nous nous l'attribuons à nous-mêmes et aux autres, lorsque nous considérons qu'ils sont responsables de leurs actes. À chacun de réaliser son potentiel en utilisant le libre arbitre de sa volonté.

Le verbe sauveur

L'auteur répète ici l'une de ses thèses centrales : la mise en récit de nos aventures nous aide considérablement à avancer dans la vie.

Que nous racontions ou que nous écoutions des histoires, celles-ci nous aident à structurer notre existence et à faire des choix (ou à les accepter, s’ils sont déjà faits) !

Règle 10 — Organisez-vous et appliquez-vous pour que votre relation reste romantique

Le rendez-vous romantique insupportable

L’auteur prévient : il n’est pas spécialiste des relations de couples. Mais il lui est arrivé de traiter ce problème lorsque cela était une demande expresse d’un patient et que c’était lié à sa thérapie.

Jordan B. Peterson insiste ici sur un point : en tant qu'adultes conscients, cherchant à vivre des relations longues et sereines, nous pouvons à tout moment tomber dans l'habitude, voire le ressentiment.

Pour éviter de nous laisser entraîner dans des relations négatives, nous devons travailler sur nous-mêmes et sur la relation. Quand bien même nous n'aimons pas les dîners romantiques, nous devrions peut-être nous efforcer d'apprendre à les vivre avec plaisir.

L'idée, assez connue, est la suivante : en y accordant du temps et de la patience, nous pouvons continuer à voir en l'autre des choses nouvelles :

"Avec un peu d'attention, il se peut que vous continuiez à découvrir, chez la personne que vous avez choisie, suffisamment de mystères pour maintenir l'esprit qui vous avait réunis au départ. Avec un peu d'attention, vous pourrez éviter chacun d'enfermer l'autre dans une boîte, le châtiment à portée de main s'il faisait mine d'en sortir, le mépris pour la prévisibilité qui en résulte et vous guette tous les deux." (12 Nouvelles Règles pour une vie au-delà de l'ordre, Chapitre 10)

Le ciment

Vous avez sans doute entendu la phrase : "le sexe est le ciment du couple". Mais pour l'auteur, le ciment du couple n'est pas le sexe. Les situations sont trop diverses pour que nous puissions affirmer une chose pareille.

Par contre, ce qui compte plus que tout est la confiance. En ayant confiance l'un dans l'autre, nous pourrons nous aider dans les moments les plus difficiles de nos existences respectives.

Le Christ dans le cierge

Ne nous leurrons pas : lorsque nous nous engageons dans un couple, via le serment du mariage notamment, nous ne le faisons pas en considérant que nous avons déjà trouvé la meilleure personne possible — et que, à partir de là, tout ira bien !

En réalité, il y a bien d'autres personnes qui auraient pu faire l'affaire. Et ce n'est même pas la question. Lorsque nous nous engageons, nous acceptons de construire une relation avec quelqu'un en sachant que cela va être dur, parce que nous sommes différents et pleins de défauts.

Comment s'en sortir ? En négociant de bonne foi, à propos de vos objectifs propres et communs.

Négociation, tyrannie et esclavage

Le psychologue résume les trois positions possibles (interchangeables) :

Le tyran = tu fais ce que je veux ;

L'esclave = je fais ce que tu veux ;

La négociation = cherchons un consensus sur ce que nous voulons.

Pour atteindre la négociation, il faut dépasser les "je ne sais pas ce que je veux", les larmes et, bien sûr, les insultes. La négociation n'est pas une partie de plaisir à court terme, mais c'est la voie la plus durable.

La gestion du ménage

L'auteur donne ici quelques conseils pratiques qui peuvent sembler éloignés du romantisme et qui, pourtant, lui permettent de perdurer.

Décider de questions prosaïques du quotidien comme "qui fait le lit et comment” (pour ne pas avoir à entrer dans des discussions interminables tous les jours sur ces sujets).

Choisir quelle est la carrière à faire passer en priorité.

Être clair sur les choix éducatifs des enfants.

Etc.

Pensez également à parler au moins une fois par semaine des sujets qui préoccupent votre partenaire, comme son travail, sa relation aux enfants ou ce que vous pourriez faire pour l'aider, etc.

Enfin, le romantisme

Tel est bien l'objet final de ce chapitre ! Retrouver le romantisme et le plaisir de vivre à deux. Jordan B. Peterson est fier de son ménage : plus de 30 ans de mariage, ce n'est pas rien.

Sur la base de cette expérience et de son métier, il propose en plus des conseils et réflexions ci-dessus de se consacrer au thème du romantisme de façon pragmatique. Au moins deux fois par semaine, cherchez à trouver un intermède romantique où vous pourrez surprendre ou séduire votre partenaire.

Il aborde aussi la question du célibat. Sa réponse est assez simple : organisez-vous pour trouver du temps pour vous et pour des rendez-vous galants. Préparez-vous et soyez à l'écoute. Trouver quelqu'un peut prendre du temps, mais c'est possible !

Vous voulez en lire plus sur l'amour et ses mystères ? Consultez par exemple notre chronique de L'art d'aimer d'Erich Fromm.

Règle 11 — Interdisez-vous la tromperie, l'arrogance ou le ressentiment

Le plus important, ce sont les histoires

Comment se prémunir contre la part obscure qui nous habite et que nous rencontrerons à plusieurs reprises dans notre existence ? Comment faire face, en particulier, à ce triptyque maléfique ?

La tromperie, c'est le fait de cacher des choses aux autres, de tricher, y compris avec soi-même.

L'arrogance, c'est le fait de considérer les autres avec mépris et de refuser tout apprentissage.

Le ressentiment, c'est le fait d'en vouloir aux autres, voire à la vie tout entière, pour ce que nous sommes.

Eh bien, c'est ici encore grâce aux histoires. C'est ce que Jordan B. Peterson nomme "l'histoire du théâtre humain" qui peut — si nous l'écoutons — nous renseigner sur ces attitudes et nous prémunir contre elles.

Les personnages éternels du théâtre humain

Voici quelques personnages (ou composantes) qui reviennent constamment dans les histoires. Ceux-ci font partie de notre histoire essentielle à tous :

Le dragon du chaos = la baleine dans Pinocchio, le cachot dans La Belle au bois dormant et bien d'autres… C'est l'endroit des possibles encore indéterminés, bons comme mauvais.

Nature : création et destruction = cette dynamique sans fin se retrouve partout et nous devons être initiés à la possibilité de la destruction assez tôt dans notre vie pour pouvoir y être préparés.

Culture : sécurité et tyrannie = les structures sociales et hiérarchiques qui apportent stabilité, communauté et sécurité, mais aussi risque d'étranglement et de folie destructrice.

L'individu : héros et adversaire = Caïn et Abel, et bien d'autres, représentent la division constante, dans les histoires, entre des figures positives et négatives.

Le ressentiment

"Vous éprouvez du ressentiment à cause de l'inconnu et de ses terreurs, parce que la nature conspire contre vous, parce que vous êtes victime de l'aspect tyrannique de la culture, et à cause de votre malveillance et de celle des autres." (12 Nouvelles Règles pour une vie au-delà de l'ordre)

C'est bien assez ! Le temps, la nature et la culture nous accablent, aussi bien que nous-mêmes et nos semblables. Comment, dans ces conditions, ne pas sombrer dans le ressentiment ? Mais, nous pouvons résister à cet état émotionnel.

Ce n'est pas simple, bien sûr. Mais cela passe par le courage (et les encouragements) et la sincérité.

La tromperie et l'arrogance

Nous pouvons tromper par :

Action, lorsque nous agissons expressément dans le but de tromper ;

Omission, lorsque nous nous abstenons de faire une action qui conduirait à la vérité.

La tromperie et l'arrogance ont plusieurs sources possibles. L'une d'entre elles est le manque de confiance en soi et de façon plus générale en l'humanité (pessimisme, voire cynisme).

Le risque existentiel de l'arrogance et de la tromperie

La tromperie et l'arrogance (qui lui est liée, puisqu'il s'agit de se tromper sur soi-même en se considérant à tort comme supérieur) créent un cercle vicieux. En fait, c'est une forme de dépendance, d'addiction.

"Lorsque vous vous livrez habituellement à la tromperie, vous construisez une structure qui ressemble beaucoup à celle qui prolonge la dépendance, surtout si vous vous en tirez, ne serait-ce que momentanément. La réussite du mensonge est gratifiante. Et si les risques étaient élevés et que vous ne vous êtes pas laissé prendre au dépourvu, cette récompense peut se révéler intense." (12 Nouvelles Règles pour une vie au-delà de l'ordre)

À votre place

Il n'y a pas d'autres alternatives que de se tourner vers les faces positives de l'individu, de la culture, de la nature et du temps. La confiance et le courage sont deux attitudes fondamentales que les héros de nos histoires favorites arborent et ce sont elles que nous devons travailler pour corriger nos défauts.

Règle 12 — Soyez reconnaissant malgré vos souffrances

Le bas peut permettre de définir le haut

Ce n'est bien souvent qu'après avoir fait l'expérience du mal (subi ou créé) que nous pouvons nous relever et véritablement prendre la mesure de l'existence. C'est l'expérience parfois terrifiante de la vie qui — si elle est comprise et courageusement surmontée — nous rend meilleurs.

L'esprit méphistophélique

Cet esprit, c'est celui qui nie et nous empêche de devenir qui nous voulons être explicitement. Il y a quelque chose en nous — des "démons" intérieurs — qui s'invite et déjoue nos plans. Nous procrastinons, nous changeons d'idée, etc. Et voilà que nos projets tombent à l'eau !

Plus profondément, nous avons en nous une tendance nihiliste à vouloir nier l'existence au profit du "rien". Plus de souffrance, mais plus non plus de joie, etc.

L'auteur insiste pourtant sur un point : même quand nous sommes face à la mort, en particulier d'un proche, il vaut la peine de rester fort et en vie. À la fois pour soi, pour les autres et celui qui part…

Et il en va finalement de même pour soi : malgré votre propre mortalité, apprenez à être fort et à affirmer la vie avec gratitude et reconnaissance.

Le courage et, au-dessus, l'amour

« C’est dans le cadre de cette entreprise impossible — cette décision d’aimer — que le courage se manifeste, permettant à ceux qui font de façon courageuse le choix de la difficulté, nécessaire pour agir pour le bien, même dans les pires moments. Si vous décidez d’exprimer les deux vertus de l’amour et du courage — simultanément et sciemment —, vous faites le choix de travailler à l’amélioration des choses et non à leur aggravation, même pour vous, même si vous savez qu’à cause de vos erreurs et de vos omissions, vous êtes déjà perdu aux trois quarts. » (12 Nouvelles Règles pour une vie au-delà de l'ordre, Chapitre 12)

Apprendre à aimer les autres dans toute leur complexité et leur fragilité sera l’un de vos plus beaux trésors. Et sera une part de votre antidote pour affronter les difficultés de la vie.

Conclusion sur « 12 nouvelles règles pour une vie au-delà de l'ordre » de Jordan B. Peterson :

Ce qu'il faut retenir de « 12 Nouvelles Règles pour une vie au-delà de l'ordre » de Jordan B. Peterson :

Voilà un livre de développement personnel qui va, pour ainsi dire, "au-delà" du pur manuel de trucs et astuces pour apprendre à mieux vivre et à s'organiser.

Il s’agit presque d’un livre de philosophie. Si vous aimez réfléchir en compagnie d’un auteur, c’est le livre idéal. Vous n’êtes pas obligé d’être d’accord avec toutes les idées, mais vous pourrez essayer de les comprendre et de voir comment elles s’accordent (ou pas).

Autre "plus" de ce livre : la référence aux films et aux nombreuses histoires et contes de notre enfance. Cet ancrage dans la fiction aide considérablement à rendre le propos plus vivant et nous fait, d'ailleurs, mieux comprendre son rôle également.

Vous n'avez pas besoin d'avoir lu 12 règles pour une vie : un antidote au chaos, pour vous lancer dans ce deuxième volume. Toutefois, cela ne peut pas faire de mal de savoir ce qu'il en avait déjà dit auparavant !

Points forts :

Une pensée originale et forte, qui donne envie de penser ;

De nombreux exemples de sa vie personnelle et professionnelle (avec ses patients) ;

Des analyses passionnantes de nombreux récits de fiction, mythes et histoires bibliques.

Points faibles : 

Si vous cherchez un manuel de développement personnel clé en main et facile à lire, ce n'est sans doute pas le meilleur choix.

Ma note :

★★★★★

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Thu, 16 May 2024 17:00:00 +0200 http://www.olivier-roland.fr/items/view/12858/12-nouvelles-rgles-pour-une-vie-au-del-de-lordre
Les formes de l’intelligence http://www.olivier-roland.fr/items/view/12849/Les-formes-de-lintelligence

Résumé de « Les formes de l’intelligence » de Howard Gardner : le livre classique — et polémique — de Howard Gardner, psychologue états-unien qui développe dans cet ouvrage sa fameuse théorie des intelligences multiples, abondamment reprise en éducation et en développement personnel, notamment.

Par Howard Gardner, 1997

Titre original : « Frames of mind », 1983.

Chronique et résumé de « Les formes de l’intelligence » de Howard Gardner

Quelques mots sur Howard Gardner

Howard Gardner est un psychologue de renommée mondiale né le 11 juillet 1943 à Scranton, en Pennsylvanie, aux États-Unis. Il est surtout connu pour sa théorie des intelligences multiples, qui a révolutionné notre compréhension de l’intelligence humaine.

Howard Gardner a obtenu son doctorat en psychologie du développement à l’Université de Harvard en 1971. Il y a ensuite enseigné et mené des recherches pendant de nombreuses années.

Sa théorie des intelligences multiples est exposée pour la première fois en 1983 dans son livre « Frames of Mind: The Theory of Multiple Intelligences . Il y soutient que l’intelligence ne peut pas être réduite à une seule capacité cognitive, mais plutôt qu’il existe plusieurs types d’intelligence.

Cette théorie a eu un impact significatif sur l’éducation en encourageant une approche plus diversifiée de l’enseignement pour répondre aux besoins individuels des élèves.

Parmi les autres ouvrages notables de Gardner, on peut citer :

Les Nouvelles Formes de la vérité, de la beauté et de la bonté. Pour les transmettre au XXIe siècle (2013)

Faire évoluer les esprits. En politique, dans l’entreprise et dans la vie privée (2007) ;

Les Personnalités exceptionnelles. Mozart, Freud, Gandhi et les autres (1999).

Howard Garner a reçu de nombreux prix et distinctions pour ses contributions à la compréhension de la cognition humaine. Il continue d’être une figure influente dans le domaine de la psychologie cognitive et de l’éducation.

À noter avant de commencer cette chronique : tous les noms des parties et des chapitres sont les noms originaux. Toutefois, afin de simplifier la présentation de ce livre assez technique et difficile, les intertitres à l'intérieur des chapitres ont été modifiés.

Introduction : L’idée d’intelligences multiples

Dès le départ, Howard Gardner met en avant l’idée que l’intelligence humaine est beaucoup plus complexe et diversifiée que ce que les tests traditionnels d’intelligence peuvent mesurer. Il souligne que l’intelligence ne devrait pas être réduite à une catégorie étroite, mais plutôt comprise comme une combinaison de diverses compétences et talents.

Il introduit la notion fondamentale selon laquelle l’intelligence peut se manifester de différentes manières à travers des « formes » ou « types » d’intelligence distincts. Ce point de départ met en lumière la nécessité de reconnaître et de valoriser la diversité des capacités humaines pour une meilleure compréhension de notre potentiel intellectuel.

Première partie — Le contexte

Chapitre 1 — L’intelligence : les théories classiques

Dans ce chapitre, Howard Gardner explore les théories classiques de l’intelligence qui ont influencé la psychologie cognitive et l’éducation pendant de nombreuses années. Il remet en question l’idée qu’une seule forme d’intelligence puisse être mesurée de manière exhaustive et défend l’idée que l’intelligence est plus complexe et diversifiée que ce que ces théories suggèrent.

Passage en revue des auteurs classiques

Howard Gardner évoque, entre autres :

La théorie de l’intelligence générale développée par Charles Spearman.

La théorie de la structure mentale multiple de Louis Thurstone.

Il donne une place particulière aux travaux de Jean Piaget, un psychologue suisse célèbre pour ses travaux sur le développement cognitif des enfants. Howard Gardner discute de son approche en ce qui concerne la compréhension de l’intelligence et du développement intellectuel.

Il reconnaît l’importance des travaux du chercheur suisse et de sa théorie du développement cognitif, qui a grandement influencé la psychologie du développement. Pour ce dernier, les enfants passent par différentes étapes de développement cognitif, chacune caractérisée par des modes de pensée spécifiques.

Ces étapes/périodes sont les suivantes :

Sensorimotrice ;

Préopératoire ;

Opérations concrètes ;

Opérations formelles.

Nouveaux développements

Malgré son importance, cette théorie est insuffisante, selon Howard Gardner. L’auteur développe plutôt l’idée selon laquelle :

Le développement intellectuel peut être réduit à un ensemble d’étapes universelles ;

Les individus peuvent développer diverses formes d’intelligence indépendamment les unes des autres.

Howard Gardner met également en évidence l’importance de l’interaction entre la biologie, la culture et l’expérience dans le développement de l’intelligence. Il suggère que l’approche de Piaget, bien qu’utile pour comprendre le développement cognitif des enfants, ne tient pas pleinement compte de la complexité de l’intelligence et de la manière dont elle se manifeste à travers diverses formes.

Finalement, l’auteur soutient que sa théorie des intelligences multiples est plus holistique et réaliste que les théories classiques, car elle reconnaît la diversité des talents humains. Il insiste sur l’importance de cette approche dans l’éducation, encourageant les enseignants à reconnaître et à développer les différentes formes d’intelligence chez leurs élèves.

Chapitre 2 — Les fondements biologiques de l’intelligence

Dans ce chapitre, Howard Gardner explore les bases biologiques de l’intelligence, en examinant comment le cerveau et le système nerveux sont liés à nos capacités cognitives. Il soutient que l’intelligence ne peut être pleinement comprise sans tenir compte de son substrat biologique.

Neurones et gènes

L’auteur commence par discuter de la complexité du cerveau humain, qui est composé de milliards de cellules nerveuses interconnectées appelées neurones. Il explique que l’intelligence émerge de l’interaction entre ces neurones et que chaque individu possède une architecture cérébrale unique qui influence son intelligence.

L’auteur aborde ensuite le rôle des gènes dans la détermination de l’intelligence. Il reconnaît que la génétique joue un rôle important dans la détermination de certaines aptitudes cognitives, mais il insiste sur le fait que l’environnement et l’expérience jouent également un rôle crucial dans le développement de l’intelligence.

Howard Gardner examine également les différences de structure cérébrale entre les individus, en particulier en ce qui concerne les zones du cerveau associées à des compétences spécifiques. Par exemple, il discute des découvertes en neurosciences qui montrent que la région du cerveau associée à la mémoire, l’hippocampe, est essentielle pour les processus de mémorisation.

Plasticité du cerveau humain

L’auteur souligne que le cerveau est hautement plastique, ce qui signifie qu’il a la capacité de changer et de s’adapter en réponse à l’expérience et à l’apprentissage. Il insiste sur l’importance de l’éducation dans la formation et le développement de l’intelligence, car elle peut influencer la structure et la fonction cérébrale.

Howard Gardner aborde également la question de l’intelligence animale et examine les similitudes et les différences entre l’intelligence humaine et celle d’autres espèces. Il explore comment les animaux utilisent leur intelligence pour résoudre des problèmes, communiquer, et s’adapter à leur environnement. Finalement, le psychologue souligne que l’intelligence est une propriété complexe qui émerge de l’interaction entre ces facteurs et que le cerveau est hautement plastique, ce qui signifie qu’il peut se modifier en réponse à l’expérience et à l’apprentissage.

Idée : avant d'aller plus loin, découvrez ces citations sur l'intelligence pour vous faire une meilleure idée de la théorie de Howard Gardner.

Chapitre 3 — Qu’est-ce qu’une intelligence ?

Dans ce chapitre, Howard Gardner commence par remettre en question la définition traditionnelle de l’intelligence, souvent associée à des capacités cognitives telles que la mémoire, la résolution de problèmes mathématiques et la compréhension verbale. Il soutient que cette définition est trop étroite et ne tient pas compte de la diversité des compétences humaines.

Une définition de l’intelligence

L’auteur propose ensuite sa propre définition de l’intelligence. Selon Howard Gardner, l’intelligence est :

« [U] ne capacité ou un ensemble d’aptitudes qui permet à une personne de résoudre des problèmes ou de concevoir des produits qui soient importants dans un certain contexte culturel. » (Les formes de l’intelligence, Chapitre 3)

Il insiste sur le fait que cette définition reconnaît la variété des formes d’intelligence, de l’intelligence linguistique à l’intelligence musicale en passant par l’intelligence spatiale.

Howard Gardner explore également l’idée que l’intelligence peut être située dans un contexte culturel. Il soutient que ce qui est considéré comme une intelligence précieuse peut varier d’une culture à l’autre, ce qui signifie que l’intelligence ne peut pas être complètement décontextualisée.

Par ailleurs, le psychologue aborde également la question de la mesure de l’intelligence. Il critique les tests de quotient intellectuel (QI) traditionnels, qui sont souvent basés sur des compétences cognitives spécifiques, et qui négligent d’autres formes d’intelligence. Il propose que des évaluations plus nuancées soient créées afin de mieux refléter la diversité des talents des individus.

Conditions nécessaires

Howard Gardner discute des « conditions nécessaires » de l’intelligence en se référant aux éléments essentiels qui doivent être réunis pour qu’une compétence particulière soit considérée comme une forme d’intelligence.

Gardner soutient que pour qu’une compétence soit reconnue comme une intelligence distincte, elle doit répondre aux conditions suivantes.

Potentiel biologique ou cérébral : l’auteur suggère que chaque forme d’intelligence doit être associée à un potentiel biologique ou cérébral spécifique. Par exemple, l’intelligence musicale peut être liée à des zones du cerveau impliquées dans la perception et la création de la musique.

Capacité à résoudre des problèmes ou à créer des produits : une forme d’intelligence doit inclure la capacité à résoudre des problèmes ou à créer des produits qui sont valorisés dans une culture donnée. Par exemple, l’intelligence mathématique implique la résolution de problèmes mathématiques, tandis que l’intelligence artistique implique la création d’œuvres artistiques.

Existence au sein de différentes cultures : Howard Gardner considère qu’une forme d’intelligence doit être présente et reconnue dans différentes cultures. Il souligne ainsi que les formes d’intelligence ne sont pas limitées à une seule culture ou société.

Apprentissage et développement possibles : il insiste sur le fait qu’une forme d’intelligence doit être susceptible d’être développée et améliorée grâce à l’apprentissage et à l’expérience. Cela signifie que les individus ont la capacité de développer leurs intelligences dans des domaines qui les intéressent ou qui sont importants pour eux.

En résumé, ces conditions nécessaires se réfèrent aux critères qui doivent être satisfaits pour qu’une intelligence soit reconnue comme distincte et valide au sein de sa théorie des intelligences multiples. L’auteur cherche ainsi à définir et à légitimer les différentes formes d’intelligence qu’il identifie dans sa théorie.

Deuxième partie — La théorie

Chapitre 4 — L’intelligence linguistique

L’intelligence linguistique, selon Howard Gardner, se définit par la capacité à manier les mots avec finesse et à décoder les subtilités du langage. Elle s’épanouit particulièrement dans des domaines tels que l’écriture, l’édition, et la traduction.

Cette forme d’intelligence englobe aussi bien la réception de stimulations linguistiques (l’écoute et la lecture) que la création proprement dite de langage (la parole et l’écriture). Plus que cela, elle consiste à saisir comment le langage peut influencer les émotions, une compétence cruciale pour les poètes, les politiciens ou les romanciers, par exemple.

L’intelligence linguistique se traduit par la capacité à comprendre autrui et à articuler ses propres pensées, qu’elles s’expriment dans la langue maternelle ou dans d’autres langues. Elle occupe une place de choix dans l’éducation, souvent mise en lumière aux côtés de l’intelligence logico-mathématique.

Exemples

Que ce soit chez les auteurs, les traducteurs, ou les orateurs, l’intelligence linguistique est la muse qui guide ceux qui manient le langage à l’écrit ou à l’oral. Elle s’incarne notamment dans :

La parole des avocats ;

La plume des écrivains ;

Plus généralement dans la voix de ceux qui lisent, parlent, résolvent des problèmes, créent, et comprennent grâce au pouvoir des mots.

Chapitre 5 — L’intelligence musicale

L’intelligence musicale, selon Howard Gardner, représente la capacité humaine à appréhender, créer et interpréter la musique sous diverses formes, notamment les rythmes, les mélodies et les motifs musicaux.

Cette forme d’intelligence englobe à la fois des processus actifs et passifs, ce qui signifie qu’elle s’exprime non seulement dans la pratique musicale, mais aussi dans l’appréciation de la musique.

Les individus dotés d’une intelligence musicale développée sont capables de jouer d’un instrument de musique, de chanter ou de composer de manière compétente, ce qui reflète la composante active de cette intelligence.

Ils peuvent créer des compositions originales, interpréter des partitions musicales, et comprendre la structure et la signification émotionnelle des œuvres musicales.

La composante passive de l’intelligence musicale réside dans la capacité à écouter, apprécier et comprendre la musique en tant qu’auditeur. Les personnes ayant cette intelligence sont sensibles aux nuances musicales, capables de distinguer les différents instruments et timbres, et d’analyser les modèles musicaux et les harmonies présents dans une pièce musicale.

Exemples

L’intelligence musicale est particulièrement développée et essentielle chez :

Les musiciens professionnels ;

Les compositeurs et les artistes musicaux.

Cependant, elle ne se limite pas à ces groupes. Toute personne, qu’elle soit ou non musicienne, peut avoir une intelligence musicale, bien que son niveau de développement puisse varier.

Howard Gardner considère que l’intelligence musicale est cruciale pour comprendre le rôle de la musique dans la culture humaine. Elle permet d’exprimer des émotions et des idées de manière unique, de communiquer avec les autres à travers la musique, et de développer une appréciation profonde de cet art.

L’intelligence musicale peut également être liée à d’autres formes d’intelligence, comme l’intelligence interpersonnelle (capacité à collaborer avec d’autres musiciens) et l’intelligence linguistique (par le biais des paroles de chansons).

Intelligence et créativité font bon ménage et sont souvent synonymes.

Chapitre 6 — L’intelligence logico-mathématique

L’intelligence logico-mathématique permet de soulever — et de solutionner — des questions de nature logique ou mathématique. C’est la capacité à faire usage des nombres afin de venir à bout de problèmes quantitatifs ou logiques.

Si vous avez une bonne intelligence logico-mathématique, vous serez capable de calculer bien sûr. Mais ce n'est pas tout. Vous pourrez également :

Mesurer ;

Faire preuve de logique ;

Résoudre des problèmes mathématiques ;

Faire des investigations scientifiques ;

Classer des objets.

Exemples

L’intelligence logico-mathématique est, selon le psychologue, particulièrement utile dans :

Les sciences :

Mais aussi dans les affaires ;

Ou encore en pharmacie et en médecine.

Toutefois, Howard Gardner remarque qu’une partie du problème concernant le QI et l’intelligence aujourd’hui vient du fait que nous avons privilégié cette intelligence logico-mathématique au détriment des autres.

Chapitre 7 — L’intelligence spatiale

Cette forme d'intelligence représente la capacité humaine à comprendre et à manipuler l’espace qui nous entoure. Elle englobe diverses compétences. Lesquelles ? Notamment la capacité à :

Naviguer efficacement dans un milieu donné ;

Percevoir les rapports entre objets au sein d'un espace ;

Créer des images mentales des objets en mouvement.

L'intelligence spatiale permet à un individu de visualiser la continuité d’une image lorsqu’elle est en rotation ou de former un plan spatial mental.

Un exemple concret de l’application de l’intelligence spatiale se manifeste lorsqu’il s’agit d’organiser des objets dans un espace limité. Par exemple : disposer des valises de manière optimale dans le coffre d’une voiture… Ou encore de concevoir un itinéraire pour se rendre d’un point A à un point B de manière efficace.

Exemples

Cette forme d’intelligence intervient également dans des domaines tels que :

L’architecture, où les architectes doivent concevoir des espaces fonctionnels et esthétiques ;

La menuiserie, qui nécessite la compréhension des dimensions et des assemblages spatiaux ;

L’urbanisme, où la planification de l’utilisation de l’espace urbain est essentielle.

En mathématiques, l’intelligence spatiale est également précieuse, car elle aide à comprendre et à résoudre des problèmes géométriques complexes. De plus, dans des jeux comme les échecs, elle permet de prévoir les mouvements des pièces sur l’échiquier. Une aide cruciale pour élaborer des stratégies gagnantes !

Howard Gardner considère que l’intelligence spatiale est l’une des intelligences multiples qui font partie de la palette de compétences humaines. Elle est importante car elle permet de comprendre et de maîtriser l’espace qui nous entoure. Elle offre également un aperçu de la manière dont les individus perçoivent et interagissent avec leur environnement.

Chapitre 8 — L’intelligence kinesthésique

Dans la perspective de Howard Gardner, l’intelligence corporelle-kinesthésique représente la capacité d’exercer un contrôle précis sur les mouvements du corps, que ce soit dans des activités sportives, artistiques, ou dans l’expression d’idées et de sentiments à travers des gestes physiques.

Cette forme d’intelligence permet à un individu de coordonner son corps de manière experte pour atteindre des objectifs spécifiques, que ce soit en exécutant une danse complexe, en pratiquant un sport de haut niveau, en réalisant une intervention chirurgicale délicate, ou en créant des œuvres artisanales d’une grande finesse.

Howard Gardner a souligné dans certaines de ses publications ultérieures que l’intelligence corporelle-kinesthésique se développe principalement grâce à une pratique intensive et à l’acquisition d’une expertise. En d’autres termes, elle s’enrichit avec l’expérience et la répétition, permettant à une personne de maîtriser des compétences motrices complexes au fil du temps.

Exemples

Les professions qui exigent une utilisation prépondérante de cette intelligence incluent donc les :

Danseurs, qui doivent exécuter des mouvements gracieux et complexes ;

Athlètes professionnels, qui doivent contrôler leur corps pour exceller dans leur sport ;

Chirurgiens, qui nécessitent une précision millimétrique lors des interventions médicales ;

Artisans, qui créent des objets avec une dextérité exceptionnelle.

En fin de compte, l’intelligence corporelle-kinesthésique témoigne de la capacité humaine à maîtriser les mouvements de son propre corps de manière hautement spécialisée. Elle est le fruit d’une pratique soutenue et de la recherche de l’excellence dans ces domaines spécifiques.

Chapitre 9 — Les intelligences personnelles

L’intelligence intrapersonnelle

L’intelligence intrapersonnelle se révèle être un miroir intérieur, permettant à une personne de forger une image authentique et détaillée d’elle-même et de l’exploiter efficacement dans sa vie. Elle fait davantage appel à la sphère des images mentales qu’à celle du langage.

En somme, il s’agit de la capacité à déchiffrer ses propres émotions, à maintenir une connexion ouverte avec ses besoins et désirs personnels. Cette forme d’intelligence s’inscrit dans la tradition de l’introspection et de la psychologie analytique. Elle permet d’anticiper et de guider ses actions en fonction d’une connaissance approfondie de soi.

Il est important de noter que, bien que cela ne soit pas systématique, une personne dotée d’une intelligence intrapersonnelle élevée peut parfois être perçue par son entourage comme étant égocentrique.

Cette forme d’intelligence est étroitement liée à la sensibilité de l’individu envers ses propres potentiels, limites et émotions. Elle englobe la capacité de se comprendre soi-même, ainsi que la maîtrise de soi.

Dans les domaines du conseil, de la psychologie et de la psychiatrie, l’intelligence intrapersonnelle est grandement sollicitée et valorisée.

L’intelligence interpersonnelle

L’intelligence interpersonnelle se définit comme la capacité à comprendre autrui, à établir des communications efficaces, et à anticiper les comportements des individus. Elle permet à une personne d’interagir de manière appropriée et adaptée avec les autres, en reconnaissant les nuances de personnalité, de caractère et de motivations qui les animent.

Cette forme d’intelligence favorise l’empathie, la coopération, la tolérance, et même la capacité à influencer ou à manipuler subtilement les interactions.

Elle permet également de déchiffrer les intentions de quelqu’un, même si elles ne sont pas explicitement exprimées, ce qui est essentiel pour résoudre des problèmes liés aux relations interpersonnelles.

L’intelligence interpersonnelle est particulièrement prépondérante chez les individus charismatiques et atteint son apogée chez ceux dotés d’une grande empathie. Cette caractéristique est souvent observée chez les :

Enseignants ;

Thérapeutes ;

Leaders (politiques, religieux) ;

Commerciaux ;

Gestionnaires d’équipe.

Elle est un atout précieux pour la création de relations harmonieuses. Mais ce n'est pas tout : elle aide à la résolution de conflits et l’influence positive sur autrui, ce qui en fait une compétence cruciale pour réussir dans ces métiers.

Chapitre 10 — Une critique de la théorie des intelligences

Dans ce chapitre, Howard Gardner cherche à développer un regard critique sur sa propre théorie. Comment ? En la comparant à d’autres théories qui existent déjà. L’objectif est de montrer que cette nouvelle approche permet de comprendre plus de choses que celles qui lui ont précédé.

N'entrons pas ici dans les détails de ce chapitre technique. Nous pouvons retenir que le psychologue étudie plusieurs opérations cognitives dites « de niveau supérieur » telles que :

Le bon sens ;

L’originalité ;

La capacité métaphorique ;

La sagesse ;

Et enfin la conscience de soi.

Pour l’auteur, ces catégories anciennes cherchent à décrire, de façon trop générale et imparfaite, des segments de compétences qui appartiennent aux intelligences multiples étudiées plus haut.

Chapitre 11 — La socialisation des intelligences

Howard Gardner aborde la notion de la « socialisation des intelligences humaines » pour expliquer comment les individus développent leurs différentes formes d’intelligence à travers leurs interactions avec la société et la culture qui les entourent.

Cette idée est un élément clé de sa théorie des intelligences multiples.

Howard Gardner soutient que les intelligences humaines ne se développent pas de manière isolée. En fait, elles sont fortement influencées et façonnées par l’environnement social et culturel dans lequel les individus grandissent et évoluent.

Culture et société

Premièrement l’auteur soutient que la culture et la société ont une influence majeure dans la formation des intelligences. Les valeurs, les croyances, les pratiques, les normes et les attentes de la société contribuent à façonner la manière dont les individus développent et manifestent leurs compétences intellectuelles.

Par ailleurs, le psychologue met en avant l’idée selon laquelle l’apprentissage se fait nécessairement à travers l’interaction sociale. Howard Gardner souligne que de nombreuses formes d’intelligence sont développées à travers des rencontres entre personnes.

Par exemple, l’intelligence interpersonnelle, qui concerne la compréhension des autres et des relations sociales, se développe principalement — voire uniquement — dans le cadre des interactions avec d’autres individus.

Symboles et communication

Troisièmement, les symboles et la communication jouent un rôle crucial dans la socialisation des intelligences humaines. Les symboles comprennent le langage, les mots, les gestes, les signes, les images, la musique, etc. Ils sont utilisés pour communiquer des idées, des émotions, des connaissances et des valeurs au sein d’une culture donnée.

L’auteur avance par ailleurs l’idée que l’apprentissage se produit souvent par la médiation symbolique. Autrement dit, les individus acquièrent de nouvelles connaissances et compétences en utilisant des symboles pour représenter des concepts abstraits. Par exemple, l’apprentissage mathématique repose largement sur la manipulation de symboles numériques.

Diversité des cultures et donc des valorisations des intelligences

Enfin, Howard Gardner défend l’idée de la diversité culturelle des intelligences. Selon lui, il est évident que différentes cultures valorisent différentes formes d’intelligence. Par conséquent, la socialisation des intelligences peut varier d’une culture à l’autre, ce qui contribue à la diversité des talents humains à travers le monde.

Troisième partie — Implications et applications

Chapitre 12 : L’éducation des intelligences

Dans ce chapitre, Howard Garner souhaite proposer d’adapter et d’utiliser sa théorie dans le domaine de l’éducation. Pour ce faire, il propose de créer une grille d’analyse des processus éducatifs.

Il s’agit d’un outil conceptuel pour aider à évaluer comment les différents types d’intelligence, tels que ceux qu’il a identifiés dans sa théorie des intelligences multiples, peuvent être pris en compte dans le processus éducatif.

Cette grille vise donc à informer les éducateurs sur la manière d’adapter leur enseignement pour répondre aux besoins et aux forces cognitives diverses des élèves.

Les 5 principaux éléments ou étapes de la grille d'analyse

  1. Identification des intelligences présentes. La première étape consiste à identifier les types d’intelligence présents chez les élèves. L’enseignant doit reconnaître que chaque élève possède une combinaison unique de ces intelligences.

  2. Conception de l’enseignement adapté. Une fois que les intelligences des élèves sont identifiées, l’enseignant peut concevoir des activités et des méthodes d’enseignement qui prennent en compte ces différentes intelligences. Par exemple, si un élève excelle dans l’intelligence musicale, l’enseignant peut intégrer la musique dans l’apprentissage. Si un élève est fort en intelligence spatiale, des activités visuelles ou de résolution de problèmes spatiaux peuvent être proposées.

  3. Différenciation de l’enseignement. La grille d’analyse encourage la différenciation de l’enseignement, c’est-à-dire l’adaptation de l’enseignement pour répondre aux besoins spécifiques de chaque élève. Cela signifie que les élèves peuvent être regroupés en fonction de leurs forces cognitives pour travailler sur des projets ou des activités qui leur conviennent le mieux.

  4. Évaluation multiple. Howard Gardner suggère également que l’évaluation devrait refléter les différentes formes d’intelligence. Traditionnellement, l'éducation se concentre sur des tests standardisés qui mesurent l’intelligence linguistique ou logico-mathématique. Or, l’évaluation devrait inclure une gamme de méthodes, telles que des :

Présentations orales ;

Projets artistiques ;

Démonstrations corporelles ;

Etc.

  1. Encouragement de la métacognition. Le psychologue souligne l’importance de l’enseignement de la métacognition, c’est-à-dire la prise de conscience de ses propres processus de pensée. Les élèves devraient être encouragés à réfléchir sur leur propre manière d’apprendre. Ils devraient aussi comprendre leurs forces et leurs faiblesses, et développer des stratégies d’apprentissage adaptées à leurs intelligences dominantes.

Chapitre 13 : La théorie des intelligences appliquées

Ce court chapitre conclusif revient sur la mode de l’intelligence et sur la volonté des éducateurs d’améliorer leurs méthodes. L’auteur cherche à avoir un discours prudent. Les années 60 et 70 ont été le moment d’une grande volonté de changement.

Toutefois, certaines expériences éducatives ont plutôt mal tourné. Il convient donc de faire des tests et de ne pas se précipiter ; même avec la théorie des intelligences multiples.

Howard Gardner invite finalement tous les éducateurs à prendre en compte les facteurs biologiques, psychologiques, historiques et culturels des êtres humains. Cette connaissance aidera, dit-il, à créer de meilleures structures éducatives.

Conclusion sur « Les formes de l’intelligence » de Howard Gardner :

Un livre rapidement devenu un classique… avec son lot de critiques !

Publié en 1983, le livre Frames of Mind : the Theory of Multiple Intelligence devient rapidement un succès mondial. Toutefois, bien que l’ouvrage soit largement salué pour sa vision novatrice de l’intelligence, il n’a pas échappé à la critique.

Voici un bref résumé des principales critiques émises à l’encontre de ce livre :

Manque de preuves empiriques : certains critiques estiment que Howard Gardner n’a pas fourni suffisamment de preuves empiriques pour étayer sa théorie des multiples intelligences.

Manque de testabilité : la théorie est critiquée pour son manque de testabilité. Certains considèrent que les intelligences proposées sont difficiles à mesurer de manière objective, ce qui rend la validation empirique problématique.

Complexité excessive : certains lecteurs trouvent que la théorie des intelligences multiples est trop complexe. Les sept formes d’intelligence, selon eux, se chevauchent parfois et peuvent être difficiles à distinguer clairement.

Application en éducation : bien que la théorie puisse être inspirante, certains éducateurs estiment qu’elle est difficile à mettre en pratique dans le contexte de la salle de classe.

Manque de considération pour les neurosciences : Certains critiques soutiennent que Gardner ne tient pas suffisamment compte des avancées en neurosciences cognitives qui ont depuis émergé, remettant en question sa vision de l’intelligence.

Universalité de la théorie : Certains estiment que la théorie de Howard Gardner pourrait être trop centrée sur la culture occidentale et ne pas s’appliquer universellement à toutes les sociétés et cultures du monde.

Malgré ces critiques, le livre de Howard Gardner continue de susciter des débats fascinants. Il est une source d’inspiration pour de nombreux éducateurs et chercheurs. D'ailleurs, l'auteur lui-même a continué à travailler à sa théorie !

L'intelligence naturaliste : la neuvième forme d'intelligence

En effet, dix ans après la publication de ce premier ouvrage sur les intelligences multiples, Howard Gardner a ajouté une nouvelle intelligence à son modèle. Il s'agit de l’intelligence naturaliste.

En résumé, c’est l’intelligence qui permet de classer les objets et de les différencier en catégories. Elle est très sollicitée chez les :

Zoologistes ;

Botanistes ;

Archéologues ;

Anthropologues ;

Etc.

C’est aussi, plus largement, une capacité à apprécier le vivant et la nature.

Ce qu’il faut retenir de « Howard Gardner » de Howard Gardner :

« Les Formes de l’Intelligence » de Howard Gardner est un ouvrage captivant qui a profondément influencé notre compréhension de l’intelligence humaine. Ce livre est une véritable pépite intellectuelle qui nous pousse à repenser nos idées préconçues sur ce qu’est réellement l’intelligence.

Retenez tout d’abord que l’auteur défie la notion traditionnelle d’une seule intelligence mesurable par le QI. Il avance au contraire l’idée audacieuse qu’il existe plusieurs formes d’intelligence, chacune avec ses propres caractéristiques et son propre potentiel.

Cette approche révolutionnaire ouvre la porte à une reconnaissance plus équitable des talents et des capacités individuelles.

Par ailleurs, Howard Gardner y démontre comment les différentes formes d’intelligence se manifestent dans la vie quotidienne, l’éducation et le monde du travail. Il défend notamment l’idée selon laquelle l’échec scolaire aux États-Unis devrait être analysé différemment.

Finalement, ce livre a le grand mérite de nous rappeler que l’intelligence est bien plus riche et diversifiée que ce que nous avons l'habitude de penser. Ce livre nous incite à célébrer la diversité des talents humains. Il nous permet de reconnaître que chacun d’entre nous a le potentiel d’exceller dans sa propre sphère d’intelligence.

Vous avez encore envie d'en apprendre davantage sur les formes de l'intelligence ? Suivez ce lien !

Points forts :

Un classique de psychologie contemporaine ;

Une heureuse déconstruction du système réducteur du QI (quotidien intellectuel) ;

De nombreuses sources, références et discussions scientifiques ;

Une prise en main plus ou moins aisée des concepts.

Point faible :

Les critiques exposées plus haut limitent la portée du livre fondateur de Howard Gardner. Toutefois, celui-ci reste un ouvrage de référence dans son domaine et un must read absolu en développement personnel, notamment.

Ma note :

★★★★★

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Changer sa vie : la méthode des Petites Habitudes http://www.olivier-roland.fr/items/view/12819/Changer-sa-vie-la-mthode-des-Petites-Habitudes

Résumé de « Changer sa vie : la méthode des Petites Habitudes » de BJ Fogg : le livre à lire si vous voulez baser votre changement de comportement sur des sources solides et une méthode éprouvée — le tout, en agissant petit à petit et sans se culpabiliser !

Par BJ Fogg, 2022.

Titre original : « Tiny Habits : The Small Changes that Changes Everything », 2019.

Chronique et résumé de « Changer sa vie : la méthode des Petites Habitudes » de BJ Fogg

Introduction — Changer, ça peut être facile (et amusant)…

Petit mais costaud

BJ Fogg commence par un double message encourageant :

D'abord, défaites-vous du sentiment de culpabilité face au changement (celui-ci nous vient d'une pression sociale et de l'impression de ne jamais y arriver) ;

Ensuite, prenez confiance dans le fait que changer n'est pas si difficile qu'on ne le pense habituellement (c'est tout l'objet du livre de le démontrer).

Souvent, nous nous y prenons mal, et nous nous attribuons la faute. Mais l'erreur vient des mauvais conseils que nous avons reçus.

"Voyez plutôt les choses ainsi : si vous essayiez de monter une commode avec un mode d'emploi erroné et des morceaux manquants, vous seriez sûrement frustré, mais vous ne vous sentiriez pas coupable, si ? Vous rejetteriez la faute sur le fabricant. En ce qui concerne nos tentatives de changement avortées, nous ne nous prenons jamais au "fabricant", mais toujours à nous-même." (Changer sa vie, Introduction)

Au lieu de nous culpabiliser, prenons plutôt le temps de découvrir une méthode efficace. BJ Fogg la résume en trois choses :

Arrêter de se juger ;

Décortiquer ses désirs et en faire des actes ;

Considérer les erreurs comme des découvertes et s'en servir pour aller de l'avant.

Pour l'auteur, c'est même une aventure amusante qui vous attend ; c'est un "voyage exaltant à la découverte de soi". Pour légitimer son approche, le psychologue du comportement de Stanford en appelle à une expérience solide — plus de 40 000 personnes ayant testé le procédé, dit-il — et à l'influence qu'il a eu sur le cofondateur d'Instagram, Kevin Systrom.

Façonner son comportement

BJ Fogg parle de "conception comportementale". C'est un domaine qu'il a beaucoup investigué, d'abord en commençant par lui-même, en utilisant sans relâche une méthode d'essais/erreurs expérimentale dans sa vie de tous les jours.

À partir de 2011, lorsqu'il a repéré des résultats vraiment positifs sur lui-même, il a commencé à enseigner sa méthode à l'université.

Mais il ne suffit pas de transmettre l'information. Le savoir n'amène pas naturellement au changement. C'est le défaut (l'auteur l'appelle "sophisme de l'information/action") de beaucoup d'ouvrages et de discours d'experts.

Pour changer, il faut nécessairement :

Avoir une révélation ;

Ou changer son environnement ;

Ou bien enfin modifier légèrement ses habitudes.

Comme la première est rare et peu contrôlable, il faut plutôt agir sur les deux autres, et commencer par la troisième.

Petit, mais rapide

"Grâce à la méthode des Petites Habitudes, vous vous concentrerez sur des actions qui prennent moins de trente secondes. Vous apprendrez à assimiler rapidement les nouvelles habitudes qui vous viendront naturellement. En commençant petit, vous pourrez faire de gros changements sans vous soucier du temps que ça prend." (Changer sa vie, Introduction)

Moins de 30 secondes : la promesse est tentante ! Ne voyez pas trop grand, affirme l'auteur ; commencez petit. D'ailleurs — tellement nous sommes occupés et stressés — c'est souvent la seule option réelle que nous ayons !

Petit, c'est maintenant

Bien que l'auteur ne souhaite pas donner de conseils quant au contenu des habitudes en particulier, il fait ici une exception. Il propose de mettre en place une première petite habitude, qu'il nomme le rituel Maui.

Dès que je me réveille et que je pose le pied par terre ;

Je dis : "Je vais passer une très bonne journée."

Et pour ancrer cette habitude dans mon cerveau, je souris.

Comme vous le verrez tout au long du livre, le modèle de base des petites habitudes est à chaque fois le même :

"Dès que je…" ;

"Je dis/fais..." ;

  • attitude de célébration (sourire, par exemple).

Plus petit, plus prudent

Il n'y a pas beaucoup de risques à agir petit ; et c'est là un avantage, selon BJ Fogg. En effet, vous pouvez vous tromper sans que cela n'ait de conséquences graves sur vous ou votre environnement. Vous recommencerez et trouverez la bonne habitude.

Par ailleurs, "personne ne pourra vous mettre des bâtons dans les roues" et vous serez donc moins stressés.

"Puisque les habitudes sont toutes petites et le programme très flexible, vous ne prenez aucun risque sur le plan émotionnel. On ne peut pas vraiment échouer avec les Petites Habitudes. On peut trébucher, mais on se relève, ce n'est pas un échec : c'est une habitude qui rentre." (Changer sa vie, Introduction)

Petite habitude deviendra grande

Souvent, nous grandissons avec l'impression que nous devons "tout donner". C'est une erreur. L'auteur compare deux attitudes de personnes voulant se lancer dans l'entrepreneuriat :

La première veut tout faire en même temps et se sent débordée par les tâches ;

La seconde se note une tâche à la fois, sur un post-it, à accomplir rapidement.

La seconde solution fonctionne mieux, car elle habitue à la réussite. Même petit, le succès nous rassure et nous donne envie de continuer. Et cela nous aide à prendre l'élan pour aller encore plus loin. "Sans même vous en rendre compte, vous aurez dévoré la baleine entière", dit BJ Fogg.

Volonté et motivation ne font pas tout

Eh non ! L'exemple de Juni, une personne à haut risque de diabète 2, est utilisé pour illustrer ce point précis. Plutôt que de se focaliser sur la volonté et la motivation, il est préférable de commencer par de petites actions qui enclencheront le changement.

De petits changements permettent de grandes choses

Changer pas à pas peut nous mener loin et nous aider à aller vraiment mieux dans notre vie de tous les jours. L'auteur le montre grâce à plusieurs personnes ayant suivi son programme des Petites Habitudes. Par ailleurs, il explique davantage "l'anatomie des Petites Habitudes".

Chaque petite habitude est composée de 3 choses (voir un peu plus haut pour la formulation "concrète") :

Moment d'ancrage (profiter d'une routine existante ou d'un moment pour agir) ;

Nouvelle petite habitude (à effectuer directement après le moment d'ancrage) ;

Moment de célébration (créer une émotion positive après l'action nouvelle).

La clé pour commencer petit

L'auteur renvoie vers son site internet TinyHabits pour y trouver davantage de ressources. En fin d'introduction, il donne également trois exercices pour commencer à agir.

Utiliser le fil dentaire (p. 26-27) ;

Démarrer rapidement (p. 27-28) ;

Se rappeler que se sentir bien aide à mieux changer (p. 29).

1 — Les éléments du comportement

C = MAI

C'est la formule "secrète" de toute la pratique, la connaissance qui sert de base au programme des Petites Habitudes.

"Le comportement se produit quand la motivation, l'aptitude et l'impulsion convergent au même moment." (Changer sa vie, Chapitre 1)

Un comportement, c'est une façon d'agir dans le monde. Voyons de plus près les 3 éléments clés qui permettent de le modifier ou de l'enclencher :

La motivation, c'est le désir, le souhait de faire quelque chose.

L'aptitude, c'est votre capacité à agir.

L'impulsion, c'est le stimulus qui vous incite à réaliser le comportement.

C = MAI s'applique à tous les comportements humains

Pour l'auteur, cela ne fait aucun doute : tous les comportements fonctionnent sur cette base qui est, somme toute, relativement simple. La conception comportementale consiste à agir sur ces trois leviers.

BJ fogg prend l'exemple de deux comportements d'une même personne, Katie. D'un côté, celle-ci range son bureau tous les jours et cela lui donne de l'énergie pour faire correctement son travail. De l'autre, elle se laisse prendre par Facebook et en oublie de faire sa séance de sport quotidienne.

Pour qu'un comportement se transforme en habitude (quel qu'il soit, bon ou mauvais), il faut que la motivation soit forte et qu'il soit facile de le faire (que vous ayez une aptitude aisée à l'accomplir). L'impulsion doit également être présente. Pour résumer :

Plus vous êtes motivé à accomplir une tâche, plus vous avez de la chance de la faire ;

Plus une tâche est dure, moins vous aurez de chance de l'accomplir ;

La motivation et l'aptitude travaillent ensemble main dans la main ;

Aucun comportement n'arrive sans impulsion.

L'impulsion fonctionnera lorsque la motivation (envie) et l'aptitude (facilité) iront de pair. Si vous n'êtes pas motivé et/ou que l'action à réaliser est top complexe, l'impulsion sera inefficace.

Utiliser le modèle comportemental pour se défaire d'une habitude

Pour abandonner une mauvaise habitude (par exemple : consulter trop souvent les réseaux sociaux le soir), vous pouvez jouer sur l'aptitude.

Dans l'exemple de Katie, BJ Fogg relate comment celle-ci a choisi de s'acheter un réveil-matin classique et de laisser son téléphone mobile dans la cuisine avant d'aller se coucher. De cette façon, elle a joué sur l'aptitude : elle a rendu Facebook "difficile d'accès", sans pour autant aller jusqu'à supprimer l'application.

À noter : c'est aussi un conseil donné par le minimalisme digital.

Trois étapes pour résoudre les problèmes comportementaux

Pour modifier un comportement — le sien ou un autre — il faut suivre l'ordre suivant :

"Vérifier s'il existe une impulsion pour déclencher le comportement.

Déterminer si la personne est capable de faire le comportement.

Déterminer si la personne est motivée pour faire le comportement." (p. 51)

Souvent, en entreprise, les managers jouent uniquement sur la motivation. Or, c'est justement le dernier levier à activer ! Vous pouvez chercher à appliquer cet ordre de priorité dans tous les domaines de votre vie et vous amuser à travailler sur vos comportements et ceux d'autrui, éventuellement.

Voir le monde à travers le prisme du modèle comportemental

BJ Fogg raconte l'exemple de Jennifer, une jeune graphiste et maman qui n'arrive plus à maintenir une routine sportive. En s'aidant de la formule C = MAI, elle analyse son comportement et comprend où elle peut agir.

En fait, nous pouvons tous le faire ! Il s'agit de se regarder soi-même "avec une certaine curiosité et un recul objectif". Voici ce que dit encore l'auteur sur la posture qu'il vous invite à tenir :

"Je veux que vous traitiez votre vie comme un "laboratoire de changement" personnel, un endroit où expérimenter sur la personne que vous voulez devenir. Un endroit où vous vous sentirez en sécurité, où tout est possible." (Changer sa vie, Chapitre 1)

Voici les exercices proposés à la fin de ce chapitre :

Explorer les différentes manières de se défaire d'une habitude (p. 58) ;

Apprendre le modèle comportemental de Fogg en l'enseignant à quelqu'un d'autre (p. 59).

2 — La motivation : trouver ce qui vous correspond

La motivation est une donnée imprévisible

Lorsque nous voulons changer de comportement, nous agissons souvent en pensant que seule la motivation compte. C'est une erreur. "La motivation, c'est comme un ami fêtard", dit l'auteur : "super pour sortir le soir, mais il ne vaut mieux pas compter dessus pour venir nous chercher à l'aéroport".

1 — La motivation est complexe

De façon originale et peu orthodoxe, BJ Fogg considère que la différence entre motivation interne et externe n'est pas très utile "dans le monde réel". Il préfère distinguer trois types de motivation :

Celle qui dépend de vous-même ;

Un avantage ou une punition liés à l'action ;

Le contexte direct de l'action.

L'auteur donne de nombreux exemples pour comprendre sa théorie et propose également un schéma nommé "le bonhomme PAC" pour personne/action/contexte.

BJ Fogg traite également des motivations concurrentes. Par exemple :

Je veux travailler ;

Mais je veux aussi me reposer.

Comment gérer ce conflit intérieur ? Et que faire lorsque nous n'avons même pas conscience de l'origine de mes désirs ? Comment faire face à la frustration, quand nous échouons à contrôler nos impulsions ?

2 — La vague de motivation

C'est le moment où vous vous sentez capable de tout : vous venez, par exemple, d'acheter une maison et vous êtes motivé pour tout rénover (et vous en faites effectivement beaucoup pendant les premières semaines).

Mais la motivation ne dure pas. En tout cas, elle est instable. Pourtant, nous avons tous tendance à surestimer notre motivation future. Nous sommes souvent trop ambitieux et nous nous créons des pièges à nous-mêmes.

3 — Les fluctuations de motivation

Nous ne pouvons pas prendre le contrôle total de notre motivation. De nombreux éléments (venus du contexte, de nous-mêmes ou d'actions que nous avons effectuées entre temps) peuvent la perturber et la faire retomber à zéro.

Mais il y a aussi des moments où nous pouvons faire l'expérience d'une motivation durable.

"Imaginez une grand-mère qui a toujours envie de passer du temps avec ses petits-enfants, ou une adolescente qui veut toujours avoir l'air présentable devant ses amies. J'appelle ces motivations durables des aspirations (...)." (Changer sa vie, Chapitre 2)

4 — La motivation vers un but abstrait ne donne pas de bons résultats

L'auteur prend l'exemple des campagnes de santé publique autour de la nutrition. "Mangez de toutes les couleurs" : voilà une aspiration et même un commandement pour manger des légumes.

Mais comment faire concrètement ? Ce type de messages est trop abstrait ! Résultat : il ne vous aidera certainement pas à garder votre motivation très longtemps.

Pour changer vos idées sur les campagnes de politiques publiques, lisez ce livre sur le nudging et le marketing social.

5 — La motivation n'est pas un ticket gagnant pour le changement à long terme

Quand nous nous basons seulement sur la motivation et que nous nous donnons des objectifs abstraits à atteindre, nous risquons davantage d'échouer. Et de rejeter la faute sur notre incapacité à tenir nos engagements. Mais c'est encore une erreur.

Comme nous allons le voir, il est important d'apprendre à la jouer fine avec la motivation. Si nous ne tenons pas nos engagements, ce n'est pas parce que nous sommes "nuls" ou "sans volonté", mais parce que nous nous y prenons mal. N'est-ce pas une bonne nouvelle ?

Se montrer plus rusé que la motivation

BJ Fogg y insiste : il n'est pas question de renoncer à nos rêves, certainement pas ! Mais il faut le faire correctement. Commençons par rappeler la distinction entre :

L'aspiration (ce que je veux, vers quoi je tends) ;

Le résultat (ce que j'obtiens effectivement) ;

Le comportement (ce que je mets en place pour obtenir ce que je veux).

Le comportement, vous pouvez le modifier tout de suite. Mais, par contraste, "vous ne pouvez pas réaliser une aspiration ou atteindre un résultat quand vous voulez". Pourtant, nous confondons souvent ces trois concepts.

Un comportement engage une action spécifique. Cela signifie aussi réorienter le questionnement du "pourquoi" vers le "comment". Ne vous demandez pas pourquoi "manger mieux", par exemple, mais "comment" !

Voici les 3 étapes préconisées par la conception comportementale de BJ Fogg :

Mettre ses aspirations au clair ;

Explorer les options comportementales ;

Choisir des comportements spécifiques adaptés.

Dans un premier temps, prenez le temps de savoir ce que vous voulez changer (par exemple, réduire votre taux de stress). Dans un deuxième temps, brainstormez autour des manières de modifier votre comportement (par exemple : jardiner, faire du yoga, etc.).

Pour la troisième étape, voici ce qu'il convient de faire.

Comment trouver la meilleure nouvelle habitude ?

Nous avons souvent de mauvaises méthodes pour changer d'habitudes. Nous y allons soit :

Au pif, sans méthode ;

En cherchant l'inspiration sur Internet ;

En suivant le conseil d'un ami ou ce qui a fonctionné pour lui.

Il est préférable de voir ce qui est véritablement adapté à notre situation. Lorsque nous avons exploré les options possibles, nous pouvons sélectionner celle qui conviendra le mieux à notre situation présente — autrement dit, celle qui sera la plus facile à mettre en place.

BJ Fogg donne le nom de "comportement en or" aux "associations comportementales" les plus efficaces (celles qui rencontrent le mieux vos objectifs, votre aptitude et votre situation actuelle).

Plan ciblé

C'est le nom donné par l'auteur à sa méthode pour trouver des "comportements en or". Elle est composée de plusieurs "rounds" et elle se joue avec des cartes à placer sur un graphe composé de deux axes :

OUI/NON j'arrive/n'arrive pas à adopter ce comportement ;

Comportement à forte/faible incidence (très ou peu efficace).

Tous les comportements trouvés à l'étape 2 de conception comportementale trouveront leur place dans ce graphe (chacun d'entre eux étant représenté par une carte ou un post-it). C'est le premier round.

Dans le deuxième round, vous devez réfléchir à la faisabilité de chaque option. Est-ce que vous êtes prêt à vous "forcer" à faire l'action requise ? Il faut bien y réfléchir, notamment en prenant en compte votre aptitude à faire la chose souhaitée.

Pour résumer :

"Le but du plan ciblé, c'est de trouver les tâches faciles qui vous correspondent, que vous avez déjà envie de faire et qui sont efficaces pour atteindre vos aspirations." (Changer sa vie, Chapitre 2)

Petits exercices d'entraînement à la conception comportementale

Trouver un raccourci dans l'association comportementale ;

Trouver ses comportements en or à l'aide d'un plan ciblé.

3 — L'aptitude : privilégier la facilité

Avancer en "risquant tout" peut paraître plus efficace, mais cela ne l'est pas nécessairement. Certes, des actes radicaux, voire héroïques, sont parfois nécessaires. Mais la méthode des Petites Habitudes, elle, fonctionne très bien au quotidien. En fait, commencer petit est à la fois plus stable et plus durable.

Créer des habitudes en fonction des aptitudes

Faire 20 pompes tous les matins, cela n'est pas facile. En faire 2, en revanche, semble faisable. Alors, pourquoi ne pas commencer par là ? Cette action a beaucoup plus de chances de devenir une habitude.

"Quand on cherche à prendre une nouvelle habitude, on cherche avant tout la régularité. Pour atteindre ce résultat, la simplicité est essentielle ; où, selon la formule que j'enseigne à mes étudiants : c'est la simplicité qui change le comportement." (Changer sa vie, Chapitre 3)

Certains éléments déterminent l'aptitude (la capacité à faire quelque chose) :

Le temps ;

L'argent ;

Le physique ;

L'énergie mentale ou créative ;

La routine préexistante.

L'ensemble de ces caractéristiques forme ce que BJ Fogg nomme la "chaîne d'aptitude". Or, cette chaîne ne tient bon que par son maillon le plus faible.

Lorsque vous vous demandez si ce comportement sera difficile à faire pour vous (c'est ce que l'auteur nomme "la question initiale"), décomposez la chaîne d'aptitude et interrogez-vous sur la partie la plus compliquée pour vous (le maillon le plus faible).

Ensuite, demandez-vous ("question avancée") : "comment puis-je rendre la chose plus facile ?". Il n'existe que trois réponses possibles à cette question :

Accroître ses compétences (personne) ;

Rendre la tâche plus petite (action) ;

Obtenir des outils et des ressources (contexte).

Concevoir vos propres Petites Habitudes

Concevoir de Petites Habitudes passe par un mélange de ces trois ingrédients. Ceux-ci vous permettront de solidifier votre aptitude à agir et donc à changer. L'auteur explique comment il a réussi à faire 20 pompes par jour… en commençant par en faire seulement 2 !

Pour rendre un comportement plus facile, posez-vous les questions suivantes :

Êtes-vous suffisamment motivé pour apprendre de nouvelles compétences ?

Êtes-vous suffisamment motivé pour vous procurer les bons outils et ressources ?

Pouvez-vous revoir les choses à la baisse pour rendre votre comportement plus petit ?

Êtes-vous capable de trouver une première étape à votre comportement ?

Pour que vos bonnes habitudes durent, il faut qu'elles soient faciles. Et qu'elles ne mènent pas tout droit à la culpabilité. Ce n'est pas la perfection qui est ici recherchée, mais la régularité.

Le modèle gagnant : changer de comportement grâce à la simplicité

BJ Fogg remarque que les grandes entreprises du numérique — Google, Amazon, Slack ou Instagram — ont commencé en proposant quelque chose de très simple à leurs clients. Ce n'est qu'une fois que leur application était entrée dans les mœurs qu'ils ont ajouté des fonctionnalités.

Faites de même dans votre vie ! Ne compliquez l'habitude qu'une fois qu'elle sera intégrée à votre routine quotidienne.

À noter : pour le cas des choses importantes à faire, mais qui impressionnent (et pour lesquelles vous procrastinez), pensez à amorcer la première étape, rien de plus. Vous devez faire des examens médicaux ? Commencez par noter le numéro du médecin à contacter et à le garder près de vous.

Vous voulez en savoir plus sur le concept de procrastination, lisez En finir avec la procrastination !

Petits exercices pour rendre une habitude plus facile à faire

Il s'agit d'un exercice en deux parties :

Analyse d'une habitude difficile ;

Conception d'un moyen de rendre l'habitude plus facile.

4 — Les impulsions : le pouvoir de l'après

Souvent, nous agissons sans y penser. Ce sont les impulsions (en partie) qui sont à la manœuvre ! Sans elles, nous n'agissons pas. Mais il faut que ces impulsions soient combinées à l'aptitude et à la motivation.

Cela nous amène à la cinquième étape de la conception comportementale : trouver une bonne impulsion.

Celle-ci est un élément absolument crucial. À la différence des deux autres (aptitude et motivation), l'impulsion fonctionne en mode "on/off". Soit elle est là, soit elle n'est pas là. Il n'y a pas de degrés.

Une approche systématique aux impulsions

Ne laissons pas les impulsions au hasard. Pour créer des impulsions efficaces, revoyons le bonhomme PAC.

Personne = l'impulsion vient de nous (par exemple, les besoins naturels).

Contexte = elle vient de quelque chose dans l'environnement (par exemple un son, etc.).

Action = l'impulsion vient d'une routine préexistante.

L'auteur recommande de choisir un "point d'ancrage" pour enclencher la nouvelle habitude. Par exemple :

La portière de la voiture claque lorsque votre fille sort de la voiture pour partir à l'école (point d'ancrage dans une routine et dans le contexte) ; dès ce moment, vous vous garez quelque part et notez sur un post-it une action clé à accomplir pour votre projet (petite action).

Vous allez faire pipi tous les matins (point d'ancrage dans une routine existante et un besoin naturel) ; directement après, vous faites 2 pompes (petite action).

C'est la recette des Petites Habitudes ! Pour en savoir plus et découvrir de nouveaux exemples, consultez le site du livre, TinyHabits.com.

Identifier ses points d'ancrage

Nous avons tous des habitudes, quelle que soit la vie que nous menons. Souvent, nous avons plus de routines installées le matin. C'est donc un bon moment pour en ancrer une nouvelle.

Par exemple, ce pourrait être :

"Dès que j'ai posé le pied par terre, je…"

"Dès que j'ai ouvert le robinet de douche, je…"

Ou encore "Dès que j'ai lancé la cafetière, je…"

"Dès que j'ai vidé ma boîte mail, je…"

Etc.

Voici maintenant une série d'exemples de routines du soir qui pourraient vous servir :

"Dès que j'ai passé la porte en rentrant du travail, je…"

"Dès que je me suis assis pour manger, je…"

Ou bien "Dès que j'ai posé la tête sur l'oreiller, je…"

Etc.

À quel moment puis-je insérer ma nouvelle habitude dans ma journée ?

Pour ce faire, vous devrez penser à :

L'endroit qui convient ;

La fréquence ;

Le thème/but (calme, boulot, etc.).

L'ensemble ancrage - nouvelle action doit correspondre au niveau de ces trois données. Si votre point d'ancrage est à la cuisine, vous devez pouvoir y faire votre nouvelle action. Pour une Petite Habitude quotidienne, choisissez un point d'ancrage qui a lieu tous les jours.

Enfin, évitez de créer une trop grande différence entre les deux actions au niveau de leur but. L'unité ne doit pas être parfaite, mais elle doit faire sens pour vous. Par exemple, si le café stimule votre imagination, utilisez votre première tasse comme point d'ancrage pour noter vos idées, etc.

Il est bon d'expérimenter ! Retenez qu'il s'agit bien de "recettes". Prenez donc le temps de voir ce qui fonctionne pour vous et adaptez vos Petites Habitudes à votre situation personnelle.

Peaufiner son point d'ancrage avec la méthode du bord de fuite

Qu'est-ce que c'est que le "bord de fuite" ? C'est simplement le moment le plus précis que vous puissiez trouver pour créer votre point d'ancrage. Plutôt que de dire "quand je rentre du travail", dites "dès que j'ai enlevé ma veste et mes chaussures", par exemple. Vous voyez l'idée ?

Cette méthode a pour but d'aider celles et ceux qui ont des difficultés à démarrer leur action. De cette façon, vous avez un moment très précis sur lequel vous pouvez focaliser votre attention.

Technique avancée : commencer par le point d'ancrage

Vous pouvez également fonctionner à l'inverse de ce que nous avons vu en vous posant la question suivante : Que puis-je faire après une habitude existante ? Quelle Petite Habitude puis-je ajouter à la chaîne ?

Pour ce faire, demandez-vous simplement quelle est l'habitude qui pourrait venir se greffer le plus naturellement à un point d'ancrage.

Les habitudes "en attendant"

Pendant que vous attendez quelque chose (que l'eau chauffe, que le bus arrive, etc.), vous pouvez également placer de Petites Habitudes.

La particularité de ces habitudes est qu'elles resteront petites (elles n'auront pas vocation à évoluer vers des routines plus développées), puisque ce sont souvent de très courtes plages horaires. Mais petit ne veut pas dire faible ou impuissant… Au contraire, ces micro-habitudes peuvent réellement faire la différence.

Les meilleures impulsions pour vos clients

Ces techniques d'ancrage peuvent être utilisées en marketing (social ou non) pour créer des habitudes. À l'heure actuelle, ce sont surtout les impulsions de contexte ou de personnes qui sont employées.

Mais BJ Fogg prédit que les impulsions d'action vont devenir de plus en plus déterminantes. Pour cela, vous devrez interroger vos clients et analyser les résultats pour trouver les points d'ancrage les plus utilisés pour utiliser votre produit/service.

Les habitudes nacrées : faire du beau avec ce qui nous agace

Vous pouvez également utiliser un point d'ancrage "énervant" et le transformer en une bonne habitude. Un bruit vous dérange, mais vous ne pouvez rien y faire (ou il sera compliqué de le modifier) ? Pourquoi ne pas le transformer en point d'ancrage pour une habitude ?

Prenons l'exemple de l'auteur : chaque nuit, il se réveille au bruit de "clic" de l'air conditionné. Son idée : à chaque "clic", détendre son visage et son cou pour faciliter son sommeil. Résultat : ce qui était énervant devient le prétexte à autre chose, à savoir une aide pour dormir.

Petits exercices pour trouver des points d'ancrage à vos nouvelles habitudes

Voici les exercices proposés à la fin de ce chapitre :

Trouver ses points d'ancrage ;

Créer des recettes de petites habitudes à partir d'une liste d'habitudes préexistantes ;

Créer des habitudes nacrées pour gérer les éléments irritants de votre vie.

5 — De l'émotion naissent les habitudes

Nous en arrivons à l'étape 6 de la conception comportementale : celle de la célébration. ressentir une émotion positive à l'issue de la réalisation d'une nouvelle action va considérablement aider à la stabiliser.

"Quand on célèbre pour de vrai, on active la partie du cerveau qui gère la récompense. En se sentant bien au bon moment, on pousse son cerveau à reconnaître et encoder la séquence comportementale qu'on vient de réaliser. En d'autres termes, on peut pirater son cerveau pour qu'il crée une habitude en célébrant et en s'autostimulant." (Changer sa vie, Chapitre 5)

Les expériences positives renforcent les habitudes

Lorsque vous parvenez à faire quelque chose, vous en ressentez une satisfaction. Cela vous amène à vouloir reproduire cette sensation ou cette émotion agréable. Ce mécanisme est décisif pour créer des habitudes.

Les émotions engendrent de nouvelles habitudes

Si les émotions sont positives, les habitudes peuvent s'ancrer très vite. "En fait, certaines habitudes semblent prendre instantanément", affirme même BJ Fogg. Donnez un téléphone mobile à un adolescent et vous verrez qu'il ne faudra pas s'y reprendre à deux fois !

La décision et l'habitude s'opposent sur ce point. Lorsque vous décidez, vous délibérez. Quand vous prenez une habitude, vous "n'y pensez plus" ; c'est l'émotion qui a pris le contrôle et qui vous dicte votre conduite.

L'auteur propose un schéma qu'il nomme le "spectre de l'automaticité". Est-ce que vos actions/comportements sont plus ou moins automatiques ? Plutôt du côté des habitudes intégrées une fois pour toute, ou des décisions à reprendre chaque matin ?

BJ Fogg donne de nombreux exemples et insiste sur le fait que nous ne sommes pas impuissants face à la chimie de notre cerveau (et à nos mauvaises habitudes). Nous pouvons la détourner à notre profit.

Pourquoi la célébration est la meilleure méthode pour bâtir une habitude

"La célébration reste le meilleur moyen de créer un sentiment positif qui permet d'enraciner de nouvelles habitudes. C'est gratuit, rapide, et accessible à toutes les personnes, indifféremment de leur couleur de peau, taille, forme, revenu ou personnalité. De plus, la célébration nous apprend à être gentils envers nous-même ; une compétence qui rapporte gros." (Changer sa vie, Chapitre 5)

BJ Fogg préfère parler de célébration plutôt que de récompense, un mot selon lui trop galvaudé. Pour l'auteur, il importe que la célébration ait lieu directement après l'action nouvelle (et pas plus tard, comme beaucoup de récompenses). Plus nous prendrons l'habitude de le faire, et plus nous améliorerons notre confiance en nous-mêmes de façon générale.

Deuxième maxime de Fogg

La première maxime de Fogg était : "Aidez les gens à faire ce qu'ils ont déjà envie de faire." Voici la seconde :

"Aidez les gens à obtenir un sentiment de réussite." (Changer sa vie, Chapitre 5)

Cela vaut surtout pour les coachs de vie formés à la conception comportementale. Mais si vous pratiquez la méthode des Petites Habitudes par vous-même, vous pouvez, de votre propre chef, vous aider à obtenir ce sentiment de réussite.

Comment célébrer à la manière des Petites Habitudes

Selon la méthode prônée par l'auteur, la célébration doit avoir lieu immédiatement après l'action. Elle doit aussi être suffisamment intense ou authentique pour vous convaincre. Par exemple, dire "Génial !" en fermant les poings après avoir réalisé deux pompes peut suffire.

Mais certains trouvent cela stupide ou gênant. Si c'est votre cas, il vous faudra expérimenter d'autres options. Peut-être qu'une validation tacite, discrète, suffira (pour peu qu'elle soit sincère). Explorez ! Trouvez vos manières de célébrer vos réussites.

Trouvez ce qui sonne "juste" pour vous. Comment le savoir ? Grâce à ce sentiment de "rayonnement" qui émanera de vous, cette fierté que vous avez déjà ressentie, par exemple, lorsque vous avez réussi un examen ou cuisiné un plat excellent.

Un moyen rapide d'éprouver la réussite

Souvent, nous sommes très exigeants envers nous-mêmes — trop. En conséquence, nous considérons que nous n'avons pas à nous congratuler pour de petites choses. C'est une grave erreur pour BJ Fogg.

Selon lui, nous devrions revoir nos attentes à la baisse et accepter que la célébration soit une compétence qui se travaille, et que nos efforts — mêmes petits — méritent bel et bien d'être choyés.

Parmi les nombreux conseils qu'il donne, voici quelques astuces pour arriver plus facilement à se célébrer :

Faire participer un enfant (ils sont naturellement doués pour vous faire ressentir une émotion sincère) ;

Effectuer un geste physique (sourire, poing levé, etc.) ;

À l'instant de la célébration, imaginer que vous encouragez quelqu'un que vous aimez, un proche.

Une solution surprise à deux problèmes d'habitudes

Voici deux questions souvent posées :

Comment ancrer l'habitude rapidement dans le cerveau ?

Comment faire pour ne pas oublier d'effectuer une tâche ?

La réponse de BJ Fogg : répéter la séquence comportementale (la nouvelle habitude) avec la célébration entre 7 et 10 fois. Et répétez cela plusieurs fois si nécessaire. "C'est en forgeant qu'on devient forgeron", dit le proverbe. Il en va de même pour nos habitudes !

La célébration est un pont qui mène des Petites Habitudes au grand changement

L'auteur n'y va pas pas quatre chemins :

"La célébration sera un jour classée, au même titre que la pleine conscience et la gratitude, comme une des pratiques quotidiennes qui contribuent le plus à notre bonheur et notre bien-être." (Changer sa vie, Chapitre 5)

Comme la pratique de la gratitude ou de la pleine conscience, la célébration de vos réussites peut mener à de profonds changements dans votre existence. C'est ce que BJ Fogg raconte avec l'exemple de Linda (à retrouver dans la dernière partie du chapitre).

Petits exercices pour ressentir le rayonnement

Voici les exercices proposés à la fin de ce chapitre :

Trouver différents modes de célébration ;

Essayer la méthode des célébrations en rafales ;

Se rappeler qu'on change lorsqu'on se sent bien.

6 — Cultiver ses habitudes : d'un changement minuscule à profond

Nous ne pouvons pas changer complètement du jour au lendemain (ou très rarement). Il faut plutôt envisager le changement comme un processus qui requiert du soin et de la patience.

Grandir et proliférer

BJ Fogg distingue entre deux types de développement d'habitudes. Il y a selon lui les habitudes qui grandissent et celles qui prolifèrent.

Grandir signifie ici prendre en intensité : vous méditez 30 minutes et non plus 3, vous rangez toute la cuisine au lieu de vous concentrer sur le plan de travail, etc.

Proliférer désigne créer des répercussions en chaîne : le rituel Maui (par exemple) vous donne de l'énergie pour réaliser une deuxième action, et ainsi de suite.

Nous avons tous, dans notre "jardin", des habitudes qui grandissent et d'autres qui prolifèrent. À partir d'une seule aspiration (par exemple courir un marathon), vous allez développer des habitudes grandissantes (marcher tous les jours) et proliférantes (mieux manger).

La dynamique de la croissance

La réussite entraîne la réussite, nous l'avons vu plus haut. Même de petites réussites peuvent nous mener vers les sommets, car c'est le sentiment en lui-même qui compte. C'est ce que BJ Fogg nomme l'"élan de la réussite". Ici, l'important, c'est la fréquence, pas la taille.

Comment créer ce changement à long terme auquel vous aspirez ? L'une des premières techniques consiste naturellement à évacuer les éléments démotivants. La peur est l'un d'eux et celle-ci grandit quand nous avons l'impression de "mal" effectuer une action (diriger une réunion, par exemple).

Les compétences du changement

Il est possible d'apprendre à changer, c'est-à-dire d'acquérir les compétences nécessaires pour provoquer vous-même les modifications que vous souhaitez dans votre existence.

BJ Fogg en distingue 5 ou plutôt 5 ensembles de compétences essentielles au changement :

Création comportementale = être capable de distinguer, de "designer" et d'organiser des habitudes ;

Connaissance de soi = savoir ce que nous voulons vraiment.

Traitement de l'information = reconnaître le bon moment pour faire évoluer une habitude ;

Gestion du contexte = redéfinir son environnement pour faciliter le développement des habitudes.

Mentalité = l'attitude face au changement.

Ne vous contentez pas de lire ce livre : mettez en pratique les compétences du changement

Il n'est pas nécessaire de maîtriser toutes les compétences citées par BJ Fogg pour aller de l'avant. Vous pouvez très bien commencer avec celles que vous avez et développer les autres petit à petit.

Un coach de vie, de préférence formé à la conception comportementale, peut également vous aider à progresser plus rapidement, puisqu'il maîtrisera des compétences dont vous ne disposez pas encore et les mettra à votre service. Mais cela n'a rien d'obligatoire !

Exercices liés aux compétences du changement

Voici les exercices liés à ce chapitre :

Apprendre des compétences que l'on maîtrise déjà ;

S'entraîner à la création comportementale ;

Développer une compétence liée au contexte ;

Développer une compétence liée au traitement de l'information ;

Faire croître une compétence en lien avec la mentalité ;

Faire croître une compétence en lien avec la connaissance de soi.

7 — Se défaire des mauvaises habitudes : une approche systématique

Pour explorer la question des mauvaises habitudes, BJ Fogg utilise l'exemple d'une personne accro au sucre. Il montre comment, touche après touche, celle-ci a réussi à faire sa "glucose révolution", comme dirait Ingrid Inchaupsé.

Le plan directeur du changement comportemental

Le plan proposé par l'auteur se découpe en 3 phases :

Se concentrer sur la création de nouvelles habitudes ;

Puis se concentrer sur l'arrêt de l'ancienne habitude (la mauvaise) ;

Enfin, si nécessaire, remplacer l'ancienne habitude par une nouvelle.

Cela paraît simple et un peu "bâteau" dit comme ça, mais ce n'est pourtant pas ce que nous faisons … d'habitude ! En règle générale, lorsque nous voulons supprimer une mauvaise habitude, nous commençons par la supprimer purement et simplement.

Mais cela crée un vide et de l'angoisse qui vont nous ramener illico presto vers le comportement problématique ! Créer de nouvelles habitudes saines avant permet de remplacer les mauvaises en douceur et sans sentiment de perte.

Vous voulez en savoir plus ? L'auteur détaille chaque phase en détail. Par exemple, pour la phase 2, il montre qu'il importe d'être précis en distinguant l'habitude générale des habitudes spécifiques qui viennent "entourer" celle-là. Illustrons le propos :

Habitude générale : vous mangez trop de cochonneries.

Habitudes spécifiques : vous achetez votre petit déjeuner à la station-service, vous mangez des chips en regardant la télé le soir, vous buvez du soda au déjeuner, etc.

À partir de cette liste, vous commencerez par la chose la plus facile à supprimer, puis vous continuerez jusqu'à avoir une alimentation saine, peu à peu, un pas à la fois, quand vous prendrez progressivement confiance en vous.

Se focaliser sur l'impulsion pour se défaire d'une habitude

Pour supprimer une mauvaise habitude, vous pouvez chercher à évacuer l'impulsion qui la maintient présente à votre esprit.

L'exemple type est celui du smartphone. Si vous voulez arrêter de le consulter au travail ou avant d'aller dormir, éloignez-le, ou, à minima, éteignez les notifications ou mettez-le en mode avion.

Redéfinir l'aptitude afin de se défaire d'une habitude

Il est également possible de jouer sur l'aptitude. Comment ? En jouant sur la chaîne d'aptitude (voir le chapitre 3), c'est-à-dire en augmentant un ou plusieurs de ces facteurs :

Le temps nécessaire pour réaliser votre mauvaise habitude ;

L'argent dont vous avez besoin (l'État pratique cette technique en jouant sur le prix des cigarettes, par exemple) ;

Le niveau d'effort physique nécessaire ;

L'effort mental requis ;

Ou en faisant en sorte que votre mauvaise habitude entre en conflit avec une routine existante.

Ajuster la motivation pour se défaire d'une habitude

Nous voulons souvent commencer par là. Pourtant, ce n'est pas le plus simple — et cela peut même être très compliqué.

"C'est pourquoi on essaye de ne pas toucher à la motivation quand on peut régler le problème via l'impulsion ou l'aptitude. On ne s'en occupe que lorsque les étapes précédentes n'ont pas fonctionné." (Changer sa vie, Chapitre 7)

Première option : réduire sa motivation en passant par d'autres trucs. Perdre la motivation à boire le soir en méditant quelques minutes avant de rentrer à la maison ou en écoutant de la musique calme, par exemple.

Deuxième option : ajouter un élément démotivant pour se défaire d'une habitude. Ce n'est pas la voie que recommande BJ Fogg, car cela donne des sentiments négatifs et crée un sentiment de pression.

Revoir le changement à la baisse

C'est la dernière méthode pour supprimer une mauvaise habitude. Si les autres n'ont pas fonctionné, ne vous torturez pas. Diminuez progressivement le temps passé à faire l'action et/ou diminuez-en l'intensité.

Tout ce qui précède concerne la phase 2 de l'arrêt d'une mauvaise habitude. Dans la suite du chapitre, BJ Fogg traite de la question du remplacement de la mauvaise habitude par une bonne habitude (phase 3).

Si rien n'a fonctionné jusque-là…

Enfin, il insiste encore une fois sur le fait qu'il ne sert à rien de se culpabiliser. Il est normal de devoir expérimenter pour trouver la méthode qui fonctionne pour nous. Si vous n'êtes pas parvenu à mettre en œuvre le changement, modifiez vos habitudes de substitution et faites des tests.

Considérez aussi ce que BJ Fogg nomme "la beauté du chamboulement". Tout d'abord, c'est une joie de voir que nous avons réussi à transformer nos vies et à ouvrir de nouveaux créneaux dans nos horaires pour des routines plus saines.

Ensuite, voyez plus grand. Prenez en compte l'aspect social du chamboulement. En modifiant vos habitudes, vous participez à améliorer la vie de votre famille et même, peut-être, de votre communauté.

"La conception comportementale n'est pas une quête solitaire. Chaque comportement que l'on façonne, chaque changement que l'on entreprend, est une goutte de plus qui vient se propager à la surface de l'étang. On façonne par la même occasion nos familles, nos communautés et notre société à travers nos actions, et elles nous le rendent bien. Les habitudes que nous prenons et que nous perpétuons ont une importance." (Changer sa vie, Chapitre 7)

Petits exercices pour s'entraîner à supprimer ou remplacer une habitude

Quels exercices pouvez-vous faire ? Voici les derniers conseils de BJ Fogg :

S'entraîner à créer un essaim de comportements pour se défaire d'une mauvaise habitude ;

S'entraîner à supprimer une impulsion pendant une journée ;

Enfin, s'entraîner à remplacer une habitude et célébrer pour ancrer la nouvelle.

8 — Comment changer ensemble

BJ Fogg prend l'exemple d'une famille dans laquelle l'un des enfants pose problème. À 21 ans, il vit chez ses parents et ne fait rien. Rien ne semble le motiver et il paraît complètement indifférent aux besoins des autres membres de la famille.

Pourtant, l'auteur montre que la conception comportementale a aidé le père, Mike, à trouver des façons de changer les choses, peu à peu. Progressivement, son fils, Chris, a repris sa vie en main, permettant ainsi à la famille de retrouver son équilibre.

Concevoir le changement en groupe

La méthode des Petites Habitudes fonctionne pour transformer les familles, les équipes de travail ou tout autre type de groupe. Pour commencer, souvenez-vous de la première maxime de BJ Fogg : "aidez les gens à faire ce dont ils ont déjà envie".

Demandez-vous quels sont les objectifs de votre fils, de votre conjoint ou de vos collègues. C'est par là que vous devrez commencer. En s'ouvrant à un premier changement qui leur plaît, ils mettront en marche un mécanisme plus général de modification du comportement et seront prêts à vous écouter.

Autrement dit, vous aurez appliqué la seconde maxime : "Aidez les gens à obtenir un sentiment de réussite". C'est par là que vous pourrez les convaincre d'en faire un peu plus pour vos propres objectifs (et non pas en les culpabilisant).

Comment changer ensemble

L'auteur présente deux façons de changer en groupe et utilise deux figures pour ce faire :

Le meneur y va franchement et propose de suivre la méthode des Petites Habitudes ;

Le ninja s'y prend plus subtilement en appliquant la méthode sans que les autres ne le sachent.

Processus de conception pour un changement collectif

Voici le résumé de la méthode proposée par BJ Fogg :

Clarifier ses aspirations ensemble ;

Explorer les options comportementales ensemble ;

Choisir des comportements spécifiques adaptés à son groupe ;

Rendre le comportement en or facile à faire pour tout le monde ;

Trouver une bonne impulsion au comportement en or ;

Célébrer la réussite pour ancrer l'habitude ;

Résoudre les problèmes et répéter ensemble.

Vous le voyez, c'est toute la méthode des Petites Habitudes qui peut être adaptée à la dynamique de groupe. BJ Fogg expose, pour chaque étape, comment agir en tant que meneur ou en tant que ninja.

Il illustre ensuite sa méthode au travers de 2 récits inspirants :

Changement familial et troubles de l'apprentissage ;

Baisser le niveau de stress à l'hôpital.

Petits exercices pour améliorer les compétences du changement d'un groupe

Voici enfin les exercices supplémentaires proposés en fin de chapitre :

Partager les bases de la conception comportementale ;

Résoudre un problème ensemble à l'aide de la conception comportementale ;

Mettre tout le monde d'accord sur le comportement à changer.

Conclusion — Les petits changements qui changent tout

"Les petits ruisseaux font les grandes rivières" : ce dicton connu s'adapte parfaitement à la conclusion de ce livre. BJ Fogg montre qu'il voit grand et qu'il voudrait diffuser au maximum sa méthode.

Celle-ci permet de réaliser de grands changements au niveau individuel, mais aussi, pense-t-il, au niveau social. Pour le démontrer, il utilise plusieurs histoires personnelles, dont certaines très touchantes à propos de son neveu, décédé trop jeune.

Serez-vous prêt à le suivre et à mettre en place la conception comportementale dans votre vie quotidienne, à rêver grand, tout en commençant petit ?

Conclusion sur « Changer sa vie : la méthode des Petites Habitudes » de BJ Fogg :

Ce qu’il faut retenir de « Changer sa vie : la méthode des Petites Habitudes » de BJ Fogg :

Ce livre est un véritable manuel indispensable pour toute personne intéressée à la mécanique du changement de comportement. Il est non seulement très bien écrit, mais beaucoup plus poussé que les autres ouvrages sur le sujet.

Retenez les 7 étapes de la conception comportementale, c'est-à-dire le cœur de la méthode des Petites Habitudes de BJ Fogg :

Clarifier ses aspirations ;

Explorer les options comportementales ;

Choisir des comportements spécifiques adaptés ;

Commencer petit ;

Trouver une bonne impulsion ;

Célébrer sa réussite ;

Analyser les problèmes, itérer et se développer.

Les trois premières étapes concernent le choix (1-3), tandis que les deux suivantes (4 et 5) concernent la conception proprement dite et l'implémentation (6 et 7) des nouvelles habitudes.

Points forts :

Un auteur professeur d'université à Stanford ;

Des théories et expériences à l'appui de la méthode proposée  ;

De nombreux exemples issus de la vie personnelle et professionnelle de l'auteur ;

Un livre de chevet à garder avec soi dans toutes les étapes de son changement !

Point faible :

Je n’en ai pas trouvé.

Ma note :

★★★★★

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Thu, 04 Apr 2024 17:00:00 +0200 http://www.olivier-roland.fr/items/view/12819/Changer-sa-vie-la-mthode-des-Petites-Habitudes
Les 8 lois de l’amour http://www.olivier-roland.fr/items/view/12810/Les-8-lois-de-lamour

Résumé de « Les 8 lois de l'amour » de Jay Shetty : un manuel de sagesse en matière d'amour pour tous ceux et celles qui souhaitent ardemment trouver l’amour, mais aussi tout faire pour le garder et même parvenir à surmonter les ruptures — en s’acceptant davantage et en s’ouvrant au monde !

Par Jay Shetty, 2023, 368 pages.

Titre original : « 8 Rules of Love  », 2023

Chronique et résumé de « Les 8 lois de l'amour » de Jay Shetty

Qui est Jay Shetty ?

Né en 1987 à Londres, Jay Shetty a bénéficié d'une éducation de classe moyenne. Bien que ses parents soient d'origine indienne, il n'a pas été élevé dans la religion hindoue. À l'âge de 18 ans, il a intégré la Cass Business School de Londres pour se consacrer à des études de gestion et de sciences du comportement.

Il délaisse toutefois la carrière dans le monde des affaires pour embrasser la vie monastique en tant que moine hindou. Entre 2010 et 2013, il réside dans un ashram, un monastère hindou situé à Mumbai, en Inde.

Durant cette période, il se plonge dans l'étude approfondie des textes sacrés hindous — en particulier dans les Védas (écrits anciens pratiques). Même après avoir quitté l'ashram, Jay Shetty persévère dans ses études et accumule de cette façon une profonde connaissance de ce domaine.

Cette conversion vers la vie monastique et l'hindouisme est en grande partie due à sa rencontre avec Gauranga Das, un moine hindou, alors qu'il était encore à l'université. Plus tard, à Mumbai, celui-ci le convainc qu'"il serait de plus grande valeur et de plus grand service s'[il] quittait l'ashram et partageait ce que [il avait] appris avec le monde".

Il décide donc de quitter l'ashram et de réorienter sa carrière de coach vers l'enseignement pratique de la pleine conscience et de la sagesse hindoue et orientale.

Son premier livre, Think Like a Monk: Train Your Mind for Peace and Purpose Every Day, décrit la transition qui s'est produite dans sa pensée lorsqu'il souhaitait « s'immerger dans l'état d'esprit du moine » (Shetty, Jay. Pensez comme un moine, Guy Trédaniel Éditions, 2020).

Désormais, Jay Shetty est coach de vie. Mais pas seulement ! Depuis 2019, il anime également le podcast On Purpose. Ses livres, ses vidéos en ligne et ses cours ont beaucoup de succès et il forme même, désormais, d'autres coaches aux techniques orientales qu'il a apprises lorsqu'il était moine.

L'auteur s'est marié en 2016. Il fait régulièrement référence à cette relation tout au long du livre que nous allons lire maintenant.

Introduction

Commençons par une analogie. Imaginons un dialogue entre un enseignant et un élève au sujet du soin d'une fleur. L'attraction physique ressemble à une fleur coupée et placée dans un vase. Par contraste, l'amour ressemble à une fleur dans le sol, qui reçoit de l'eau et des nutriments grâce à ses racines.

La fleur dans le vase va rapidement se faner. Mais celle qui vit en pleine terre est fragile elle aussi. Il lui faut des soins et une attention constante pour se maintenir vivace.

Mettre l'amour en pratique

Jay Shetty a décidé d'écrire Les 8 lois de l'amour pour aider les gens à apprendre à aimer grâce aux idées contenues dans les Védas. Mais ce n'est pas tout : comme nous le verrons, l'auteur appuie également ses propos sur des études scientifiques et en particulier sur la recherche contemporaine en psychologie.

Alors, qu'ont à nous dire les enseignements des Védas sur le lien amoureux ? C'est ce que l'auteur se propose d'explorer. Pour lui, il importe d'abord de comprendre que l'amour est avant tout une pratique.

Nous pourrions dire aussi, comme le soutient Erich Fromm, que l'amour est un art. Dans les deux cas, l'idée est la même : l'amour requiert des gestes, des rituels, une attention et des obligations aussi. Rien ne sert "d'attendre" l'amour, il faut le construire et l'entretenir, comme si vous étiez un jardinier !

Les 4 ashrams

Il explique que les Védas caractérisent le cheminement de la vie en général à partir de 4 phases ou étapes :

Brahmacharya ashram (vie étudiante) ;

Grhastha ashram (vie du ménage) ;

Vanaprastha ashram (vie à la retraite) ;

Sannyasa ashram (vie renoncée).

Dans les 8 lois de l'amour, l'auteur applique ces principes aux domaines de l'amour. Pour lui, il y a 4 phases ou ashrams (classe ou étude).

Ces 4 ashrams sont :

Se préparer à l'amour ;

Pratiquer l'amour ;

Protéger l'amour ;

Perfectionner l'amour.

Chaque partie du livre sera liée à l'un de ces thèmes. Selon Jay Shetty, les gens traversent souvent ces étapes sans y penser, ce qui est dommage et cause bien des ennuis. L'objectif de ce livre est d'aider le lecteur à devenir pleinement conscient de ce qu'il vit. De cette façon, il aura de meilleures chances de "pratiquer l'amour" avec plus de sagesse.

Partie 1 — La solitude

La partie 1 est en corrélation avec l'ashram Brahmacharya, c'est-à-dire le stade de la vie étudiante dans les stades de la vie védique. Ici, dans Les 8 lois de l'amour, il s'agit de se préparer à la relation amoureuse.

Loi 1 : Redécouvrez la solitude

La solitude est la première étape pour apprendre à aimer. Étonnant ? Pas tellement… Souvent, la peur d'être sans partenaire nous amène à faire de mauvais choix dans notre vie romantique. En fait, "pratiquer" le fait d'être permet non seulement d'améliorer certaines compétences, mais nous aide aussi à améliorer nos relations.

La peur de la solitude

Nous pouvons nous acclimater à la solitude assez rapidement (voir les exercices "À essayer" répertoriés en fin de chaque résumé de chapitre). De nombreuses études scientifiques citées dans le livre font état des avantages de la solitude.

Le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi, par exemple, a montré que les adolescents qui ne développent pas de compétences créatives sont aussi ceux qui craignent le plus être seuls.

La solitude est l'antidote à l'isolement

Jay Shetty considère la solitude comme l'antidote à l'isolement. Qu'est-ce que cela signifie ? Premièrement que la solitude est une pratique choisie, qui nous permet de nous concentrer sur nous-mêmes, alors que l'isolement est une situation subie. En pratiquant la solitude, nous pouvons réapprendre à nous mettre en rapport avec autrui et, de cette façon, rompre le mauvais charme de l'isolement.

Passer de l'isolement à la solitude

Selon l'auteur, il faudrait passer par trois phases principales afin d'aller de l'un à l'autre :

Présence ;

Mal-être ;

Confiance.

Expliquons un peu ces termes.

Dans la première étape, les individus sont invités à explorer leurs attitudes et leurs croyances. L'idée est de s'assurer qu'un potentiel partenaire puisse reconnaître et apprécier ces aspects essentiels de leur personnalité.

La deuxième phase encourage à développer une aisance à être seul en testant de nouvelles activités, telles que le voyage en solitaire, par exemple. Ce processus favorise une meilleure connaissance de soi et renforce la confiance personnelle — des éléments qui contribueront à des relations amoureuses plus épanouissantes.

Enfin, la troisième étape vise à accroître la confiance personnelle dans divers domaines tels que la personnalité, la santé émotionnelle et physique, mais aussi les relations et les finances. Un exercice "À essayer" est proposé pour faire le point sur ces questions.

Les bienfaits de la solitude

Shetty souligne l'importance de la solitude dans le renforcement de l'identité. Cette force permet d'éviter la dépendance trop forte à autrui. L'auteur affirme que la solitude nous aide à prendre de bonnes décisions et à éviter des décisions trop rapides.

La solitude nous donne la force de choisir ce qui est bon pour nous-mêmes, sans nous laisser influencer, voire manipuler par autrui.

En bref, nous acquérons :

Un seul mental (moins dispersé) ;

Plus de maîtrise de soi et de patience ;

Un sentiment de complétude.

Les exercices "À essayer" de ce chapitre

Pour mettre en pratique ses conseils, l'auteur donne plusieurs exercices du type "À essayer" (voir plus haut). En voici les intitulés :

"Bilan" à propos de la solitude (p. 28-30) ;

"Apprenez à connaître vos valeurs" (p. 35-36) ;

"Tirez parti du temps passé seul" (p. 37-39) ;

"Identifiez le domaine dans lequel vous avez le plus envie d'évoluer" (p. 41-44).

Loi 2 : N'ignorez pas votre karma

Dans la tradition hindoue, le karma est lié à la conséquence de nos attitudes et de nos comportements. Si nous agissons de façon correcte, la réponse qui nous sera envoyée aura plus de chance d'être elle-même positive. À l'inverse, si nous agissons mal, nous risquons d'entrer dans un cercle vicieux d'actions et de réactions négatives.

Le cycle karmique

L'auteur développe l'idée d'un cycle karmique. C'est-à-dire ? Celui-ci est composé d'événements ou des idées reçues de l'enfance. Ces « impressions » ou samskaras ont un impact sur nos décisions à l'âge adulte.

À leur tour, nos choix ont des résultats positifs ou négatifs en nous et autour de nous. Cela dit, nous pouvons modifier ces événements et ces idées pour améliorer nos décisions et nos comportements actuels — et les effets qui en résultent.

Pour ce faire, nous avons d'abord besoin de comprendre et de reconnaître ces impressions et leur influence négative sur nous. "Les mêmes impressions conduisent aux mêmes choix", c'est cela le cycle karmique. Tout l'enjeu consiste à en modifier le signe : du négatif vers le positif.

Les cadeaux et failles des parents

Les samskaras, qu'on pourrait également traduire par croyances, se forment pendant l'enfance et la jeunesse, grâce (ou à cause) de l'influence des parents, bien sûr, mais aussi des films et des premières relations. Ensuite, nous avons tendance à reproduire ces modèles relationnels, sans nous en rendre compte.

Chaque famille dépose aux pieds de ses enfants des cadeaux, mais aussi des "failles". Plus tard dans notre existence, nous pouvons par exemple rechercher des partenaires qui comblent ces failles, au risque d'entrer dans une forme de dépendance affective.

Les cadeaux — valeurs positives et idéaux relationnels — sont positifs, bien sûr. Mais ils sont également susceptibles de poser problème, dans la mesure où ils peuvent nous conduire à exiger beaucoup trop d'une personne. Il faut donc être prudent et, surtout, conscient de ces forces et de ces faiblesses, pour mieux agir au quotidien et nous préparer à rencontrer l'amour.

Jay Shetty propose plusieurs exercices "à essayer" sur ces différentes thématiques (voir la liste plus bas).

La magie des films

Les films — et les chansons populaires — jouent également un rôle dans nos croyances relationnelles. L'auteur propose un exercice amusant et intéressant en vue d'identifier l'impact des films et des chansons d'amour sur nos pensées et nos façons d'agir.

Le premier amour

Il discute également de nos façons de rencontrer l'amour à l'heure actuelle. Lorsque nous sommes jeunes et que notre cerveau n'est pas encore complètement formé et stabilisé (pas avant l'âge de 25 ans environ), nous pouvons plus facilement nous comporter de façon impulsive et choisir des partenaires sur de mauvaises bases.

En s'appuyant sur les stéréotypes de la pop culture, l'auteur développe les "caractères" suivants, typiques selon lui des premiers amours difficiles :

Rebelle (celui ou celle qui casse les codes et nous emmène en dehors de notre routine) :

Indisponible (celui ou celle qui nous rejette) :

Projet (qui a besoin d'être sauvé) :

Coureur de jupons (qui ne vous sera pas fidèle bien longtemps) :

Riche (celui ou celle qui fait briller nos yeux pour d'autres raisons que lui ou elle-même, que ce soit son argent ou sa célébrité).

Il est tout aussi important d'identifier son propre rôle dans les relations passées : êtes-vous plutôt un sauveur, un dépendant ou un soutien ? N'hésitez pas à consulter également à ce sujet notre chronique sur l'analyse transactionnelle.

Pour pratiquer ces questions, l'auteur fournit un exercice de réflexion pour comprendre nos relations passées (ce que nous projetions de nous-mêmes, notamment).

Vous attirez ce dont vous vous servez pour impressionner

Jay Shetty discute ensuite de la façon dont les gens attirent ce qu'ils projettent dans le monde. Ainsi, si nous mettons en avant nos richesses ou notre beauté, par exemple, nous prenons le risque de n'être reconnus que par ces aspects-là. Ce qui est dommage, car nous sommes plus que cela.

"Nous nous vendons aux autres en mettant en avant nos richesses, mais cela n'est pas bénéfique sur le long terme. Il vaut mieux afficher notre personnalité, nos valeurs et nos objectifs véritables, afin d'être aimés pour ce qui compte le plus pour nous." (Les 8 lois de l'amour, Chapitre 2)

Donnez-vous ce que vous attendez d'autrui

Finalement, Jay Shetty nous rappelle que nous ne devrions pas utiliser nos partenaires pour répondre à un besoin émotionnel, mais que nous devrions y répondre nous-mêmes au préalable. Plusieurs anecdotes et exercices permettent de comprendre et d'appliquer ce point important.

Faites le point

L'auteur suggère par exemple de faire le point 3 minutes en début de journée et en fin de journée, tous les jours. C'est à ces moments clés que vous pouvez tenter de mettre en place de nouvelles routines, qui répondent mieux à vos besoins émotionnels.

Faire croître l'amour

"C'est la pratique qui fait croître l'amour. Il n'y a pas d'autre moyen." (Eknath Easwaran, cité dans Les 8 lois de l'amour, Chapitre 2)

C'est ainsi que se clôt la première partie de l'ouvrage : nous sommes invités à pratiquer tous ces exercices pour nous préparer à l'amour et continuer notre chemin.

Les exercices "À essayer" de ce chapitre

"Méditez sur votre moi jeune" (p. 59-60) ;

"Identifiez les cadeaux et les failles de vos parents" (p. 66-68) ;

"L'amour au cinéma" (p. 73) ;

"Vos rôles en couple" (p. 78-80) ;

"Réfléchir et tirer les leçons d'une relation amoureuse passée" (p. 83-84) ;

"Ce que vous mettez en avant" (p. 88) ;

"Donnez-vous ce que vous voulez recevoir" (p. 91-92).

Écrivez-vous une lettre d'amour

À la fin de chaque partie, Jay Shetty propose également une lettre d'amour particulière, ainsi qu'une suggestion de méditation guidée.

À l'issue de cette première partie, il nous invite à rédiger une lettre d'amour à nous-mêmes, afin de nous "aider à établir un dialogue avec (nous-mêmes)".

Voici les 3 autres lettres que l'auteur suggère d'écrire :

À votre partenaire (partie 2) ;

À vous-même dans les moments difficiles, comme si vous vous adressiez à un ami (partie 3) ;

Au monde (partie 4)/

Méditation pour redécouvrir la solitude

Découvrez la méditation proposée spécialement pour cette partie : la méditation de gratitude".

Et voici les 3 autres méditations proposées en fin de partie :

Renforcer la compatibilité ;

Guérir grâce à l'amour ;

Reliance.

Partie 2 — La compatibilité

Sommes-nous faits l'un pour l'autre ? Voilà la question qui préoccupe bien des couples (et des agences matrimoniales) ! Il s'agit de la question de la compatibilité des partenaires. Celle-ci est traitée à travers le lien à l'ashram de Grhastha, ou deuxième étape des étapes de la vie védique, qui implique la vie familiale ou conjugale — et qui est réinterprétée dans le livre comme l'étape de la création de la relation.

Loi 3 : Définissez l'amour avant de le penser, de le ressentir ou de l'exprimer

Cette règle souligne l'importance de savoir ce qu'est (pour vous) l'amour et de communiquer cette définition à votre partenaire. Jay Shetty raconte plusieurs anecdotes au sujet de personnes qui se sont manquées par faute d'avoir compris leurs définitions respectives de l'amour.

Ces différentes définitions peuvent être reliées à des phases amoureuses. Peut-être que vous définissez l'amour en fonction de l'une de ces phases.

Les quatre phases de l'amour

Ces 4 phases sont :

Attirance ;

Rêves ;

Difficultés et maturation ;

Confiance.

L'auteur les récupère de la tradition Bhakti et les adapte à son propos. Comme nous allons le voir, il s'agit bien de phases puisqu'il est question de passer de l'attraction initiale à la confiance, en passant par la lutte contre les rêves irréalistes et la création d'attentes réalistes.

L'attirance — Jay Shetty suggère d'utiliser la fameuse « règle des trois rendez-vous » (vue dans de nombreux films romantiques et séries américaines) pour évaluer la compatibilité d'une personne avec votre personnalité, vos valeurs et vos objectifs. Ces trois rendez-vous vous permettront de poser des questions et de vous faire une idée de la personne à qui vous avez affaire.

Les rêves — La notion d'idéalisation est également beaucoup utilisée pour caractériser cette phase. Si vous avez été amoureux ou amoureuse, vous le savez : c'est cette période où vous imaginez l'autre sous son meilleur jour et où vous forgez des ambitions irréalistes pour le couple.

Pour évacuer ces attentes erronées et partir sur de bonnes bases, il faut se donner les moyens de créer des attentes réalistes, basées sur les personnalités réelles de l'un et l'autre. Le rythme et l'habitude jouent ici un rôle essentiel. En effet, les routines et les horaires offrent la possibilité de se rencontrer autrement.

Dans le couple, nous devons discuter de nos attentes et accepter les désaccords : « la manière dont vous gérez vos différences est plus importante que la découverte de vos points communs », soutient l'auteur.

Et si vous suiviez la suggestion du psychologue clinicien Seth Meyers de ne vous voir qu'une fois par semaine au cours du premier mois de fréquentation ? Cela vous permettrait peut-être de mieux prendre le temps de le connaître avant de vous engager plus complètement. Pensez également à distribuer équitablement le temps entre amis et celui dédié à votre relation amoureuse.

Difficultés et maturation — Dans cette troisième étape des quatre phases de l'amour, les couples apprennent à grandir à partir de leurs différences. Jay Shetty utilise plusieurs anecdotes personnelles pour nous introduire plus concrètement à ce moment.

C'est à ce moment que nous nous rendons compte s'il y a des éléments de la relation qui sont trop importants et des choses qui, fondamentalement, "ne passent pas". Dans ce cas, la rupture est peut-être la meilleure solution. Mais c'est aussi la phase où les couples se solidifient, s'ils parviennent à trouver des solutions créatives à leurs différends.

Confiance — Les couples construisent la confiance à partir de leur développement commun. Celle-ci doit commencer par nous-mêmes : "nous devons être dignes de confiance", affirme Jay Shetty. Par ailleurs, nous devons la donner à notre partenaire via une saine communication et par l'intermédiaire de nos actions.

L'auteur évoque trois types de confiance.

Physique : celle-ci se produit lorsque les couples se sentent en sécurité les uns avec les autres et savent que leur partenaire est présent, aimant et a une présence positive.

Mentale : elle implique de faire confiance à leur esprit, à leurs idées et à leur prise de décision.

Émotionnelle : cette forme de confiance se produit en faisant confiance à leurs valeurs et à leur identité.

Les problèmes, s'ils sont surpassés positivement, renforcent la confiance mutuelle. Nous avons tous nos points faibles. Le fait de nous accepter et d'accepter l'autre tel qu'il est, un grand stimulateur amoureux.

Les exercices "À essayer" de ce chapitre

"Préparez-vous pour le premier rendez-vous" (p. 111) ;

"Programmez votre emploi du temps" (p. 120) ;

"La confiance au quotidien" (p. 127) ;

"Construire des rêves réalistes à deux" (p. 128-129).

Loi 4 : Votre partenaire amoureux est votre guru

Nous apprenons énormément les uns des autres dans nos relations amoureuses. Bien sûr, cela est vrai de toutes les relations.

D'ailleurs, le terme "guru" renvoie d'abord à la relation de maître à élève que Jay Shetty a forgé avec son maître lorsqu'il était moine (par ailleurs, si nous sommes des observateurs attentifs, nous pouvons aussi apprendre d'autres personnes, même quand celles-ci ne sont pas particulièrement sages).

Par contraste avec le rapport guru/élève, la spécificité de la relation amoureuse consiste dans le fait que les deux personnes jouent les deux rôles (guru/élève) en même temps. Mais elles se ressemblent par la révérence, le respect que chacun des membres de la relation éprouve pour l'autre.

Les relations amoureuses nous font grandir

Le psychologue Jeremy Dean a étudié la façon dont les gens se perçoivent et comment ils peuvent mieux se comprendre à travers le point de vue de leur partenaire. Comment agir au mieux ? Nous pouvons nous inspirer de la pratique du maître hindou : « orientation sans jugement, sagesse sans ego, amour sans attente ».

Jay Shetty soutient que les amis, la famille et les autres personnes de notre entourage ne peuvent que très difficilement faire preuve de ces trois qualités en raison de leur perspective partielle et partiale. L'amoureux, selon lui, pourrait en revanche y parvenir, car il nous connaît plus complètement.

L'auteur parle également de la « théorie de l'amélioration de soi » d'Arthur et d'Elaine Aron. Celle-ci considère que les relations améliorent l'identité personnelle en nous permettant de découvrir des choses (compétences, perspectives, traits de personnalité) qui nous font défaut.

"Notre partenaire amoureux élargit notre perception de nous-mêmes, car il nous permet d'accéder à des ressources plus grandes." (Les 8 lois de l'amour, Chapitre 4)

Devenir un meilleur guru

Quelles sont les qualités d'un bon guru et d'un bon disciple ? C'est l'objet du livre The Guru and Disciple Book de Kripamoya Das (l'ancien maître de Jay Shetty).

Voici les 4 conseils/caractéristiques que l'auteur donne pour être un bon guru :

Ne pas diriger, mais servir ;

Donner l'exemple ;

Soutenez ses objectifs, et pas les vôtres ;

Ni critique, ni jugement, ni insultes.

Il propose ensuite plusieurs anecdotes et un grand nombre d'exercices "à essayer" pour devenir un meilleur guru et aider, par exemple, notre partenaire à trouver ses objectifs. Le chapitre comprend aussi des analyses théoriques et des histoires sur les moines japonais afin de démontrer la nécessité de soutenir son partenaire dans son propre apprentissage.

Devenir un meilleur élève

Voici maintenant les règles à suivre pour s'améliorer en tant qu'élève. Vous devrez être… :

Ouvert d'esprit et curieux ;

Humble ;

Bon traducteur ;

Reconnaissant ;

Capable de rester vous-même !

Le dernier point est particulièrement important : l'auteur y souligne que l'amour n'est pas une relation de soumission à autrui. Il est particulièrement important de reconnaître les abus et de mettre fin à une relation de ce type. C'est notamment l'objet du livre Se libérer de l'emprise émotionnelle.

Le plus beau cadeau du guru

Jay Shetty termine ce chapitre par ces mots :

"Deux partenaires qui s'épanouissent ensemble s'aident, lentement mais sûrement, à observer, à apprendre et à grandir dans différents domaines. Le mal-être provoqué par le changement est compensé par le plaisir d'une compréhension partagée." (Les 8 lois de l'amour, Chapitre 4)

Les exercices "À essayer" de ce chapitre

"Bilan : pouvez-vous apprendre et grandir auprès de votre partenaire ?" (p. 137-140) ;

"Aidez votre partenaire à découvrir ses objectifs" (p. 145) ;

"Identifiez le mode d'apprentissage de votre partenaire" (p. 146-147) ;

"Appréciez le savoir de votre partenaire" (p. 154) ;

"Présentez une nouvelle idée" (p. 155-157) ;

"Reconnaissez les compétences de votre guru" (p. 158-159).

Loi 5 : Le but de la vie avant tout

Dans un couple, est-ce que chacun doit avoir son but ? Ou bien l'objectif est-il, comme le disait Antoine de Saint-Exupéry, de "regarder dans la même direction" ? Et si les deux choses n'étaient pas nécessairement contradictoires ? Ce sont les questions qui sont explorées dans ce dernier chapitre de la deuxième partie.

En fait, pour l'auteur, les choses sont claires : pour que la relation s'épanouisse au mieux, il est important que chacun donne la meilleure version de lui-même. Or, pour ce faire, il doit être capable de son propre but.

Le dharma : votre boussole

Dans l'hindouisme, le but se dit dharma. En réalité, la notion désigne un mélange "de passion, d'expertise et de dévouement". Jay Shetty expose différents types de buts comme avoir un emploi satisfaisant, une passion, devenir parent ou bénévole dans une association, etc.

Le Dharma ne s'identifie à aucun d'eux ; il n'est pas une activité spécifique, mais la raison pour laquelle les gens font cette activité, que ce soit « pour créer quelque chose, pour connecter les gens, pour partager ce que vous avez appris, pour servir les autres ou le monde ».

L'auteur explore en détail ces différents points en citant les recherches du professeur de développement humain Anthony Burrow sur la relation entre satisfaction, objectifs et réseaux sociaux. Il relate également les débats philosophiques autour de l'hédonisme (bonheur par le plaisir) et de l'eudaimonia (bonheur de l'épanouissement personnel) et raconte une histoire bouddhiste sur le fait de se donner la priorité à soi-même.

Il propose également un schéma issu des Védas. Ceux-ci énumèrent quatre « grandes quêtes » qui forment un cycle :

Dharma (connaître le but de votre vie permet à vous-même et à votre partenaire de savoir clairement quelles sont vos valeurs et vos priorités) ;

Artha (chercher à créer une stabilité dans les domaines de la finance, de la santé et du développement personnel) ;

Kama (plaisir et lien. Il s'agit de vos relations avec autrui) ;

Moksha (se libérer du monde matériel en se reliant à l'Esprit).

Comment donner la priorité à votre dharma (la pyramide de la raison d'être)

Après avoir étudié ce point, Jay Shetty propose une « pyramide de la raison d'être » plus complexe qui a pour vocation à montrer comment nous parvenons à construire une raison d'être solide (si ce n'est déjà fait).

La pyramide de la raison d'être est composée de 5 étages :

Apprendre ;

Expérimenter ;

S'épanouir ;

Gérer ;

Gagner.

Les individus commencent en général par en apprendre davantage sur un sujet d'intérêt (1), puis ils expérimentent cette connaissance en faisant beaucoup d'essais et d'erreurs (2). S'ils persévèrent et surmontent les obstacles, ils s'épanouissent dans leur activité (3) ; cependant, pour être pleinement en possession de sa raison d'être et célébrer ses réussites (5), il faut encore être patient et gérer les surprises du quotidien (4).

Aidez votre partenaire à donner la priorité à sa raison d'être

Jay Shetty raconte plusieurs histoires visant à nous montrer comment nous pouvons soutenir notre partenaire dans sa recherche d'un objectif, puis dans son accomplissement. Il montre aussi qu'il n'est pas toujours facile d'équilibrer les différents aspects de sa vie. Brigid Schulte, une journaliste, ainsi que le pilote de voiture de course Lewis Hamilton, sont pris en exemples.

Jay Shetty insiste sur l'importance de laisser de la place à chacun dans la relation. Au cours de l'existence, les occasions de déséquilibre ne manquent pas : changement de situation professionnelle, enfants, etc. Pourtant, nous pouvons trouver les moyens de rééquilibrer la relation et de trouver des objectifs communs qui transcendent les objectifs de chacun (voir les exercices "À essayer").

Quand deux raisons d'être s'opposent

Même en faisant de notre mieux, il n'est pas toujours facile de composer avec les objectifs de l'autre, surtout quand ceux-ci s'opposent directement aux nôtres (ou les nôtres à ceux de notre partenaire). Que faire dans ces cas-là ?

L'auteur donne une série de conseils pour parvenir à un accord. Il suggère, par exemple, de donner la priorité à un objectif, puis à l'autre. L'organisation du temps est ici particulièrement importante. En cas de déséquilibre majeur, vous pouvez chercher à "rééquilibrer les dharmas" au sein du couple.

Les exercices "À essayer" de ce chapitre

"Découvrir votre raison d'être" (p. 171-173) ;

"Rencontrez un mentor" (p. 174-176) ;

"Bilan : réorganisez votre temps libre" (p. 176-178) ;

"Fixez-vous des objectifs ensemble" (p. 184-185) ;

"Régler un déséquilibre des dharmas" (p. 201-202) ;

"Échangez votre temps" (p. 205).

Partie 3 — La guérison

Dans cette partie, Jay Shetty se penche sur l'ashram de Vanaprastha. Les thèmes privilégiés sont la dispute, le pardon et la rupture.

Loi 6 : Gagnez ou perdez ensemble

Le conflit est nécessaire à un couple. Même s'il a généralement mauvaise presse, il joue en fait un rôle important. Comme l'exprime cette citation, les disputes permettent de mieux connaître l'autre.

"Les partenaires qui évitent les conflits ne comprennent pas les priorités, les valeurs ou les difficultés de l'autre. Tous les couples se disputent, ou tout du moins le devraient-ils. » (Les 8 lois de l'amour, Chapitre 6)

Beaucoup de gens pensent qu'une relation "parfaite" signifie ne pas se disputer du tout, mais c'est une erreur. Nous devrions nous disputer quand cela est nécessaire, afin que les problèmes ne s'aggravent pas.

Nous devrions même aborder les conflits comme des problèmes communs. La communication non violente, dont Jay Shetty cite des exemples, est une ressource précieuse pour venir à bout des disputes de couples. En fait, l'objectif n'est pas de se vaincre l'un l'autre, mais bien de trouver une solution commune au problème.

Dans une courte section, l'auteur évoque également l'importance de ne pas confondre conflit et maltraitance. Il propose un tableau très utile pour bien différencier les deux (p. 219).

L'origine d'une dispute

Il s'intéresse ensuite à l'origine de nos disputes. Selon le Bhagavad-Gita, un texte hindou sacré, il y a trois énergies sacrées :

Celle liée à l'ignorance (tamas) ;

Puis celle liée à l'impulsivité (rajas) ;

Et enfin celle qui est liée à la bonté (sattva).

Pour Jay Shetty, ces trois énergies créent trois types de conflits :

Disputes vaines = s'emporter de manière irréfléchie, ne rien résoudre.

Rapports de force = avoir envie de l'emporter sur l'autre, la guerre des égos.

Disputes productives = chercher à comprendre, trouver une solution.

Nous n'avons pas besoin de changer ou d'assumer aucune responsabilité » (176). Un désir d'avoir raison ne résoudra pas le problème, de sorte que le chapitre comprend un exercice pour trouver l'ego et la passion dans une dispute et souligne la nécessité pour les deux personnes de voir les malentendus qui se sont produits et leur rôle en eux.

Comment avoir des disputes productives

Nous pouvons réussir à avoir des disputes plus productives si nous avons véritablement "le désir de faire équipe". Voici les conseils donnés dans cette section.

Purifier l'ego = accepter que vous soyez peut-être dans l'erreur et vous ouvrir aux raisons de l'autre ;

Diagnostiquer le fond du problème = il existe plusieurs types de conflits (intérieur, social, interpersonnel) et il importe de cerner de quel type il s'agit.

Découvrir sa forme de dispute = certains préfèrent vider leur sac, d'autres se cachent et d'autres encore explosent... Il faut le savoir et "agir" en conséquence.

Gagner ensemble

Jay Shetty propose ensuite un acronyme pour aller plus loin dans son analyse. Il propose de résoudre ensemble les conflits en utilisant les "5 E" :

Endroit et moment ;

Expression ;

Évacuation de la colère ;

Engagement ;

Évolution.

Premièrement, choisissez un endroit sûr et un moment optimal pour vous disputer. Pas toujours facile quand nous "explosons", direz-vous ! Mais c'est possible. L'auteur expose les recherches d'Art Markman, neuroscientifique, sur l'expression saine de la colère pour nous montrer comment tenter le coup.

Le terme « Expression » signifie considérer attentivement les mots dits et utiliser le mot « nous » lorsque vous abordez un problème, afin de désigner clairement sa nature commune.

La phase d'évacuation de la colère a pour objectif d'atteindre cet état d'ouverture et d'empathie sans lequel aucune résolution saine du conflit n'est possible.

L'engagement implique un accord vers le changement et la création de propositions.

Enfin, l'évolution signifie que le couple grandit du conflit en s'excusant et en assumant leurs responsabilités respectives. Cette dernière étape implique trois sous-étapes : l'acceptation, la verbalisation et l'action.

À noter : la dispute peut devenir une vraie habitude et même une sorte de cercle vicieux dans le couple. Les psychiatres Phillip Lee et Diane Rudolph montrent en effet que certains ménages peuvent devenir accros au conflit et s'enfermer dans ce schéma, sans jamais trouver de solution concrète à leurs problèmes.

Les exercices "À essayer" de ce chapitre

"Passer d'une dispute à un objectif commun" (p. 217-218) ;

"Identifiez l'ego et la passion dans le conflit" (p. 225-226) ;

"Identifiez la forme de dispute de votre partenaire et la vôtre" (p. 232) ;

"Passez un accord au sujet de votre prochaine dispute" (p. 239-240) ;

"Discuter des problèmes complexes" (p. 243-244) ;

"Écrire une lettre pour s'excuser" (p. 249-250).

Loi 7 : Lors d'une rupture, ce n'est pas vous qui vous écroulez

Jay Shetty utilise une analogie connue : la maison. Une relation amoureuse qui prend fin est comme une maison dont les murs s'effritent, puis s'écroulent. Nous avons tous des défauts, là n'est pas la question. Ce qui importe, ainsi que nous l'avons vu au chapitre antérieur, est de savoir résoudre les conflits pour qu'ils ne s'enveniment pas.

Les signes de problème

L'auteur met en exergue trois problèmes qui sont souvent la cause des ruptures :

L'infidélité ;

La perte d'intérêt ;

Le manque d'intimité (au sens large).

Jay Shetty y insiste à nouveau : la violence et toute forme de maltraitance doivent être combattues. Une personne qui subit une telle situation doit rompre le plus rapidement possible, pour son propre bien.

Nourrir l'intimité

La perte d'intimité est souvent le fruit d'un manque d'énergie mise dans la relation. Pourtant, il y a des façons de combler ce manque de connexion et de communication. D'abord, Jay Shetty conseille de faire des choses par soi-même. En parler à l'autre ajoute à la conversation ; en plus de vous nourrir vous-même, cela nourrit le couple.

D'autre part, créer ou participer à des activités communes peut également créer un sentiment d'intimité et de fierté de couple. Pourquoi ne pas prendre des cours de danse, par exemple ? Trouver des lieux où échanger renforce considérablement la relation.

L'auteur aborde en particulier trois types d'activités :

Le divertissement (aller voir un film ensemble, par exemple) ;

L'expérience (faire un voyage et en parler à son conjoint, faire du bénévolat, etc.) ;

L'éducation (reprendre des études).

Jay Shetty rapporte comment sa femme et lui cultivent leur intimité via des amitiés nouvelles et des expériences partagées. Nous pouvons également développer notre intimité en reconnaissant nos valeurs respectives et en éprouvant de la gratitude les uns pour les autres.

S'élever ou se séparer

Lorsque la décision de rester ensemble ou de rompre se fait insistante, il faut y répondre de la façon la plus sage possible. Jay Shetty propose un canevas en 5 étapes pour nous aider à nous décider. Il l'appelle la "voie de l'élévation".

Intolérance ;

Tolérance ;

Compréhension ;

Acceptation ;

Appréciation.

Lors de ses séances de coaching de vie ou de couple, Jay Shetty conduit les personnes qu'il reçoit à se demander si leur problème est totalement intolérable ou s'il peut être toléré, voire compris et accepté. Lorsqu'il est apprécié, nous reconnaissons que le problème fait partie intégrante de notre partenaire.

En fonction de notre capacité commune à évaluer le ou les problèmes selon cette échelle, nous pouvons décider en conscience de continuer ou de rompre.

Rompre en conscience

Si la rupture a lieu, il importe au plus haut point de faire le point sur sa peur d'être seul. Toute rupture crée un changement radical, mais mieux vaut s'en aller que de maintenir une relation malsaine à tout prix.

Lorsque nous nous retrouvons seuls, le cerveau se met en branle et nous pouvons nous sentir particulièrement fragiles. Pourtant, l'auteur rappelle à partir de textes indiens que "l'âme ne se rompt pas". Quoi qu'il en soit, la rupture sera plus facile si vous avez suivi les règles énoncées dans les sections précédentes.

Il décrit le processus de rupture et donne des conseils pour les deux situations :

Lorsque c'est vous qui rompez ;

Quand c'est l'autre qui prend la décision.

Jay Shetty souligne l'importance de se raconter. des histoires pour donner du sens à nos aventures amoureuses. Il expose des théories scientifiques pour nous montrer qu'il est plus facile d'aller de l'avant lorsque nous créons ce sens.

Tirez les leçons karmiques de vos erreurs

Chaque relation — et chaque rupture — nous apprend quelque chose. Nous pouvons donc tirer les leçons « karmiques » de nos erreurs. Cea peut prendre du temps, et c'est entre autres pourquoi il vaut mieux ne pas se jeter à corps perdu dans une nouvelle relation trop vite.

Certains amis reviennent dans nos vies après une rupture. La solitude est également le moment pour se retrouver et réfléchir, voire renforcer son estime de soi.

Les exercices "À essayer" de ce chapitre

"Bilan : pour quelles raisons partez-vous ?" (p. 261) ;

"S'entourer de soutien" (p. 275-276) ;

"Faire son deuil" (p. 293-294) ;

"Prises de conscience" (p. 297-298) ;

"Check-list : êtes-vous prêt à ressortir avec quelqu'un ?" (p. 303-304).

Partie 4 — La reliance

L'amour peut être élargi au-delà de la relation amoureuse et des rapports familiaux. L'objet de cette dernière partie est de comprendre cette forme de l'amour que l'auteur nomme "reliance". Celle-ci s'élance vers la famille, les amis, mais aussi, au-delà, vers nos connaissances, nos collègues, les étrangers et finalement la Terre tout entière.

Loi 8 : Aimez encore et toujours

La quatrième étape de la vie selon les Védas, l'ashram Sannyasa, implique la notion de service aux autres et à ce qui nous relie tous : le monde ou, pour la religion, le divin. Dans la philosophie hindoue, cette dernière étape implique de renoncer aux « désirs matériels » et de se concentrer sur la spiritualité.

Attendre l'amour ou l'expérimenter

Jay Shetty revisite cette dernière étape de la sagesse des Védas pour aborder la question de l'amour d'autrui et, surtout, la façon dont nous pouvons diffuser l'amour, au lieu de le recevoir.

"Au lieu d'attendre l'amour, à nous de trouver des façons de l'exprimer." (Les 8 lois de l'amour, Chapitre 8)

Comment donner de l'amour

Il n'est pas toujours facile d'avoir de l'empathie pour les choses qui nous sont lointaines. Nous avons une préférence naturelle pour ce qui nous est proche. Jay Shetty cite Jamil Zaki, professeur de psychologie à Stanford, pour appuyer ses arguments.

Pourtant, à force de travail, nous pouvons peut-être parvenir à étendre notre conception de l'amour et à embrasser un maximum d'êtres. C'est vers cela que nous devrions au moins tendre.

Aimez les personnes qui vous sont les plus proches

Cela dit, nous sommes face à une difficulté, car souvent, nous avons du mal à aimer correctement même les personnes qui nous sont les plus proches. Nous leur en voulons pour ceci ou pour cela. L'auteur commence donc par trouver des voies pour nous aider à aimer notre famille et nos amis pour ce qu'ils sont, et non pour leurs uniques comportements extérieurs.

Dans l'un des exercices "À essayer", Jay Shetty recommande d'organiser ses contacts en différents groupes en fonction de la proximité, puis de décider du temps que nous allons donner aux personnes d'une certaine catégorie (famille, amis, collègues, etc.). L'objectif de cet exercice est de donner la priorité à ceux avec qui nous voulons maintenir les liens les plus proches, tout en n'oubliant pas les personnes que nous ne voyons pas souvent.

Appréciez vos collègues

Nous voulons tous être appréciés dans notre travail. D'autant plus que nous y passons souvent beaucoup de temps. Les sentiments d'amitié et de respect y ont une importance cruciale, au point que de nombreuses personnes accepteraient de changer de travail si elles se sentaient plus reconnues et appréciées dans le nouveau.

Nous pouvons apprendre à donner de nous-mêmes pour créer des environnements plus chaleureux, par exemple en :

nous donnant à fond pour des projets qui tiennent à cœur à l'équipe ;

offrant nos compétences aux plus jeunes et en leur servant de mentors ;

donnant des feedbacks constructifs et en encourageant nos collègues ;

respectant et en accueillant les recommandations de personnes plus expérimentées que nous.

L'auteur raconte toutefois une parabole : celle du crocodile et du singe. Lorsque nous sommes faces à des "crocodiles", évitons de "faire le singe". Parfois, la gentillesse n'est pas de mise. Si vous êtes pris dans des rapports de force potentiellement destructeurs, il convient de savoir se défendre et agir — sans devenir soi-même un prédateur.

Être une source d'inspiration pour les inconnus

Jay Shetty consacre une courte section à la protection des uns et des autres au sein de sa communauté (voisins, etc.). Puis, il évoque l'importance de devenir un exemple pour autrui. Il relate l'histoire d'un policier qui a offert des chaussures à un sans-abri qui marchait pieds nus dans la rue en plein hiver.

Dans la courte section suivante, Jay Shetty invite tout un chacun à aider les associations et à faire du bénévolat.

Au contact de la Terre

Pour terminer, Jay Shetty propose un schéma qu'il nomme "les cercles de l'affection". Ceux-ci s'imbriquent de façon concentrique :

Famille ;

Amis ;

Collègues ;

Entourage ;

Inconnus ;

Associations ;

La Terre.

Pour résumer, le concept de service est la clé de cette étape de la vie. Cette règle élargit l'amour pour y inclure celui que nous portons à tous, de nos amis à des associations qui viennent en aide à des inconnus. Jay Shetty souligne aussi que l'argent, pour utile qu'il soit, n'est pas le seul moyen de soutenir des causes importantes.

S'impliquer personnellement est une meilleure façon de pratiquer l'amour. Il prend l'exemple de plusieurs associations, notamment au service des animaux. En effet, l'enjeu est d'élargir notre sollicitude aux êtres qui ne sont pas humains, et finalement à la Terre, qui fait face au changement climatique.

Nous avons souvent des difficultés à sentir cet aspect de l'amour, car cet enjeu nous paraît vaste et lointain. Pourtant, Jay Shetty croit que nous sommes capables de travailler sur nous-mêmes pour répondre à ces enjeux de façon positive.

Les exercices "À essayer" de ce chapitre

"Aider un proche difficile à trouver de l'affection autour de lui" (p. 324) ;

"Structurez la liste de vos proches" (p. 326-327) ;

"Exprimer son affection au travail" (p. 329-330)

Conclusion sur « Les 8 lois de l'amour » de Jay Shetty :

Ce qu’il faut retenir de « Les 8 lois de l'amour » de Jay Shetty :

Jay Shetty propose un livre pratique, un manuel même, au sujet de l'amour. Il applique et réinterprète bon nombre de sagesses indiennes en les mélangeant avec des ouvrages de développement personnel et des études de psychologie sociale ou de neurosciences.

L'ensemble est cohérent et se lit facilement. Nous passons de la création de la relation amoureuse à sa solidification, puis à la rupture ou — à minima — aux difficultés. L'ouvrage se termine finalement sur la question de l'amour pour autrui, dans nos relations familiales, professionnelles, sociales et même "écologiques" — c'est-à-dire avec des êtres non humains.

Que retenir, finalement ? Que cela vaut la peine d'"aimer encore et toujours", à condition d'apprendre cet art d'aimer si bien connu des sagesses anciennes — et que nous avons un peu perdu. Eh oui, l'amour se travaille et c'est surtout en le donnant que nous le pratiquerons et que nous nous améliorerons !

Points forts :

Un ouvrage qui combine développement personnel et érudition indienne ;

De nombreux exercices à essayer ;

Des exemples de lettres à écrire et de méditations à réaliser.

Point faible :

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Ma note :

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Thu, 28 Mar 2024 17:00:00 +0100 http://www.olivier-roland.fr/items/view/12810/Les-8-lois-de-lamour
StoryBrand : 7 piliers du storytelling http://www.olivier-roland.fr/items/view/12804/StoryBrand-7-piliers-du-storytelling

Résumé de « StoryBrand : 7 piliers du storytelling » de Donald Miller : un manuel de storytelling qui a été un best-seller du New York Times et qui a aidé de nombreuses entreprises à doper leurs ventes.

Par Donald Miller, 2022.

Titre original : « Building a StoryBrand. Clarify Your Message So Customers Will Listen », 2017.

Chronique et résumé de « StoryBrand : 7 piliers du storytelling » de Donald Miller

Introduction

« Cet ouvrage ne vous apprendra pas à raconter l’histoire de votre entreprise. Ce serait une perte de temps, car les clients se soucient généralement davantage de leur propre histoire. » (Storybrand, Introduction)

Mais à la place, il va vous expliquer comment raconter une histoire où c’est votre prospect le héros ! Et c’est bien là l’essentiel. C’est parce qu’il sait que votre produit ou service peut le mener au bout de ses peines que votre futur client fera appel à vous.

Il a besoin de se reconnaître dans votre marketing. C’est la clé. Voyons donc comment faire grâce à la méthode SB7 — pour une histoire de marque (StoryBrand) en 7 étapes.

Partie 1. Pourquoi le marketing est souvent un gouffre financier 

Chapitre 1 — Comment être vu, entendu et compris

Un bon design de site web est loin d’être suffisant. Vous pouvez dépenser tout l’argent que vous voulez dans une vitrine virtuelle soignée aux petits oignons, cela ne vous rapportera pas nécessairement un euro.

Il vous faut une histoire, en format texte (ou vidéo). Oui, ce qu’il vous faut, c’est un argumentaire de vente. « Clarifier son message n’est toutefois pas une mince affaire », rappelle Donald Miller.

Si vous commencez par là, vous créerez de meilleurs sites internet, sans effets inutiles, et vous économiserez de l’argent.Voici quatre questions à vous poser :

Quel est donc le message de votre entreprise ?

Pouvez-vous l’exprimer aisément ?

Est-il simple, pertinent et reproductible ?

Tous vos collaborateurs sont-ils capables de le répéter de façon persuasive (ou vous-même, si vous êtes freelance !) ?

Ce livre vous aidera à résoudre ces problèmes et à faire décoller vos ventes sur Internet. Prêt ? Partez !

Pourquoi tant d’entreprises échouent

Car leur message est trop complexe. Notre cerveau ne parvient pas à le traiter de façon satisfaisante. À l’inverse, la narration fonctionne car elle donne un sens clair, elle ordonne de façon naturelle les éléments à intégrer mentalement.

La pyramide de Maslow est composée de cinq étages représentant les cinq types de besoins humains fondamentaux. Pour rappel :

Physiologie (manger, boire, dormir) ;

Sécurité (se loger, ne pas être menacé) ;

Appartenance (faire partie d’un groupe) ;

Estime (reconnaissance et amour) ;

Accomplissement (sens à la vie, spiritualité et connaissances).

La publicité joue sur ces cinq tableaux. Quand vous regardez une publicité, vous essayez instinctivement de savoir si elle vous aidera à combler l’un ou l’autre de ces cinq types de besoins.

Mais si vous ne basez pas votre communication sur l’un d’eux — ou que le message n’est pas clair —, vous risquez fort d’être ignoré.

Ne noyez donc pas le poisson (votre message) dans une mare obscure de discours inaudible pour votre interlocuteur ! Son cerveau doit sélectionner l’information et cela consomme son énergie. Vous devez donc lui faciliter la vie en lui montrant précisément où se trouve son intérêt.

Le scénario à la rescousse

Avoir un scénario vous donnera l’aisance et la clarté nécessaire pour capter l’attention de vos futurs clients. En fait, l’humanité s’est, de tout temps, raconté des histoires. Nous comprenons facilement les récits.

Pourquoi ? Car « les schémas narratifs reflètent le cheminement de la pensée humaine », affirme l’auteur.

La notion de clarté — si importante — implique que le destinataire de l’histoire connaît un certain nombre d’éléments essentiels. Ce sont justement eux que nous allons travailler tout au long des chapitres qui suivent.

Donald Miller insiste beaucoup sur ce point : « Si vous êtes confus, vous êtes foutu », dit-il à plusieurs reprises. Soyez clair, mais aussi net et précis. Allez à l’essentiel pour être entendu sans générer trop d’efforts mentaux de la part de votre interlocuteur.

Chapitre 2 — L’arme secrète pour faire prospérer votre entreprise

Attention : placer le client au centre de votre histoire ne signifie pas que vous devez oublier qui vous êtes ou vous effacer complètement. Au contraire ! Vous êtes l’aide tant attendue par le héros…

Mais d’abord, apprenons les bases pour transformer le bruit en musique.

Du bruit à la musique, grâce à une histoire

Vous ne retenez pas le bruit, alors qu’une bonne chanson peut vous rester en tête une bonne semaine. Pourtant, ce sont des ondes sonores dans un cas comme dans l’autre.

Comprenez-vous la métaphore ?

« Entre un air de musique savamment composé et le bruit provoqué par un chat coursant un rat dans un atelier de carillons éoliens, la différence est flagrante. Or, la plupart des sites web et des présentations, ou encore l’elevator pitch moyen, ressemblent justement plutôt à une usine à carillons : ils génèrent une incroyable cacophonie. » (StoryBrand, Chapitre 2)

Si vous ajoutez trop d’informations à votre histoire, vous risquez de perdre votre public. Vous voulez faire du bruit avec votre marque ? Cherchez plutôt à la mettre en musique !

Steve Jobs et le message d’Apple

Steve Jobs sortit Lisa, son premier ordinateur, en 1983. Personne ne s’y intéressa. Pourquoi ? Car il communiqua avec une publicité de neuf pages en langage geek dans le New York Times.

Mais le fondateur de Apple était malin. Et il apprit beaucoup au contact des scénaristes de Pixar, le célèbre studio d’animation qu’il contribua également à créer.

Quelques années plus tard, la campagne pour le premier Mac avait changé. Désormais, elle se contentait (presque) de deux mots : Think Different.

Ces deux mots frappent l’esprit et racontent une histoire. Vous voulez faire valoir le génie qui est en vous ? Nous avons les outils pour y aider. Remarquez que ce n’est pas Apple le héros. C’est vous. Apple, dans cette histoire, c’est le moyen par lequel vous parviendrez à vos fins.

Une histoire pour mieux grandir

Donald Miller rassemble ses recherches (et celles d’autres spécialistes) et condense la recette d’une bonne histoire en sept points. Pour créer une bonne histoire, vous avez besoin de/d’ :

Un personnage ;

Ayant un problème ;

Rencontrant un guide ;

Qui lui fournit un plan ;

Et l’incite à agir ;

Pour triompher ;

Et, ainsi, échapper à la catastrophe.

L’auteur donne plusieurs exemples de films (Hunger Games et La Guerre des étoiles) pour vous aider à comprendre la place de chacun de ces éléments. Selon lui, l’immense majorité des récits fonctionnent selon ce schéma.

Vous devriez vous aussi vous soucier de ces principes si vous voulez propulser votre marque vers le succès. Ceux qui ne s’en préoccupent pas peuvent réussir, mais plus difficilement.

Mieux, « lorsque vous maîtriserez la méthode de la trame SB7, personne ou presque ne s’apercevra que vous l’utilisez ».

Mais avant cela, vous devrez pour commencer vous poser les trois questions suivantes :

Que veut le héros ?

Qu’est-ce qui (ou qui) se dresse en travers de son chemin ?

À quoi ressemblera sa vie s’il obtient (ou non) ce qu’il veut ?

Souvenez-vous des réponses que vous apporterez à ces questions chaque fois que vous créerez ou intégrerez quelque chose sur votre site internet (une image, un slogan, etc.).

« Ce n’est pas parce qu’une petite phrase sonne bien, ou qu’une image attire l’œil sur un site web, qu’elle vous aider à rentrer dans l’histoire de vos clients. Chacune des lignes que vous écrivez est soit au service de leur histoire, soit un bruit parasite. Ou vous créez de la musique, ou vous générez du bruit. » (StoryBrand, Chapitre 2)

Votre marketing survit-il au test du grognement ?

Pour le client aussi, il a trois questions importantes. Ce sont les questions auxquelles il veut avoir une réponse instantanément lorsqu’il voit, écoute ou lit votre publicité :

Qu’avez-vous à m’offrir ?

En quoi cela va-t-il améliorer ma vie ?

Que dois-je faire pour passer commande ?

C’est le « test du grognement ». Il faut créer une réponse claire, simple, évidente de la part du client. Vous vendez de l’aspirine ? Votre client doit pouvoir grogner « Médoc, guerrier, mal de tête, pharmacie » au premier coup d’œil sur votre publicité.

Cette clarté payera d’autant plus sur Internet. Donald Miller raconte l’histoire de Kyle Schultz, un ancien pompier devenu infopreneur. Celui-ci a grandement profité de la méthode SB7 pour faire décoller son business en ligne !

La trame SB7 est conçue pour vous aider à créer un scénario utilisable dans toute votre communication, afin de marquer durablement les esprits. Continuons donc notre découverte.

Chapitre 3 — Une trame simple : la SB7

SB7 : la méthode StoryBrand pour scénariser votre marque

Premier principe : le personnage. Nous l’avons déjà dit : le héros de l’histoire est le client, et non votre marque. C’est votre interlocuteur et son cheminement qui doivent être mis en lumière. Pour cela, vous devez parvenir à identifier clairement sa demande (voir plus haut).

Deuxième principe : le problème. Le héros a besoin de résoudre un problème « interne ». Or, trop d’entreprises vendent des solutions à des problèmes « externes ». Nous approfondirons ces distinctions plus loin.

Troisième principe : le guide. En tant que marque, voici votre rôle. Vous ne voulez pas être un héros concurrent du client : vous voulez être le guide qui aidera le héros à mener à bien sa mission. Vous pourriez aussi l’appeler un mentor ou un conseiller.

Quatrième principe : le plan. Comme guide, vous avez le pouvoir de fournir un plan. Un bon conseil, c’est un plan d’action. Sans cela, vous ne seriez qu’un mauvais guide ! « Les gens ont besoin d’une philosophie qu’ils peuvent s’approprier et d’une série d’étapes à suivre pour résoudre leurs problèmes », affirme l’auteur.

Cinquième principe : l’incitation à l’action. C’est vous qui allez jouer ce rôle. Vous allez montrer au héros qu’il en va de son intérêt de réaliser une action directe (acheter) ou intermédiaire (vous recontacter).

Sixième principe : l’évitement de la catastrophe. Le héros ne veut pas mourir égorgé par le dragon. Sa vie est en jeu. Qu’est-ce que votre prospect a à perdre ? Il lui faut un enjeu sous forme de « fin négative possible » ou possibilité de l’échec.

Septième principe : le triomphe. Par contraste, évidemment, il vous faut rendre possible la réussite ! « Vos clients doivent avoir le sentiment que leur vie sera fantastique grâce aux produits et services qu’ils vous achètent », dit Donald Miller.

Face à la confusion, clarifiez votre message

Donald Miller a mis au point un scénario téléchargeable gratuitement sur le site mystorybrand.com (à condition d’avoir acheté le livre). C’est l’outil idéal pour répertorier tous les points vus précédemment.

Avec ce schéma, vous pourrez construire la présentation générale de votre marque, puis appliquer le même modèle pour chaque division de votre entreprise (si cela s’applique à votre cas).

Voici votre travail pour la suite : lisez chaque chapitre attentivement, puis « brainstormez ». Cherchez les messages qui alimenteront votre scénario BrandScript. Enfin, après étude, « décidez du message précis à utiliser pour chaque partie de votre scénario ».

Une fois ce premier pas terminé, vous pourrez appliquer la trame SB7 à l’ensemble de vos communications (de l’elevator pitch à vos présentations en ligne ou sur tout autre support).

Partie 2. Élaborez votre scénario

Chapitre 4 — Un personnage…

« Une histoire ne démarre vraiment qu’à partir du moment où le héros doit désamorcer une bombe, gagner le cœur de sa dulcinée, triompher d’un scélérat ou lutter pour sa survie émotionnelle ou physique. Elle commence dès l’instant où le héros aspire à quelque chose. Surgit alors une question : parviendra-t-il à ses fins ? » (StoryBrand, Chapitre 4)

Le public doit savoir ce que cherche le héros. Si vous pensez en termes de marque et de client, cela se traduit par : vous devez déterminer ce dont a besoin votre prospect. Et, de là, poser la question de ce que vous pouvez lui apporter.

Donald Miller donne quelques exemples. Pour un hôtel qui accueille des personnes plus âgées, « luxe et calme » est sans conteste ce qui est recherché. Une agence immobilière ? « La maison dont vous rêviez ». Une barre de céréales ? « Bien commencer la journée en veillant à votre santé ».

Introduisez un élément perturbateur

L’élément perturbateur, c’est le petit quelque chose qui coince. C’est ce désir ou besoin qui fait que le héros doit se mettre en action pour rétablir l’équilibre et obtenir ce qu’il n’a pas.

Dans les poèmes comme dans les sonates, l’élément perturbateur joue aussi son rôle. C’est lui qui vient bousculer et réclamer l’harmonie. C’est la tension (la note ou la rime) qui engendre l’action et qui appelle une résolution dans la phrase musicale ou le vers suivant.

Réduisez le désir des clients à une seule ambition

Si vous êtes une grande entreprise et que vous répondez à plusieurs besoins à la fois, le discours peut toutefois vite se compliquer. Quel désir mettre en avant ? Vous risquez de trébucher rapidement.

Au départ, il va donc falloir résumer tout ça et réduire le désir du client à une — et une seule — ambition (élément perturbateur). Le reste, vous le garderez éventuellement en mémoire en tant qu’intrigue secondaire. Rappelez-vous : la clarté doit être votre objectif prioritaire.

Choisissez un désir associé à leur survie

En synthétisant ainsi, vous courrez néanmoins un risque : devenir trop large, sans saveur. Non ! Il faut que le prospect se sente touché par le besoin que vous mettez en avant. Or cela se joue au niveau de la « survie ».

Dans le cadre de la stratégie SB7, ce terme « désigne ce désir primitif que nous éprouvons tous d’être en sécurité, en bonne santé, heureux et forts ». Voici quelques-uns des désirs les plus profonds (souvenez-vous de la pyramide de Maslow, ils y sont liés !) :

Préserver ses ressources financières ;

Gagner du temps ;

Établir des liens sociaux ;

Gagner en prestige ;

Accumuler des ressources ;

Être généreux avec autrui ;

Trouver un sens à sa vie.

Quelle question votre client se pose-t-il ?

« Le but de la valorisation de votre marque est que chaque client potentiel sache exactement où vous voulez l’emmener : il pourra se reposer dans votre résidence hôtelière de luxe, devenir un leader adoré de tous, ou économiser pour vivre mieux. » (StoryBrand, Chapitre 4)

Allez donc droit au but en répondant directement, sans ambages, à la question de votre client potentiel. Imaginons que vous réalisiez un sondage sur votre marque : chaque personne devrait idéalement savoir directement où votre marque est susceptible de les emmener.

En vous rendant sur le site du livre, vous pourrez remplir la première section de votre BrandScript.

Chapitre 5 — … a un problème

Vous avez votre personnage. Bien. Maintenant, il faut le vivre. Comment ? En lui « créant des problèmes » ou, plus exactement, en repérant les problèmes qui se posent à lui. Qu’est-ce qui gêne vos clients ?

Comment parler des problèmes de vos clients ?

Quelle est la source du mal dans les histoires ? C’est le scélérat, le méchant. Il doit non seulement être l’origine des problèmes, mais aussi être clairement reconnaissable, unique et réel.

En parlant de lui, vous donnerez à votre client envie de le vaincre. Cela tombe bien, car vous avez justement une arme à lui proposer : votre produit/service.

Ces « méchants » peuvent être abstraits ou arborer des formes étranges. Vous vendez un aspirateur ? Les méchants seront les boules de poussière qui se baladent en bande et mettent la pagaille dans la maison de votre client. Elles l’empêchent d’avoir une maison propre et agréable à vivre.

Allons un pas plus loin. Il est possible de clarifier les types de problèmes que posent les méchants en repérant trois « niveaux de conflits ».

Quels sont-ils ?

Il y a les problèmes externes (tangibles et concrets, comme gagner la coupe, réparer cette fuite ou stopper ce camion fou…).

Ensuite, il y a les problèmes internes (ce sont les tiraillements intérieurs du héros, leurs frustrations, leurs émotions négatives comme la peur, ou positives, comme la joie).

Enfin, il y a les problèmes philosophiques (c’est le sens profond, souvent ramassé sous forme de « morale » à la fin d’un conte, par exemple).

Ces trois niveaux de conflit se recoupent l’un l’autre. Plus vous serez capables d’aller du problème externe vers le problème philosophique, et plus vous réussirez à créer un lien fort avec votre prospect.

Exemples

Voici deux exemples, parmi les trois donnés par Donald Miller (p. 62).

1 — Voiture Tesla :

Méchant = Gaspillage de pétrole, infériorité technologique.

Problème externe : J’ai besoin d’une voiture.

Problème interne : Je veux compter parmi les amateurs de nouvelles technologies.

Et enfin problème philosophique : Ma future voiture devra contribuer à préserver l’environnement.

2 — Cafetière Nespresso :

Méchant : Les cafetières qui font du mauvais café.

Problème externe : Chez moi, j’ai envie de boire du bon café.

Problème interne : Ma cafetière doit me donner le sentiment d’être raffiné.

Et enfin problème philosophique : Je ne devrais pas avoir besoin d’être barista pour servir du bon café à la maison.

Quels obstacles aidez-vous à surmonter ?

Mettez-vous au travail pour trouver les obstacles qui gênent vos prospects. Agissez comme toujours : brainstormez, puis analysez et choisissez ceux qui sont les plus pertinents.

Quel est le méchant ? Quels sont les conflits (externe, interne et philosophique) que celui-ci impose au héros ?

Chapitre 6 — … rencontre un guide

Chacun de nous peut diviser sa vie en un certain nombre de chapitres (ou d’actes, si nous nous référons à une pièce de théâtre, comme le faisait Shakespeare).

Les chapitres se constituent à partir d’événements, qui sont, comme le dit bien James Scott Bell, des « portes sans retour ». À partir de tel moment, votre vie a changé. Tel moment qui marque votre vie crée une période (ou un chapitre !).

Mais il n’est pas toujours facile de passer d’une période à l’autre. Nous pouvons rester bloqués à un « niveau » (pour prendre cette fois un terme utilisé dans le monde du jeu vidéo).

Heureusement, des personnages nous assistent souvent — plus ou moins dans l’ombre. Ce sont ceux que Donald Miller nomme les « guides ».

Tout héros cherche un guide

Ils sont nombreux dans la vie réelle : vos parents, votre entraîneur de foot ou votre prof de piano, par exemple. Un poète, un écrivain ou un politicien vous a marqué ? Il a été votre guide, pour un temps au moins.

Pensez à toutes ces histoires que vous avez lues : Frodon et Gandalf, ou encore Luke Skywalker et Yoda, pour ne prendre que deux exemples évidents.

L’erreur fatale consiste, pour la marque, à se mettre à la place du héros et non du guide. L’auteur donne un exemple frappant de cette mauvaise communication en citant un épisode de la vie de Jay Z. Son initiative a vite tourné au bad buzz !

Retenez donc ceci : l’histoire n’est pas centrée sur vous. En plaçant votre client au cœur de l’histoire, vous clarifierez tout votre message et il comprendra bien mieux l’histoire que vous voulez lui raconter.

Les deux attributs d’un guide

Pour aider véritablement le héros, le guide doit faire preuve de/d' :

Empathie = il doit comprendre les problèmes internes de son héros et lui montrer qu’il est comme lui.

Légitimité = il doit avoir surmonté le problème et proposer une solution de façon humble, sans prendre son héros de haut.

Quels sont les moyens des marques pour démontrer leur légitimité sans jouer à l’expert inaccessible ? Donald Miller en donne quatre :

Témoignages (ambassadeurs acceptant de parler de vos services/produits) ;

Statistiques (chiffres qui mettent en avant concrètement les avantages de votre offre) ;

Récompenses (prix ou distinctions qui vous mettent en valeur, sans en faire trop) ;

Logos (qui vous soutiennent, qui sont vos clients, etc.).

Comment faire une formidable première impression

« Lorsqu’un client rencontre votre marque, c’est comme s’il faisait connaissance avec une nouvelle personne. Il se demande s’il s’entendra avec vous, si vous pouvez l’aider à mener une vie meilleure et, enfin, s’il peut vous faire confiance. » (StoryBrand, Chapitre 6)

Montrez à votre prospect qui vous êtes et ce que vous pouvez faire pour l’aider. Sans, pour autant, jouer le premier rôle. Gagnez sa confiance et créez un lien de proximité avec lui. Commencez dès maintenant en remplissant votre scénario BrandScript à la case « Rencontre un guide » !

Chapitre 7 — … qui lui fournit un plan

Que serait un guide sans méthode ? Si vous n’apportez pas une solution claire à votre prospect, il ne deviendra pas votre client. C’est évident : le guide est là pour nous accompagner et nous rendre la vie plus facile. Sinon, il est inutile.

Le plan engendre la clarté

Vous vendez des meubles à monter soi-même ? Bien, mais ce n’est pas tout. Vous devez expliquer à votre prospect comment il doit s’y prendre. Expliquez-lui qu’il doit :

Mesurer l’espace disponible chez lui ;

Commander les éléments à la bonne taille ;

Installer le dispositif facilement grâce aux outils de base (fournis ou non).

Le plan par étapes

Il y a toujours une série d’épreuves à traverser avant d’en finir avec les problèmes. Montrez le chemin à votre prospect pour qu’il n’ait pas à douter indéfiniment. Le plus souvent, il s’agit simplement d’exposer un processus, une recette (comme dans l’exemple cité plus haut).

Évitez de créer des plans interminables. Là encore, vous risqueriez de créer de la confusion dans l’esprit de votre interlocuteur. Un plan entre 3 et 6 étapes convient parfaitement. S’il y en a plus, cherchez à les regrouper au maximum et à les décrire clairement.

Le plan d’adhésion

Le plan d’adhésion est différent du plan par étapes que nous venons de voir. Ici, c’est comme si vous signiez un contrat avec votre prospect. Vous lui promettez de résoudre son problème interne en affirmant vos valeurs le plus clairement possible. Vous vous engagez avec lui.

« L’un des avantages du plan d’adhésion est qu’il permet de clarifier les valeurs que vous partagez avec le client (…). Contrairement au plan par étapes, le plan d’adhésion fonctionne en tâche de fond. » (StoryBrand, Chapitre 7)

Pour le composer, répertoriez ce qui préoccupe votre client et rassurez-le. Cela peut prendre la forme d’un document à afficher quelque part, de type « charte », par exemple.

Comment s’appelle ce plan ?

Que vous optiez pour l’un ou l’autre (ou les deux !), vous devrez donner un nom à votre plan. Dans le cas d’un plan d’étapes, cela peut être « plan d’installation facile » ; pour un plan d’adhésion, « Notre garantie qualité », par exemple.

Concevez vos plans dès maintenant en utilisant le script BrandScript disponible dans le livre et sur le site internet.

Chapitre 8 — … et l’incite à agir

Maintenant qu’il a tous les éléments en main, il vous reste à pousser votre prospect à l’action. Comment faire ?

Invitez-le à passer commande

Nous agissons tous parce que quelque chose nous y invite (ou nous y contraint). Et c’est particulièrement vrai lorsque nous sommes en train de consulter un site internet ou de regarder la télé.

Si vous voulez faire agir votre prospect, vous devez lui rappeler qu’il en a la possibilité. Sinon, il risque bien de se maintenir dans un état passif, sans savoir que faire.

Rappelez-vous : « vos clients sont bombardés chaque jour de plus de trois mille messages commerciaux. Faute d’être percutant, votre appel à l’action passera inaperçu ».

Le bouton « Commander » est là pour ça ! Il n’a l’air de rien et pourtant il est assez puissant. Bien sûr, il peut se décliner de différentes manières. Mais pensez toujours à faire court, précis, explicite.

Donald Miller distingue deux types d’appels à l’action.

Direct = « Commander », « Acheter maintenant », « Prenez rendez-vous », etc.

Indirect = Télécharger un e-book, assister à webinaire, etc.

Dans le second cas, vous proposez des « rampes d’accès » pour qualifier le prospect et le faire entrer un peu plus dans le tunnel de vente, comme disent les spécialistes du marketing digital.

Qui demande sans relâche finit un jour par obtenir

L’auteur prend l’exemple de deux sites d’agences de design graphiques : l’un très joli, mais sans appel à l’action ; l’autre plus classique, mais avec une formule claire basée sur des appels à l’action indirects et directs. Le deuxième est plus sûr de remporter la mise !

Travaillez vos incitations directes à la fois au niveau du texte et, justement, du design graphique. Optez pour des couleurs qui tranchent avec les autres couleurs de votre site. Agrandissez le bouton pour qu’il soit clairement visible, etc.

Utilisez également des boutons d’appels à l’action directs dans vos emails de vente, et même sur d’autres supports (audio, vidéo, documents physiques).

Pour les incitations intermédiaires, soyez malin et généreux. Offrez un PDF avec un plan d’action en échange du mail de la personne intéressée (que vous pourrez recontacter plus tard). Proposez à votre interlocuteur, par exemple à la fin de ce e-book, de participer à un séminaire.

De cette façon, vous allez gagner sa confiance. Assurez-vous de travailler les trois points suivants :

Revendiquer la position de leader dans votre secteur ;

Engendrer une réciprocité (votre générosité vous sera rendue) ;

Vous positionner en tant que guide.

Quels sont les enjeux ?

 « Qu’adviendra-t-il dans son histoire si le client choisit de conclure avec vous ? », demande Donald Miller. C’est l’objet des deux chapitres qui suivent. Ceux-ci traitent des enjeux de la collaboration.

Mais pour le moment, réfléchissez à vos appels à l’action directs et indirects !

Chapitre 9 — … pour échapper à la catastrophe

« La vie et la mort d’un récit reposent sur une seule question : le héros triomphera-t-il ? Tout au long de l’intrigue, l’auteur laisse planer l’éventualité d’une conclusion heureuse ou d’une fin tragique. Le public reste dans l’incertitude tant que le héros oscille entre la réussite et l’échec. » (StoryBrand, Chapitre 9)

Devez-vous faire de même avec votre histoire de marque ? Oui ! En tout cas, vous devez l’informer des risques qu’il court, sans quoi votre histoire n’aura aucun ressort dramatique.

Que risquent-ils ?

Certes, il n’est pas bon de jouer les fauteurs de trouble et de bâtir son succès en faisant peur aux autres. Mais il ne faut pourtant pas oublier cet enjeu. Sans évocations de conséquences négatives, nous l’avons dit, il n’y a tout simplement pas d’histoire.

Nous n’aimons pas perdre. C’est d’ailleurs ce qu’a montré Daniel Kahneman dans son livre Système 1/Système 2, notamment. En fait, il dit quelque chose d’un peu plus subtil : nous éprouvons plus de douleur à perdre, disons, 100 €, que nous n’éprouvons de joie à les gagner.

Il est donc important d’insister, en douceur, sur la menace. Puis, de lui proposer un plan pour s’en sortir. La peur, bien entendu, doit être limitée, sans quoi elle n’est plus efficace et guère éthique.

Qu’épargnez-vous à vos clients ?

Quel que soit ce que vous vendez, il y a des aspects négatifs à trouver : perte d’argent, de qualité de vie ou de temps, notamment.

Donald Miller donne de nombreux exemples de menaces qui peuvent surgir dans différents domaines, dont :

Conseil financier (frais cachés, temps perdu pour la retraite, etc.) ;

Voitures d’occasion (arnaques, voitures en mauvais état, etc.) ;

Centre de vacances pour enfants (ennui mortel, bruit dans la maison, etc.).

Si vous leur offrez la solution à ces problèmes (votre produit/service) en leur montrant comment agir (plan), alors ils seront enclins à faire appel à vos services.

Chapitre 10 — … et triompher

Donner une vision claire d’où vous allez emmener vos clients est l’une de vos missions. En tant que marque, vous agissez en fait de la même manière qu’un leader : vous inspirez en montrant un chemin. Vous montrez à quoi ressemblera la vie de vos clients s’ils passent à l’action.

« Sans vision, les gens périssent. Tout comme les marques », dit Donald Miller.

Une fin claire et précise

Pour ce faire, vous ne devez pas rester vague. C’est un défaut qui revient souvent. Pour vous y aider, vous pouvez créer un tableau qui distingue nettement un « Avant » et un « Après ». C’est un outil que l’auteur reprend à Ryan Deiss de DigitalMarketer (voir p. 105).

Pour remplir ce tableau, vous avez quatre questions à vous poser deux fois (une fois pour avant et une fois pour après) :

De quels produit ou service disposent-ils ?

Que ressentent-ils ?

À quoi ressemble leur journée type ?

De quel prestige bénéficient-ils ?

Comment conclure l’histoire de votre client ?

Vous allez régler ses problèmes internes, externes et philosophiques. Mais l’auteur souhaite aller plus loin dans l’analyse. C’est pourquoi il propose pour ce faire 3 types de désirs impérieux que vous devriez prendre en compte au moment de la résolution de l’histoire.

Acquérir pouvoir ou prestige : ce besoin de reconnaissance peut être comblé par la promesse d’avantages ou d’appartenance à un club. La rareté et le sentiment d’être privilégié sont aussi très importants.

Accéder à la complétude grâce à un apport extérieur : ce sentiment d’incomplétude peut être tranquillisé par le biais des idées de travail bien fait, de gain de temps ou d’efficacité.

Se réaliser ou s’accepter : ce besoin d’accomplissement et de confiance en soi passe par l’inspiration, l’acceptation de soi et la transcendance ou le dépassement de soi.

Bouclez la boucle

Il n’est pas question d’en faire des tonnes. Une simple photo peut faire l’affaire. Vous vendez des tapis ? Une maison chaleureuse et bien rangée, magnifiquement décorée avec votre tapis, fera amplement l’affaire.

Bref, privilégiez les réponses simples, rapidement assimilables par vos clients. Aidez-vous si besoin du BrandScript !

Chapitre 11 — Vos clients souhaitent que votre marque les fasse évoluer

Au centre de tout ce qui vient d’être dit, il y a un élément que nous n’avons pas encore totalement abordé. Quel est-il ? C’est le cœur du SB7 : vos clients souhaitent que votre marque les fasse évoluer.

Les héros sont conçus pour évoluer

Ce « voyage intérieur », qui fait passer le héros de faible (peu doué, mal outillé et en proie au doute) à fort, est essentiel à tout récit. Vous n’avez qu’à penser à Pinocchio ou à Orgueil et préjugés pour vous en assurer.

C’est la même logique avec votre marque.

Les marques intelligentes savent définir un modèle aspirationnel

Donald Miller donne l’exemple d’une marque de canifs. Il montre que celle-ci parvient très bien à mettre en scène un héros « endurci, audacieux, actif, qui aime l’aventure et se sent de taille à réaliser une mission difficile ». Grâce à son canif, plus rien ne l’arrête.

Il va plus loin : même si vous achetez, mais n’utilisez pas ce canif ensuite, vous n’aurez pas été volé. Pourquoi ? Car vous avez eu l’occasion de vous reconnaître dans cet objet. Il vous a aidé à grandir.

Comment votre client veut-il être perçu ?

« La meilleure façon de repérer le modèle identitaire auquel vos clients sont attachés est de réfléchir à la manière dont ils aimeraient être décrits par leurs amis. » (StoryBrand, Chapitre 11)

Vous pouvez le faire à partir de vous-même : qu’aimeriez-vous entendre dire sur vous ? C’est là votre « modèle identitaire ». Si vous parvenez à saisir celui de vos prospects, vous aurez un argument de poids pour les convaincre. À condition, bien sûr, de pouvoir effectivement les aider à se rapprocher de cet idéal !

Exemples d’évolution identitaire

Voici deux exemples sur les trois donnés par l’auteur (p. 120).

1 — Marque d’aliments pour animaux

Avant : Un simple propriétaire de chien passif.

Après : Le héros de tous les canidés.

2 — Marque de shampooing

Avant : inquiet et morne.

Après : Désinvolte et radieux.

Aidez vos clients à changer et ils vous le rendront bien.

Partie 3. Appliquez votre scénario BrandScript

Chapitre 12 — Optimisez votre site web

SI vous avez suivi toutes les étapes précédentes, vous avez normalement un scénario de marque prêt à être appliqué. C’est votre scénario BrandScript. Il va vous servir à tous les niveaux de communication de votre entreprise. Que celle-ci soit grande ou petite !

Un outil primordial

Si vous n’avez pas de moyens gigantesques, concentrez-vous d’abord sur votre présence numérique. C’est le principal. Aujourd’hui, même si quelqu’un entend parler de vous en dehors du web, il ira consulter votre site internet tôt ou tard pour voir qui vous êtes.

Faites simple

Vous l’aurez compris : la clarté et la simplicité doivent être vos maîtres-mots. En fait, « votre site doit s’apparenter à un elevator pitch », dit Donald Miller, c’est-à-dire à un argument de vente court et percutant.

Cinq principes fondamentaux

Voici les cinq principes à respecter lors de la création de votre site web commercial.

Mettez votre offre en évidence (au-dessus de la ligne de flottaison).

Incitez clairement à l’action (un premier bouton doit être clairement visible).

Illustrez la réussite du client (par une image, par exemple).

Distinguez vos sources de revenus (si vous avez plusieurs offres, trouvez un thème global, puis créez une page par service/produit).

Réduisez le texte à sa plus simple [removed]parlez peu, mais percutant, surtout au-dessus de la ligne de flottaison).

Respectez le scénario

Chaque geste, du placement d’une image aux mots utilisés, doit être lié à votre BrandScript. C’est ainsi que vous créerez une belle harmonie sur votre site ­— et non une cacophonie !

Si vous avez un blog, votre scénario de marque devra également se retrouver dans sa ligne éditoriale. Vous pouvez soumettre votre script à vos rédacteurs web afin qu’ils créent chaque contenu de façon appropriée.

Chapitre 13 — Transformez la culture d’une grande entreprise

Influencer les prospects et les clients est une chose. Vous assurer l’engagement de vos collaborateurs en est une autre. En fait, le BrandScript peut vous aider à faire les deux.

« Le client n’est pas le seul à être déconcerté par un message confus. Vos salariés le sont tout autant, depuis le chef de département jusqu’à l’ouvrier, en passant par le directeur régional. » (StoryBrand, Chapitre 13)

La malédiction du néant narratif

Imaginez-vous une entreprise sans but commun. Sans histoire claire à raconter. Tous les collaborateurs errent à la façon de zombies, sans savoir pourquoi ils sont là ni ce qu’ils ont à faire. C’est la malédiction du néant narratif !

Un outil est souvent employé pour exorciser cette malédiction : la déclaration de mission. Mais pour Donald Miller, cela ne mène nulle part. Explorons sa proposition.

Vos collaborateurs sont-ils perplexes ?

Le pire qui puisse vous arriver est que chaque division de votre entreprise fonctionne en vase clos. Ils ne communiquent pas entre eux ou mal. Ils pensent que leurs décisions n’affectent qu’eux et pas l’entreprise dans son ensemble.

Le coût du Néant narratif

Une étude Gallup des années 1990 montrait que seule une personne sur cinq éprouvait de l’engagement dans son travail. Or, sans engagement, pas (ou moins) d’efficacité et de productivité.

La raison de cette moue des salariés à l’égard de leur entreprise ? Le manque de récit commun et l’impression d’être laissé seul à son affaire.

Votre équipe aussi doit connaître l’histoire

Bien souvent, les ressources humaines se contentent d’introduire le nouveau venu rapidement. Après un bref passage en revue des produits/services, la déclaration de mission lui est montrée et c’est fini.

Même si l’employé fait beaucoup d’efforts pour bien travailler, il ne se sentira pas attaché à l’entreprise. Dès qu’il en aura l’occasion, il prendra la poudre d’escampette dans l’indifférence générale.

Personne — ni l’entreprise ni l’employé — n’a fait quelque chose de mal. Pourtant, tout cela manque cruellement de vie, d’histoire. Pour donner à vos employés l’envie de rester, vous devez leur faire prendre connaissance de votre script dès leur arrivée.

Accordez votre organisation avec sa mission

Donald Miller suggère de mettre les petits plats dans les grands pour présenter l’entreprise à vos recrues. Montrez-leur que vous êtes animé par une mission. Ce qu’ils décrocheront n’est pas un emploi ordinaire, mais un laissez-passer vers une aventure extraordinaire.

Fates jouer la rareté (seuls les meilleurs seront admis). Montrez-lui également que l’entreprise peut l’aider à devenir celui qu’il veut vraiment. Répétez-lui l’histoire de l’entreprise à plusieurs reprises (via plusieurs interlocuteurs mentionnés par Donald Miller dans le livre).

Votre « esprimosphère » est-elle conforme au scénario ?

Il s’agit d’un « mélange de croyances et d’idées qui influe sur le comportement et les performances des salariés ». Un récit de type StoryBrand améliore considérablement cette atmosphère de travail au sein d’une entreprise.

« La tâche numéro un de tout cadre est de rappeler à maintes reprises à ses collaborateurs en quoi consiste leur mission », dit encore l’auteur. S’il ne sait pas le faire, il n’est pas étonnant que les employés sous sa responsabilité ne le sachent pas non plus.

Mais lorsque ça fonctionne, c’est vraiment génial !

Mettez votre entreprise en phase avec sa mission

Le programme « On-Mission » de StoryBrand est spécifiquement dédié à la création de cet esprit favorable d’entreprise grâce au script de marque.

Voici le processus dans ses grandes lignes :

Élaboration du script avec les cadres.

Évaluation de l’état d’esprit existant.

Définition du plan d’action.

Optimisation de la communication interne.

Constitution d’une équipe pour la mise en œuvre.

Une entreprise en accord avec sa mission transforme toute son équipe en force de vente (voir la figure 13.2, p. 145). En outre, elle comprend l’histoire de ses collaborateurs.

La rémunération, les événements ou encore les opportunités d’évolution sont une chose. Mais sans histoire, ces outils fonctionnent moins bien. Pour les activer de façon plus puissante, l’entreprise doit comprendre ce qui anime ses employés — c’est-à-dire savoir se mettre dans la position du guide.

« Sans histoire, pas d’engagement », conclut Donald Miller.

La feuille de route StoryBrand — Cinq démarches (quasi gratuites) pour appliquer la trame SB7 et développer votre entreprise

Pour terminer, l’auteur vous propose cinq étapes pour appliquer la trame SB7 et développer votre entreprise sur le web de façon performante.

Créez la logline de votre entreprise (feuille de route).

Créez un générateur de leads et collectez les adresses électroniques.

Concevez une campagne d’e-mailing automatisée.

Collectez et transmettez des témoignages positifs.

Obtenez des recommandations.

Conclusion sur « StoryBrand : 7 piliers du storytelling » de Donald Miller :

Ce qu’il faut retenir de « StoryBrand : 7 piliers du storytelling » de Donald Miller :

Voici un livre court, mais dense. Donald Miller, patron de StoryBrand, vous révèle les clés de son programme vers le succès. Son approche est originale, puisqu’il s’agit de placer le client au cœur du storytelling de l’entreprise — et non celle-ci (ou son fondateur).

En s’appuyant sur des études de cas et des années d’expérience, l’auteur appuie ses arguments avec force et conviction. Il présente sa stratégie de façon claire et précise — deux termes clés de sa façon de penser la communication !

Il revient plusieurs fois sur le cœur de son propos et termine par ces mots :

« C’est un fait : si vous êtes confus, vous êtes foutu. Tandis que si vous clarifiez votre message, les clients vous écouteront. Voilà qui aidera les bons à triompher. Car dans une histoire bien ficelée, ce sont toujours eux qui l’emportent. » (StoryBrand, Postface)

Si vous voulez trouver des guides StoryBrand certifiés, rendez-vous sur leur site de prestations (coachs, rédacteurs, infographistes, etc.).

Points forts :

Une méthode pas à pas facile à comprendre ;

Une approche originale du storytelling ;

Des exemples et des tableaux qui viennent illustrer le propos.

Point faible :

Le livre aurait pu être édité de façon un peu plus luxueuse, avec des couleurs par exemple.

Ma note :

★★★★★

Avez-vous lu le livre de Donald Miller « StoryBrand : 7 piliers du storytelling » ? Combien le notez-vous ?

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Mon, 25 Mar 2024 17:00:00 +0100 http://www.olivier-roland.fr/items/view/12804/StoryBrand-7-piliers-du-storytelling
À nous d’écrire l’avenir http://www.olivier-roland.fr/items/view/12800/-nous-dcrire-lavenir

Résumé de « À nous d’écrire l’avenir » d’Eric Schmidt et Jared Cohen : un essai sur l'avenir du numérique qui a marqué les esprits, rédigé par deux spécialistes internationalement reconnus, tous deux anciens cadres supérieurs de Google.

Par Eric Schmidt et Jared Cohen, 2014.

Titre original : « The New Digital Age », 2013.

Chronique et résumé de « À nous d’écrire l’avenir : Comment les nouvelles technologies bouleversent le monde » d’Eric Schmidt et Jared Cohen

Présentation d’Eric Schmidt, de Jared Cohen et de leur ouvrage The New Digital Age

Eric Schmidt a été Président directeur général de Google dans les années 2000, puis a siégé à son conseil d’administration. Il a notamment été proche de l’administration de Barack Obama quand celui-ci était au pouvoir. Ses conférences et ses analyses connaissent un grand succès dans le monde entier.

Jared Cohen a notamment été conseiller d’Hillary Clinton quand celle-ci était au département d’État. Il a pensé et mis en œuvre le concept de « diplomatie numérique ». Durant les années 2010, lorsque ce livre a été écrit, Jared Cohen était le directeur du think thank de Google, Google Ideas.

The New Digital Age, traduit en français sous le titre À nous d’écrire l’avenir, a été un véritable phénomène éditorial outre-Atlantique lors de sa parution en 2013.

Pour l’essentiel, c’est un livre qui s’appuie sur l’énorme expérience de ses deux auteurs, ainsi que sur des entretiens réalisés avec de nombreux dirigeants, activistes et même terroristes de par le monde.

Son intention est de décrire la façon dont le numérique modifie les rapports entre individus, États et société civile. Plus précisément, l’ouvrage explore l’avenir en s’efforçant de proposer des prédictions sur de nombreux aspects des relations humaines et sociales.

Important : en rédigeant cette chronique, nous avons choisi de discuter, lorsque cela était nécessaire, les propositions principales des auteurs.

Par moments, nous montrons toute la justesse de leurs évaluations en donnant des exemples de ce que nous vivons aujourd’hui.

À d’autres moments, nous tempérons leurs propos, en montrant que leurs prédictions ne se sont pas réalisées.

Introduction

Internet est à la fois grisant et terrifiant. Cette technologie nous ouvre des possibilités inédites en termes de communication, mais pas seulement. C’est l’ensemble des rapports humains et sociaux qui s’en trouve modifié.

Voici ce qu’ils affirment d’entrée de jeu :

« Ceci n’est pas un livre sur les gadgets, les applis pour smartphone ou l’intelligence artificielle […]. C’est un livre sur la technologie, mais plus encore sur l’homme, sur sa façon d’interagir, d’adopter la technologie, de s’y adapter et de l’exploiter dans son milieu, aujourd’hui et demain, partout dans le monde. Surtout, c’est un livre sur l’importance du fait qu’une main humaine conduise l’avènement du nouvel âge numérique. Car toutes les possibilités que représentent les technologies de la communication, leur bon ou leur mauvais usage, ne dépendent que des individus. Oubliez ce qu’on raconte sur la prise du pouvoir par les machines. Ce qu’il adviendra ne dépend que de vous. » (À nous d’écrire l’avenir, p. 22)

Les défis sont de taille. Sans régulation, nous trouvons absolument de tout sur le Net. Le meilleur comme le pire ; pensons par exemple aux arnaques en ligne ou aux forums terroristes.

La prolifération rapide des technologies numériques est un aspect majeur du phénomène, ainsi que l’accroissement régulier de leur puissance ou efficacité. Plus de monde disposant d’appareils toujours plus performants : tel est le paysage qui se dessine pour les auteurs.

Les deux mondes, physique et numérique, vont s’entrelacer et parfois aussi s’entrechoquer. Nos institutions devront s’adapter. Nous ne pouvons encore connaître le résultat final de ce processus qui vient juste de commencer. Globalement, vivrons-nous mieux ou moins bien ?

Eric Schmidt et Jared Cohen cherchent, dans cet ouvrage, à apporter quelques clés d’analyse pour penser le développement technologique et ces implications sociales et culturelles. Voyons avec eux ce qu’ils en pensent !

1 — Notre avenir personnel 

Les auteurs nomment « connectivité » ou « connectivité numérique » le fait majeur que l’humanité dans son ensemble soit en passe de pouvoir communiquer en ligne via des téléphones mobiles. Quels sont ses avantages et ses inconvénients pour notre vie individuelle ?

Efficacité accrue

La connectivité — via les smartphones essentiellement — est capable d’aider de nombreuses personnes dans de nombreuses régions du monde. Y compris dans les pays moins développés et les zones les plus rurales, les changements se font sentir durablement.

Au-delà de l’utilisation du mobile pour diverses situations, c’est l’usage des données qui prend une importance massive. En connaissant mieux ses consommateurs, une entreprise peut lui fournir des services plus adaptés à ses besoins.

Autre progrès à garder à l’œil : les imprimantes 3D. Celles-ci révolutionnent la façon de produire les objets. En plaçant le processus de fabrication d’objets complexes à portée de tout un chacun ou presque, ce type de technologie facilite grandement la diffusion des innovations.

Les auteurs abordent aussi la question de l’intelligence artificielle et de la robotique. Si les robots à formes humaines seront sans doute réservés à une élite, une foule d’objets intégreront bientôt — ou intègrent déjà — des éléments de l’une ou l’autre de ces technologies.

Erich Schmidt et Jared Cohen abordent enfin trois types de « reconnaissance » :

Vocale (que nous utilisons pour nos recherches ou pour la domotique) ;

Gestuelle (que nous trouvons par exemple sur les consoles de jeu, mais aussi ailleurs) ;

Mentale ou par la pensée (déjà utilisé pour des prothèses et membres artificiels, par exemple).

Plus d’innovation, plus d’opportunités

Bien sûr, les technologies numériques offrent la possibilité de communiquer plus rapidement, quelles que soient les distances géographiques. Les entreprises profitent et profiteront encore davantage à l’avenir de la possibilité de travailler de façon décentralisée.

Le travail à distance est amené à devenir une chose de plus en plus commune. Chacun d’entre nous pourra proposer des services à d’autres personnes à l’autre bout du monde. À l’inverse, nous pourrons nous adresser à des professionnels de notre choix, sans nous soucier qu’ils soient proches ou loin.

Tous ces flux de communications intensifient la mondialisation et le niveau d’innovation globale et les opportunités d’affaires.

À côté de ces deux aspects, il faut aussi penser à l’éducation. Les auteurs affirment que la démocratisation des technologies d’information et de communication vont permettre à un plus grand nombre d’enfants d’être éduqués — et mieux éduqués.

En effet, selon eux, l’enseignement à distance et par moyens numériques autorise une plus grande modularité. Par ailleurs, les systèmes de création collective de connaissances, tels que Wikipédia, génèrent des compétences importantes tels que l’esprit critique et la résolution de problèmes.

Attention : sur ces derniers points, il importe de noter que les prévisions des auteurs ne se sont pas vraiment confirmées. En effet, les MOOCs et autres types d’enseignement à distance n’ont pas vraiment connu le succès attendu. Par ailleurs, à en croire certains experts, il n’est pas sûr qu’Internet et les outils numériques améliorent véritablement la qualité de l’éducation.

Une meilleure qualité de vie

Une prédiction tout à fait juste d’Erich Schmidt et Jared Cohen (parmi beaucoup d’autres) est la suivante : « Vous seul, et pas le programme de télévision, déciderez quoi regarder sur vos écrans ». En effet, nous avons désormais Netflix — notamment !

Au-delà des gadgets, de réelles améliorations de vie découlent et découleront de la révolution numérique, pour les auteurs. Dans le domaine de la sécurité, bien sûr. Mais aussi de la santé.

Par exemple, nous aurons de plus en plus de capteurs sur nos dispositifs portables. Ceux-ci prendront des mesures de notre corps en temps réel et nous avertiront de notre état de façon régulière. Ceux qui ont des smartphones et des montres connectées le savent déjà !

C’est ce qui est nommé le « soi quantifié » (quantified self), dont parle aussi — pour le critiquer cette fois — Yuval Noah Harari dans Homo Deus. Mais pensez aux bénéfices que cela peut avoir pour les personnes avec des maladies chroniques…

De façon générale, la médecine devient chaque jour plus mobile et plus personnalisée. Et cela passe par les smartphones des personnes. Certes, les auteurs sont conscients que cela ne remplace pas des systèmes de soins performants. Mais ils considèrent néanmoins que c’est un progrès souhaitable.

La frange supérieure

« La connectivité profitera à tout le monde. Ceux qui n’en disposent pas du tout en disposeront un peu, et ceux qui en disposent déjà en auront encore plus », annoncent Erich Schmidt et Jared Cohen.

Les plus aisés pourront bénéficier d’une domotique complètement intégrée à leur smartphone ou à un simple dispositif de contrôle vocal, par exemple. Ils contrôleront toute leur maison d’un son ou d’un geste.

Les auteurs annoncent également que les voitures sans conducteur seront une réalité. À noter : en 2023, elles le sont presque (pensons notamment aux Tesla qui incorporent des fonctionnalités avancées) mais ce n’est pas encore complètement une réalité quotidienne, même pour les plus riches d’entre nous !

2 — L’avenir de l’identité, de la citoyenneté et du journalisme de reportage

Les auteurs affirment que la population virtuelle devient plus importante que celle de la Terre. Qu’est-ce que cela signifie ?

En un mot, que chacun d’entre nous a plusieurs identités en ligne. Autrement dit, si la Terre entière est connectée, eh bien il y a mécaniquement « plus » de « personnes » dans le monde virtuel. Pourquoi ? Eh bien justement car chaque individu « réel » a plusieurs « personnalités » virtuelles.

La révolution des données

Le plus important dans tout cela est sans doute la révolution des données. Nous laissons de plus en plus de traces de nous (nos personnalités virtuelles, nos comptes de ceci ou cela, nos mouvements d’achat, etc.) en ligne.

Ce que nous nommons aujourd’hui le Big Data est bel et bien une réalité. Les entreprises et les États captent de plus de plus d’informations nous concernant. Souvent, pour améliorer nos expériences de consommation ou pour nous permettre d’accéder à des services publics.

Les flux constants de données et la possibilité de les utiliser dans un sens ou dans un autre vont créer, selon les auteurs, une « ère de la pensée critique ». Plus de lanceurs d’alerte, plus de contrôle des propos, plus de transparence.

À noter : il faudrait tempérer ce propos. Nous voyons aujourd’hui abonder les fake news et autres dénonciations en ligne. Contrairement à l’esprit critique, celles-ci font plutôt proliférer une « ère du complot et du soupçon généralisé ». 

Les traces dureront dans le temps et autoriseront certaines personnes à en juger d’autres. Il faudra donc faire de plus en plus attention à ce que nous publions sur le Net. Cette préoccupation est bel et bien présente dans nos quotidiens, aujourd’hui.

De nouveaux métiers vont apparaître, tôt ou tard :

Entreprises consacrées à la confidentialité et à la réputation (elles existent) ;

Assurances proposant d’assurer nos identités en ligne contre le vol ou le piratage.

Les auteurs continuent le chapitre en discutant des activités de WikiLeaks. Ils ont interviewé Julian Assange et mentionnent quelques extraits de leurs discussions. Les pratiques d’Alexeï Navalny sont aussi discutées.

La crise du journalisme

Le journalisme est devenu du journalisme web. Le journalisme se transforme chaque jour à plusieurs niveaux (que nous pouvons encore observer en 2023) :

Rapidité et nouveaux canaux de distribution de l’information (réseaux sociaux) ;

Restructuration des grandes entreprises d’information ;

Diversification des tâches du journaliste et formes plus collaboratives ;

Apparition de nouveaux types d’informateurs (non seulement locaux, mais en ligne) ;

Interférences entre « journalisme » et « marque personnelle » de certaines célébrités ;

Plus grande difficulté des gouvernements autoritaires à museler la presse, via la création d’une presse indépendante en ligne.

Reconsidérer la confidentialité — différentes implications pour différents citoyens

« La sécurité et la confidentialité relèvent d’une responsabilité que se partagent les entreprises, les usagers et les institutions qui nous entourent », rappellent les auteurs.

En effet, nous attendons des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) qu’elles protègent nos données. Par ailleurs, nous devons y veiller nous-mêmes et la puissance publique doit aussi prendre des mesures en ce sens.

Il importe par exemple de rappeler que, depuis la rédaction de cet ouvrage, l’Union européenne a adopté le Règlement général de protection des données (RGPD) censé réguler les échanges de données entre entreprises et citoyens.

Chacun de nous sera de plus en plus confronté au jugement d’autrui et à une forme d’évaluation constante. Et de fait ! N’est-ce pas une chose à laquelle nous nous sommes déjà habitués avec toutes les évaluations et recommandations que nous envoyons/recevons sur les différentes plateformes… ?

Cette vigilance accrue de chacun vis-à-vis de chacun pourra créer des tensions, mais améliorera globalement la transparence. Un faux expert ou un politicien corrompu peut désormais se cacher moins longtemps.

Les auteurs traitent des conséquences de la connectivité dans plusieurs types de régimes, des plus démocratiques aux plus autoritaires. Ils montrent que les États seront souvent tentés d’utiliser ces techniques pour augmenter le niveau de contrôle sur leurs ressortissants.

Pensons par exemple à la Chine aujourd’hui et à son utilisation des réseaux sociaux…

Stratégies d’adaptation

Quatre grandes stratégies d’adaptation à la « révolution des données » voient le jour et continuent de se développer aujourd’hui :

Les entreprises doivent inventer des dispositifs pour assurer la confidentialité et la sécurité des données ;

Le droit est un moyen efficace d’obliger les entreprises à agir dans le sens voulu par les citoyens d’un pays ou d’une région (c’est le cas avec le RGPD) ;

La société civile se lève aussi régulièrement pour dénoncer et mener des campagnes de sensibilisation aux enjeux du Big Data (nous pouvons penser, entre autres, à la création du parti pirate) ;

Les citoyens peuvent également choisir d’interagir directement entre eux sans passer par une tierce partie sur Internet, via des dispositifs PeerToPeer (P2P) et chiffrés.

État policier 2.0

Un jeu de chat et de la souris s’installe entre les États autoritaires et les individus cherchant à y échapper ou à renverser le pouvoir. Les technologies numériques servent aux premiers à créer une surveillance plus subtile et accrue. Mais elles sont également utilisées par les seconds pour lui résister !

La récolte de données en ligne et l’usage de logiciels de reconnaissance faciale à grande échelle sont déjà des réalités dans de nombreux pays. Les données biométriques (traits du visage, empreintes digitales, etc.) sont particulièrement recherchées par les administrations.

Dans les États démocratiques, il importe que des débats aient lieu pour décider de ce qui pourra être fait de ces données.

3 — L’avenir des États

Les États ne peuvent pas contrôler tous les flux d’informations qui circulent et s’amplifient constamment sur Internet. Mais ils ont un pouvoir sur l’infrastructure matérielle qui le rend possible.

N’oublions pas, en effet, qu’Internet n’existe que par l’entremise d’un gigantesque réseau de machines connectées entre elles, notamment par de la fibre optique.

Mais il y a d’autres problèmes qui surgissent. Comment évoluent les relations entre États dans le monde virtuel ? C’est l’une des questions intéressantes posées par les auteurs Eric Schmidt et Jared Cohen.

La balkanisation d’Internet

Chaque État tente de former un Internet à son image. Par exemple, chaque pays filtre ce qui est permis ou non. Il agit en fonction de normes qui lui sont propres. Les infrastructures diffèrent également.

Le grand réseau d’Internet se fractionne donc en réseaux régionaux ou nationaux. C’est une vérité aujourd’hui, puisque les services, les sites et les possibilités qu’offrent aujourd’hui Internet en Chine, en Russie, en Afrique ou en Europe sont bel et bien différents.

Les auteurs abordent plus en détail les cas de :

La Chine ;

L’Allemagne ;

La Malaisie.

Mais ils parlent aussi de l’Arabie Saoudite, de l’Iran et de bien d’autres pays.

Selon Eric Schmidt et Jared Cohen, en tant que consommateurs, nous ne nous rendons pas vraiment compte de ce phénomène de « balkanisation » (fragmentation) d’Internet.

Multilatéralisme virtuel

Cette fragmentation n’empêche pas la collaboration entre États. Celle-ci se fait sur base d’affinités politiques ou idéologiques. Les États-Unis et l’Europe partagent par exemple un grand nombre de services.

Cette réalité vaut également pour les pays autoritaires, qui s’échangent leurs savoirs et savoir-faire. Les auteurs rapportent par exemple comment Huawei, géant chinois des télécommunications, a proposé son aide à l’Iran en matière de censure.

Des accords multilatéraux sont également constamment établis afin de protéger les droits de propriété intellectuelle liés aux nouvelles technologies. Ceux-ci permettent à la fois de créer des alliances commerciales et de se protéger de concurrents indésirables.

Indépendance virtuelle

Eric Schmidt et Jared Cohen évoquent la possibilité que certaines communautés, comme les Kurdes par exemple, utilisent le monde numérique pour réclamer leurs droits.

Il est en effet possible d’imaginer des « déclarations d’indépendance virtuelles », lorsque celles-ci sont impossibles à créer dans le monde physique.

À noter : en 2023, il ne semble pas que ce type d’événement se soit produit.

Provocation numérique et cyberguerre

« Ceux qui sous-estiment la menace de la cyberguerre le font à leurs risques et périls. Le phénomène ne mérite peut-être pas tant de battage, mais le danger est bien réel. Les cyberattaques sont chaque année plus fréquentes et plus précises. Plus nous enchevêtrons notre existence avec les systèmes d’information numérique, plus nous devenons vulnérables. » (À nous d’écrire l’avenir, p. 155)

En 2023, nous savons que de nombreuses cyberattaques ont lieu. Elles sont organisées par les États eux-mêmes — la Russie, par exemple, qui affectionne ce moyen d’action. Parfois aussi par des groupes plus ou moins bien intentionnés.

Les entreprises et les individus peuvent être tantôt victimes, tantôt à la source de cyberattaques ou de piratages informatiques. Qui n’a pas eu affaire à au moins une tentative d’hameçonnage frauduleux pour récupérer ses données bancaires ?

Pour en revenir au niveau des États, les auteurs citent l’importance cruciale des fabricants de matériel de télécommunications. Les accords commerciaux qui se créent entre les États et ces firmes peuvent poser des questions de sécurité.

Un exemple récent, datant de 2020 : la controverse qui a explosé en Europe et aux États-Unis autour de l’implantation de la 5G par l’entreprise Huawei.

La guerre des codes

Cette section traite en particulier de l’espionnage industriel. Les auteurs insistent tout particulièrement sur le caractère volontariste des autorités (et entreprises) chinoises en ce domaine. Mais les États-Unis et les pays occidentaux ne sont pas en reste.

C’est une véritable guerre économique qui se passe en sous-main, sans que les consommateurs que nous sommes se rendent compte de grand-chose au quotidien !

4 — L’avenir de la révolution

C’est aujourd’hui un fait connu : les nouvelles technologies d’information et de communication ont joué un rôle certain dans les révolutions du Printemps arabe.

De fait, la société civile est amenée à être de plus en plus active avec les réseaux sociaux et les moyens techniques mis à sa disposition. Toutefois, tous les soubresauts révolutionnaires n’aboutiront sans doute pas. C’est ce que les auteurs analysent dans ce chapitre.

Facile au début…

Eric Schmidt et Jared Cohen se montrent particulièrement optimistes quant à l’émergence de nouveaux leaders d’opinion et de mouvement sociaux grâce au Web 2.0 et aux nouvelles formes de connectivité.

« Ces nouveaux mouvements révolutionnaires comprendront plus de participants occasionnels ou anonymes qu’aujourd’hui, pour la simple raison que le citoyen aura une plus grande maîtrise du moment et de la forme de son action », selon les auteurs.

La structure classique des mouvements militants est appelée à se modifier. De nouvelles formes d’organisation émergent et se solidifient grâce aux moyens numériques. Le crowdsourcing permet par exemple d’obtenir du soutien en ligne.

Une manifestation contemporaine de ceci est le nombre de pétitions qui circulent en ligne. En avez-vous déjà signé certaines ? Ou avez-vous, par exemple, contribué à récolter des fonds lors d’une campagne éclair sur Facebook. ?

Les auteurs affirment également que les personnes se tiendront au courant des manifestations dans le monde entier et ils prévoient l’éclosion encore plus marquée d’un « tourisme de la révolution ».

Il est certain que les réseaux sociaux offrent la possibilité de se tenir au courant et de se réunir beaucoup plus facilement qu’auparavant. Aujourd’hui, vous pouvez suivre les déplacements de Greta Thunberg (presque) en direct et la rejoindre dans ses actions si le cœur vous en dit !

… mais plus difficile à conclure

Toutefois, ces technologies ont des pouvoirs limités. Ces pouvoirs ne sont pas suffisants pour créer le changement décisif qui fait basculer un mouvement du soulèvement à la révolution réussie. Mais ces technologies peuvent assurément jouer un rôle important, comme les printemps arabes l’ont démontré.

Les auteurs reviennent sur certains événements de 2010-2012 en Lybie et en Tunisie. Mais ils abordent aussi le cas des troubles en Afrique du Sud. Plus généralement, ils traitent d’une question centrale : l’importance de ne pas laisser les mouvements de résistance aux mains de quelques célébrités.

Or, cette tendance est accrue par les réseaux sociaux. Par ailleurs, les mouvements peuvent prendre plus de « place » dans le monde virtuel qu’ils n’en prennent dans le monde physique. Cela crée des « dégonflements » de mouvements ou de « faux départs ».

Répression et endiguement virtuels

Les États autoritaires cherchent aussi à faire taire activement ces groupes. Pour cela, ils peuvent « couper » la connexion ou tenter de le faire. Ils peuvent également agir par la violence ou trouver des moyens plus subtils de « tuer dans l’œuf » les tentatives de rébellion.

Répression virtuelle et physique vont maintenant de pair. Des « infiltrés » des gouvernements en place peuvent contribuer à semer le trouble dans les mouvements qui se constituent en ligne, par exemple.

Ou même encore plus subtil : offrir des espaces virtuels de « défoulement » où les personnes peuvent clamer leur rage et leur mécontentement… Sans jamais passer à l’action.

Ces stratégies font partie de ce que Erich Schmidt et Jared Cohen nomment des stratégies d’« endiguement virtuel ».

Plus de « printemps »

Le cas du Printemps arabe est particulier pour plusieurs raisons. En effet, les auteurs analysent que :

Le monde arabe se distingue par son identité régionale (histoire, langue, culture) ;

Les réseaux religieux organisés jouent le rôle d’une société civile organisée.

Toutes les régions du monde n’ont pas ces caractéristiques et certains pays sont plus isolés, moins organisés que d’autres. La révolution ne peut donc éclore partout où les régimes autoritaires existent, même avec l’aide des technologies numériques.

Un problème de taille émerge également, que les auteurs évoquent en citant l’ancien Premier ministre de Singapour, Lee Hsien Loong :

« Le danger auquel nous risquons d’être confrontés à l’avenir, c’est qu’il sera beaucoup plus facile d’être opposé à quelque chose qu’en faveur. » (À nous d’écrire l’avenir, p. 217-218)

Cette prédiction se retrouve aujourd’hui dans nombre des comportements visibles sur Internet. De nombreux experts ont analysé, depuis plus de dix ans, l’évolution de campagnes de haine contre tel ou tel phénomène. Oui, il est plus facile d’être « contre » que « pour » quelque chose.

Si vous voulez en savoir plus à ce sujet, lisez la suite du chapitre où les auteurs décortiquent un cas cocasse, mais fascinant : celui du « currygate » qui a explosé au Singapour en 2010.

5 — L’avenir du terrorisme

Les auteurs craignent l’alliance mortifère entre terrorisme et numérique.

Nous le savons aujourd’hui : comme tous les autres mouvements, les groupes terroristes recrutent sur Internet (via des sites ou des chaînes YouTube) et communiquent via des moyens numériques.

Nouvelle porte, nouveaux risques

Par ailleurs, Internet permet également d’apporter des connaissances autrement impossibles à acquérir. Les personnes mal intentionnées peuvent, à tout moment, trouver sur le Net comment fabriquer une bombe ou autre.

Par ailleurs, comme nous l’avons déjà évoqué, les terroristes peuvent opérer directement dans le monde virtuel et, par ce biais, endommager des infrastructures ou créer des dommages bien réels. Ce sont les cyberattaques.

À l’heure actuelle, les terroristes ambitieux doivent se rendre maîtres des médias. Même les plus antimodernes et antioccidentaux n’ont pas le choix : s’ils veulent que leur action soit plus efficace, ils sont contraints d’exceller dans ces technologies.

En fait, c’est même le « marketing numérique », comme disent les auteurs, qu’ils doivent maîtriser.

Eric Schmidt et Jared Cohen abordent aussi la question des prisons. Documents à l’appui, ils remarquent que les prisonniers parviennent à se munir de matériel informatique même dans les régions les plus reculées de la planète. Ils discutent également d'une mesure radicale : geler l’identité virtuelle des détenus.

L’avènement des hackers terroristes

Une information importante est à retenir ici : à l’heure des pirates et des hackers, il n’est pas besoin d’être très nombreux pour avoir un impact significatif dans l’espace virtuel.

« En fait, il n’y a pas de masse critique à atteindre — un seul individu doué peut faire agir des milliers d’ordinateurs à sa volonté », rappellent les auteurs, qui donnent plusieurs exemples édifiants.

De l’autre côté, les États et leurs forces militaires cherchent eux aussi à débaucher des hackers afin de les faire travailler avec eux. Les petits génies turbulents de l’informatique deviennent des talents hautement recherchés !

Le talon d’Achille des terroristes

« Le revers de la médaille du cyberterrorisme, c’est qu’elle réduira la marge d’erreur de ses adeptes », disent Eric Schmidt et Jared Cohen. Oui, car toute connexion signifie potentiellement une possibilité de découverte. Or les terroristes doivent rester cachés.

À l’heure d’Internet, une seule petite erreur et ce peut être la fin d’un terroriste. Et il n’y a pas de raison de penser que ceux-ci ne feront pas d’erreurs, de temps à autre. Comme tout un chacun, ils deviennent eux aussi accrocs aux smartphones et ne prendront pas toujours les bonnes décisions.

Par ailleurs, attraper un ou plusieurs terroristes signifie aussi mettre la main sur le réseau qu’ils utilisent. Cette mine d’information peut conduire à d’autres arrestations, etc.

Interdit aux gens cachés

Les auteurs font ici une prédiction étonnante. Selon eux, certains gouvernements — y compris qualifiés de démocratiques comme les États-Unis — pourraient bien imposer aux personnes d’être connectées.

« Les gouvernements en viendront peut-être à considérer, par exemple, qu’il est trop risqué de laisser des citoyens “hors-circuit”, totalement déconnectés de l’écosystème numérique. Il ne fait aucun doute qu’à l’avenir, comme aujourd’hui, certains individus résisteront à l’adoption et à l’utilisation de la technologie […] Pourtant, il est fort probable que les autorités soupçonneront quiconque choisira la disparition totale d’avoir quelque chose à cacher […] » (À nous d’écrire l’avenir, p. 256-257)

Cette prédiction fait un peu peur. N’aurons-nous plus la possibilité de choisir notre mode de vie, avec ou sans moyens numériques ? Heureusement, pour l’instant et à notre connaissance, aucune mesure radicale de ce genre n’a été prise dans les pays occidentaux.

Par contre, ce qui a bel et bien créé l’inquiétude des pays occidentaux, c’est la machine de guerre du renseignement qui a été mis en place par les États-Unis après les attentats du 11 septembre 2001. Les auteurs en parlent pendant de longues pages.

Si vous voulez en savoir plus à ce sujet, vous pouvez aussi lire l’autobiographie d’Edward Snowden, Mémoires vives.

La conquête des cœurs et des esprits gagne le monde virtuel

Google Ideas est une branche de Google qui étudie notamment le phénomène de la radicalisation. Les études qui y sont menées montrent que les causes de celle-ci sont à chercher dans les sentiments d’abandon ou de recherche de sens ressentis par les jeunes gens.

Eric Schmidt et Jared Cohen montrent qu’il est possible d’enrayer ce phénomène en créant des opportunités et des distractions liées au numérique. Oui, pour les auteurs, la lutte contre la radicalisation passe par la technologie.

En résumé, « la clé consiste simplement à laisser les gens s’adapter aux produits selon leurs besoins et sans que cela demande trop d’expertise technologique ». Il suffit de mettre à disposition des personnes désœuvrées les moyens de bricoler par eux-mêmes des dispositifs techniques qui donnent un peu plus de sens à leur existence.

Bien sûr, le terrorisme ne sera pas exterminé de cette façon. Il est même plus que probable qu’il ne le soit jamais complètement, quels que soient les moyens employés. Mais ce qui est sûr, c’est que les entreprises technologiques sont appelées à jouer un rôle toujours plus important dans l’effort pour en maîtriser le développement.

6 — L’avenir du conflit, du combat et de l’ingérence

« Jamais dans le passé nous n’avons été aussi conscients des nombreux conflits en cours dans le monde […] Mais la presse se nourrit d’images sanglantes. Et ce qui a changé, ce n’est pas le nombre des conflits, c’est leur visibilité. En vérité, nous vivons des temps plus pacifiques que jamais. » (À nous d’écrire l’avenir, p. 271)

C’est aussi ce que dit un auteur comme Hans Rosling dans son livre Factfulness.

Pour autant, les conflits, plus ou moins importants, ne sont pas près de disparaître complètement (et nous en avons des preuves supplémentaires en 2023).

Moins de génocides, plus de harcèlement

Les auteurs étudient ici les mouvements de répression à l’encontre de minorités dans plusieurs pays. Cette répression peut s’exercer de façon plus ou moins forte et trouver des moyens de s’exprimer en ligne.

Par exemple, un gouvernement peut prendre des mesures discriminatoires pour que certaines parties de sa population n’aient pas accès aux services numériques de base. Il a aussi les moyens de les « harceler » en lui barrant l’accès à des ressources données ou en créant des campagnes diffamatoires.

Cette discrimination virtuelle est dangereuse, car le Web permet — comme nous l’avons déjà souligné — un anonymat et donc une forme de libération de la haine et de déshumanisation des rapports humains.

Conflit multidimensionnel

Dans les conflits armés, les « bons » se distinguent parfois difficilement des « méchants ». Les deux camps d’une guerre commettent des actes horribles.

En fait, c’est aussi pourquoi ils se livrent à une intense « guerre de communication », chacun essayant de justifier ses actions et de mettre l’accent sur les atrocités de l’autre partie.

Avec la venue des fake news — et depuis quelques années seulement des deep fakes —, la question de la manipulation des informations se fait encore plus pressante et complexe.

Le rôle des analyses et de l’esprit critique n’en devient que plus capital. C’est ce que les auteurs nomment la « vérification numérique ». Celle-ci revient aux journalistes, bien sûr, mais pas seulement. Les gouvernements doivent également être capables de distinguer le vrai du faux pour savoir comment agir.

Une proposition des auteurs mérite d’être signalée : envoyer des équipes internationales de « vérification numérique » sur les conflits, considérées comme intervenants neutres (comme la Croix-Rouge par exemple).

La guerre automatisée

Dans cette section, les auteurs se penchent sur la possibilité que les robots remplacent les guerres entre humains. Il y a déjà bien des formes robotiques qui sont utilisées dans les guerres (des missiles à tête chercheuse aux drones, etc.). Mais la guerre peut-elle être totalement automatisée ?

Eric Schmidt et Jared Cohen détaillent les différents projets en cours (en 2012) pour doter les soldats de plus grands moyens ou pour les remplacer dans certains cas. Ils terminent par évoquer les nombreuses questions qui se posent, telles que les capacités de discernement ou la responsabilité pénale du robot, par exemple.

Nouvelles ingérences

Les coalitions d’États qui voudront intervenir dans les conflits seront amenées à unir leurs forces pour créer des zones sécurisées en matière de communication, notamment.

7 — L’avenir de la reconstruction

Après un conflit ou une catastrophe, les technologies de communications numériques jouent un rôle important pour la reconstruction. Elles ne peuvent pas tout faire, bien sûr. Leur rôle est même limité. Mais elles importent dans la mesure où elles facilitent les relations entre parties prenantes.

Les communications d’abord

Les auteurs plaident ici pour la priorisation de la reconstruction du secteur des télécommunications. « Le remise en service et la modernisation des réseaux de communication sont déjà le ciment des méthodes de reconstruction actuelles », rappellent les auteurs. Il faudra, selon eux, amplifier encore cette approche. 

Les auteurs donnent différents exemples de reconstructions passées :

En Irak après la chute de Saddam Hussein ;

En Afghanistan après la chute des talibans ;

À Haïti, après le tremblement de terre de 2010 ;

Après le Printemps arabe.

Les États et les institutions qui aident à la reconstruction devraient privilégier la mise en place d’infrastructures de télécommunication de pointe. C’est un atout pour la coordination du travail. Mais aussi pour la reprise économique.

« Dans l’idéal, les efforts de reconstruction ne se bornent pas à recréer ce qui existait auparavant, mais, dans la mesure du possible, à améliorer la situation d’origine et à développer des pratiques et des institutions qui réduisent le risque de répétition des catastrophes. » (À nous d’écrire l’avenir, p. 333)

Or, pour les auteurs, les technologies numériques peuvent améliorer considérablement la situation d’origine en créant une sorte de filet de sécurité virtuel pour les institutions physiques, voire pour le gouvernement lui-même.

En cas de nouvelle catastrophe, les institutions virtuelles pourront prendre le relai et les données d’un État pourront être sauvegardées.

Opportunisme et exploitation

Dans les moments qui suivent une catastrophe naturelle ou un conflit, de nombreux acteurs interviennent et certains d’entre eux cherchent à tirer profit de la situation. L’égoïsme se tient côte à côte des gestes d’altruisme.

Au-delà de ce problème, la connectivité rend possible l’action d’un plus grand nombre de personnes et d’institutions à la reconstruction. Notamment par les plateformes de collecte de fonds en ligne ou la mobilisation plus rapide d’équipes d’urgence.

Les organisations non gouvernementales (ONG) utilisent désormais les méthodes du marketing numérique. C’est ce qui est aussi appelé marketing social. Toutes les ressources offertes par les nouvelles technologies de l’information et de la communication sont mises à profit par les associations caritatives et la société civile.

L’un des problèmes, selon les auteurs, est que nous risquons de nous retrouver « bombardés » par les demandes d’aides ou d’intervention. Il y aura une grande concurrence pour attirer l’attention du citoyen aisé occidental vers tel ou tel problème.

Finalement, c’est tout le secteur des ONG et de l’aide humanitaire qui devra se recomposer à partir de l’intrusion du marketing numérique.

Faire place à l’innovation

Eric Schmidt et Jared Cohen donnent des exemples d’innovations créées après une crise pour aider les populations à reconstruire leurs infrastructures et leurs institutions. Ou à sauver des vies !

Plus que jamais, le téléphone portable, muni d’applications spécialisées, devient un outil multifonctionnel qui pourra être utilisé positivement. Pourquoi ? Car il accroît la possibilité d’agir de chaque personne. Grâce à nos smartphones, nous pouvons :

Téléphoner pour prévenir de quelque chose (bien sûr !), mais aussi ;

Envoyer une photo (en cas d’agression ou de vol, par exemple) ;

Participer à des campagnes de fonds ;

Aider à géolocaliser tel individu, etc. ;

Témoigner sur les réseaux sociaux et créer des groupes ;

Et bien d’autres choses encore, car un grand nombre d’applications peuvent être créées pour soutenir la reconstruction.

Les auteurs abordent également la question de la traçabilité des armes ou des biens de première nécessité grâce aux puces RFID (radio frequency identification).

Ils évoquent également les innovations créées lors de différents processus de reconstruction, au Rwanda, en Colombie et en Irak, notamment.

Et ils terminent par cette note positive :

« De tous les sujets que nous avons abordés, l’avenir de la reconstruction est peut-être celui qui prête le plus à l’optimisme. Peu de choses sont aussi destructrices qu’une catastrophe naturelle ou la guerre, voire les deux, mais il apparaît nettement que les processus de transition suivant une crise tendent à devenir plus brefs et plus satisfaisants. Pour une fois en matière de géopolitique, le monde semble disposé à tirer les enseignements de chaque cas de reconstruction, à retenir ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas et ce qui mérite perfectionnement. » (À nous d’écrire l’avenir, p. 368)

Conclusion

Le numérique n’en est qu’à ses débuts. Une nouvelle révolution industrielle est en cours et il sera — selon les auteurs — impossible de l’arrêter. Le rythme de croissance est tel que, bientôt, tout le monde sera équipé. De nouvelles technologies, plus performantes, ne cesseront de voir le jour.

Telle est la vision positive et volontariste d’Eric Schmidt et Jared Cohen. Selon eux, même si elle n’est pas la panacée, la technologie informatique est néanmoins une formidable opportunité pour l’humanité.

Pour terminer les auteurs évoquent 4 grandes lignes de bouleversements en cours :

L’alliance de plus en plus forte de la machine et de l’humain ;

L’intrication de plus en plus forte des mondes virtuel et physique ;

Le doublement du travail des États, obligés d’intervenir dans ces deux mondes ;

Le rapport à nos données et à la vie privée.

En 2023, nous sommes toujours aux prises avec ces questions — et nous le sommes sans doute pour quelque temps encore ! Elles deviennent, de jour en jour, d’une actualité plus brûlante.

Conclusion sur « À nous d’écrire l’avenir : Comment les nouvelles technologies bouleversent le monde » d’Eric Schmidt et Jared Cohen :

Ce qu’il faut retenir de « À nous d’écrire l’avenir : Comment les nouvelles technologies bouleversent le monde » d’Eric Schmidt et Jared Cohen :

Ce livre est un plaidoyer pour « plus » de numérique, dans tous les aspects de nos relations sociales et humaines. Les auteurs ne nient pas les dangers et l’instabilité qui peut découler de l’adoption de nouvelles technologies. Mais ils pensent que les gains dépasseront les pertes.

Surtout, ils invitent tout un chacun à se saisir des opportunités offertes par cette nouvelle « connectivité » numérique. Chacun d’entre nous peut, à son échelle, créer une différence. En partageant des informations, en créant des applications ou par bien d’autres actions encore…

« Combien d’idées, de perspectives et de créations va produire la véritable inclusion technologique mondiale, et à quelle vitesse leur effet se fera-t-il sentir ? L’arrivée de nouveaux participants dans le monde virtuel est une bonne nouvelle pour eux, mais aussi pour nous. Le bénéfice collectif du partage du savoir et de la créativité des humains se multiplie de façon exponentielle. » (À nous d’écrire l’avenir, p. 370)

Progressivement, l’humanité toute entière se dotera d’outils numériques. Même les zones reculées pourront participer à l’évolution du monde virtuel et en profiter. Finalement, c’est là le fer de lance d’Eric Schmidt et Jared Cohen (qui, ne l’oublions pas, prêchent pour leur chapelle) : diffuser les technologies numériques le plus largement possible dans le monde.

Points forts :

Une pensée originale, ambitieuse et stimulante ;

Des exemples à la fois personnels et issus des plus importantes personnalités du monde ;

Un style tout à fait simple et accessible, sans (trop de) jargon technique.

Point faible :

Il faut être conscient que c’est le point de vue de cadres dirigeants de Google. Leur vision n’est donc pas « neutre », mais naturellement dirigée dans le sens d’un optimisme technologique (comme c’est le cas pour les ouvrages de Bill Gates, tel que Climat, par exemple).

Ma note :

★★★★★

Avez-vous lu le livre d’Eric Schmidt et Jared Cohen « À nous d’écrire l’avenir : Comment les nouvelles technologies bouleversent le monde » ? Combien le notez-vous ?

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Je pense mieux http://www.olivier-roland.fr/items/view/12697/Je-pense-mieux

Résumé de « Je pense mieux » de Christel Petitcollin : la suite attendue du best-seller Je pense trop, qui contient de nombreux conseils pour apprendre à gérer vos états émotionnels et votre pensée bouillonnante !

Par Christel Petitcollin, 2022 (8me édition), 238 pages.

Chronique et résumé de « Je pense mieux » de Christel Petitcollin

Introduction

Ce livre est une réponse et une suite à Je pense trop, le précédent best-seller de Christel Petitcollin. 

Suite à ce premier ouvrage, l’autrice a reçu de nombreux mails, lettres, messages de remerciements… et de questions aussi.

Lors de ses consultations en tant que coach ou formatrice, elle a aussi pu tester la fécondité pratique de ses analyses.

Quelle est sa légitimité pour aborder le sujet de la surefficience ? « Rassurez-vous : aucune ! » Dit-elle sans rougir. Mais elle poursuit :

« Et c’est sans doute grâce à cela que j’ai pu aborder le sujet de manière différente. Ma spécialité, c’est la communication et le développement personnel. C’est à travers vos interactions et sans rien “pathologiser” que je vous ai étudié. Le travail que j’ai fourni pour Je pense trop est avant tout un travail d’écoute, d’observation, de document, puis d’analyse, de regroupement et de recoupement des données et pour finir de synthèse (…). En fait, c’est vous qui avez écrit Je pense trop et c’est pour cela que vous vous y êtes si bien reconnus de la première à la dernière page. » (Je pense trop, Introduction)

C’est grâce à son activité professionnelle qu’elle a pu recueillir autant de témoignages. Je pense mieux continue ce travail et espère étonner le lecteur en lui proposant de nouvelles pistes de réflexion.

Chapitre 1 — Analyse de votre courrier

Dans ce premier chapitre, Christel Petitcollin met en scène et prend le temps de répondre à certaines des lettres les plus représentatives qu’elle a reçues à la suite de Je pense trop. 

Elle commence par un long email d’une certaine Amélie, qui la remercie d’avoir mis des mots sur ce qu’elle ressentait depuis des années. Dans ce courrier, la jeune femme de 24 ans dit également qu’elle a parfois eu du mal à parler du livre à ses proches.

D’autres courriers témoignent d’une profonde reconnaissance, notamment pour avoir osé traiter de sujets moins conventionnels, comme les expériences extrasensorielles. La plupart du temps, les personnes se sont reconnues totalement dans les descriptions proposées dans l’ouvrage.

Mais il y a aussi quelques critiques qui sont formulées, notamment :

Le choix du terme « normo-pensant » pour désigner les personnes qui ne sont pas surefficientes. Pour ceux qui voudraient le remplacer, Christel Petitcollin propose aussi de parler de « neuro-typique », un terme qui vient de l’autisme.

L’analyse des manipulateurs et des pervers narcissiques (PN). Celle-ci serait trop dure, selon certaines lectrices. Or, l’autrice confirme ici son appréciation : pour avoir travaillé longtemps avec des victimes d’emprise, elle considère en effet que les manipulateurs et PN peuvent faire beaucoup de mal et ne changent d’attitude que très rarement.

Chapitre 2 — Chouchoutez votre hyperesthésie

L’hyperesthésie est sans doute la caractéristique principale à prendre en compte. Mais qu’est-ce que c’est ? Eh bien simplement le développement aigu des sens.

Ce phénomène peut engendrer des douleurs et des problèmes. C’est le cas des personnes hypersensibles au bruit ou aux ondes électromagnétiques, par exemple. 

« Chaque stimulation sensorielle peut devenir une micro-agression », résume l’autrice. Cela peut aussi conduire à des comportements inhabituels, comme le refus de consommer des aliments transformés, etc. 

Avec ce chapitre, elle vous invite donc à prendre du recul et à analyser vos sens. Êtes-vous « hyperesthésique » ? Si c’est le cas, « chouchoutez-la » !

Bichonnez vos yeux

Certaines personnes sont très sensibles aux couleurs, aux tonalités, aux ambiances lumineuses. C’est votre cas ? Alors cherchez à composer votre environnement de façon harmonieuse pour « bichonner vos yeux ». 

Par exemple, Liane Holliday Willey, une écrivaine citée par Christel Petitcollin, affirme qu’elle a beaucoup de mal avec les couleurs pastel et les formes arrondies. Dans ces conditions, mieux vaut s’entourer d’objets aux bords et aux couleurs nets !

Si vous aimez les couleurs et les lumières chaudes, arrangez-vous pour trouver des ampoules adéquates pour vos lampes et lampadaires. « Ne vous infligez pas de subir stoïquement des couleurs agressantes pour votre système sensoriel », conseille-t-elle encore.

Qu’en est-il du mouvement et de l’agitation ? Si celui-ci détourne votre attention et vous procure, par exemple, le tournis, essayez de vous poser dans des endroits calmes, surtout pour travailler.

Pourquoi faire tout cela ? Car la lumière, les couleurs, les formes peuvent avoir un effet important sur votre humeur. D’autant plus — c’est bien le sujet ici — pour les personnes surefficientes. 

Dorlotez vos oreilles

Les bruits de fond envahissent les conversations ? C’est un trait de l’hyperesthésie. Pour vous, écouter attentivement un interlocuteur quand il y a un fond sonore perturbateur peut vite devenir une torture.

Par ailleurs, vous vous focalisez souvent sur la texture de la voix, sur l’accent et le ton. Le rythme vient ensuite et les mots… en dernier.

Certains sons — l’aspirateur, le sèche-cheveux, la voiture — peuvent étonnamment vous relaxer. Pourquoi pas ! Il n’y a pas que la musique douce qui fonctionne.

Pensez d’ailleurs à choisir vos appareils domestiques (réveil, sonnette, appareils électroménagers) avec soin à ce niveau-là également. 

Lorsque vous êtes face à des bruits crispants, testez ce truc : cherchez à trouver une autre source de relaxation dans l’environnement. Un son vous dérange ? Y a-t-il un autre son qui vous plaît et sur lequel vous pouvez synchroniser votre attention ? Ou bien une autre sensation agréable pour compenser le bruit ?

Choyez vos ressentis

L’odeur, la texture, le goût, la sensation de froid ou de chaud… Toutes ces sensations peuvent modifier votre humeur. « Ça vaut le coup d’éliminer toutes ces sources d’inconfort », dit Christel Petitcollin. 

Encore une fois, prenez le temps d’opter pour les meilleurs produits. En triant et en améliorant déjà tout ce que vous pouvez améliorer par vous-même, vous gagnerez déjà en aisance.

Pensez également à votre corps et aux mouvements qu’il « attend » de vous. Quand vous travaillez assis, n’oubliez pas de vous étirer de temps à autre, de bailler, de respirer profondément. 

Voici quelques autres conseils issus, notamment, des lettres reçues par l’autrice :

Avoir ses lunettes de soleil, bouchons d’oreilles (et autres) toujours à portée de main ;

Focaliser son attention sur son système sensoriel au moins une fois dans la journée ;

S’isoler régulièrement ;

Faire le plein de « bonnes » sensations, qui vous plaisent et vous revigorent ;

Pratiquer un art qui mette en avant votre perception du monde (comme la photo, par exemple).

Hyperesthésie et troubles du voisinage

La vie peut être difficile avec les voisins. SI vous êtes sujet à l’hyperesthésie, vous aurez peut-être tendance à vouloir que vos voisins respectent des règles de courtoisie assez pointues… ce qu’ils ne sont peut-être pas prêts à vous accorder.

En effet, ce qui apparaît comme une nuisance pour l’un peut ne pas l’être (du tout) pour l’autre. Difficile, dans ces conditions, de trouver un terrain d’entente. Pire, vous pourriez commencer à les énerver sérieusement. 

C’est ce qu’il s’est passé à deux reprises, malheureusement, pour Aline. Incapable de se faire comprendre, elle a dû déménager deux fois, car elle ne supportait plus ses voisins (et eux non plus ne la supportaient plus, d’ailleurs…).

La ville est souvent un lieu de compromis et il vous sera peut-être impossible de faire entendre raison à votre entourage direct. La solution consistera donc peut-être, comme Aline, à trouver une petite maison individuelle sans murs mitoyens.

À l’inverse, Joëlle est très résistante : malgré son hyperesthésie, elle supporte bruits et odeurs des appartements d’à côté avec beaucoup de flegme. Si vous arrivez à gérer ces désagréments impossibles à contrôler, c’est une chance !

Chapitre 3 — Apaisez votre hypersensibilité

À côté des sensations fortes, il y a les émotions fortes… Comment les gérer ? Comment maintenir les qualités — l’empathie, l’enthousiasme, l’émerveillement — sans gonfler les défauts — incapacité à soutenir la critique, indignations trop fréquentes, etc. ?

C’est ce que nous allons explorer dans ce chapitre.  

Fuyez les balanciers

Chaque situation ou groupe social implique des individus « utilisés » (positivement ou négativement) pour une cause ou une autre. Plus de gens se sentiront attirés (positivement ou non) par la cause, et plus la situation ou le groupe prendra de l’importance. 

C’est ce que l’autrice nomme, après Vadim Zeland, un balancier. Elle donne l’explication et l’exemple suivants : 

« Pour mieux se faire connaître, le balancier mettra sur un piédestal un de ses membres, voué à la gloire (…). Un acteur célèbre deviendra la bannière de l’industrie du cinéma. Le cinéma existera sans lui, mais lui ne peut exister que grâce au cinéma (à moins d’épouser la cause d’un autre balancier en guise de reconversion). La mort, pour un balancier, c’est l’indifférence des foules. Si vous n’êtes plus acheteur, vous neutralisez le vendeur. » (Je pense mieux, Ch. 3)

Plus vous êtes émotionnel, et plus vous donnez du grain à moudre aux balanciers. Que vous soyez charmé ou indigné, vous allez contribuer à le faire « grossir ». 

Apprenez donc à prendre un peu de recul pour ne pas nourrir inconsciemment ces groupes ou ces situations. La cause vous importe-t-elle vraiment ? N’essaie-t-on pas de vous entraîner dans un jeu » victime, bourreau, sauveur », typique de l’analyse transactionnelle ?

Lorsque vous y tenez vraiment, cherchez la manière la plus intelligente et performante de répondre à la cause qui vous tient à cœur.

Dégonflez l’importance

Donner trop d’importance à un événement, c’est s’obliger à un dangereux exercice d’équilibriste. Pourquoi ? Car nous avons l’impression d’y jouer notre vie. Or, cela n’en vaut peut-être pas la peine.

« Savoir donner l’importance juste aux choses (ni trop ni pas assez), c’est le travail de toute une vie », rappelle Christel Petitcollin.

Stressé, vous pouvez avoir aussi bien peur de rater que de réussir. Vous vous immobilisez face à l’issue possible de votre projet en cours. Vous avez même plutôt envie d’échouer, car c’est plus facile. 

Mais si vous dégonflez le problème, vous aurez plus de confiance en vous pour le résoudre avec succès. Pour ce faire, revenez au présent et pensez à un plan B. Autrement dit, relativisez. Il y a plein d’autres opportunités qui vous seront offertes.

Un peu de linguistique

Les mots sont des étiquettes que nous mettons sur les choses. Or, nous plaçons diverses choses sous diverses étiquettes en fonction de notre expérience, de notre vécu. 

Tout le monde n’entend donc pas exactement la même chose par le même mot ! 

Pourtant, vous avez parfois tendance à mettre trop de puissance dans vos mots, comme si tout le monde devait instantanément comprendre tout ce que vous y avez caché.

À l’inverse des manipulateurs, qui utilisent les mots comme des boites vides, vous avez tendance à les remplir jusqu’à ras bord. Pour vous les mots ont du sens — et même beaucoup de sens. 

Pour débusquer les phrases vides, tentez de les reformuler au négatif. Par exemple :

« Je veux le bien de mes enfants et de mon épouse » ;

Devient : « Je veux pourrir la vie de ma compagne et nuire à mes enfants ».

N’est-il pas évident que personne ne dira la seconde phrase ? Dans ce cas, c’est que la phrase numéro 1 est vide. Elle n’apporte aucune information.

En conclusion à ce chapitre, pensez que l’émotion doit être canalisée par la raison :

« Ce que vous perdez en spontanéité, vous le gagnerez en authenticité. Vos feux de paille deviendront de vrais foyers, réchauffés d’une bonne bûche à la combustion certes plus lente, mais tellement plus puissante. » (Je pense mieux, Ch. 3) 

Chapitre 4 — Votre déficit d’égo

« Notre peur la plus profonde n’est pas que nous ne soyons pas à la hauteur. Notre peur la plus profonde est que nous sommes puissants au-delà de toute limite. C’est notre propre lumière et non notre obscurité qui nous effraie le plus. Nous posons la question : qui suis-je moi pour être brillant, radieux, talentueux et merveilleux ? » (Nelson Mandela, cité par Christel Petitcollin, Ch. 4)

Et si nous reprenions confiance en nous et que nous arrêtions de châtier notre égo à la moindre occasion ? 

L’autrice prend l’exemple d’une femme diplômée de médecine qui n’arrêtait pas de se dévaloriser. En fait, la confiance en soi naît — ou s’entretient — grâce à la prise en compte et à l’affirmation de votre valeur. 

La modestie mal placée vous étouffe et devient même insupportable pour autrui. En plus, vous aimez souvent faire des compliments aux autres — alors pourquoi refuser de les recevoir ? Lorsque quelqu’un veut dire du bien de vous (ou simplement vous dire « merci »), acceptez-le. 

C’est bien plus simple ! Et cela nourrit l’égo, qui est votre point faible (plus que la confiance), et vous permet d’activer votre puissance personnelle. 

Ego n’est pas un gros mot

Il faut d’abord revaloriser le mot. Ego, cela ne signifie pas égoïsme, encore moins égocentrisme ou « faux-self », du moins pas nécessairement. C’est d’abord et avant tout « votre empreinte », le « cœur de votre identité ».

« Moi, je suis la personne la plus importante pour moi », affirme Christel Petitcollin pour expliquer le concept. Inutile de le nier : il vaut mieux l’accepter. C’est une vérité biologique et elle a toutes ses raisons d’être là.

Souvent, vous laissez l’amour des autres l’emporter sur l’amour de vous-même. C’est une erreur. Cela vous conduit à ne pas savoir prendre soin de vous et à rejeter les marques d’affection.

Souvent, vous utilisez une phrase magique pour nier votre égo : « C’est pas grave ! ». Vous cachez votre colère, votre fatigue, vos chagrins sous ces quelques mots. Votre compassion doit vous inclure vous-même, pour paraphraser Bouddha. 

Ne donnez pas votre pouvoir aux autres

Nous pensons que les gourous, c’est l’affaire des autres. Mais lorsque vous donnez trop de pouvoir à vos collègues, à votre amant, à vos enfants, vous êtes vous aussi pris dans une dynamique de ce type.

Vous attendez leur permission pour agir, et même pour « valider ce que vous êtes ». Ce faisant, vous les accablez d’une responsabilité qu’ils n’ont sans doute pas recherchée (ils ne souhaitent pas être votre gourou !). 

Bien sûr, vous avez des doutes sur vous-même. Mais est-ce aux autres de les prendre en charge ? N’entretenez-vous pas un climat d’insécurité qui nuit à votre entourage ? Ces questions méritent d’être posées. 

Une personne mature doit être capable de maintenir son égo en bon état de marche quotidien. 

Remplissez le culbuto

Les personnes qui ont peu confiance en elles-mêmes (et donc peu d’égo) sont comme un culbuto sans plomb à leur base. Ils oscillent infiniment dès qu’un petit événement les déstabilise. 

À l’inverse, il y a certaines personnes qui campent sur leurs positions et ne bougent pas d’un pouce. Leur égo et leur confiance en eux-mêmes semblent inébranlables. Parfois, vous les admirez. 

C’est d’ailleurs aussi le cas, notez-le, des imbéciles et des intégristes. Ils en savent peut-être peu (ou se focalisent sur un seul type de « savoir »), mais ne doutent pas ; vous pouvez leur dire ce que vous voulez, ils ne bougeront pas. Leur culbuto à eux est rempli de plomb.

Rassurez-vous : l’objectif n’est pas d’aller jusqu’à ces extrêmes ! 

Mais il serait néanmoins utile d’alimenter régulièrement votre égo pour que la jauge ne baisse pas trop. Car oui, la confiance en soi s’évapore si on ne l’entretient pas !

Pour ce faire (voir p. 68-75 pour le détail) :

« Validez toutes vos réussites… Sans “Oui, mais…”. »

Considérez dès aujourd’hui que « vous êtes quelqu’un de bien et de capable… et vous n’avez pas à le prouver ! »

« Soyez votre meilleur ami… Embauchez un coaching intérieur positif et enthousiaste. »

« Prenez soin du prince (ou de la princesse)… en vous. »

Chapitre 5 — Le monde autistique du bisounours

Qui sont les surefficients ?

Analysez-vous avec honnêteté. D’accord, mais au fait : de qui parlons-nous, quand nous disons « surefficients » ? 

Il y a tellement d’étiquettes aujourd’hui (des troubles « dys » à l’autisme, en passant par les « sur » et les « hyper ») qu’il est difficile de savoir à quel saint se vouer.

L’autrice en appelle au jugement individuel et à une approche plus souple du problème, en dehors de la pathologisation.  

Voyons donc maintenant dans le détail comment s’y prendre pour y voir un peu plus clair.

Une pensée différente et complexe

Et si nous commencions par substituer le terme « pensée » à celui d’ « intelligence », qui a soulevé bien des interrogations lors de la parution de Je pense trop ? 

Au lieu d’affirmer que vous êtes plus ou moins intelligent, l’idée de Christel Petitcollin est donc simplement de dire que vous êtes doté « d’un système de pensée différent, complexe et fonctionnant en réseau ». 

La notion de « pensée complexe » va plus loin que celle de pensée en arborescence, car elle prend en compte les connexions « rétroactives et transversales » et s’éloigne donc davantage encore du modèle linéaire de pensée.

Selon l’autrice, un déficit d’attention peut être lié à un manque d’intérêt. Il est alors une conséquence de l’ennui face à un mode de pensée non complexe. 

Le surefficient a besoin de stimulation intellectuelle, d’intensité, au point même… d’aller parfois chercher trop loin ! Ce qui est souvent le cas lorsque vous ne comprenez pas (c’est moins parce que vous êtes incapable que parce que vous avez fait trop de liens).

La pathologisation des états d’âme

La psychiatrie a fait des progrès, mais elle a aussi tendance à vouloir tout classer. Elle veut faire entrer tous les troubles dans des cases « maladie ». 

C’est ce que démontrent les dérives du DSM (Diagnostic & Statistical Manuel of Mental Disorders), un manuel qui fait référence dans le monde médical.

Aujourd’hui, par exemple, le deuil est considéré comme une dépression après 15 jours seulement. Ce qui autorise à prescrire des médicaments à une personne endeuillée après cette période. L’autrice donne d’autres exemples.

Le problème, c’est que nous en venons à donner aux personnes — et notamment aux enfants — des médicaments à la moindre occasion. Une différence est-elle nécessairement l’occasion d’une pathologisation et d’une médicalisation ? Non !

Attention aussi à l’amplification de certains mots dans le discours. 

Sommes-nous tous bipolaires ? Non ! En déficit d’attention ? Non plus… La responsabilité de la « volatilité » et de la généralisation de ces étiquettes vient aussi des médias et du public qui s’empare de certains termes au point de les vider de toute substance.

Être différent sans être déficient

Qu’en est-il de l’autisme ? Après la lecture de Je pense trop, certains lecteurs sont revenus vers Christel Petitcollin avec la certitude qu’ils étaient autistes Asperger (« Aspies »). 

Certains traits peuvent en effet se retrouver : 

Hyperesthésie ;

Passions dévorantes pour un sujet ;

Difficultés alimentaires ;

Et décalage social, notamment.

Tout d’abord, il convient de remarquer qu’il n’y a pas de consensus clair en matière d’autisme. D’ailleurs, le syndrome d’Asperger ne fait plus partie du DSM-5 (la dernière version du manuel cité plus haut) et a été remplacé par la notion de « spectre de l’autisme ».

Autisme, l’exception psychanalytique française

L’autrice prend ici position contre le traitement de l’autisme par la psychanalyse. C’était une situation spécifique à la France qui a perduré jusqu’aux années 2010. 

Toutefois, depuis 2013 et le documentaire Le Cerveau d’Hugo, des mesures ont été prises pour empêcher que la psychanalyse soit considérée comme un traitement efficace.

Pour Christel Petitcollin, cette liaison entre psychanalyse et autisme a rendu la notion d’autisme inaudible ou mal comprise. Ce qui, selon elle, est dommageable pour les surefficients. Elle se propose donc de dégager certaines idées qui pourraient s’avérer utiles.

Ce qu’il faut retenir de l’autisme

Premièrement, il faut s’inspirer des autistes qui revendiquent leur différence, sans accepter l’idée de « déficience ». Selon eux, l’autisme est un état et non une pathologie. Ce mouvement se nomme « neurodiversité ».

Selon l’expérience et les réflexions de l’autrice, il y aurait plus de femmes autistes « Aspie » qu’on ne le pense généralement. Pourquoi ? Car, pour des raisons sociales, les filles et les femmes adultes seraient plus difficiles à détecter.

Pour se faire une idée mieux informée de l’autisme, mieux vaut regarder la série The Big Bang Theory que le film Rain Man. Les personnages vous montreront une palette de comportements intéressants que vous retrouverez chez les surefficients et les autistes Asperger.

L’autisme ne se manifeste pas toujours par des stéréotypies très marquées comme le balancement, le rejet du regard dans les yeux, etc. Elles peuvent s’exprimer de façon plus diffuse, via des rituels ou des gestes spécifiques (l’enroulement mécanique et répété d’une mèche de cheveu, par exemple).

L’autrice et coach, formée à la PNL, s’intéresse également à la signification des regards. 

Parfois, les regards des surefficients sont très profonds et déstabilisateurs. À d’autres moments, ils réfléchissent et coupent le contact visuel pendant plusieurs minutes. Ce qui peut aussi provoquer un malaise de l’interlocuteur.

Christel Petitcollin se penche également sur le présumé manque d’empathie et d’émotion. 

Dans le cas des surefficients, cela pourrait être dû non pas à un dysfonctionnement neuronal (qui n’a pas pu être prouvé chez les autistes non plus, d’ailleurs), mais plutôt à une forme de sincérité radicale et à une inadaptation aux normes sociales.

Il existe deux formes d’empathie : 

Cognitive (reconnaître les émotions d’autrui) ;

Émotionnelle (partager les émotions d’autrui).

Les autistes ne manquent pas d’empathie émotionnelle, mais ils sont parfois incapables de l’exprimer, car ils rationalisent trop vite. 

Enfin, les autistes ne sont pas nécessairement incapables de communication et de vie sociale. Certains d’entre eux y arrivent très bien. C’est le cas, par exemple, de Daniel Tammet. Mais cela leur « coûte » souvent. Ils ont souvent besoin de recharger les batteries ensuite.

Les fonctions exécutives

Pour Christel Peticollin, vous l’aurez compris, les troubles autistiques peuvent aider les surefficients à comprendre leurs propres attitudes.

Or il se trouve que les autistes ont une incapacité neurologique à sortir d’un comportement prévu. Ils ne peuvent réagir de façon forte à un brusque changement de situation. C’est un dysfonctionnement des fonctions exécutives.

Dans certaines circonstances, cela peut avoir de tristes conséquences. Par exemple, lorsque vous êtes l’objet d’une manipulation ou de la méchanceté de quelqu’un (ou d’un groupe). 

Vous pouvez alors être tenté de rationaliser et de trouver des réponses morales à votre comportement, mais la vérité est peut-être à chercher du côté neurologique.

Le besoin de clôture cognitive

Autre point qui pourrait intéresser les surefficients : le besoin de terminer les tâches, d’aller au bout d’un processus ou d’avoir une réponse à une question.

Les activités qui sont d’éternels recommencements (routines de toilette, de propreté) peuvent être pénibles. Créer des rituels pour les accomplir « est un moyen de se résigner à cette impermanence et de fixer une clôture cognitive », note Christel Petitcollin.

Certains d’entre vous auront aussi des difficultés à faire plusieurs choses à la fois (comme aller à la piscine à midi, sachant que vous travaillez ensuite, par exemple). 

Et que dire du mensonge ? Un mensonge ne permet pas d’avoir de « repères sensoriels ». À l’inverse, une vérité est close sur elle-même, puisqu’elle est « validée » par vos sensations, etc. C’est peut-être pourquoi de nombreux surefficients n’aiment pas (ou ne savent pas) mentir !

Chose plus inquiétante : vous pouvez avoir des difficultés à clore des relations avec certaines personnes, même quand celles-ci sont nocives pour vous. Par exemple, vous avez besoin de comprendre avant de pouvoir tourner la page.

En conclusion de ce chapitre, Christel Petitcollin veut réaffirmer son engagement en faveur de la différence et de la non pathologisation. « Pour moi, les caractéristiques autistiques que je vous ai décrites font simplement partie d’un câblage neurologique différent », dit-elle.

Et si nous étions tous, à la naissance, « autistes » ? C’est une piste à creuser, offerte par le documentaire Le Cerveau d’Hugo, déjà cité. Mais pour l’heure, allons voir du côté des mémoires biologiques et de ce qu’elles peuvent nous apprendre…

Chapitre 6 — La surefficience est-elle une mémoire ?

Une mémoire de danger ?

Christophe André, que cite Christel Petitcollin, dit ceci à propos de la peur :

« De lointains ancêtres ont légué leurs peurs à notre espèce. Comme tous ces héritages, ces peurs sont en même temps une chance, pour notre survie, et un poids pour notre qualité de vie. Dès notre premier jour, nous sommes “calés pour la peur”. Mais ce qui rend nos peurs excessives arrive ensuite : traumatismes, éducation, culture. Chaque peur a son histoire, que l’on croit connaître, ou qui parfois reste mystérieuse. » (Christophe André dans Psychologie de la peur, cité dans Je pense mieux, Ch. 6)

La peur est une façon de répondre au danger. Et la surefficience ? N’est-ce pas une réponse à une situation hors norme, où l’individu est obligé d’inventer de nouvelles formes de vie pour survivre ?

La mémoire d’un jumeau perdu ?

Les jumeaux fascinent, pour leur ressemblance, ainsi que pour les relations qu’ils entretiennent. Nous savons bien qu’ils sont deux individus uniques, singuliers. Et pourtant, nous cherchons ce qui les unit.

En fait, les jumeaux ne sont pas des clones, mais forment un véritable couple, une paire ou encore une « microsociété » où chacun joue un rôle.

Mais ce qui intéresse le plus Christel Petitcollin est le phénomène des grossesses gémellaires qui n’arrivent pas à terme. « 12 à 15 % des grossesses commenceraient par être gémellaires, mais il n’y a que 2 % de naissances effectives de jumeaux », rappelle-t-elle.

Or, si la perte du jumeau mort passe le plus souvent inaperçue, cette cohabitation primitive pourrait avoir, via la « mémoire inconsciente » du jumeau survivant, « un impact considérable sur la vie ».

La personne développerait des caractéristiques très spécifiques, que nous pouvons résumer par cette liste (voir, toutefois, la description complète de l’autrice p. 112-114) :

Autopunition ;

Peur de l’attachement ;

Solitude intense ;

Vide intérieur ;

Sentiment de culpabilité lancinant ;

Hypersensibilité ;

Volonté d’indépendance ;

Communication et relations fusionnelles ;

Sensation de ne pas être entier ;

Dépression.

Il existe d’autres traits de personnalités, tels que la tendance à avoir un double imaginaire ou à acheter des choses en double. Christel Petitcollin s’y intéresse surtout afin de repérer les similitudes avec les surefficients. 

Le chamanisme, votre héritage spirituel ?

Le thème de la spiritualité doit-il rester tabou ? Nous parlons sans problème de méditation de pleine conscience. Pourquoi ne pas s’aventurer un peu plus loin, juste un moment ?

« Le chamanisme existe sur tous les continents, depuis la nuit des temps », rappelle l’autrice. S’inspirant des valeurs que ce mouvement transmet, elle pose des questions aux surefficients. Si le thème vous intéresse, allez jeter un coup d’œil dans l’ouvrage !

Des physiciens quantiques qui s’ignorent ?

L’autrice termine ce chapitre plus spéculatif par une très brève incursion dans les théories quantiques et leurs développements plus récents, notamment via la théorie descordes du physicien théorique Juan Maldacena.

Chapitre 7 — Comprendre la société et ses individus

Il n’est pas toujours facile de comprendre les attitudes des gens qui nous entourent ! Leurs actes, quand ils sont empreints de malveillance, de cruauté ou d’injustice, peuvent nous laisser abasourdis. 

Les surefficients peuvent se sentir complètement « à côté de la plaque », parfois. Ne pas se sentir de ce monde… Il importe pourtant de décortiquer un peu tout cela et de se frotter à certaines réalités.

Les trois formes d’aliénation

Selon François Sigaut, nous sommes mis face à 3 types d’aliénation :

Mentale (quand vous êtes incapable de voir la réalité comme les autres la voient) ;

Culturelle (quand ce sont des groupes entiers qui voient la réalité par le prisme d’une idéologie ou de principes fournis par une culture) ;

Sociale (quand vous êtes le seul à voir une réalité que d’autres ne voient pas, et qu’il vous est difficile de leur en faire prendre conscience).

Il importe de comprendre en particulier l’aliénation culturelle, qui concerne surtout ceux que l’autrice appelle les « normo-pensants ». Néanmoins, cerner ce point vous permettra — si vous êtes surefficient — de mieux appréhender les deux autres formes d’aliénation.

Savoir à qui vous avez affaire : l’individu

Vous avez tendance à « signer des chèques en blanc relationnels », c’est-à-dire que vous faites confiance rapidement à n’importe qui et vous lui attribuez en général des capacités hors norme. Le tout sans avoir pris le temps de vérifier !

« Pire, vous êtes persuadé que puisque vous lui donnez votre confiance, la personne se sentira tenue d’en être digne », ce qui est une grosse erreur. En fait, c’est rarement le cas. Et c’est souvent une source d’amères déceptions.

Pour vous aider à cerner un peu mieux les individus avec qui vous entrez en relation, Christel Petitcollin vous propose de vous fier à une version simplifiée du modèle de développement moral de Lawrence Kohlberg, un célèbre psychologue états-unien influencé par (le non moins célèbre) Jean Piaget.

Nous trouvons dans l’ordre :

Les stades reconventionnels au cours desquels l’enfant pense avant tout à son intérêt personnel (ou « self-interest »). Il cherche avant tout à éviter la punition (stade 1, de 2 à 6 ans) et rechercher les récompenses (stade 2, de 5 à 7 ans).

Les stades conventionnels où l’individu apprend à obéir à des règles. De 7 à 12 ans (stade 3 des relations interpersonnelles et de la conformité), l’enfant se met à respecter les règles de son groupe restreint parce qu’il veut recevoir de l’amour en échange. De 10 à 15 ans (stade 4 de l’autorité et du maintien de l’ordre social), il intériorise les lois et se fait fort de les respecter pour elles-mêmes.

Les stades postconventionnels qui valorisent des idéaux abstraits qui peuvent éventuellement aller contre la loi et l’obéissance. Le stade 5 (entre 20 et 30 ans) est celui du contrat social et des droits individuels. L’individu est engagé dans sa communauté et cherche à bien agir. Le stade 6 (principes éthiques et droits universels) est le stade de la maturité où le sujet tente de s’approprier des valeurs universelles qu’il met en application dans son existence tout entière.

Selon Kohlberg, seuls 13 % des personnes atteignent le stade 6. En donnant un tel crédit à la majorité des personnes que vous rencontrez, vous risquez donc fort bien de vous tromper. L’autrice propose finalement la classification suivante :

Manipulateurs = stades préconventionnels ;

Normo-pensants = stades conventionnels ;

Surefficients = stades postconventionnels.

La société dite civilisée

Qu’est-ce qu’une civilisation ? 

C’est une société ayant acquis les traits suivants :

Une population sédentaire (c’est-à-dire des villes) ;

Des travaux spécialisés exercés à plein temps (c’est-à-dire un système de métiers) ;

Des produits en suffisance et concentrés à certains endroits (donc des stocks) ;

Une structure sociale de classe (hiérarchie) ;

Et une organisation fonctionnelle et stable (un État).

Pour l’autrice, qui reprend ici les propos de Dominique Dupagne dans La revanche du rameur, la civilisation est le prolongement de l’organisation paléolithique. Toutefois, elle apporte quelques nouveautés notables, comme la monnaie, la stabilité et la sécurité.

La hiérarchie des chimpanzés

Christel Petitcollin rapporte une expérience scientifique menée sur des rats. Celle-ci montre que c’est essentiellement la peur qui crée et maintient les hiérarchies sociales.

Quoi qu’il en soit, ces relations de pouvoir sont incrustées dans nos comportements et nos relations. Elles découlent de la biologie elle-même. Difficile, dans ses conditions, de maintenir des régimes égalitaires — comme la démocratie — en place.

C’est « naturellement » que chacun cherchera à la contourner. Premièrement, par la corruption. Celle-ci ne se manifeste pas seulement par les pots-de-vin, mais aussi par les rapports de domination qui s’immiscent au cœur des relations professionnelles.

En second lieu, nous retrouvons les relations de pouvoir dans les normes. Cela peut paraître paradoxal, mais ça ne l’est que superficiellement. En fait, les lois peuvent servir non à établir l’égalité, mais à soumettre et contraindre la majorité.

Les cimenteurs humanistes et altruistes

À un bout de la chaîne des humains, il y a les « cimenteurs » (terme donné par Dominique Démange, déjà cité). Ceux-ci aident à maintenir le groupe en vie en incarnant ses valeurs et en renouvelant les liens. À l’autre bout, il y a les profiteurs, qui agissent de façon égoïste et favorisent la dissolution du groupe.

L’autrice rapproche encore les « cimenteurs » des surefficients et des stades postconventionnels. Mais attention : elle note que ceux-ci doivent composer avec la volonté de pouvoir des dominants. Ceux-ci chercheront à récolter les lauriers des actions bénéfiques des altruistes.

Le monde 2.0, un espoir pour l’humanité ?

De prime abord, nous pouvons constater tous les défauts de l’Internet 2.0. Christel Petitcollin croit cependant que cette technologie pourrait nous aider à évoluer dans le bon sens. 

Comment ? Grâce à la démocratisation de l’information qu’il permet. « Grâce au Web 2.0 », dit-elle, « l’individu développe son pouvoir personnel » et ne dépend plus autant des institutions classiques.

Le fonctionnement d’Internet répond au besoin de pensée complexe du surefficient et à son dégoût de la hiérarchie. D’ailleurs, c’est le lieu où une véritable intelligence collective et égalitaire peut voir le jour. 

Chapitre 8 — Le monde du travail

Votre « naïveté » à l’égard du respect des normes et des principes de la vie en commun se retrouve mise à mal dans le monde du travail. Parfois, vous ne savez plus si c’est vous (aliénation mentale) ou si ce sont les autres (aliénation sociale) qui sont fous !

Un rameur très candide

En entreprise, vous apparaissez comme un « rameur » très candide. Oui, vous ramez pour rester au niveau des autres ! Vous allez toujours trop vite ou trop lentement. 

Mais rassurez-vous, vous n’êtes pas le seul à ramer : en fait, vos chefs ou supérieurs sont souvent dépassés par leurs tâches. C’est ce qui est nommé le « principe de Peter ». Lorsque nous montons dans la hiérarchie, nous nous arrêtons là où nous ne pouvons plus monter ; c’est-à-dire à notre « niveau d’incompétence » !

Et rappelez-vous : les relations de pouvoir ont une importance énorme. Nous avons évoqué l’importance de rester dans la norme et de suivre les dominants pour ne pas se faire remarquer. C’est ce qui « marche » en entreprise.

Dans ce type de dynamique, les hypercompétents détonnent et se font vite remarquer. « Votre candide insistance à signaler tout ce qui dysfonctionne est perçue comme un plan diabolique pour torpiller les carrières », signale Christel Petitcollin.

La démarche Qualité avec un gros Q

Le malheur, c’est que le manque de confiance en soi des surefficients les conduit souvent à occuper des postes moins qualifiés que ce qu’ils pourraient généralement faire. Ils n’ont plus, alors, qu’à observer avec un ennui consterné le petit manège des relations de pouvoir au travail.

L’autrice relate les témoignages de Francine, ingénieure, et Nicole, informaticienne. La première a refusé de monter en grade pour conserver son rôle de technicienne plutôt que de « politicienne ». La seconde se retrouve harcelée par ses collègues, qui la jalousent et l’accablent de travail.

Bien sûr, des entreprises font des efforts pour diminuer la souffrance au travail et trouver des solutions. Christel Petitcollin explore certaines voies à suivre à la fin de cette section (p. 164-165).

Votre rapport à l’argent

« J’ai eu cent fois l’occasion de le constater, les surefficients en général ont un vrai problème avec l’argent : ils s’en fichent complètement », affirme l’autrice.

L’intention est belle et compréhensible. Mais elle peut parfois vous conduire, si vous l’êtes, à la pauvreté. Ne serait-il pas plus sain de rééquilibrer votre rapport à l’argent ?

Certes, l’argent ne peut pas tout acheter, et il a ses limites. Mais est-il bien raisonnable de refuser de compter ? Ne vous faites-vous pas flouer ? 

Les témoignages de Julien, prof de théâtre bénévole, et de Lucie, prof bénévole d’allemand, en sont des exemples frappants. Rappelez-vous, « la misère n’est pas une vertu ». 

En tant qu’adulte, dans la société actuelle, il est normal et sain de « gagner sa vie ». Surtout lorsqu’on a charge de famille. La tendance à refuser l’argent est une tendance à en faire un fétiche.

Considérez-le simplement comme une énergie dont vous avez besoin pour vivre votre vie comme vous le souhaitez. Ni plus ni moins. 

Au-delà, vous pourriez suivre ces 5 règles de l’analyse transactionnelle. Il faut savoir :

Donner ;

Mais aussi recevoir ;

Demander ;

Refuser ;

Et s’autodonner. 

Cette règle vaut pour l’amour, le temps, le travail, les compliments… mais aussi, pourquoi pas, l’argent !

Chapitre 9 — Améliorer votre relationnel

Analysons maintenant le domaine des relations interpersonnelles. « Beaucoup d’entre vous me l’ont confié : les relations sont décevantes et compliquées », dit l’autrice. Alors, comment les améliorer ? Commençons par faire l’inventaire de vos propres erreurs.

Inventaire de vos erreurs en communication

Tout d’abord, un petit rappel. N’oubliez pas que tout le monde n’est pas focalisé sur :

Le lien égalitaire et profond (non, c’est souvent la hiérarchie et le superficiel qui comptent) ;

La bonne volonté et la collaboration (eh non, vous rencontrez des profiteurs et des égoïstes) ;

L’évolution personnelle, l’humanisme et l’intelligence (encore non !).

Par ailleurs, vous devriez faire attention à :

Votre propension à ne pas juger (apprenez à cerner de plus près les gens qui vous entourent pour découvrir qu’ils ne fonctionnent pas nécessairement comme vous) ;

Votre tendance à annoncer la mauvaise nouvelle ou le dysfonctionnement (qui peut froisser et créer des frictions) ;

N’en faites pas trop (vous voulez souvent devenir encore plus altruiste alors que vous l’êtes déjà suffisamment) ;

Votre manque d’ego (lorsque vous êtes trop dans la fusion, et pas assez dans l’échange) ;

Votre envie d’approfondir et d’avoir des relations très intenses (qui peuvent ennuyer ou porter à confusion).

Trouver et prendre votre place

Revenons à l’analyse transactionnelle. Celle-ci a mis en place un cadran des « positions de vie ». L’objectif est d’être dans le cadran de l’authenticité où tout le monde se sent bien et respecté.

Quels sont les 3 autres cadrans ?

Honte, admiration (vous êtes moins bien que l’autre) ;

Désespoir, destruction (les deux sont au plus mal) ;

Mépris, pitié (vous êtes bien, tandis que l’autre est mal).

L’idée est d’équilibrer votre estime de soi avec l’estime que vous portez à l’autre. Votre position de vie peut évoluer et changer en fonction des situations.

Vous devrez parfois faire profil bas pour ne pas embarrasser autrui, sans pour autant renoncer à votre estime personnelle. Autre exemple donné par l’autrice : en contexte de compétition, évitez de chercher absolument du lien, cela passerait pour de la faiblesse.

« Prenez le temps de vous comparer objectivement aux autres et de mesurer vos compétences. Il faut vraiment le faire. Vous y trouverez confort et sécurité. Votre confiance en vous en sera renforcée. » (Je pense mieux, Ch. 9)

Comprendre les normo-pensants et s’adapter

Les surefficients peuvent être la victime de manipulateurs, pour les raisons que nous avons évoquées (confiance aveugle en l’autre, besoin de fusion, besoin de comprendre, etc.). 

Mais il arrive aussi que les surefficients soient maltraitants envers les normo-pensants. Souvent, le désir qu’ils changent est encore à la manette. Mais c’est une erreur, car vous devriez plutôt les accepter tels qu’ils sont. 

Ne cherchez pas non plus à les humilier en les mettant constamment face à leurs erreurs. « Il existe une règle relationnelle fondamentale pour les normé-pensants, que vous transgressez sans cesse : il ne faut jamais faire perdre la face à quelqu’un », rappelle Christel Petitcollin.

Ne plus jamais être victime des manipulateurs

Ici, l’autrice fait une confidence : après tant d’années de consultation et d’écoute des victimes, elle se sent fatiguée de ce sujet. Non pas parce qu’il n’a pas d’importance. Au contraire : sa pratique lui en apprend encore tous les jours à ce sujet. 

Mais elle sent bien qu’il y a un fossé entre sa conviction que ces personnes ne changent pas et votre volonté de les faire changer (si vous êtes surefficient). Pour Christel Petitcollin, il est manifeste que ces personnes savent ce qu’elles font. 

Pour en savoir plus à ce sujet, elle vous conseille de lire ses autres ouvrages. Mais vous pourriez aussi vouloir consulter la chronique de Les manipulateurs sont parmi nous !

Quelques règles de communication

Voici quelques règles de communication qui vous aideront à être encore plus à l’aise dans vos relations avec les autres :

Ayez un objectif quand vous communiquez ;

Calez-vous sur l’énergie et le ton d’autrui ;

Écoutez avant de parler ;

Clarifiez vos demandes ;

Réglez vos différends rapidement ;

Ne donnez pas à excès (restez dans l’échange égalitaire) ;

Ne vous excusez qu’une seule fois et, à l’inverse, n’acceptez qu’une seule fois des excuses.

Chapitre 10 — Votre vie amoureuse

Il existe deux piliers de la vie moderne : l’amour et le travail. Dans les deux cas, vous pouvez agir en amateur ou en pro. Vivre en amateur, c’est lorsque vous fuyez les réalités qui vous dérangent et que vous vous contentez de vivre une existence factice. Mais alors, comment devenir pro ?

Paramétrés en amateurs losers

L’amour est-il un « incendie spontané » ? Non. Ce n’est pas non plus un sentiment qui vous ballote d’une mer à l’autre. L’amour est un acte, voire un art (pour le psychanalyste états-unien Erich Fromm). 

Ce qui vous fait basculer du côté « amateur » de l’amour, c’est votre tendance à faire fructifier les échanges inégalitaires. Vous… :

Choisissez des personnes qui ne vous correspondent pas, par manque de confiance en vous ;

Débordez trop vite de gratitude lorsqu’on vous témoigne de l’affection ;

Donnez trop, au point de devenir le « psy » de votre conjoint.

Minimisez les faits et vous mentez à vous-même (le fameux « C’est pas grave »).

Passez en mode pro

Pour ce faire, il faudra admettre que certaines personnes ne méritent pas/plus votre amour. Et que vous ne devriez pas en attendre en retour, car vous ne feriez que récolter du vent.

Voici 2 principes à garder à l’esprit afin d’évoluer positivement dans vos relations amoureuses :

L’amour ne doit pas faire souffrir (ce serait alors de la dépendance affective) ;

L’amour implique la franchise et le respect mutuel.

Bien sûr, cela commence par vous-même : vous éviterez de faire souffrir, de mentir et de manquer de respect à votre conjoint. Mais vous n’en attendrez pas moins !

Comment piloter votre vie amoureuse ?

Entrons dans les détails pratiques. Christel Petitcollin fait le point sur les critères à garder à l’esprit tout au long du voyage amoureux :

Prenez la responsabilité de votre sécurité affective en vous engageant en conscience ;

Choisissez avec soin votre partenaire ;

Travaillez en amont vos lacunes et ne lui demandez pas de combler vos vides ou de devenir votre psy ;

Gardez l’œil sur l’évolution de la relation et faites les ajustements nécessaires grâce à la communication ;

Sentez-vous libre de changer de cap ou de ralentir quand vous estimez que la relation prend un mauvais tournant ;

Faites une liste des prérequis de sécurité avant le « décollage » et vérifiez que les critères sont respectés tout au long du vol.

On épouse son travail sur soi

Si le conjoint « coche toutes les cases », vous pourrez être rassuré. Mais ne laissez pas votre « enfant intérieur » reprendre le contrôle de la relation. Bref : apprenez à aimer votre travail sur vous-même !

Bien sûr, les conflits sont inévitables et même sains, dans une certaine mesure. Mais n’acceptez pas de discussions envenimées ou de disputes qui vont trop loin dans l’énervement. « Coupez tout », dit l’autrice.

Mieux vaut attendre que l’émotion retombe. Si votre partenaire est digne de confiance, cherchez à reprendre le contrôle de vos sentiments et reconnectez-vous à l’amour de l’autre. Utilisez la pour vous aider.

Gardez du recul et de l’objectivité

Parfois, l’œil neutre d’un ami ou d’un coach peut vous aider à déterminer la valeur de votre relation. Celle-ci est-elle de qualité ? 

Sans l’aide d’un tiers, demandez-vous ce que votre meilleur ami ferait s’il était dans la même situation. Et quels conseils lui donneriez-vous ?

Explorons maintenant comment améliorer le deuxième pilier de votre existence : la vie professionnelle.

Chapitre 11 — Votre mission professionnelle

Dans la vie de tous les jours, nous pouvons nous comporter en amateurs et refuser de faire les choses bien. Mais que faisons-nous, alors, sinon ajouter au désordre du monde ?

Qu’en est-il de la carrière ? Malheureusement, beaucoup de surefficient n’optent pas pour la carrière de leur rêve (nous avons déjà parlé du problème plus haut). Travail rime régulièrement, pour eux, avec ennui et frustration.

Quelle est votre compétence exclusive ?

Pour tenter de remédier à ce problème, vous pouvez vous appuyer sur les 4 « zones de compétences » :

La zone d’incompétence est celle où vous n’êtes décidément pas le meilleur ;

Votre zone de compétence est ce que vous pouvez faire à l’égal des autres ;

Celle d’excellence est celle, en revanche, qui vous distingue particulièrement aux yeux des autres (mais qui peut vous amener à une réussite factice, qui ne vous convient pas) ;

La zone de génie, enfin, est celle où vous êtes 100 où vous-même et unique. 

Si vous réalisez des activités qui font « chanter votre cœur (et votre âme », alors vous êtes dans votre zone de génie. Ce sont elles que vous devriez cultiver.

Laissez chanter votre âme

Pas facile d’y accéder, car notre ennemi intérieur va souvent nous chercher à nous convaincre que nous n’avons pas la stature nécessaire pour nous accomplir dans ce type d’activité.

Une solution : ouvrir un dialogue sincère avec soi-même, de façon complète :

Interrogez votre corps, où logent les peurs, et demandez-vous comment mettre un projet qui respecte votre rythme naturel ;

Questionnez votre esprit, qui vous aidera à identifier les valeurs et croyances qui vous limitent et à les déverrouiller une à une) ;

Demandez à votre cœur de vous consoler de ne pas vivre la vie que vous vouliez vivre. Reconnectez-vous à vos émotions et à vos ressentis.

Enfin, laissez votre âme vous guider pour avancer. Elle sait où elle va.

Trouver votre mission de vie

Quelques qualités contradictoires sont requises pour effectuer ce chemin. 

L’humilité est nécessaire, mais pas seulement. Vous devrez aussi oser entreprendre et donc être ambitieux.

La lucidité est essentielle, car elle vous fait voir le monde avec objectivité. Mais sans illumination, sans intuition vous n’irez pas non plus très loin. Elle sera votre boussole.

Soyez adulte afin de traduire vos rêves d’enfant. Vous vouliez être ceci ou cela ? Que faut-il mettre en place aujourd’hui pour que cela se réalise — quitte à ce que ce soit au prix de quelques modifications. 

Pensez de façon inclusive, en réunissant les éléments en un tout homogène. Ne laissez pas les composantes du projet se faire compétition. Mais sachez néanmoins mettre un pas devant l’autre, réalisez une tâche après l’autre.

Enfin :

« Quand vous serez connecté à votre mission de vie, la procrastination dont vous vous plaignez tant disparaîtra comme par magie. L’autodiscipline se mettra en place d’elle-même. » (Je pense mieux, Ch. 11)

Insérer cette mission de vie dans un cadre professionnel

Cette mission de vie doit trouver sa place dans un cadre réaliste. Allez-vous travailler seul ou en groupe ? Freelance ou en entreprise ? Ces questions se poseront et trouveront leur réponse naturellement.

Peut-être que le travail en libéral/freelance conviendra mieux aux surefficients. C’est à vous de voir. Si vous avez déjà eu une expérience en entreprise, vous pourrez mieux cerner votre adéquation à ce monde.

Vous vous sentez la force d’un meneur ? Peut-être, alors, qu’un travail en groupe vous sera bénéfique. Vous êtes désormais capable de faire face aux jeux de pouvoir et de prendre votre place, de façon originale et respectueuse.

Conclusion sur « Je pense mieux » de Christel Petitcollin :

Ce qu’il faut retenir de « Je pense mieux » de Christel Petitcollin :

Ce livre est la suite de Je pense trop. Il répond aux questions restées en suspens dans ce présent ouvrage et cherche à explorer de nouvelles pistes pour aider les « surefficients » à vivre mieux.

L’autrice s’appuie sur sa longue pratique de coach pour préciser la manière dont elle voit les « surefficients ». Selon elle, il convient de regarder ce phénomène de façon transversale, en allant de l’hypersensibilité à l’autisme.

Par ailleurs, elle refuse toute pathologisation. Elle plaide pour une acceptation pleine et entière de la différence cognitive et émotionnelle. En fait, elle va même plus loin, puisqu’elle suggère à plusieurs reprises, de façon explicite, que les surefficients ont de nombreux avantages sur les autres (qu’elles qualifient de « normo-pensants »).

Il leur faut toutefois apprendre à accepter et à canaliser leur potentiel extraordinaire.

En particulier, ce sont les relations amoureuses et le travail qui sont en jeu, ces deux « piliers » de nos existences contemporaines. En nous aidant à comprendre les relations de pouvoir au travail et les tensions au sein du couple, elle nous met face à la possibilité du changement.

Les techniques de coaching et de développement personnel qui sont présentées nous aident à faire le reste, à savoir nous emparer des clés du changement et reprendre le pouvoir sur nos vies !

Points forts :

Un style alerte, drôle, très personnel aussi ;

Des références et une bibliographie intéressantes ;

Une construction claire.

Point faible :

Comme certains lecteurs le lui ont fait remarquer, il peut être un peu risqué de catégoriser les personnes en trois catégories « figées » : les surefficients, les normo-pensants et les manipulateurs.

Ma note :

★★★★☆

Avez-vous lu le livre de Christel Petitcollin « Je pense mieux » ? Combien le notez-vous ?

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Mon, 18 Dec 2023 17:00:00 +0100 http://www.olivier-roland.fr/items/view/12697/Je-pense-mieux
Les règles universelles de la vie http://www.olivier-roland.fr/items/view/12694/Les-rgles-universelles-de-la-vie

Résumé de « Les règles universelles de la vie » de Nabil Fanous : un livre pratique et bien construit qui vous donne 27 conseils pour vivre une vie plus forte et plus joyeuse au quotidien — sans stress, sans perte de temps et sans relations empoisonnées !

Par Nabil Fanous, 2021, 302 pages.

Titre original : « The Universal Rules of Life: 27 Secrets for Managing Time, Stress & People »

Chronique et résumé de « Les règles universelles de la vie » de Nabil Fanous

Introduction

Nabil Fanous est un praticien en chirurgie esthétique et professeur d’université au Canada. Dans la préface, il dit avoir mûri longtemps le projet de ce livre. Pour lui, il était important d’honorer les apprentissages reçus de ses mentors et de ses parents.

Les règles universelles de la vie a pour but d’adopter une philosophie de vie pratique, forte et joyeuse. 

Ses principes s’inspirent de plusieurs sources : 

Biographies ;

Livres d’histoire et de philosophie ;

Manuels de développement personnel ;

Études de psychologie.

Sans plus attendre, êtes-vous prêt à découvrir les 27 règles ? Alors c’est parti !

Règle universelle 1 — Faites-le maintenant, perfectionnez-le plus tard

Tenez-vous souvent vos bonnes résolutions ? Si ce n’est pas le cas, vous êtes comme 80 % des gens (selon le U.S. News & World Report).

Nous attendons trop souvent le moment idéal. En l’attendant, nous disons « Je vais »… :

« Je vais arrêter de consommer de l’alcool » ;

« Je vais organiser un repas » ;

Ou encore : « Je vais créer mon blog »…

Et nous ne le faisons pas !

Cela pose deux problèmes :

L’intention (au contraire de l’action) nous maintient dans notre zone de confort.

Quand les conditions sont réunies, il y a toujours un nouveau problème qui survient (et nous fait renoncer).

En bref, « on échoue parce qu’on ne commence jamais », dit l’auteur. Nous sommes pris dans le piège de la procrastination ou du perfectionnisme.

Pour vaincre ce phénomène, Nabil Fanous rapporte l’histoire de la naissance de la théorie de la gravitation par Newton. Selon l’auteur, nous pouvons utiliser cette histoire, ainsi que la première loi de la gravitation elle-même, comme base de réflexion pour vaincre la procrastination.

Voici comment il résume cette idée :

« Si l’on ne fait rien, on n’obtient rien — et on reste au point zéro. Mais dès que l’on se met à bouger, on continue à bouger — et on finit par réaliser des choses. Lancez-vous simplement dans l’action… et le reste suivra ! » (Les règles universelles de la vie, Ch. 1)

Pour vous mobiliser, bannissez le « Je vais » et adoptez le « Je le fais maintenant ». Vous verrez alors qu’agir n’est pas si compliqué.

Règle universelle 2 — demandez une fois ce que vous voulez

Cessez d’être trop poli et d’accepter sans broncher ce qui vous est donné. À la place, demandez ce que vous considérez pouvoir vous revenir. Bien sûr, il ne s’agit pas d’être impoli, mais simplement de demander — une seule fois — ce que vous souhaitez obtenir.

Selon l’auteur, vous obtiendrez ce que vous voulez une fois sur deux.

Cela peut être :

Une table au restaurant ;

Une faveur ;

Un changement de vol ;

Etc.

Rappelez-vous que vous êtes seulement en train de poser une question de façon non agressive. Et que vous n’insisterez pas. De cette façon, vous tentez votre chance et, franchement, vous n’avez vraiment rien à perdre !

Pour faire une demande qui ait du poids, pensez à :

Commencer par des mots efficaces (« puis-je », « J’aimerais », etc.) ;

Être bref ;

Et réaliste ;

Garder une attitude cordiale ;

Maintenir un contact visuel ;

Rester silencieux une fois la demande effectuée.

Bien sûr, demander est un art et vous vous améliorerez avec le temps.

Mais si la technique proposée est utile, elle a aussi ses limites. En effet, il arrive parfois qu’il faille insister. 

Dans les situations particulièrement importantes (demande d’un prêt, opération, etc.), Nabil Fanous vous invite à réitérer votre demande ou vos questions, car, dans ces cas-là, vous ne pouvez pas vous contenter du 50 %.

Règle universelle 3 — Comment toute critique commence par un compliment, et tout argument par un accord

Nous n’aimons pas beaucoup recevoir des critiques. Celles-ci peuvent nous blesser à vie. Ce sont des armes redoutables. Toutefois, si celles-ci sont constructives et bien formulées, nous les acceptons.

Afin de générer des critiques qui soient acceptables pour d’autres, vous devez d’abord prendre conscience de vos propres biais. En l’occurrence, souvenez-vous que vous avez une tendance naturelle à « voir des défauts partout », quand il s’agit d’autrui.

Cherchez ensuite à trouver le juste équilibre et — surtout — à faire précéder votre critique d’un compliment. Il y a certainement quelque chose chez l’autre que vous appréciez : dites-le en premier.

« Soyez généreux avec vos compliments — et bref avec vos critiques », précise Nabil Fanous. Allez jusqu’à chercher plus profondément les points positifs, même si votre intention de départ était de critiquer.

Vous devrez également soigner la fin de votre commentaire. Si vous terminez par une critique (qu’elle soit dure ou non), prenez soin de faire tout pour « recoller les morceaux », c’est-à-dire de faire comprendre à la personne que vous la critiquez afin de l’aider à découvrir ce qu’il y a de meilleur en elle.

Pour l’argumentation, veillez à créer des ponts, plutôt qu’à les couper. Autrement dit, ne vous enfermez pas dans des positions immuables, mais cherchez d’abord un point d’accord. 

Au minimum, manifestez de l’empathie en disant « Je comprends ce que vous voulez dire », puis avancez vos arguments avec intelligence (voir, sur ce point, Le pouvoir rhétorique). 

Au fur et à mesure de la conversation, n’ayez pas peur de laisser votre interlocuteur « gagner » dans un premier temps ; vous aurez le temps, ensuite, d’exprimer vos idées et de le convaincre.

Règle universelle 4 — Tenez-vous droit, regardez droit devant

Votre posture et votre regard peuvent créer une présence imposante, sans même que vous ayez prononcé un seul mot.

Selon plusieurs études, dont celles du Dr Alexander Todorov, la première impression s’établit très rapidement. Pour ce scientifique, la réponse est même en un dixième de seconde seulement ! Avouez-le, ça laisse peu de marge d’erreur…

« Votre langage corporel est votre carte de visite », affirme l’auteur. Si vous montrez de la confiance en vous grâce à des gestes et un regard posés, vous ferez déjà une grande partie du travail. Bannissez absolument la posture affaissée et le regard vague !

Apprendre à se tenir droit commence dès l’enfance. Elle vous apportera de nombreux bénéfices :

Sentiment de puissance ;

Et de réussite ;

Amélioration de la santé ;

Et de la sécurité (plus grande vigilance) ;

Ainsi que du tonus et de l’impression de jeunesse.

Nabil Fanous, spécialiste de chirurgie esthétique, vous donne les secrets de la posture assurée p. 52-53. Parmi eux, vous retrouverez l’importance de maintenir la tête haute et une position équilibrée, mais aussi :

L’alignement du haut du corps ;

Le balancement des bras ;

La démarche talon-pointe ;

L’expansion de soi.

Pour le regard, il doit être droit, dirigé vers votre destination ou la personne à qui vous parlez. Pour ne pas la fixer trop agressivement, une astuce consiste à chercher à deviner la couleur de ses yeux !

Règle universelle 5 — Écoutez d’abord, parlez ensuite

Vous pouvez convaincre et même hypnotiser tout type d’interlocuteur à condition d’employer les bonnes techniques. L’une d’entre elles consiste — nous l’avons déjà évoqué plus haut — à laisser parler l’autre personne en premier.

Notons que cette écoute ne doit pas être purement intéressée. L’auteur insiste sur l’importance d’écouter réellement. Il y a un art de l’écoute qui doit être retrouvé. Devenez (ou redevenez) un auditeur attentif :

Concentrez-vous sur ce qui est dit ;

Maintenez le contact visuel et une posture attentive.

« L’écoute est une force magnétique », pour reprendre les mots du psychologue Karl Menninger. 

Un conseil supplémentaire sur l’écoute : prêtez attention à ce qui n’est pas dit : intentions, attentes, personnalité de l’interlocuteur. Si vous arrivez à lire entre les lignes et à démontrer que vous avez compris les messages plus subtils que celui-ci vous lance, vous ferez mouche à coup sûr — ou serez plus à même de déjouer les mauvais tours !

Lorsque vous êtes amenés à prendre la parole dans une conversation, ne le faites qu’après avoir écouté les autres protagonistes de façon sincère et uniquement si votre intervention est nécessaire. 

Apprendre à analyser les expressions faciales de vos partenaires pourrait également vous être utile. Pour étudier ces points plus en profondeur, pensez à vous tourner vers les exercices pratiques de PNL. 

Règle universelle 6 — Éliminez-la, déléguez-la ou réduisez-la !

Voici les trois secrets de la gestion du temps pour faire ce que vous n’avez habituellement pas le temps (ni, souvent, l’envie) de faire.

Commencez donc par éliminer le superflu. Quelles sont les tâches superflues ? À coup sûr, le visionnage compulsif de nos téléphones, mails et réseaux sociaux. Il devient capital, aujourd’hui, de perdre l’habitude de consulter sans cesse son smartphone.

Nabil Fanous vous propose « 7 formules intelligentes » pour reprendre le contrôle :

Les trois créneaux de temps ;

La formule « Une minute » ;

La formule « Notifications silencieuses » ;

La sonnerie du téléphone ;

La formule « Bloquer/Désabonner » ;

La formule « Réseaux sociaux/Applications » ;

Et enfin la formule « CC/Répondre à tous » (vous trouverez le détail p. 65-66).

Parmi les autres choses à éliminer (totalement ou au moins partiellement), selon l’auteur : les comptes mails inutiles et la télévision.

Venons-en à la délégation. Vous ne pouvez pas tout faire. Déléguer certaines tâches, telles que la comptabilité, est une excellente manière de gagner du temps. 

Expliquez ce que vous voulez à vos collaborateurs ou prestataires et vérifiez leur travail. Une fois que tout est en ordre, vous avez les mains libres pour d’autres actions !

Quid, finalement, de la réduction ? C’est la troisième façon de gagner du temps. 

Mais comment faire ? Eh bien en vous obligeant par exemple à travailler plus efficacement en vous donnant une quantité donnée de minutes pour effectuer une tâche. Vous verrez que cela fonctionne très souvent : vous parviendrez à la terminer en des temps records.

Prenons le cas de la lecture et de l’écriture. Vous pouvez apprendre à lire rapidement en scannant un article (titre, introduction, intertitres, légendes et conclusion). Pour écrire, pensez à la dictée vocale !

Règle universelle 7 — Ne diluez pas votre présence… avec trop de présence

« La première cuillère de miel est un délice, la dixième est un supplice. » (Les règles universelles de la vie, Chapitre 7)

Pour conserver votre éclat et votre « rareté », n’en faites pas trop. Cette idée fonctionne avec celle de ne pas trop en dire, ou de ne parler que lorsque cela s’avère nécessaire. 

Comme la reine Elisabeth II, ne vous répandez pas en interviews, mais faites de vos apparitions des moments précieux !

Considérez-vous de la même façon. Ne vous bradez pas. Cela signifie aussi ne pas appeler trop souvent un collègue, parler avec trop d’empressement d’un problème ou rencontrer trop souvent quelqu’un. 

Surtout, ne vous imposez pas et n’abusez pas de l’hospitalité de vos hôtes…

Bien entendu, il y a des exceptions. Avec votre famille ou vos amis, vous aurez parfois envie ou besoin de vous faire entendre et, à l’inverse, il vous faudra parfois vous armer de patience pour les recevoir et les écouter. 

« Soyez difficile à obtenir », résume l’auteur.

Règle universelle 8 — Mettez vos problèmes sur papier

Il est possible de résoudre une grande partie des problèmes en 5 minutes seulement. Comment ? En les écrivant !

Premièrement, écrire permet de déléguer certaines tâches et de se libérer le cerveau. Si vous notez dans votre agenda ou dans votre smartphone les dates de rendez-vous, numéros de téléphone, etc., vous gagnerez de la place pour penser.

Deuxièmement, écrire vous aide à atténuer considérablement l’effet de tourbillon qui peut vous emporter lorsque vous êtes mis face à une importante décision ou un phénomène stressant. 

Troisièmement, et c’est là la fonction la plus notable de l’écrit : il vous permettra de rationaliser votre problème et de le transformer en projet ou, au moins, en notes.

L’auteur rappelle que de grands intellectuels, romanciers et hommes d’affaires ne peuvent se passer du stylo et de la feuille de papier. Mais quel est au juste l’effet de l’écrit et, tout particulièrement, de l’écriture à la main ?

Une étude parue dans le journal Psychological Science nous offre une réponse. Globalement, le papier permet d’améliorer l’apprentissage, car nous devons sélectionner et reformuler nos idées de façon plus concise que lorsque nous le faisons à l’ordinateur.

En d’autres termes, « la prise de note à la main favorise l’apprentissage actif ». 

Pour résoudre un problème en 5 minutes, agissez de la façon suivante :

Quel est le problème ? Notez-le précisément.

Quelles sont les solutions possibles ? Détaillez-les.

Quels sont leurs différences et points communs ? Dressez une comparaison.

Quelle est la meilleure solution ? Encerclez-la.

Comme le montre le chirurgien par son propre exemple, vous pouvez réitérer l’opération en précisant à chaque fois le problème grâce aux résultats précédents. Vous parviendrez alors à avoir une vision plus claire de vos objectifs à long terme (voir p. 90-91).

De manière générale, habituez-vous à prendre des notes et à avoir toujours auprès de vous un bloc-notes et un crayon.

Règle universelle 9 — Quel est le pire scénario ?

Penser au pire peut aider, mais aussi à ce qui est le plus probable. Ou pour le dire autrement : il importe de faire le tri dans ses problèmes.

Êtes-vous face à une « petite » ou à une « grosse » tempête ? Il est inutile de s’inquiéter pour de petits détails (une amende, un avion raté, etc.) ; les problèmes insignifiants se régleront facilement et vous les aurez oubliés dans 6 mois.

Évitez également de vivre sous la menace de scénarios catastrophes qui ne se produiront jamais. C’est là où la question de la probabilité importe : ne pensez pas seulement au pire scénario, mais aussi à celui qui a le plus de chances de se réaliser. Contrebalancez les deux et faites le tri.

Si la tempête vous paraît vraiment énorme et que vous ne parvenez pas à vous décider, mettez le problème sur papier (voir plus haut) et analysez-le calmement.

Bien sûr, cela ne doit pas vous empêcher de prendre vos problèmes au sérieux. Mais cela vous permettra de relativiser en vous faisant prendre conscience que, même en cas de gros pépin, vous pourrez la plupart du temps vous en remettre. 

C’est un enseignement que vous retrouverez également en psychologie comportementale, par exemple dans l’ouvrage L’art de ne pas s’empoisonner la vie.

Règle universelle 10 — Votre but numéro 1 dans la vie est le bonheur

Voici la définition du bonheur de Nabil Fanous :

« Selon moi, le bonheur est le sentiment prédominant que la vie est belle. On est heureux lorsque l’on éprouve une émotion durable de bien-être, un rayonnement, une joie de vivre au quotidien, et l’anticipation d’un avenir prometteur. » (Les règles universelles de la vie, p. 104)

Pour y arriver, l’auteur vous propose de découvrir — et de travailler — ses 4 « secrets incontournables » :

Travailler et rester occupé (le bonheur n’est pas dans la possession, mais dans l’action) ;

Avoir des attentes exaltantes (le bonheur est dans le chemin moins que dans la fin) ;

Rester en bonne santé (la prévention est essentielle, ainsi que la détection précoce des maladies et problèmes chroniques).

Avoir un réseau de famille et d’amis (le bonheur dépend de la connexion avec autrui).

Chaque thématique est traitée dans le détail. 

Par exemple, Nabil Fanous insiste sur le caractère positif du travail. Lorsque celui-ci est voulu et assumé, il permet de vivre dans l’instant présent et il chasse les sentiments négatifs.

Par ailleurs, il met l’accent sur l’importance de se donner à soi-même des défis, même si ceux-ci sont petits. Cette exigence envers soi-même nous garde en forme et nous donne l’envie de poursuivre notre existence.

Côté santé et vie sociale, l’auteur rappelle les classiques : faire de l’exercice, bien se nourrir, prendre du temps avec ses proches et être conscient de l’affection que ceux-ci vous apportent.

Règle universelle 11 — Quand vous ne savez pas quoi faire… ne faites rien !

« Le temps vous révélera souvent la solution. » (Les règles universelles de la vie, Chapitre 11)

Rappelez-vous que vous ne devez pas absolument agir. Personne ne vous impose l’action. Seulement vous-même, lorsque vous l’estimez judicieux. 

En général, il est préférable de faire quelque chose à ne rien faire, mais ce principe a des limites. Lorsque vous hésitez de façon trop profonde, ne vous précipitez pas. C’est peut-être qu’aucune solution n’est la bonne !

Dans ce cas, prenez patience. La confusion peut se dissiper d’elle-même ; vous pouvez recevoir une nouvelle information qui débloquera la situation. L’inconscient fait également son travail, en sous-main. 

« Faire un choix simplement parce qu’on se sent obligé de le faire est une grave erreur », dit encore le chirurgien, qui raconte à ce propos une anecdote personnelle à propos d’une offre de poste qui lui avait été faite.

Cette solution vaut lorsque la mise par écrit ne suffit pas. Elle concerne souvent les choix difficiles, comme un déménagement, une demande en mariage (exemple pris dans le chapitre) ou encore une offre d’emploi. 

Lorsque les choses se décantent, il n’est pas interdit de revenir à la solution papier-crayon. Le moment venu, vous serez en mesure d’analyser la situation et de trouver une réponse claire à votre question.

Règle universelle 12 — Quand vous ne savez pas quoi dire… ne dites rien !

Le même ordre de réflexions est valable pour la parole. Nous avons déjà évoqué l’importance de ne pas parler pour ne rien dire. Eh bien, c’est ce point que nous devons maintenant creuser.

« Le silence est souvent votre meilleure réponse. » (Les règles universelles de la vie, Chapitre 12)

Ce n’est pourtant pas intuitif. En effet, nous sommes souvent gênés face au silence et nous nous sentons obligés (comme pour l’action) de dire quelque chose. Mais nous avons tort de nous précipiter ainsi.

Ici encore, il importe de se rappeler que nous ne « devons » aucune parole, aucune réponse instantanée à qui que ce soit. 

Lorsque ce désir irrépressible de répondre vous prend, mais que vous sentez que ce n’est pas le bon moment, une solution : « plongez-vous simplement dans le silence ».

Vous pouvez aussi simplement répondre : « Je vais y réfléchir ». Au niveau du langage corporel, vous pouvez également vous limiter à manifester une attitude neutre et détendue.

Lorsque vous considérez que vous êtes face à des revendications illégitimes et qui sont hors du cadre d’un débat, il est tout à fait possible d’opter pour le silence. C’est également une tactique souhaitable lorsqu’une conversation part sur le « trio tabou » : sexe, religion et politique.

Dans tous les cas, rappelez-vous : « Il y a du pouvoir… à ne rien dire ». 

Règle universelle 13 — Ne jouez pas avec ce que vous ne pouvez pas vous permettre de perdre

« La chance est capricieuse » et vous ne devriez pas jouer avec elle lorsqu’il s’agit d’éléments stables et essentiels de votre vie. 

Pour commencer, il est inutile de jouer au « tout ou rien » ou de « brûler ses navires » pour un projet. Préférez une approche plus maline et plus progressive : expérimentez en prenant des risques mesurés.

Autre cas à éviter : l’arrogance. Dans des moments de défi et de colère, nous pouvons nous croire tout permis ou supérieur et jouer notre « va-tout ». Mais c’est une grosse erreur ! Mieux vaut respirer et y penser à deux fois. 

Et que dire de l’infidélité ? Êtes-vous vraiment prêt à perdre votre partenaire ? Si vous pensez que vous pouvez tromper quelqu’un indéfiniment, vous avez tort. Si vous êtes prêt à ce type d’action, vous devez être prêt aussi à perdre l’être cher qui vous accompagne au quotidien. 

Bien sûr, il en va de même avec les jeux de hasard : ne mettez jamais en hypothèque des biens que vous ne pouvez pas vous permettre de perdre. Ne jouez — ou ne vous endettez — jamais au-delà du raisonnable. 

Règle universelle 14 — Ce sentiment intérieur d’angoisse signifie — Arrêtez !

L’angoisse est un système d’alarme vieux de plusieurs millions d’années, que nous avons hérité de l’évolution. C’est un signal clair que vous devriez commencer à réfléchir. 

L’intuition, en cette matière, est souvent un bon guide. Lorsque ce sentiment d’angoisse apparaît, c’est qu’il y a quelque chose qui n’a pas été correctement pensé. Peut-être êtes-vous sur le point de prendre une mauvaise décision ou d’agir de façon inadéquate. 

C’est aussi ce qui se passe quand, dans le cours d’un projet ou de votre travail dans une entreprise, vous sentez passer l’ambiance du chaud au tiède, voire au froid. Y a-t-il quelqu’un qui change de comportement et qui menace la sécurité de l’ensemble ?

Dès que vous avez ce sentiment que quelque chose coince, arrêtez-vous et réfléchissez-y. Rappelez-vous que si vous ne le faites pas, vous risquez de vous retrouver les bras ballants avec un problème supplémentaire sur les bras.

Règle universelle 15 — Créez des habitudes intelligentes qui vous simplifient la vie

La mécanisation a du bon. Et même quelque chose d’excellent, si l’on en croit Aristote, qui disait que « l’excellence est (…) une habitude » (cité par l’auteur au début du chapitre).

Si une bonne habitude se maintient dans le temps, il y a toutes les chances qu’elle vous fasse parvenir à la réussite, et qui plus est à une réussite durable. 

Les écrivains le savent bien : ils s’obligent à écrire de façon quotidienne. Les inventeurs également. Il n’y a pas de créativité, pas de talent aussi qui ne passent par un travail continu.

De façon générale, les êtres humains sont « des créateurs d’habitude », comme le dit Nabil Fanous. Et c’est compréhensible, car celles-ci nous permettent de faire des choses de façon plus simple, (presque) sans y réfléchir.

Notre cerveau les apprécie donc d’autant plus, lui qui rechigne à dépenser son énergie. En mode « habitude », il peut agir de façon beaucoup plus économe et efficace et sans effort. 

Cherchons donc à créer des habitudes intelligentes qui nous aident à aller de l’avant. L’auteur propose de le faire en trois étapes.

Faire une proposition alléchante à son cerveau : comme il s’agit souvent de remplacer une mauvaise habitude par une bonne, il est indispensable de trouver un équilibre qui satisfasse votre cerveau à long terme.

Transformer votre proposition en action et la répéter : le but est de créer un nouvel automatisme. Normalement, au bout d’un mois environ (21 jours), votre cerveau s’accoutume à la nouvelle action.

Impliquer un tiers dans votre nouveau comportement : un ami, votre partenaire ou qui vous souhaitez. Cela vous permet de solidifier votre détermination en faisant appel à une légère pression sociale.

Règle universelle 16 — Soyez unitâche, et non pas multitâches

Réaliser une tâche à la fois permet de rester hyper-concentré et hyper-productif, tout en vous maintenant dans un état de décontraction et de pleine conscience.

Ne cédez pas au culte du « tout » : tout à la fois et tout tout de suite. C’est épuisant et… c’est un cirque qui ne mène à rien. 

Prenons un exemple concret : le déjeuner est une pause. Il ne devrait pas être une corvée. Lorsque vous vous apprêtez à manger, dans un parc ou ailleurs, ouvrez-vous à votre environnement, prenez conscience d’être là. 

Goûtez à ce que vous mangez, à ce que vous ressentez, percevez les êtres autour de vous et — le cas échéant — ne refusez pas leur compagnie. C’est tout l’intérêt de la pleine conscience.

Au travail, être multitâche signifie souvent « être très occupé… à faire très peu de choses ». Cherchez donc à vous donner des créneaux pour des tâches précises le plus souvent que vous le pouvez. N’agissez en mode « multi-tâche » que lorsque cela est vraiment nécessaire.

Dernier conseil plus incongru de Nabil Fanous : « Là où vont vos yeux… vous allez ! » Qu’est-ce que cela signifie ? Simplement un exercice de focalisation. Apprenez à combattre le multitâche en vous laissant guider par votre regard. Découvrez-en plus sur ce conseil p. 182.

Règle universelle 17 — Tournez le cadeau à l’envers… et cherchez l’étiquette de prix cachée !

« Rien n’est gratuit ». Tout a un prix, qu’il soit clairement affiché ou non… En fait, nous attendons toujours quelque chose en échange, même lorsque nous offrons un cadeau.

Eh bien, il en va de même pour les entreprises : si elles vous proposent gratuitement quelque chose, c’est qu’elles attendent de vous quelque chose en retour. Cela peut être vos données, votre attention, etc. C’est cela, « chercher l’étiquette de prix cachée » !

Vous pouvez mettre en application cette règle dans vos relations interpersonnelles ou professionnelles. 

Souvenez-vous : « Quand ça semble trop beau pour être vrai… ça l’est ! »

Règle universelle 18 — Les gens ne changent pas

Pour Nabil Fanous, les gens changent difficilement. Et même lorsqu’ils changent, c’est souvent pour revenir en arrière. Cette vision est-elle désenchantée ? Pas vraiment. Réaliste plutôt. 

L’idée est la suivante : mieux ne vaut pas trop perdre son temps à changer les personnes que nous côtoyons. Il n’y a pas de « grand saut » possible en matière de caractère et de personnalité.

Si vous n’y parvenez pas après une fois ou deux, laissez tomber. Vous risqueriez de faire pire que bien. À moins d’en avoir la volonté ferme, les individus ne changent pas. 

« Cessez de faire la même demande — à la même personne », conseille l’auteur. Cela signifie aussi : apprenez à vivre avec ce que chacun a à vous offrir et contentez-vous-en.

Règle universelle 19 — « Graine A » vous donnera « Plante A »… à chaque fois

Eh oui, si vous voulez obtenir une autre plante, il vous faudra planter une autre graine ! Comme pour les personnes, les actions « ne changent pas ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Que si vous agissez tout le temps de la même manière, vous obtiendrez toujours les mêmes résultats.

Nous l’avons vu avec l’habitude. Certes, si nous avons la volonté, alors nous pouvons modifier nos comportements. Mais cela doit venir de nous-mêmes et être suivi d’actions différentes que celles entreprises par le passé.

Pourtant, nous sommes têtus. La plupart du temps, nous rêvons. Nous pensons que nous allons miraculeusement réussir là où nous avons préalablement échoué… tout en faisant exactement la même chose !

Cela vaut pour les relations. Si vous souhaitez obtenir d’autres réactions de la part de vos proches, ne vous enlisez pas dans les mêmes habitudes. Changez de tactique, modifiez vos actions… et des réactions différentes ne se feront pas attendre.

Cette donnée est plutôt positive, car elle vous montre que la balle est dans votre camp. Vous avez le pouvoir de changer les choses, si vous changez d’abord vous-même.

Règle universelle 20 — Pensez à ce que vous avez, et non à ce que vous n’avez pas

Nous ne pouvons nous empêcher de nous comparer les uns aux autres. Mais cela nous conduit souvent à l’insatisfaction et au désespoir.

La solution consiste à renverser le rapport. Au lieu de focaliser votre attention sur ce qui vous manque, concentrez-vous plutôt sur ce que vous avez. 

À l’inverse, pensez à ce que les autres n’ont pas, plutôt qu’à ce qu’ils ont. Ce double basculement vous aidera à relativiser et à vous sentir plus en accord avec vous-même.

Pour prendre conscience de ce que vous avez, établissez une liste de gratitude. 

« Comptez vos bénédictions — et non vos peines », dit encore Nabil Fanous. Plutôt que de ressasser vos malheurs passés, souvenez-vous de ceux qui auraient pu vous arriver, mais auxquels vous avez échappé.

Cette façon de mettre l’accent sur la chance que vous avez eu dans la vie vous apportera un sentiment de plénitude. « Soyez reconnaissant de cette chance et réjouissez-vous ».

Règle universelle 21 — Apprendre de ses erreurs, c’est bien ; apprendre de celles des autres, c’est encore mieux !

À condition d’en tirer les leçons, les erreurs peuvent être vues comme bénéfiques. Grâce à la confrontation au réel, nous apprenons ce qui fonctionne, ce qui est bien et mal. C’est ainsi que nous grandissons et devenons — espérons-le — des adultes responsables.

Mais ne nous cachons pas la vérité. Faire des erreurs peut aussi être très douloureux. C’est souvent le prix à payer pour l’apprentissage reçu ! 

Alors, pourquoi ne pas développer votre sens de l’observation et apprendre des erreurs des autres ? Le prix à payer est bien moins fort, puisque vous ne faites pas les frais de l’échec vous-même.

Dans les deux cas, vous devrez associer vos observations à une solide mémoire. Car une leçon (venue d’un échec personnel ou d’une erreur d’autrui), cela se retient. 

Or, combien de fois n’oublions-nous pas nos propres remarques et résolutions ? Tout se passe comme si l’esprit, soucieux de reprendre sa position par défaut, s’empressait de nous les faire oublier !

Pour éviter que les paroles et les pensées s’envolent, une fois encore, gravez-les sur le papier (voir la règle 8). Recensez les erreurs et l’apprentissage qui lui est lié. 

Cherchez à résumer le tout en une phrase : ce seront vos propres « phrases de sagesse ».

Règle universelle 22 — Quand les autres vous font confiance, soyez honorable ; mais quand vous faites confiance aux autres, soyez vigilant !

Faire confiance, tout comme la recevoir d’autrui, est chose complexe. 

Commençons par l’attitude à adopter lorsque des personnes vous font confiance. Tout d’abord, souvenez-vous que cela est un honneur et un hommage. S’ils vous font confiance, c’est qu’ils vous estiment.

Vos actes, vos paroles et même vos pensées doivent être à la hauteur de la confiance qui vous est octroyée. 

Mais ne laissez pas nécessairement tout le monde avoir confiance en vous. Pourquoi ? Car vous ne voulez pas vous engager auprès de certaines personnes. 

Si quelqu’un que vous connaissez mal vous sollicite pour un conseil ou une faveur (ce qui est une marque de confiance à votre égard), hésitez. Si vous ne le sentez vraiment pas, optez pour le silence ou le report (souvenez-vous du « Je vais y réfléchir » vu plus haut).

Une fois la parole donnée, elle vous engage. C’est pourquoi vous devez bien choisir à qui vous la donnez. Ne faites pas de promesses que vous ne pourrez tenir et ne vous dérobez pas.

Qu’en est-il, maintenant, de la confiance que vous placez en autrui ? Contrairement à la foi, la confiance repose sur des preuves et sur l’épreuve du temps. Ne vous précipitez pas, surtout quand il s’agit d’argent, d’amour ou de santé !

Pesez, évaluez, mais sachez aussi tolérer une marge d’erreur. Aucun être humain, aucune institution n’est fiable à 100 % pour l’éternité. Nous sommes tous vulnérables. 

S’il convient de ne pas donner sa confiance trop rapidement, il serait donc tout aussi stupide de ne jamais la donner !

Règle universelle 23 — Ne vous vengez pas, soyez intelligent !

« Faites ce qui est bon pour vous, et non ce qui est bon pour votre colère », dit Nabil Fanous. Autrement dit : apprenez à dévier votre mécontentement, votre frustration. Pourquoi ?

Premièrement, car la colère est d’abord un sentiment qui vous consume vous-même, avant de faire du tort à votre ennemi. C’est vous que vous empoisonnez — et non autrui !

Ensuite — et c’est lié —, parce que vous ne serez pas calmé à long terme par un geste de vengeance. Pour obtenir un avantage d’un affront quelconque, mieux vaut utiliser son intelligence que ses émotions primaires.

Pour ce faire, concentrez-vous sur ce qui est bon pour vous. Préférez-vous vous énerver sur ce chauffard pour laisser exploser votre colère, ou rentrer chez vous sain et sauf, même si votre voiture a été touchée ?

N’ajoutez pas du mal à ce qui a déjà eu lieu. En agissant intelligemment, vous oublierez bien plus vite l’affront, car vous vous focaliserez sur un objectif positif plus important.

Règle universelle 24 — Ayez toujours un filet de sécurité — juste au cas où ! 

Nous avons beau planifier, la vie nous réserve bien des tours — et des détours ! Devez-vous donc renoncer à toute prévision, à tout objectif ? Non, certainement pas. Prévoyez plutôt un plan B…

Nabil Fanous vous invite à suivre la formule « Juste au cas où ». Juste au cas où, prévoyez un mécanisme de secours pour chaque problème auquel vous pouvez penser. 

Une autre façon d’approcher ce conseil est de rappeler le proverbe : « Ne mettez pas tous vos œufs dans le même panier ». De façon générale, assurez-vous de diluer le risque en ayant plusieurs cordes à votre arc, qu’il s’agisse de :

Compétences ou de possibilités d’emploi ;

Personnes ressources ou d’amis ;

Options financières ;

Etc.

En tant que chirurgien, l’auteur est particulièrement sensible à ce point. Dans la salle d’opération, par exemple, tout est prévu en double, au cas où l’un des outils ne fonctionnerait pas de façon appropriée au moment propice.

Pour résumer, « vous êtes en pleine forme si vous avez un plan B, et en grand péril si vous n’en avez pas ».

Règle universelle 25 — L’apparence compte

Votre manière d’apparaître dans le monde va influer sur la façon dont les personnes s’adresseront à vous. L’habillement et l’apparence font donc partie, en un sens, du langage corporel ou non verbal. Ils communiquent quelque chose de vous-même, de vos ambitions et de vos attentes.

Par ailleurs, votre apparence a également un grand effet sur vous-même. Elle vous met en condition d’affronter le monde avec le mindset approprié. Et remarquant l’effet que vous produisez sur les autres, vous gagnez encore en confiance.

Si vous le pouvez, étendez ce raisonnement à votre environnement direct : bureau, maison, espace de vie ou de travail, quel qu’il soit.

Nous avons tous fait, sans le savoir, le test du « miroir du matin ». Que ressentez-vous à ce moment-là ? Si le sentiment est positif, tant mieux. 

S’il est négatif, commencez par apaiser ce jugement. Nous sommes en effet souvent nos pires détracteurs. Or, cela n’aide pas.

Ensuite, demandez-vous concrètement ce que vous pourriez faire pour apparaître plus à votre avantage, chaque matin. Vous pouvez agir par petites touches, peu à peu.

Règle universelle 26 — Si vous vous sentez invincible, vous l’êtes

Nous ne sommes pas heureux constamment. Il arrive des moments où nous avons envie de baisser les bras… et la tête. 

Deux types de malheurs sont particulièrement pesants :

Les épreuves du passé ;

Et celles qui sont actuelles.

La « tache » du passé reste collée, elle ne veut pas s’en aller. Pourtant, vous pouvez l’éviter. Comment ? Voici les conseils de Nabil Fanous :

Relevez la tête (littéralement, pour redresser votre corps) ;

Tenez-vous droit et regardez fermement devant vous ;

Refusez le refrain négatif qu’essaie de reprendre à tue-tête votre esprit ;

Si vous êtes en groupe, refusez les questions indiscrètes qui vous mettraient mal à l’aise.

Pour ce qui est des « taches présentes », mordez sur votre chique. N’abandonnez pas et ayez la force de surmonter la tempête. Vous devez croire que vous êtes invincible et que vous pouvez y arriver, sans quoi vous perdrez vos forces.

Règle universelle 27 — Aujourd’hui est tout ce que vous avez !

Se concentrer sur le moment présent est l’un des apprentissages essentiels de la vie. Votre passé n’est plus (le film est fini) et votre avenir n’est pas encore (le film n’est pas encore sorti). 

« Aujourd’hui vous appartient, à vous de le façonner et d’en profiter ». Comment ? En pratiquant ces 27 règles universelles que vous venez d’acquérir !

À la fin de l’ouvrage, Nabil Fanous propose de longs témoignages de personnes qui cherchent à appliquer ces principes au quotidien en vivant leur vie sur le mode « aujourd’hui ». 

Conclusion sur « Les règles universelles de la vie » de Nabil Fanous :

Ce qu’il faut retenir de « Les règles universelles de la vie » de Nabil Fanous :

Cet ouvrage est un guide facile d’accès composé de façon logique et efficace. Le docteur Nabil Fanous, chirurgien esthétique reconnu au Canada, offre une série de réflexions pour améliorer son existence quotidienne.

La plupart de ses conseils s’appuient sur les grands principes du développement personnel et de la psychologie cognitive. 

Si vous avez apprécié cette chronique, il est probable que vous aimiez aussi Ce qu’il y a de meilleur en nous de Christophe Dejours.

Points forts :

Un livre accessible rempli de conseils sensés ;

De nombreux exemples issus de la pratique médicale (en chirurgie esthétique) de Nabil Fanous ;

Des résumés en fin de chaque chapitre.

Point faible :

Même si le livre comporte de nombreuses références à des études scientifiques ou à des ouvrages de non-fiction, il ne contient pas de bibliographie complète. C’est dommage, car cela ne permet pas de retrouver facilement les sources utilisées par l’auteur.

Ma note :

★★★★☆

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Thu, 14 Dec 2023 17:00:00 +0100 http://www.olivier-roland.fr/items/view/12694/Les-rgles-universelles-de-la-vie
Vous n’êtes pas si malin http://www.olivier-roland.fr/items/view/12689/Vous-ntes-pas-si-malin

Résumé de "Vous n'êtes pas si malin" de David McRaney : un best-seller qui explore les fondamentaux de la psychologie cognitive pour vous aider à repérer les biais que chacun de nous possède et vous permettre de mieux réfléchir et agir au quotidien — un livre de vulgarisation scientifique qui a fait événement à sa sortie.

Par David McRaney, 2012, 302 pages.

Titre original : "You are not so smart".

Chronique et résumé de "Vous n'êtes pas si malin" de David McRaney

Un mot sur l'auteur : David McRaney

"You are not so smart" signifie "vous n'êtes pas si malin". Ce n'est pas le seul ouvrage à la fois accessible et provocateur que l'auteur consacre à ce thème. Il y a aussi :

"Now you are less dumb" ("Maintenant, vous êtes moins bête") (2013) ;

Ou encore "You can beat your brain" ("Vous pouvez battre votre cerveau") (2013) ;

Et tout récemment "How minds change" ("Comment les esprits changent") (2022).

Mais c'est avec ce premier livre — aujourd'hui traduit en 17 langues — qu'il a connu un succès national puis mondial à partir de 2012.

Pourtant, David McRaney n'est pas un scientifique. C'est avant tout un journaliste scientifique états-unien qui propose de la vulgarisation en neurosciences et psychologie cognitive. Comme il le dit sur son site personnel, il est passionné de "cerveau, d'esprit et de culture".

Avant de se lancer dans l'écriture de l'ouvrage que nous allons chroniquer, David McRaney a tenu un blog du même nom — You are not so smart — qui lui a donné la matière pour son livre imprimé et créer un podcast à succès (disponible sur le blog).

Introduction — Vous

"L'erreur : vous êtes un être rationnel et logique qui voit le monde tel qu'il est.

La vérité : vous êtes aussi illusionné que le reste d'entre nous — mais c'est OK, car cela vous maintient en bonne santé." (Vous n'êtes pas si malin, Introduction)

Nous pensons souvent tout savoir sur nous-même et être de bons analystes de nos décisions et actions. Mais est-ce si sûr ? 

Dans You Are Not So Smart, David McRaney nous montre que ce n’est pas nécessairement le cas.

Deux objectifs le guident :

Nous faire réfléchir en nous introduisant aux grands principes des sciences cognitives et de la psychologie cognitive (ainsi que de l’économie comportementale, notamment) ;

Nous aider à mieux comprendre qui nous sommes et ce que nous faisons afin de changer d’attitude. 

Pour atteindre son but, l’auteur dresse un panorama des biais, erreurs de jugement et autres raccourcis mentaux que nous utilisons au quotidien pour penser et agir. Il en répertorie pas moins de 48 !

David McRaney décline 3 types de problèmes :

Biais cognitifs = schémas de pensée et de comportement prévisibles qui nous amènent à tirer des conclusions erronées.

Sophismes logiques (ou erreurs de jugement) = problèmes impliquant le langage. Nous sautons une étape ou nous oublions un élément du problème sans nous en rendre compte.

Heuristiques = raccourcis mentaux que vous utilisez pour résoudre des problèmes courants.

Examinons maintenant dans le détail ces 48 zones inconscientes et voyons comment nous pouvons apprendre à les repérer afin de penser et agir de façon plus intelligente.

Chapitre 1 — Amorçage

"L'erreur : vous savez quand vous êtes influencé et comment cela affecte votre comportement.

La vérité : vous êtes inconscient des incitations constantes d'idées formées dans votre esprit inconscient." (Vous n'êtes pas si malin, Ch. 1)

La plupart du temps, nous ignorons que nous sommes dans l’erreur ou que nous sommes conditionnés.

Nous pensons et agissons à partir de stimulus passés (d’impressions qui ont marqué notre mémoire). Ceux-ci affectent la façon dont nous nous comportons et pensons. Et aussi la façon dont nous percevons de nouveaux stimulus.

Cet amorçage fonctionne mieux lorsque nous sommes en pilote automatique. Lorsque nous n’essayons pas de faire une introspection consciente avant de choisir notre comportement, nous faisons confiance à ce que les psychologues appellent “l’inconscient adaptatif”. 

Toutefois, nous pouvons parfois en reprendre le contrôle. Quand ? Lorsque notre régulateur de vitesse mental est activé ou lorsque nous nous trouvons dans des circonstances peu familières.

Chapitre 2 — Confabulation

"L'erreur : vous savez quand vous vous mentez à vous-même. La vérité : vous êtes souvent ignorant de vos motivations et vous créez des histoires fictionnelles pour justifier vos décisions, vos émotions et votre histoire, sans vous en rendre compte." (Vous n'êtes pas si malin, Ch. 2)

La confabulation décrit notre tendance à ignorer nos motivations réelles.

À la place, nous créons des récits fictifs qui expliquent et justifient nos décisions, nos émotions et notre histoire. Le tout sans même nous en rendre compte !

Chapitre 3 — Le biais de confirmation

« L’erreur : Vos opinions sont le résultat d’années d’analyse objective, rationnelle.

La vérité : Vos opinions sont le résultat d’années au cours desquelles vous avez prêté attention à des informations qui confirmaient ce que vous croyiez, pendant que vous ignoriez les informations qui mettaient en doute vos préconceptions. » (Vous n'êtes pas si malin, Ch. 3)

Le biais de confirmation est le mode par défaut de notre recherche d’informations : sans le vouloir, nous avons plutôt tendance à rechercher ce que nous savons déjà). 

Nous introduisons un filtre entre le monde et notre esprit et nous accueillons les informations de manière sélective. 

Bien sûr, cela a un sens au niveau de l’évolution humaine (sélectionner les bonnes informations dans l’environnement pour agir au mieux).

Mais cela peut aussi conduire à des attitudes “braquées”. Typiquement, nous voulons avoir raison sur la façon dont nous voyons le monde et nous évitons les preuves et les opinions contradictoires.

Ou pour le dire avec l’auteur en une phrase simple : "Les gens aiment qu’on leur dise ce qu’ils savent déjà".

Pour éviter le biais de confirmation, nous pouvons nous imposer des lectures qui contredisent nos penchants naturels, prendre l’habitude aux débats et aux recherches de preuves.

Chapitre 4 — Le biais rétrospectif

« L’erreur : Après avoir appris quelque chose de nouveau, vous vous souvenez à quel point vous étiez autrefois ignorant ou à quel point vous aviez tort.

La vérité : Vous regardez souvent en arrière sur les choses que vous venez d’apprendre et supposez que vous les connaissiez ou que vous les croyiez depuis le début. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 4)

Nous regardons souvent les choses que nous venons d’apprendre comme si nous les savions déjà — ou comme si cela nous paraissait évident. 

C’est le cas, par exemple, avec l’innovation. Maintenant que le smartphone a été inventé, cela ne vous paraît-il pas évident ? Pourtant, si vous remontez le fil du temps, il est probable que vous vous rendiez compte que vous n’aviez jamais pensé à tenir ce type d’appareil dans vos mains un jour !

Mais l’auteur s’intéresse surtout aux conséquences que le biais rétrospectif a au niveau existentiel. En intégrant le nouveau comme évident et connu, nous avons la sensation de ne pas bouger — ou du moins, pas trop. 

En bref, nous avons ainsi l’impression d’être toujours en phase avec nous-même, cohérents dans nos idées et nos actions.

Chapitre 5 — L’erreur du tireur d’élite du Texas

« L’erreur : Vous prenez en compte le hasard lorsque vous déterminez la cause et l’effet.

La vérité : Vous avez tendance à ignorer le hasard lorsque les résultats semblent significatifs ou lorsque vous voulez qu’un événement aléatoire ait une cause significative. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 5)

Voici un bon mélange du biais rétrospectif (chapitre 3) et du biais de confirmation (chapitre 4) !

De quoi s’agit-il ? 

Souvent, nous rassemblons des coïncidences en un tout afin de donner du sens à ce qui n’en a pas nécessairement (ou qui en a un autre que nous ne pouvons deviner).

Cette erreur apparaît lorsque nous cherchons du sens. Autrement dit… Tout le temps ou presque ! Nous cherchons à théoriser, à modéliser, à expliquer. 

Pourquoi ? Afin d’être rassuré et, plus fondamentalement, afin de trouver notre place dans la société et dans le monde.

Chapitre 6 — La procrastination

« L’erreur : Vous procrastinez parce que vous êtes paresseux et que vous ne pouvez pas bien gérer votre temps.

La vérité : La procrastination est alimentée par la faiblesse vis-à-vis de nos impulsions et par une incapacité à raisonner nos pensées. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 6)

Face à deux récompenses possibles, l’une immédiate et l’autre reportée, nous sommes plus susceptibles de choisir celle dont nous pouvons profiter maintenant que celle dont nous pourrons profiter plus tard. 

Et cela même si — et c’est un point capital — la récompense ultérieure est bien plus importante !

C’est la fameuse étude des bonbons menée auprès de nombreux enfants en bas âge (voir le chapitre pour le rappel ou l’explication complète). 

Lorsque nous prenons conscience que nous avons procrastiné, nous nous sentons faibles et honteux. Nous savons que nous avons succombé au plaisir présent. 

Comment résister ? 

En nous rappelant que c’est maintenant que nous faisons advenir le futur. En fait, le bénéfice à long terme (étudier pour réussir ses études) a souvent bien plus d’avantages que le bénéfice à court terme (prendre plaisir à regarder un match de tennis à la télévision).

Pour arrêter de procrastiner, il faut également arrêter d’être idéaliste. Deux exemples d’idéalisme :

Penser que nous pouvons travailler dur au dernier moment ;

Croire que nous pouvons gérer correctement notre temps alors que ce n’est manifestement pas le cas.

Chapitre 7 — Le biais de normalité

« L’erreur : Vos instincts de combat ou de fuite entrent en jeu et vous paniquez lorsque la catastrophe survient.

La vérité : Lors d’une crise, vous devenez souvent anormalement calme et vous prétendez que tout est normal. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 7)

Peu importe les problèmes que nous rencontrons dans la vie, notre première analyse de toute situation est de la voir dans le contexte de ce qui est normal pour nous.

Pour cette raison, nous avons tendance à interpréter les situations étranges et alarmantes comme si elles faisaient partie des affaires courantes. Nous refusons de nous en préoccuper.

Un navire coule ? Un gigantesque brasier ravage votre maison ? Dans certaines situations vraiment angoissantes, nous sommes parfois submergés par le flot d’informations ambiguës. Résultat : nous nous figeons et devenons incapables d’agir.

Plus prosaïquement, le biais de normalité consiste en fait à gagner du temps et à prétendre que tout continuera à aller aussi bien qu’auparavant. De cette façon, nous laissons à notre esprit le temps de s’adapter en douceur (parfois trop !).

Chapitre 8 — Introspection

« L’erreur : Vous savez pourquoi vous aimez les choses que vous aimez et ressentez ce que vous ressentez.

La vérité : L’origine de certains états émotionnels vous demeure cachée, et lorsque vous êtes pressé de les expliquer, vous allez juste inventer quelque chose. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 8)

L’origine de certains états émotionnels nous échappe et, lorsque quelqu’un nous demande de les expliquer, nous inventons quelque chose.

Chapitre 9 — L’heuristique de la disponibilité

« L’erreur : Avec l’arrivée des médias de masse, vous comprenez comment le monde fonctionne sur la base de statistiques et de faits tirés de nombreux exemples.

La vérité : Vous êtes beaucoup plus susceptible de croire que quelque chose est un lieu commun si vous pouvez en trouver un seul exemple, et vous êtes beaucoup moins susceptible de croire en quelque chose que vous n’avez jamais vu ou dont vous n’avez jamais entendu parler auparavant. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 9)

L’heuristique de disponibilité décrit notre tendance à réagir plus rapidement et plus fortement lorsque nous rencontrons des informations qui nous sont déjà familières.

Concrètement, cela signifie qu’il est plus facile de croire à quelque chose lorsqu’une personne nous présente des exemples. Ceux-ci nous renvoie en effet vers quelque chose de connu. 

En revanche, si cette personne nous présente une réalité de façon abstraite, typiquement sous forme de chiffres ou de graphes, nous le rejetterons plus facilement, car nous n’y retrouverons pas d’emblée des motifs connus (à moins, peut-être, d’être un statisticien aguerri).

Autrement dit, comme Saint Thomas, nous avons besoin de “voir pour croire”.

Chapitre 10 — L’effet témoin

« L’erreur : Quand quelqu’un est blessé, les gens se précipitent à son aide.

La vérité : Plus il y a de personnes qui sont témoins d’une personne en détresse, moins il est probable qu’une seule personne aide. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 10)

En fait, plus il y a de personnes qui assistent à la détresse d’une personne, et moins il y a de chances qu’une seule d’entre elles lui vienne en aide.

Cela apparaît dans plusieurs situations. L’auteur donne les exemples suivants :

Donner son sang ;

Aider quelqu’un à changer un pneu ;

Donner de l’argent à un artiste de rue ;

Mettre fin à une bagarre.

Dans la plupart des cas, les gens se précipitent pour aider lorsqu’ils voient une autre personne donner l’exemple. Ils se sentent alors “prêts” à faire un geste. Étrange, non ?

Chapitre 11 — L’effet Dunning-Kruger

« L’erreur : Vous pouvez prédire à quel point vous vous comporteriez dans n’importe quelle situation.

La vérité : Vous êtes généralement assez mauvais pour estimer votre compétence et la difficulté des tâches complexes. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 11)

La plupart du temps, nous ne pouvons pas anticiper notre façon d’agir dans des domaines pour lesquels nous n’avons pas d’expérience.

C’est seulement en cherchant à nous améliorer dans un domaine que nous commençons à mieux comprendre les points sur lesquels nous devons travailler. Nous cernons mieux la complexité et les nuances. Nous découvrons aussi des maîtres dans notre domaine et nous nous comparons à eux pour voir où nous avons des lacunes. 

D’où l’importance de s’ouvrir à la critique. Si nous voulons exceller dans quelque chose, nous devons nous entraîner et nous devons être capables de goûter au travail des personnes plus expertes que nous. 

Lorsqu’elles nous critiquent, elles mettent en évidence des points aveugles pour nous, et cela nous aide à progresser.

Chapitre 12 — L’apophénie

« L’erreur : Certaines coïncidences sont si ridicules qu’elles doivent avoir un sens.

La vérité : Les coïncidences font partie des routines de la vie, même lorsqu’elles semblent miraculeuses. Toute signification qui leur est appliquée vient de votre esprit. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 12)

Les coïncidences font partie de la vie, même celles qui semblent miraculeuses. Le sens qu’on leur donne vient de l’esprit. C’est ce que l’on appelle une apophénie.

Souvent, l’apophénie est le résultat d’un autre biais : le biais de confirmation (chapitre 2). Nous voyons ce que nous avons envie de voir et nous oublions le reste. Si nous voulons voir du sens quelque part, nous allons ignorez plus ou moins inconsciemment tout ce qui est absurde ou ne “colle pas” à notre interprétation. 

L’apophénie ne signifie pas simplement mettre de l’ordre dans le chaos, mais c’est croire que nous sommes destinés à découvrir ce sens “caché”. C’est croire qu’il y a des miracles rares qui arrivent et que nous pouvons en prendre conscience et les comprendre. 

Chapitre 13 — La loyauté de marque

« L’erreur : Vous préférez ce que vous possédez aux choses que vous ne possédez pas parce que vous avez fait des choix rationnels lorsque vous les avez achetés.

La vérité : Vous préférez les choses que vous possédez parce que vous rationalisez vos choix passés pour protéger votre sens de soi. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 13)

Lorsque nous débattons avec quelqu’un sur la prétendue supériorité d’une marque sur une autre, nous ne cherchons pas tant à convaincre l’autre personne qu’à nous rassurer nous-même. 

Nous avons besoin de nous mettre en conformité avec nos propres choix en les justifiant à postériori.

Cette façon de penser est liée à l’erreur du coût irrécupérable. 

Même si nous payons trop cher quelque chose, ou que nous nous rendons compte que nous avons payé pour quelque chose de mauvaise qualité, nous consommerons tout de même le produit, parce que nous estimerons avoir à rentabiliser l’argent ou le temps que nous avons investi pour l’obtenir.

Chapitre 14 — L’argument d’autorité

« L’erreur : Vous êtes plus préoccupé par la validité de l’information que par la personne qui la livre.

La vérité : Le statut et les références d’une personne influencent grandement votre perception du message délivré par cette personne. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 14)

Nous regardons souvent les personnes qui ont du pouvoir comme si elles avaient quelque chose de spécial qui nous manquent : connaissances, compétences, etc. Dès lors, nous sommes portés à croire plus facilement ce qu’ils nous proposent. 

C’est d’ailleurs un argument marketing très utilisé dans la publicité !

Lors des controverses, il existe plusieurs autorités, plusieurs experts qui se disputent autour d’une question. Dans ce cas, nous devons — ou plutôt devrions — nous intéresser aux arguments de chaque partie et aux preuves qu’elles apportent. 

Chapitre 15 — L’argument d’ignorance

« L’erreur : Lorsque vous ne pouvez pas expliquer quelque chose, vous vous concentrez sur ce que vous pouvez prouver.

La vérité : Lorsque vous n’êtes pas sûr de quelque chose, vous êtes plus susceptible d’accepter des explications étranges. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 15)

L’argument de l’ignorance est celui qui consiste à décider que quelque chose est vrai ou faux parce qu’on ne trouve pas de preuve du contraire.

Nous ne savons pas quelle est la vérité, alors nous supposons que n’importe quelle explication est aussi bonne qu’une autre.

Le problème, c’est que lorsque ce type d’argument est poussé à bout, il peut aboutir, notamment, aux théories du complot. Typiquement, les complotistes demandent toujours plus de preuves, alors même qu’il y en a déjà beaucoup (pour prouver la rotondité de la Terre, par exemple).

Rappelons-nous : un manque de preuves ne peut ni confirmer ni nier une proposition. Mais dans tous les cas, nous pouvons nous demander si la balance des preuves ne penche pas plus d’un côté que de l’autre.

Chapitre 16 — L’erreur de l’homme de paille

« L’erreur : Lorsque vous vous disputez, vous essayez de vous en tenir aux faits.

La vérité : Dans toute dispute, la colère vous incitera à recadrer la position de votre adversaire. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 16)

Lorsque nous nous disputons à propos de quelque chose de personnel ou de quelque chose de plus public et abstrait, nous avons parfois recours à la construction d’un personnage fictif.

Pourquoi ? Car, de cette façon, nous détournons la position de notre adversaire afin de la rendre plus facile à réfuter. C’est l’un des rouages de la rhétorique.

Chaque fois que quelqu’un commence une attaque par :

« Alors vous dites que nous devrions tout simplement… » ;

« Tout le monde sait que… » ;

“Les scientifiques disent que…”.

Avez-vous remarqué l’usage d’hommes de paille dans vos conversations ? 

Chapitre 17 — L’erreur ad hominem

« L’erreur : Si vous ne pouvez pas faire confiance à quelqu’un, vous devriez ignorer les affirmations de cette personne.

La vérité : Ce que dit quelqu’un et pourquoi il le dit devraient être jugés séparément. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 17)

Lorsque nous supposons qu’une personne est dans le faux en raison de son identité ou du groupe auquel elle appartient, nous commettons un sophisme ad hominem.

Il s’agit aussi d’un argument : quand vous cherchez à réfuter quelqu’un sur la base de son appartenance communautaire ou de son identité, vous construisez un argument ad hominem. Vous détournez l’attaque sur la personne sans vous en prendre à l’argument lui-même.

Bien sûr, nous n’agissons pas comme cela sans raison. 

En fait, nous avons besoin d’avoir confiance en une personne pour croire en ses arguments. Nous recherchons donc l’intégrité et nous nous servons de nos capacités à juger quelqu’un pour juger de ce qu’il dit. 

Toutefois, cela peut nous jouer des tours. Pour contrer la manœuvre, nous devrions aussi apprendre à juger ce qu’une personne dit de façon autonome, grâce à l’analyse des preuves et au caractère logique de son raisonnement.

Chapitre 18 — L’erreur du Monde-Juste

« L’erreur : Les gens qui perdent au jeu de la vie doivent avoir fait quelque chose pour le mériter.

La vérité : Les bénéficiaires de la bonne fortune ne font souvent rien pour la gagner, et les mauvaises personnes s’en tirent souvent sans problèmes. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 18)

Lorsque nous entendons parler d’une situation qui, nous l’espérons, ne nous arrivera jamais, nous avons tendance à blâmer la victime.

Pourquoi ? Non pas parce que nous sommes une personne horrible et sans sentiments, mais tout simplement parce que nous voulons croire que nous sommes assez intelligents pour nous éviter le même sort.

Par ailleurs, nous voulons croire que la justice domine le monde. Nous le voyons dans la fiction : il est courant que les méchants perdent et que les gentils gagnent. 

C’est ainsi que nous aimons voir le monde. « Vous voulez que le monde soit juste, alors vous prétendez qu’il l’est », résume David McRaney.

Chapitre 19 — Le jeu des biens publics

« L’erreur : Nous aurions pu créer un système sans réglementation où tout le monde contribuerait au bien de la société, où tout le monde en bénéficierait et où tout le monde serait heureux.

La vérité : Sans une certaine forme de réglementation, les fainéants et les tricheurs saborderont les systèmes économiques parce que les gens ne veulent pas passer pour des pigeons. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 19)

Le jeu des biens publics suggère que la réglementation par la sanction décourage les négligents.

L’auteur insiste sur le fait qu'il n'est pas question de refuser catégoriquement d’aider, ou bien de rejeter toute forme de mise en commun. En fait, il s’agit plutôt de refuser de venir en aide au menteur ou de faire plus de travail que le négligent. 

Chapitre 20 — Le jeu de l’ultimatum

« L’erreur : Vous choisissez d’accepter ou de refuser une offre en fonction de la logique.

La vérité : Lorsqu’il s’agit de conclure un accord, vous basez votre décision sur votre statut. » (Vous n'êtes pas si malin, Ch. 20)

La place que nous occupons dans la société — ou celle que nous pensons avoir — a une importance majeure sur nos jugements. 

Si vous estimez être important, vous voudrez une part plus grande que la moyenne. 

Dans le cas contraire, vous vous contenterez de moins.

David McRaney rapporte une expérimentation qui met en scène ce phénomène. Et il conclut que nous faisons tous attention à notre statut lorsque nous proposons quelque chose à quelqu’un ou qu’une offre nous est faite.

Pour nous, la justice dépend souvent de qui nous sommes (ou percevons être) dans la société.

Chapitre 21 — Validation subjective

« L’erreur : Vous êtes sceptique quant aux liens généraux.

La vérité : Vous êtes enclin à croire que les affirmations et les prédictions sont vraies, surtout si elles sont positives et qu’elles vous concernent personnellement. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 21)

La tendance à croire des déclarations vagues conçues pour plaire à n’importe qui s’appelle l’effet Forer, et les psychologues évoquent ce phénomène pour expliquer pourquoi les gens se laissent séduire par des pseudosciences.

L’effet Forer fait partie d’un phénomène plus large que les psychologues appellent la validation subjective, une façon élégante de dire que nous sommes beaucoup plus vulnérables aux suggestions lorsque le sujet de la conversation nous concerne de près.

Chapitre 22 — Endoctrinement dans une secte

« L’erreur : Vous êtes trop intelligent pour rejoindre une secte.

La vérité : Les sectes sont peuplées de gens comme vous. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 22)

Les recherches sur les sectes suggèrent que l’on n’y adhère généralement pas pour une raison particulière ; on y tombe en quelque sorte comme on tombe dans n’importe quel groupe social.

Lorsque nous sommes “fan” de quelqu’un, nous sommes au premier niveau de l’endoctrinement. Nous ferions volontiers ce que cette personne, que nous admirons, nous demande de faire.

Ceux que nous appelons les leaders charismatiques utilisent également cette même force d’attraction. La différence entre Charles Manson et Mohandas Gandhi est que l’un agit dans le sens de ses intérêts et de ses pulsions cruelles lorsque l’autre agit pour le bien de toute une communauté.

Chapitre 23 — Pensée de groupe

« L’erreur : Les problèmes sont plus faciles à résoudre lorsqu’un groupe de personnes se réunit pour discuter de solutions.

La vérité : Le désir de parvenir à un consensus et d’éviter la confrontation entrave le progrès. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 23)

Le désir de parvenir à un consensus et d’éviter la confrontation entrave le progrès.

En effet, lorsque des groupes se réunissent pour prendre une décision, une illusion d’invulnérabilité peut émerger.  

Dans ce cas, nous commençons à rationaliser les idées des autres sans reconsidérer les nôtres. Nous voulons défendre la cohésion du groupe contre toute atteinte, alors nous supprimons les doutes, nous n’argumentons pas et nous ne proposons pas d’alternatives.

Puisque tout le monde fait la même chose, le leader du groupe suppose à tort que tout le monde est d’accord et que le consensus est atteint, alors que c’est faux.

Pour qu’un groupe prenne de bonnes décisions, il doit permettre la dissidence et convaincre chacun qu’il est libre de dire ce qu’il pense sans risquer d’être puni.

La véritable pensée de groupe dépend de 3 conditions : 

L’appréciation mutuelle ; 

L’isolement ;

Une date limite décidée.

Chapitre 24 — Les vendeurs super normaux 

« L’erreur : Les hommes qui ont des relations sexuelles avec de jeunes lolitas sont fous, et les femmes qui épousent des milliardaires de quatre-vingts ans sont intéressées.

La vérité : Les jeunes lolitas et les milliardaires âgés sont tous deux des libérateurs supernormaux. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 24)

Un stimulant supernormal est une version exagérée d’un stimulus pour lequel il existe une tendance de réponse, ou tout stimulus qui suscite une réponse plus forte que le stimulus pour lequel il a évolué.

L’auteur prend l’exemple de scarabées mâles attirés par des bouteilles de bière ressemblant “en mieux” — c’est-à-dire avec des formes exagérées — aux femelles avec qui ils ont l’habitude de s’accoupler. 

Dans une situation de rareté des ressources, il est normal que nous soyons, en tant qu’animaux ayant besoin de survivre, attirés par quelque chose de plus “gros” et “appétissant” que d’habitude. 

C’est un truc utilisé tous les jours par les chaînes de restauration rapide qui vous promettent des “maxi-menus” à des prix attractifs. C’est aussi ce qui crée l’attraction pour les femmes ou les hommes aux caractéristiques sexuelles exacerbés.  

Chapitre 25 — L’heuristique de l’affect

« L’erreur : Vous calculez ce qui est risqué ou gratifiant et choisissez toujours de maximiser les gains tout en minimisant les pertes.

La vérité : Vous dépendez des émotions lorsque vous devez savoir si une chose est bonne ou mauvaise, vous surestimez considérablement les récompenses et vous avez tendance à vous en tenir à vos premières impressions. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 25)

L’heuristique de l’affect est l’un des moyens par lesquels nous arrivons rapidement à une conclusion à propos d’une nouvelle information. Le plus souvent, cela se passe “à l’instinct”. C’est l’intuition qui parle.

Celle-ci peut être utile, mais gardons à l’esprit que nous pouvons nous tromper et que nous avons tendance à entendre positivement ce qui nous satisfait (et négativement ce qui nous déplaît). 

Chapitre 26 — Le nombre de Dunbar

« L’erreur : Il y a un trombinoscope dans votre esprit avec les noms et les visages de chaque personne que vous connaissez.

La vérité : Vous pouvez maintenir des relations et garder le contact avec seulement 150 personnes à la fois. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 26)

Ce nombre est issu d’une expérience célèbre d’un anthropologue, Robin Dunbar. Celui-ci a remarqué que dans de nombreuses sociétés, le nombre de connexions ou de connaissances d’un individu ne dépassait pas 150. 

Si certaines amitiés viennent à disparaître, d’autres peuvent les remplacer, mais toujours dans cette limite virtuelle des 150 personnes. 

Il existe des explications cognitives et évolutionnistes à ce nombre : le cerveau ne peut traiter plus d’information et interagir avec un plus grand nombre de contacts deviendrait contreproductif pour l’individu. 

D’où la conclusion de David McRaney : si vous utilisez votre nombre d’amis sur Facebook comme un indicateur de votre statut social, vous vous trompez.

Au final, vous pouvez avoir 1 000 amis sur les réseaux sociaux et n’être en contact réel ou intense qu’avec 150 d’entre eux maximum, comme tout le monde !

Chapitre 27 — La vente

« L’erreur : À la fois le consumérisme et le capitalisme sont soutenus par les entreprises et la publicité.

La vérité : À la fois le consumérisme et le capitalisme sont dirigés par la compétition entre les consommateurs pour le statut. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 27)

Le système capitaliste reprend toute rébellion à son compte et en fait un produit à vendre. La contreculture y devient rapidement une niche à exploiter, voire le nouveau conformisme à la mode. 

Ce phénomène met en évidence le fait suivant : ce sont les consommateurs et les vendeurs qui créent éternellement les nouvelles modes et les nouveaux produits à acheter. C’est par la compétition constante des uns avec les autres que se construisent le consumérisme et le capitalisme.

David McRaney résume de la façon suivante les façons d’être en compétition, en fonction de la classe sociale :

Les pauvres sont en concurrence avec les ressources. 

La classe moyenne est en concurrence avec la sélection. 

Les riches sont en concurrence avec leurs possessions.

Chapitre 28 — Le biais de l’autoservice

« L’erreur : Vous vous évaluez vous-même sur la base de vos réussites et de vos échecs passés.

La vérité : Vous excusez vos échecs et vous vous voyez vous-même comme ayant plus de succès, étant plus intelligent et plus compétent que vous êtes vraiment. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 28)

Quand tout va bien pour nous, nous attribuons tout à nos incroyables compétences, mais une fois que le vent tourne, nous cherchons des facteurs externes ayant empêché à notre génie de briller.

Par ailleurs, nous ne croyons pas être une personne moyenne, alors que nous croyons que tout le monde l’est. Cette tendance, qui découle d’un préjugé égocentrique, s’appelle l’effet de supériorité illusoire.

Chapitre 29 — L’effet du projecteur

« L’erreur : Quand vous êtes entourés d’autres personnes, vous vous sentez comme si chacun notait chaque aspect de votre apparence et de votre comportement.

La vérité : Les gens attachent peu d’importance à vous à moins qu’ils soient incités à le faire. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 29)

La recherche montre que les autres, lorsqu’ils sont en groupe, ne prêtent pas tant attention à vous qu’à eux-mêmes. Si nous n’attirons pas l’attention sur nous, nos petits écarts (positifs comme négatifs) passent en général inaperçus. 

Cela change, en revanche, si nous commençons à nous exhiber volontairement, pour le meilleur comme pour le pire. Ainsi, si vous êtes particulièrement éloquent ou, au contraire, que vous vous excusez trop lourdement d’avoir commis une erreur, vous serez remarqué à coup sûr !

Chapitre 30 — L’effet de la troisième personne

« L’erreur : Vous croyez que vos opinions et vos décisions sont basées sur l’expérience et les faits, alors que ceux qui ne sont pas d’accord avec vous succombent aux mensonges et à la propagande de sources auxquelles vous, vous ne vous fiez pas.

La vérité : Chaque personne croit que les gens qui ne sont pas d’accord avec elle sont crédules, et chaque personne pense qu’elle est moins susceptible de persuasion qu’elle ne l’est vraiment. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 30)

Il y a des personnes qui considèrent une information comme dangereuse non pas parce qu’elle les affecte en propre, mais parce qu’elles pensent qu’elle pourrait affecter les pensées et les opinions d’un tiers imaginaire.

Cet « effet de la troisième personne » est une version du biais d’égocentrisme ou d’auto service. Nous nous considérons comme plus performants, plus intelligents et plus compétents que nous ne le sommes. 

En revanche, nous avons peur pour autrui, car nous le pensons plus vulnérable que nous.

Chapitre 31 — La catharsis

« L’erreur : Évacuer votre colère est un moyen efficace de réduire le stress et d’éviter de s’en prendre à vos amis et à votre famille.

La vérité : L’expression libre de la colère augmente le comportement agressif au fil du temps. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 31)

Pour le dire en un mot : le défoulement augmente le comportement agressif au fil du temps.

Nous pensons souvent que la catharsis (défoulement salutaire en cas de crise) est une bonne chose. Pourtant, si nous agissons régulièrement ainsi, nous serons plus susceptibles de la rechercher systématiquement lorsque nous serons en colère. 

En conséquence, nous serons aussi plus susceptibles de continuer à faire des choses agressives pour pouvoir continuer à nous défouler. Bref, c’est un cercle vicieux.

Chapitre 32 — L’effet de la mauvaise information

« L’erreur : Les souvenirs sont joués comme des enregistrements dans notre esprit.

La vérité : Les souvenirs sont construits à nouveau à chaque fois en fonction des informations qui sont disponibles, ce qui les rend très perméables aux influences venues du présent. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 32)

La mémoire est une faculté imparfaite. Notre mémoire est perméable, malléable et en changement permanent. 

Nous filtrons tous les informations que nous y conservons et nous nous laissons tous « infecter » par des informations venues de notre entourage ou de notre environnement. 

Ces caractéristiques de la mémoire impliquent que nous ne conservons pas les souvenirs à la manière d’un appareil photo. En réalité, nous nous construisons des histoires qui évoluent au fil du temps. 

Se raconter des histoires est d’ailleurs un excellent moyen d’apprendre ! Pour en savoir plus, retrouvez la chronique de Mémoire, vous avez le pouvoir !

Chapitre 33 — La conformité

« L’erreur : Vous êtes un individu fort et vous ne vous conformez que sous la contrainte.

La vérité : une figure d’autorité ou la pression sociale peuvent facilement vous faire obéir, parce que la conformité est un instinct de survie. » (Vous n'êtes pas si malin, Ch. 33)

Le conformisme est notre « position par défaut » à tous. C’est de là que nous partons : nos expériences antérieures, notre statut social, notre savoir accumulé nous conduisent à nous comporter d’une certaine manière.

Mais nous avons le pouvoir de « casser les règles » et d’enfreindre les normes de temps à autre. 

Dans des situations quotidiennes, nous pouvons nous opposer à l’autorité ou à l’habitude. Qu’il s’agisse de répondre à une question ou d’agir avec courage face à une injustice.

Chapitre 34 — L’extinction

« L’erreur : Si vous arrêtez de contracter une mauvaise habitude, celle-ci diminuera peu à peu jusqu’à disparaître de votre vie.

La vérité : À chaque fois que vous quittez quelque chose de façon abrupte, votre cerveau fera des efforts récurrents pour retourner à votre ancienne habitude. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 34)

Le cerveau n’a pas évolué dans un environnement où la nourriture était abondante. 

Dès que nous trouvons une source de nourriture riche en calories, en graisses et en sodium, nous avons naturellement tendance à en manger beaucoup et à y revenir encore et encore. 

Si nous supprimions une telle récompense, notre cerveau piquerait une crise !

Chapitre 35 — La flemmardise sociale

« L’erreur : Lorsque vous êtes joints par des autres dans une tâche, vous travaillez plus dur et devenez plus accompli.

La vérité : Une fois que vous faites partie d’un groupe, vous avez tendance à faire moins d’efforts parce que vous savez que votre travail sera réuni avec celui des autres. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 35)

Cette tendance est également appelée l’effet Ringelmann, du nom d’un ingénieur français qui le découvrit en 1913. Sa découverte fut reproduite expérimentalement grâce aux travaux d’Alan Ingham en 1974.

Aujourd’hui, de nombreuses organisations connaissent ce phénomène et nous demandent de travailler aussi dur que si nous travaillions seuls. 

Chapitre 36 — L’illusion de transparence

« L’erreur : Lorsque vos émotions sont fortes, les gens peuvent vous regarder et dire ce que vous êtes en train de penser ou de sentir.

La vérité : Votre expérience subjective n’est pas observable, et vous surestimez la manière dont vous exprimez vos pensées intimes et vos émotions. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 36)

Nous avons l’impression de savoir ce que nous ressentons et pensons. Or, nous avons aussi tendance à croire que ces pensées et ces émotions s’échappent de nous et sont visibles, qu’elles sont clairement perceptibles à l’extérieur de nous.

Mais c’est faux. Le plus souvent, nos expériences intimes sont indéchiffrables pour d’autres personnes. 

À l’inverse, lorsque nos émotions prennent le dessus et que notre état mental devient le centre de notre attention, notre propre capacité à évaluer ce que les autres ressentent et pensent est réduite à néant.

Autrement dit, pour analyser le langage du corps et deviner ce que pense ou ressent quelqu’un, il est nécessaire d’être attentif à cette personne et se concentrer. 

Chapitre 37 — L’impuissance apprise

« L’erreur : Si vous êtes dans une mauvaise situation, vous ferez tout pour vous en échapper.

La vérité : Si vous vous sentez comme si vous n’avez pas le contrôle de votre destinée, vous abandonnerez et vous accepterez la situation, quelle qu’elle soit. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 37)

Si, au cours de notre vie, nous avons connu des défaites écrasantes, des mauvais traitements ou une perte de contrôle, nous nous convainquons avec le temps qu’il n’y a pas d’issue.

Même si une issue nous est offerte, nous n’agirons pas. Pourquoi ? Car nous deviendrons des nihilistes et nous préférerons nous conformer à ce que nous croyons avoir compris du monde, plutôt que de changer d’opinion.

Avez-vous déjà vu l’image de cet éléphant, attaché à un maigre poteau et qui reste là sans bouger, alors qu’il pourrait se détacher d’un simple coup de patte ?

Chapitre 38 — Cognition incarnée

« L’erreur : Vos opinions des gens et des événements sont basés sur une évaluation objective.

La vérité : Vous traduisez votre monde physique en mots, et vous croyez à ces mots. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 38)

Nous sommes loin d’être des cerveaux déconnectés, froids et uniquement rationnels. Nous sommes d’abord constitués de sensations, qui s’établissent par l’entremise de nos corps. 

En fait, nos sens nous « disent » des choses que nous nous empressons souvent de tenir pour vraies. Et cela avant même que notre cerveau ait commencé à réfléchir ! 

Autrement dit, vos émotions — qui peuvent être provoquées par des textures ou des odeurs, par exemple — vont vous faire « dire » des choses qui, après coup, vous feront penser d’une manière ou d’une autre.

Deux exemples : 

Une sensation de froid sur votre poitrine (due à un stéthoscope) vous mettra peut-être de mauvais poil et vous serez plus enclin à être désagréable ou à penser du mal de votre docteur ;

En revanche, si votre coiffeur vous offre une tasse de café bien chaude, cette agréable sensation déclenchera sans doute des mots doux, ou en tout cas des pensées sympathiques et une appréhension positives de cette personne.

Chapitre 39 — L’effet d’ancrage

« L’erreur : vous analysez rationnellement tous les facteurs avant de prendre une décision ou de déterminer la valeur de quelque chose.

La vérité : Vos premières impressions s’attardent dans votre esprit et affectent les perceptions plus tardives et vos décisions. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 39)

Vous connaissez l’adage qui veut que la première impression soit décisive. Et, de fait : notre première perception reste ancrée dans notre esprit. Elle influencera nos perceptions et nos décisions ultérieures.

Nous dépendons de l’ancrage tous les jours :

Pour prédire l’issue des événements ;

Estimer le temps que prendra une chose ;

L’argent qu’elle vous coûtera ;

Etc.

Lorsque nous devons choisir entre plusieurs options ou estimer la valeur d’une chose ou d’une personne, nous avons besoin d’un point d’appui. La première impression (ou la première expérience d’une chose ou d’une personne) nous sert de guide pour les fois suivantes.

Chapitre 40 — L’attention

« L’erreur : Vous voyez tout ce qui se passe devant vos yeux, incorporant toute l’information comme le ferait une caméra.

La vérité : Vous n’êtes conscient que d’un petit nombre de données prises en compte par vos yeux, et même une plus petite partie seulement est traitée par votre esprit conscient, puis mémorisée. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 40)

Les psychologues parlent de « cécité d’inattention » pour désigner le fait de ne pas voir l’information au premier coup d’œil.

Notre attention est comme un projecteur, et seules les parties éclairées du monde apparaissent dans notre perception.

Notre perception est construite à partir de ce à quoi nous prêtons attention.

Le problème avec la cécité d’inattention, ce n’est pas qu’elle se produise souvent, mais plutôt que nous pensons qu’elle ne se produit pas.

Le jumeau de la cécité d’inattention est la cécité au changement. 

Le cerveau ne peut pas suivre la quantité totale d’informations provenant de nos yeux, et notre expérience d’un moment à l’autre est donc modifiée pour plus de simplicité.

Plus notre attention est sollicitée dans un sens et moins nous nous attendons à ce que quelque chose sorte de l’ordinaire. 

De ce fait, lorsqu’un événement surprenant survient, nous sommes aussi moins enclins à le voir, et cela même lorsque des vies sont en jeu !

Chapitre 41 — L’autohandicap

« L’erreur : Dans tout ce que vous faites, vous cherchez le succès.

La vérité : Vous créez souvent les conditions de l’échec à l’avance pour protéger votre ego. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 41)

L’autohandicap est une négociation de la réalité, une manipulation inconsciente de nos perceptions et de celles des autres. Nous l’utilisons pour protéger notre ego.

Les comportements d’autohandicap sont des investissements dans une réalité future dans laquelle nous pouvons attribuer notre échec à autre chose qu’à nos capacités.

À noter : selon les études rapportées par l’auteur, les hommes auraient davantage recours à l’autohandicap que les femmes pour apaiser leur peur de l’échec.

Chapitre 42 — La prophétie autoréalisatrice

« L’erreur : Les prédictions sont sujettes à des forces qui sont en dehors de votre contrôle.

La vérité : Le simple fait de croire qu’un événement futur arrivera peut le causer si l’événement dépend du comportement humain. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 42)

Le simple fait de croire qu’un événement futur se produira peut entraîner sa réalisation, à condition que l’événement en question dépende du comportement humain.

Si nous voulons améliorer notre vie dans un sens ou dans un autre, nous devons agir comme si la chose que nous attendions de l’autre personne était déjà sur votre chemin. C’est ce qu’enseigne également la programmation neurolinguistique.

Une vision négative conduira à des prédictions négatives, et nous commencerons à manipuler inconsciemment notre environnement pour réaliser ces prédictions.

Chapitre 43 — Le Moment

« L’erreur : Vous êtes une personne unique, et votre bonheur dépend de votre capacité à être content de votre propre vie.

La vérité : Vous avez de multiples vous-mêmes, et le bonheur est plutôt basé sur votre capacité à satisfaire toutes ces différentes parties. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 43)

Nous souhaitons tous atteindre des objectifs pour être heureux. Pourtant, une fois que nous avons effectivement réalisé l’un d’entre eux, l’expérience se termine. Et il faut recommencer (comme avec les achats impulsifs).

Une solution à ce problème consiste d’abord à remarquer que nous avons des désirs contradictoires. À partir de ce constat, nous sommes en mesure de créer des objectifs qui ne se nuisent pas les uns par rapport aux autres et qui apportent des satisfactions plus durables.

Vous souhaitez économiser pour vous acheter une belle maison ? Très bien, mais que diriez-vous de ne pas sacrifier votre vie présente pour y parvenir ? Trouvez le moyen de satisfaire à la fois votre besoin de sens au travail et votre besoin d’argent.

Chapitre 44 — Le biais de cohérence

« L’erreur : Vous savez comment vos opinions ont changé au cours du temps.

La vérité : À moins que vous n’ayez consciencieusement gardé la trace de vos progrès, vous affirmez que la façon dont vous sentez (ou pensiez) aujourd’hui est identique à la façon dont vous sentiez (ou pensiez) hier. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 44)

Le biais de cohérence a pour cause la volonté de réduire l’inconfort de la dissonance cognitive. 

Pour rappel, la dissonance cognitive survient lorsque nous constatons que nous sommes en désaccord avec nous-mêmes sur une question. Cela provoque un malaise que nous cherchons à résoudre.

C’est une chose qui arrive régulièrement au cours d’une vie : nous changeons d’idée, au point que nous affirmons aujourd’hui ce que nous niions hier. 

Pour échapper à ce malaise de l’incohérence personnelle, nous préférons réécrire notre biographie en prétendant que nous avons toujours pensé telle ou telle chose. 

Ou de façon atténuée : nous avons tendance à croire que si nous avions su ce que nous savons aujourd’hui (en vieillissant), les choses auraient été différentes. 

En fait, ce n’est pas le cas. Nous étions une autre personne et nous avons agi de la seule façon qu’il nous était donné d’agir, et même si nous avions eu une autre information en notre possession, il est fort probable que nous ayons agi identiquement.

Chapitre 45 — L’heuristique de la représentativité 

« L’erreur : Connaître l’histoire d’une personne permet de déterminer plus facilement quel genre de personne elle est.

La vérité : Vous tirez des conclusions hâtives en "rangeant" la personne dans un type de personnalité préconçu. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 45)

Nous tirons des conclusions hâtives en nous basant sur la représentativité d’une personne par rapport à un type de caractère préconçu.

Lorsqu’il s’agit d’inconnus, notre premier réflexe est de les faire entrer dans des archétypes afin de déterminer rapidement leur valeur ou leur menace.

L’heuristique de la représentativité contribue à alimenter plusieurs autres erreurs cognitives, comme le sophisme de la conjonction.

Le sophisme de la conjonction dit ceci : plus nous entendons parler de choses qui correspondent à nos modèles mentaux, plus elles nous paraissent probables.

Les heuristiques de représentativité sont utiles, mais aussi dangereuses. Elles peuvent nous aider à éviter le danger et à chercher de l’aide, mais elles peuvent aussi conduire à des généralisations et à des préjugés.

Chapitre 46 — Les attentes

« L’erreur : Le vin est un élixir complexe, plein de saveurs subtiles qu’un expert seul peut vraiment distinguer, et les dégustateurs éclairés sont imperméables à la tromperie.

La vérité : Les œnologues et les consommateurs avertis peuvent être trompés en altérant leurs attentes. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 46)

C’est une chose bien connue : le packaging, mais aussi les avis que vous lisez au sujet d’un produit, d’un service ou d’une œuvre (cinématographique, par exemple), vous influence.

Tout ce qui tourne autour des objets modifie vos attentes à leur égard. 

Mais plus que tout : votre expérience sera déterminée en grande partie par ces attentes que vous avez formées. Exemple : ce film vous paraîtra moyen, car vous aviez lu des critiques négatives, etc. 

Chapitre 47 — L’illusion de contrôle

« L’erreur : Vous savez évaluer votre contrôle sur votre environnement.

La vérité : Vous croyez souvent avoir du contrôle sur des résultats qui sont en réalité ou aléatoires ou trop complexes pour être prévisibles. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 47)

C’est l’erreur du joueur, qui pense pouvoir déterminer en pensée le mouvement de la bille à la roulette. Vous croyez que cela ne vous arrive pas ? Détrompez-vous.

Nous avons tous l’impression, à certains moments de nos existences, de contrôler notre destinée. Nous pensons être aux manettes. Mais avons-nous bien conscience de toutes les choses qui pourraient nous arriver ?

Cela ne doit pas nous empêcher d’agir, bien sûr. Simplement, prévoyez une place… Pour l’imprévu. Cherchez à contrôler les petites choses, mais accueillez le hasard dans la globalité de votre existence.

Chapitre 48 — L’attribution fondamentale de l’erreur

« L’erreur : Le comportement des autres personnes est le reflet de leur personnalité.

La vérité : Le comportement des autres est plutôt le résultat des situations que de leurs dispositions. » (Vous n’êtes pas si malin, Ch. 48)

Lorsque nous ne savons pas grand-chose d’une personne, lorsque nous n’avons pas eu l’occasion de la connaître, nous avons tendance à en faire un personnage, une invention. 

Nous attribuons alors leurs comportements au personnage que nous avons créé, tout en nous formant une idée plus précise de sa personnalité (car nous pensons que son comportement est le reflet de sa personnalité).

Pourtant, nous commettons une erreur d’attribution fondamentale en croyant que les actions d’une personne découlent seulement de sa personnalité et n’ont rien à voir avec le contexte.

Cela se passe même avec les gens que nous côtoyons tous les jours et pensons bien connaître. 

Lorsque nous interprétons la froideur de notre conjoint comme une indifférence de sa part à nos désirs et à nos besoins, nous commettons peut-être une faute d’attribution de l’erreur. 

Pourquoi ? Car la réponse est peut-être tout autre : un stress lié au travail ou d’autres problèmes dont nous ne savons rien l’empêchent peut-être d’être pleinement attentif à nos besoins.

Conclusion sur "Vous n'êtes pas si malin" de David McRaney :

Ce qu'il faut retenir de "Vous n'êtes pas si malin" de David McRaney :

Eh oui, le cerveau est une machine complexe ; notre raison, loin d’être accessible, fonctionne à la manière d’une boîte noire. Nous pensons être raisonnables ou rationnels, mais nous sommes dirigés par des mécanismes et des habitudes inconscientes.

Et cela, peu importe que nous nous considérions comme peu ou très intelligents ! En fait, notre cerveau est préprogrammé pour se mentir à lui-même de façon assez régulière. 

La plupart du temps, il s’agit d’un mécanisme de survie, mais cela est parfois dû au fait que le cerveau n’est pas parfait.

Les travaux de psychologie et des sciences cognitives montrent que nous n’avons souvent aucune idée de la raison pour laquelle nous agissons comme nous le faisons, choisissons les choses que choisissons, ou pensons ce que nous pensons. 

Par contre, nous sommes devenus des as de la construction de récits, de petites histoires pour justifier nos actions ou nos décisions. Ces fictions s’appuient sur des biais cognitifs, des sophismes logiques ou encore des heuristiques. Il est bon de les connaître afin de ne pas tomber dans nos propres panneaux — ou dans la manipulation d'autrui.

Points forts :

Une introduction fort utile aux biais cognitifs ;

De nombreux exemples d'études scientifiques ;

Une écriture pédagogique et plutôt drôle ;

Des chapitres courts.

Points faibles : 

Quelques répétitions ;

Le livre n'est actuellement pas disponible en français !

Ma note :

★★★★★

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Se libérer de l’emprise émotionnelle http://www.olivier-roland.fr/items/view/12685/Se-librer-de-lemprise-motionnelle

Résumé de « Se libérer de l’emprise émotionnelle » de Sylvie Tenenbaum : un livre qui vous aidera à reprendre votre vie en main en vous aidant à repérer le phénomène d’emprise émotionnelle et à briser le cercle vicieux dans lequel il peut vous enfermer.

Par Sylvie Tenenbaum, 2023, 269 pages.

Chronique et résumé de « Se libérer de l’emprise émotionnelle » de Sylvie Tenenbaum

Introduction. L’emprise est banale

« L’emprise est banale. Sa force vient de cette banalité, de ce qui quotidiennement émousse notre regard, notre écoute, nos sensations vis-à-vis de tous les systèmes abusifs que nous pouvons regrouper sous le terme d’emprise. » (Saverio Tomasella et Barbara Ann Hubert, L’Emprise affective, cité dans Se libérer de l’emprise émotionnelle, Introduction)

L’emprise peut prendre plusieurs noms autour de nous :

Maltraitance ;

Violence physique ;

Violence psychologique ;

Domination ;

Sexisme ;

Etc.

Nous la retrouvons — comme nous allons le voir au chapitre 1 — dans toutes les sphères de la vie, depuis la famille jusqu’au milieu médical. Toutes les institutions sont concernées. 

Il en existe des formes plus ou moins complexes, qui vont des luttes de pouvoir explicites (relativement simples) aux supplices mentaux les plus subtils (et complexes).

Selon Sylvie Tenenbaum, nous pouvons même être notre propre bourreau. Nous avons, parfois, un « prédateur intérieur » qui nous maltraite et fait de notre monde comme le disait Oscar Wilde (cité par l’auteure), « un enfer ».

Sous ce phénomène, il y a une volonté de contrôle et de soumission. Pour les victimes, cette pression se traduit par une résignation et, dans les cas les plus graves, à la dépression ou aux tentatives de suicide.

Par la description des prédateurs et de leurs « types », nous pouvons aider à une prise de conscience. C’est ce que nous verrons au chapitre 2. Nous verrons que l’emprise s’immisce de façon inconsciente dans la relation, à partir de modes de communications dégradés et malsains.

Le chapitre 3, lui, se penchera sur la description des victimes et sur le traumatisme qu’elles subissent. Nous chercherons à comprendre les mécanismes qui les maintiennent dans le giron de ceux ou celles qui leur nuisent. 

Nous verrons enfin qu’il est possible — heureusement — de percevoir les signes de l’emprise et de s’en dégager (chapitre 4). Cet acte de libération ne se fait pas sans mal ni sans effort, mais il en vaut la peine.

« Il est possible de se retrouver soi-même dès lors que l’on dirige ses doutes et ses accusations sur le prédateur et non plus sur soi », dit l’auteure. Mais surtout :

« Notre vie nous appartient, ne donnons à personne un droit de regard sur nos pensées, la possibilité de nous dominer et de nous contrôler par la force, de nous voler notre existence. » (Se libérer de l’emprise émotionnelle, Introduction)

Chapitre 1. L’emprise dans tous ses états

L’emprise touche toutes les relations humaines. Elle consiste en une « effraction psychique » qui s’étend dans la durée et conduit à un rapport de domination toxique qui peut conduire à la destruction psychique du dominé. 

Au quotidien, l’emprise est faite de manipulations plus ou moins cachées, plus ou moins douces, et d’une série de stratégies visant à obtenir ou à renforcer l’influence perverse de l’un sur l’autre.

Ses effets peuvent être dévastateurs : perte d’estime de soi, de confiance en soi, érosion des fondements de l’identité. Depuis 2010, il existe un délit de violence psychologique dans la loi française. Les peines peuvent aller jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende.

L’emprise en famille

Au sein de cette partie, nous pouvons dissocier différents types d’emprise en fonction de la relation qu’elle dégrade :

Parents — enfant ;

Couple ;

Autre relation (fraternelle, par exemple).

— L’emprise parentale 

L’emprise parentale est sans doute l’une des plus nocives qui soit, car elle s’enracine dès l’enfance et génère une profonde empreinte sur la personnalité.

Sylvie Tenenbaum fournit plusieurs exemples d’adultes en ayant souffert :

Marie, 45 ans, toujours ébranlée par les critiques de son père ;

Paul, 62 ans, incapable de se remettre des humiliations maternelles ;

Delphine, 33 ans, qui a été victime du syndrome de Münchhausen par procuration (SMPP) de sa mère (conduisant celle-ci à faire faire une foule d’examens médicaux sans raison à sa fille… au point de la rendre véritablement malade) ;

Frédéric, 44 ans, dont les deux parents étaient abusifs ;

Vincent, 40 ans, père de famille qui n’arrive pas à se dépêtrer de l’emprise de sa compagne et voit avec effroi sa fille subir le même sort (cas d’aliénation parentale) ;

Solène, 14 ans, qui s’est donné la mort à cause d’un cyberharcèlement qui impliquait sa famille.

L’enfant victime d’un prédateur (ou d’une prédatrice) ne peut se développer normalement. 

Il doit se suradapter constamment aux désidératas du parent dysfonctionnel, voire le prendre en charge en endossant le rôle d’un adulte. 

En revanche, il ne peut pas avoir d’exigence propre. La satisfaction de ses propres besoins est secondaire, voire refusée. En conséquence, il en vient souvent à les refouler plus ou moins complètement. 

Les violences, physiques et/ou mentales, accompagnent le mécanisme et le renforcent. L’une des formes les plus graves étant la maltraitance sexuelle et d’inceste. 

— L’emprise dans le couple

Ici encore, les témoignages ont la priorité :

Fabrice, 31 ans, se fait malmener par Laura, qui devient de plus en agressive ;

Brigitte, 46 ans, mariée avec deux enfants, a un mari qui la rejette ainsi que leurs enfants ;

Julien, 38 ans, est retenu financièrement par sa compagne, qui l’empêche de partir.

La personne persécutrice va jouer sur l’amour de l’autre pour le manipuler et parvenir à ses fins. En prodiguant tantôt caresse, tantôt écoute, elle croit pouvoir se donner le droit de devenir autoritaire et despotique. 

Et surtout, elle pense (souvent avec raison, malheureusement) que ces gestes ou cette empathie suffiront à faire oublier ses comportements toxiques.

— L’emprise entre membres d’une famille

D’autres cas sont possibles, bien sûr. Toutes les relations intrafamiliales sont potentiellement concernées. Voici encore quelques témoignages :

Asmita, 30 ans, abusée sexuellement par son oncle, puis par un autre membre de sa famille ;

Yasmina, 27 ans, humiliée de façon constante par son grand-père ;

Maud, 58 ans, malmenée par sa grande sœur et incapable d’obtenir l’amour de sa mère ;

Laurent, 31 ans, sous le joug de sa sœur ainée avec qui il vit depuis le décès de leurs parents.

N’oublions pas non plus les personnes âgées. Fragilisées, elles peuvent facilement devenir l’objet de mauvais traitements.

L’emprise en amitié

L’amitié est une relation d’égalité et d’affection entre deux personnes. Mais il arrive qu’elle se détraque et mène à l’emprise. Cela peut commencer par de la rivalité, voire de la compétition, et prendre un mauvais pli.

C’est ce dont rend compte Estelle, 42 ans, qui n’a pas réussi à se défaire de son lien avec Séverine, son amie d’enfance, alors que celle-ci ne cesse de la critiquer et de la diminuer.

L’emprise dans l’entreprise

L’emprise en entreprise prend souvent place entre un supérieur hiérarchique et un employé de rang inférieur. Mais pas seulement. Le harcèlement moral (mobbing) n’en est qu’une phase ; il peut mener à une réelle malveillance et même au renvoi de la personne sous emprise.

Voici quelques exemples :

Virginie, 34 ans, sous antidépresseurs et sous l’emprise de sa cheffe ;

Arnaud, 37 ans, subit le harcèlement répété d’une collègue, qui le prend pour son « homme à tout faire ».

L’emprise religieuse et politique

Les fanatismes de tout poil lient religion et politique. Leurs adeptes sont des persécuteurs en ce qu’ils cherchent à dominer autrui, c’est-à-dire à lui faire « rendre raison » à tout prix.

Sylvie Tenenbaum relate l’histoire des enfants de Tiam, une ville d’Irlande. Entre 1925 et 1961, des enfants nés hors mariage ont été maltraités par toute une communauté. Le scandale n’a éclaté qu’en 2014.

L’emprise sectaire

C’est l’un des phénomènes d’emprise les plus connus et étudiés. 

Selon la définition de l’Association de défense des familles et de l’individu (ADFI) reprise par l’auteure, une secte est « un groupe dans lequel on pratique une manipulation mentale qui entraîne : endoctrinement, contrôle de la pensée, viol psychique ».

L’entrée dans une secte se fait en plusieurs étapes (approche, séduction et persuasion). La technique d’amorçage donne une impression de liberté qui facilite l’adhésion. 

Ce n’est qu’ensuite, peu à peu, que les menaces plus ou moins voilées et la coercition entrent en jeu. 

L’emprise en psychothérapie

Nous pensons tout d’abord à « l’œuvre » de charlatans, plus avides que soucieux du bien d’autrui. Ceux qui cherchent à nous vendre « la » solution miracle à vos problèmes. 

Mais ce ne sont pas seulement eux. Des personnes convaincues de leur bien-fondé et manipulatrices peuvent nous prendre dans des raisonnements dangereux. 

À la suite de Guy Rouquet, créateur de Psychologie Vigilance, nous pouvons les appeler des « dérapeutes », autoproclamés psychothérapeutes, qui se prennent pour ce qu’ils ne sont pas.

Narcissiques, ils sont parfois convaincus qu’ils peuvent vous aider. Pourtant, ils sont incapables d’empathie réelle. Ce qu’ils aiment faire, c’est se prendre pour Dieu en vous promettant la guérison qu’ils sont incapables de vous donner.

Vous les trouverez généralement dans diverses disciplines farfelues, qui s’éloignent de toute rigueur scientifique. Eh oui, il est plus facile pour eux de se prétendre ceci ou cela que de faire l’effort réel de se former à des pratiques reconnues.

L’emprise médicale

Cela dit, de vrais médecins peuvent aussi nuire. Le risque zéro n’existe pas. La frontière entre charlatanisme et exercice sécurisé de la médecine n’est pas toujours bien tracée. Elle n’est pas non plus claire dans l’esprit de tout le monde.

« Qu’il s’agisse de psychothérapies ou de pratiques médicales douteuses, il est important d’insister sur les trop nombreuses impostures intellectuelles », rappelle Sylvie Tenenbaum. 

L’emprise du prédateur intérieur

Nous pouvons être nos pires ennemis. Cette voix intérieure qui nous oblige à agir de telle ou telle façon nous domine. Elle nous rabaisse aussi en nous convainquant que nous ne sommes pas à la hauteur. 

Si ces critiques ou ces ordres venaient d’un autre, nous ne les accepterions sans doute pas. Alors pourquoi nous laisserions-nous faire, lorsqu’il s’agit de nous-mêmes ? 

Cela n’arrive pas à tout le monde. Notre dialogue interne peut être plus apaisé. Toutefois, nous pouvons parler d’emprise du prédateur intérieur lorsque cette voix intérieure nous empêche manifestement d’aller là où nous le souhaitons et de mener à bien nos projets.

L’auteure rapporte le témoignage de Marie-Claude, 60 ans, qui a découvert au cours de sa psychothérapie qu’elle se faisait beaucoup de mal à elle-même. Son juge intérieur l’a « contrainte au culte du sacrifice pour les autres », dit-elle notamment.

Chapitre 2. Les prédateurs…

Il n’existe pas une seule forme de personnalité qui mène à l’emprise. Cette notion est large et s’applique à différents types de « prédateurs ». Nous allons donc faire un tour d’horizon de différentes personnalités problématiques, afin d’aider tout un chacun à mieux se repérer.

Portraits de prédateurs

Les portraits qui suivent avancent par ordre de gravité. Tous les « empreneurs » ou « empreneuses », comme les appelle Sylvie Tenenbaum, sont des manipulateurs. Par contre, ils ne sont pas tous des bourreaux. Seuls les pires le sont.

— Le manipulateur

Nous pouvons tous avoir des moments de manipulation, surtout quand nous sommes mal dans notre peau. Nous avons besoin d’affection et avons alors parfois tendance à manipuler, plus ou moins consciemment, notre entourage.

Mais rappelez-vous : le manipulateur « consommé » est celui qui vous nuit pour en tirer un profit déterminé. Et il sait très bien ce qu’il fait. Son besoin de l’autre est vital pour obtenir ce qu’il veut. Cependant, il avancera masqué.

Comme le remarque également Isabelle Nazare-Aga, l’autrice de Les manipulateurs sont parmi nous, les manipulateurs sont immatures affectivement, et compensent souvent un complexe d’infériorité par une volonté de domination. Ils sont dépendants d’autrui et se sentent vides sans la présence de l’autre.

Le manipulateur est très souvent égoïste ou égocentrique, même s’il sait faire mine d’écouter pour récolter des informations sur vous qui lui seront utiles ensuite. Il sait également se faire valoir et remarquer en société (manipulateur histrionique).

— Le manipulateur narcissique et le pervers

Le narcissique est un égocentrique qui a besoin d’être constamment valorisé, flatté, mis en avant. Il aime — et veut — que les autres l’admirent. 

Le pervers (à distinguer des perversions sexuelles) apprécie faire du tort à autrui, en le soumettant à « ses » propres lois, qui s’identifient à ses propres désirs. Il jouit de cet effet de tyrannie exercé sur autrui. Au fond, il n’aime personne : ni les autres ni lui-même.

— Le prédateur pervers narcissique

Il regroupe les traits du manipulateur narcissique et du pervers. Son but : se grandir. Ses moyens : vous humilier et, parfois, vous anéantir. Sylvie Tenenbaum vous propose une liste d’indicateurs pour vous protéger p. 98-99. 

Voici quelques traits trouvés dans la liste :

Le PN (pervers narcissique) vous vide de votre énergie ;

Il n’est jamais content ;

Le PN vous isole ;

Il joue le rôle de la victime ;

Il dit une chose et son contraire pour vous confondre ;

Etc.

Nous pouvons ici parler de bourreau dans la mesure où il « jouit (très consciemment) des tortures qu’il inflige ». 

— Le prédateur paranoïaque 

La personnalité paranoïaque va faire des inférences erronées, des déductions fausses. Elle doute, se sent trahie ; en fait, elle a peur et, pour se défendre, prend la fuite ou attaque. Elle est constamment en mode défensif.

Ce type de personnalité est sujet à la rancœur tenace et à la jalousie. Il fait payer aux autres ce qu’il pense être des injustices subies (peu importe que celles-ci soient ou non imaginaires).

L’auteure donne l’exemple d’un couple : Pierre et Solange. Cette dernière a vécu un enfer sous sa coupe (p. 107-108).

— Le prédateur psychopathe

Les psychopathes sont des malades mentaux qui peuvent aller très loin dans l’horreur. Sylvie Tenenbaum donne l’exemple de Hannibal Lecter dans Le Silence des agneaux. 

Ces personnes peuvent être très charismatiques. Mais au fond, elles sont profondément antisociales et dangereuses.

Les comportements du prédateur

Quels sont les procédés utilisés par ces « empreneurs » pour acquérir de l’emprise sur vous ? L’auteure analyse deux moyens : la séduction et la disqualification.

— La séduction

Le charme ne leur manque pas. Ils savent également s’exprimer avec aisance et montrer de l’assurance en eux-mêmes. Lorsque cela l’intéresse, il peut vous écouter aussi, nous l’avons déjà signalé. 

Il sait jouer la perfection, l’intensité, la complicité et l’insouciance. Il peut même se montrer généreux. Mais en fait, il ment et imite ; il joue plus qu’il n’est sincère. Et surtout, ces comportements ne sont pour lui qu’une manière de vous entraîner vers lui pour vous faire agir à ses fins.

Découvrez les autres caractéristiques de ces jeux de séduction p. 116-117. Pour l’auteure, le but de la séduction est de fasciner sa proie.

— La disqualification

Ce versant du comportement des prédateurs émotionnels est explicitement plus agressif. Ici, la personne va chercher à vous rabaisser par tous les moyens. 

De petites phrases peuvent très bien y parvenir, telles que :

« Là, tu es nulle, non ? »

« Tu fais n’importe quoi. »

« Tu t’es regardée ? »

« Non, tu ne penses pas ce que tu dis, non tu n’as pas envie de voir tes amis, etc. »

« Ma pauvre ! »

Etc.

Il est aussi le pro de la culpabilisation : « Regarde ce que tu m’as fait faire ! ». Voici l’une des phrases qui lui permet de rejeter la faute sur vous. 

Il fait du chantage affectif ou génère la zizanie et la confusion à son propre profit. Par exemple en parlant mal de quelqu’un devant vous, ou en parlant mal de vous à quelqu’un d’autre !

Une communication pervertie

La communication verbale et non verbale est le terrain privilégié de la malveillance. La personne prédatrice ne communique pas pour dire qui elle est ou ce qu’elle ressent, mais pour se montrer sous un jour qui lui convient et qui lui permettra d’affirmer sa supériorité. 

— Les armes verbales de l’ « impostueur »

Pour prendre le pouvoir sur votre psychisme, le prédateur va bien sûr chercher à utiliser la parole. 

Voici quelques techniques évoquées (plus en détail) dans le livre :

La persuasion à tout prix ;

Le mensonge ;

L’injonction paradoxale ;

Les faux bons conseils ;

La confusion ;

Le brouillage des niveaux de communication ;

Les phrases non terminées ;

L’excès de détails inutiles ;

Les silences agressifs ou inappropriés ;

Le cynisme et la dérision ;

La critique excessive de l’autre, des proches ;

Le pessimisme ;

Le désintérêt pour les propos d’autrui (voire le dénigrement) ;

Etc.

Ce type de personne peut également très bien ne pas tenir ses promesses et ne pas en avoir cure. La promesse lui sert à un moment X pour obtenir ce qu’il veut, puis il l’oublie aussi vite que sa dernière paire de chaussettes. Sa parole n’a pas de valeur.

Il sait aussi très bien jouer des rôles (cela va de pair avec le mensonge). Plusieurs « jeux » sont présentés :

Le larmoyant ;

Le fuyant ;

L’ordinateur ;

Les lectures de pensée ;

Le chantage ;

L’exagération ;

L’art d’avoir toujours raison.

— les armes non verbales

Les personnalités manipulatrices peuvent et savent souvent jouer des aspects non verbaux de la communication. 

Ils joueront l’indifférence ou moduleront leur voix pour vous faire comprendre qu’ils n’ont cure de ce que vous dites, par exemple… Ils peuvent aussi lever les yeux au ciel, bâiller, etc.

Autre attitude gênante et destructrice : leur imprévisibilité. Ils peuvent générer une tension à tout moment dans la conversation, de façon parfois presque imperceptible. 

Bien sûr, la violence fait également partie de leurs outils : bris de verre, jets divers, volonté de faire mal et surtout d’apeurer la personne qui lui fait face.

Chapitre 3. … Et leurs proies

Sylvie Tenenbaum affirme qu’il n’existe pas de « portrait type » de victime. Elle décide donc de se limiter à des témoignages de personnes qui sont tombées aux mains d’une secte, qui ont connu des violences de couple ou qui ont fait l’objet de maltraitance infantile.

Qui sont les victimes des prédateurs ?

Elle dresse néanmoins une liste de « points communs entre les victimes » qui offre la possibilité de s’orienter un peu. Pour retrouver ces traits de personnalités, rendez-vous p. 142-146.

Puis, l’auteure commence par évoquer le sort des enfants. Elle fait part de plusieurs histoires. Notamment, celle de :

Frédéric, 44 ans, qui « se réveille » après la mort de son père ;

Caroline, 40 ans, qui a reproduit avec son mari ce que sa mère lui faisait subir ;

Nicole, 63 ans, qui avoue ne pas « savoir vivre » ;

François, 51 ans, qui n’ose toujours pas avouer à ses parents qu’il va divorcer ;

Etc.

Sylvie Tenenbaum dresse également un tableau des symptômes des enfants sous emprise. Il y a, d’après sa présentation, une différence à faire selon que l’enfant a 7 ans ou moins. 

Voici les symptômes des enfants de moins de 7 ans :

Comportements modifiés et négatifs tels que tristesse, agitation ou repli sur soi ;

Trouble anxieux ;

Trouble du comportement alimentaire ;

Manifestations (par le jeu ou autre) de violence ;

Régressions dans le développement (au niveau de la propreté ou du langage, par exemple) ;

Psychosomatisations (douleurs corporelles) telles que des nausées, des migraines, etc.

Sur un plan plus théorique, il est utile d’analyser le mythe de la famille parfaite et de comprendre toute l’importance du rôle de l’amour pour les enfants. C’est pour eux une question de survie.

Si l’amour est conditionné à du chantage ou d’autres attitudes négatives, la construction de soi devient beaucoup plus difficile et toutes sortes de problèmes ou pathologies psychiques peuvent en découler.

L’auteure évoque enfin l’École de Palo Alto et son analyse systémique. Dans une famille, un individu peut devenir un « patient désigné », c’est-à-dire un être qui va jouer le rôle de thermostat ou de régulateur familial. 

Dans une famille dysfonctionnelle, l’enfant peut être amené à jouer ce rôle et il est très difficile de s’en défaire, même à l’âge adulte.

Comment devient-on adepte d’une secte ?

« Ils sont encore trop nombreux ceux qui subissent les ravages des sectes, malgré tous les drames médiatisés. Les personnes embrigadées ne sont pas moins intelligentes que vous et moi. » (Se libérer de l’emprise émotionnelle, Ch. 3)

Selon la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (la Miviludes), il existe trois types de victimes de secte :

Tout d’abord, les adeptes eux-mêmes, qui ne reconnaissent pas leur statut de victime, car ils sont fascinés par le gourou et pris dans la communauté ;

Ensuite, les anciens adeptes qui demeurent fragiles de longues années après leur endoctrinement et craignent parfois des représailles ;

Enfin, les familles des victimes elles-mêmes, qui se sentent démunies et perdues face à ce phénomène.

L’endoctrinement à une secte fonctionne selon le principe de soumission à l’autorité. Sylvie Tenenbaum rappelle la célèbre expérience de Stanley Milgram. 

Celui-ci montra dans les années 1960 qu’un grand pourcentage de personnes (90 %) était susceptible de se soumettre à l’obéissance d’un tiers autoritaire sans exposer de résistance, même quand cette obéissance pouvait entraîner un mal pour autrui.

Tout au long du chapitre (et même du livre), l’auteure prend aussi l’exemple du film La secte de Waco (réalisé par Dick Lowry, sorti en 1993). Dans ce film, un faux prophète du nom de David fait preuve d’un grand pouvoir de séduction pour convaincre des personnes — et notamment Jason — de le rejoindre. Pour ce faire, il lui promet qu’il trouvera dans la communauté la famille aimante qu’il n’a jamais eue.

L’enfer au cœur de l’alcôve

Venons-en aux relations de couple. Ici encore, il n’y a pas de profil type. La vie amoureuse peut prendre une tournure inattendue sans que nous y soyons préparés ou « prédestinés ». 

Or, une fois à l’intérieur d’une relation toxique, il peut être très difficile d’en sortir. La violence psychique et/ou physique conduit à la solitude, à la soumission totale et à l’adaptation aux désirs d’autrui.

Les victimes peuvent connaître les symptômes suivants :

Une profonde souffrance psychique et affective ;

Des conduites addictives ;

Un état de sidération ;

Des difficultés à communiquer ;

Une baisse d’énergie ;

Un affaiblissement de l’estime de soi ;

De la somatisation ;

Etc. 

Attention : ces symptômes (dont la liste est plus longue) ne sont pas tous visibles chez les victimes et peuvent avoir des intensités variables.

Souvent, les victimes conservent également l’espoir que les choses finiront par s’arranger et que la personne maltraitante redeviendra gentille, censée. Cet espoir est lié à une peur de l’abandon et de la solitude.

Pour ne rien arranger, les victimes sont régulièrement dans le déni et sous l’illusion du biais de confirmation. Elles sélectionnent les faits qui les arrangent et oblitèrent les autres. Pour plus d’informations sur ce type de biais, lisez Système 1 / Système 2 de Daniel Kahneman.

À l’inverse, cela peut aussi arriver aux proches. Ceux-ci peuvent croire le manipulateur davantage que la victime. Également pris dans les filets rhétoriques de la personne prédatrice, ils utiliseront les faits qu’ils connaissent pour mettre en doute la parole de celui ou celle qui souffre.

Par exemple :

« Elle est vraiment agréable, je l’ai vue récemment, tu as de la chance de l’avoir rencontrée. »

« C’est l’homme le plus gentil que je connaisse. »

Il n’est alors vraiment pas facile de s’en sortir. Et il peut être complexe de prouver les maltraitantes vécues.

« Comme les victimes, les prédateurs ont souvent une faille narcissique qu’ils repèrent très vite car ils la reconnaissent : c’est par là qu’ils entrent pour en prendre possession (…). Ainsi un prédateur saura repérer une personne dépendante qui se sentira en sécurité devant son assurance. La séduction s’opère déjà à cet instant : chacun répondant au désir/besoin de l’autre. La suite est prévisible : le jeu de dupes peut s’installer, l’un ne pensant qu’à donner, l’autre à prendre et à assurer son ascendant. » (Se libérer de l’emprise relationnelle, Ch. 3)

Vous pourrez découvrir plusieurs témoignages en fin de chapitre :

Arthur, 35 ans, qui ne peut s’occuper de ses enfants sans subir les foudres de sa femme ;

Daniel, 45 ans, dont la relation amoureuse difficile a déteint sur son travail ;

Pascale, 36 ans, qui fait les frais professionnels d’un refus de relation avec un collègue ;

Françoise, 60 ans, étouffée par l’amour et le culte maternels.

Chapitre 4. En finir avec l’emprise

Les chapitres précédents ont permis de se familiariser avec les mécanismes de l’emprise. Il ne s’agit pas de dire que « cela se passe partout ». Au contraire, il est important de pouvoir discerner les relations qui sont nocives et toxiques de celles qui ne le sont pas.

Nous avons également vu que le changement est difficile. Il l’est pour la victime, qui peut vivre dans le déni ou rester fascinée par la personne dominatrice. Mais il l’est surtout pour le manipulateur lui-même qui, à vrai dire, aurait trop à y perdre.

Dans ces circonstances, une solution s’impose : ne plus chercher à faire vivre ce lien néfaste. Si cela vous arrive, vous devez fuir et vous reconstruire.

Éviter de devenir une victime

Mais avant d’en arriver là, vous pourriez — et devriez — ouvrir l’œil. Nous avons vu que ce type de relation dysfonctionnelle peut apparaître dans bien des secteurs de la vie personnelle et professionnelle.

Il est donc particulièrement important de cultiver son esprit critique. Soyez particulièrement vigilant lorsqu’un médecin, officiel ou non, vous promet monts et merveilles en matière de guérison. 

Agissez de même avec des professionnels de la relation tels que les coachs. Le coaching de vie, par exemple, peut être d’une grande aide. Cependant, il y a, comme partout, des charlatans.

Voici 4 bonnes pratiques pour éviter la crédulité face à ce type de situation :

De préférence, optez pour un professionnel reconnu, dont vous pouvez vérifier les références ;

Si possible, ne participez pas à de longs séminaires (plus d’une journée) si vous ne connaissez pas les animateurs ;

Ne faites pas confiance aux personnes qui vous assurent que vous pouvez, comme eux, devenir professionnel « en X » après quelques heures seulement de formation ;

De façon générale, prenez toujours des renseignements (et pourquoi pas des avis complémentaires) avant tout engagement.

Dans les relations interpersonnelles, il est capital d’apprendre à reconnaître une personne sous emprise, mais aussi repérer le phénomène d’emprise sur vous-même et, bien sûr, à reconnaître les comportements toxiques d’autrui. 

En plus des chapitres précédents, Sylvie Tenenbaum propose quelques listes d’attitudes à tenir à l’œil (comme elles répètent partiellement le propos, nous ne les reproduisons pas ici. Vous pouvez consultez p. 195-201).

L’auteure propose également une liste de stratégies à éviter, car elles risqueraient d’approfondir l’emprise. Les voici :

Perdre son sang-froid ;

Lutter verbalement ;

Faire preuve d’empathie ;

Faire la leçon ;

Être encore plus dévoué ;

Vouloir comprendre à tout prix ;

Baisser les bras.

À la place, vous aurez plutôt intérêt à :

Noter précisément ce que vous subissez ;

Rechercher des personnes de confiance ;

Refuser de vous justifier ;

Savoir dire non ;

Etc. (plus de stratégies p. 215-216).

Sortir de l’emprise

Cela demandera de l’effort et engendrera, peut-être, de la tristesse. Mais n’oubliez pas que vous le faites pour vous sauver vous-même.

Le premier pas consiste souvent à avertir un proche et/ou à accepter l’aide qui est proposée. Cela signifie que vous avez déjà pris conscience et êtes sorti du déni.

Au travail, mieux vaut agir rapidement. Si vous avez pris des notes, que vous avez des témoins et des preuves (tels que des mails envoyés), ces documents vous seront très utiles — que vous décidiez de porter l’affaire devant la justice ou non (vous pouvez vous contenter d’une menace).

Deux cas nous montrent l’importance de parler rapidement :

Virginie, 34 ans, a eu le courage de solliciter le médecin du travail et sa DRH ;

Arnaud, 37 ans, a parlé de sa relation difficile avec sa collègue auprès de sa famille, qui l’a aidé à entamer des démarches officielles.

Bien sûr, si vous ne voyez pas vers qui vous tourner directement autour de vous, vous pouvez aussi vous adresser à des organismes spécialisés, tels que :

Fédération nationale solidarité femmes (FNSF) ;

Violences conjugales ;

Institut de victimologie ;

Association de défense contre le harcèlement moral (ADCHM) ;

Miviludes ;

Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu victimes de sectes (UNADFI) ;

Maltraitance des enfants et des mineurs (composez le 119) ;

La police (appel 17 ou 112) ;

Violence Femmes Info (appelez le 3919) ;

SOS anti-manipulateurs ;

Etc.

Se reconstruire

Décider de s’aimer soi-même ; considérer que commencer à vivre est mieux, que c'est un devoir envers soi-même. Voilà de profonds changements d’attitude, préludes à la libération.

« Si l’on ne met pas tout en œuvre pour parvenir à vivre mieux, en prendre la décision n’est pas suffisant. Quelle que soit la situation d’emprise vécue, il est fondamental de se sentir soutenu, guidé. C’est le rôle des proches, avec l’aide du thérapeute (pas un coach, donc ce n’est pas le métier). » (Se libérer de l’emprise émotionnelle, Ch. 4)

Parfois, vivre auprès de ses proches durant une durée déterminée pourra aider à « sortir de la terreur », surtout si des risques de représailles sont probables.

Le thérapeute aidera en posant des questions claires et en faisant preuve de patience. Il aidera le patient à sortir de sa pudeur et de la minimisation, voire du déni ou de la mémoire traumatique. 

Parfois, le travail psychologique devra aller creuser dans l’enfance pour trouver la trace d’anciennes relations toxiques. Cet exercice aidera le patient à sortir plus durablement de l’emprise plus récente.

Ici encore, quelques témoignages sont mis en avant par Sylvie Tenenbaum :

Océane, 40 ans, a fait un long travail pour comprendre pourquoi elle avait entretenu une relation toxique avec son mari et comment en sortir ;

Anastasia, 47 ans, éprouve des difficultés à se séparer de son compagnon, mais elle sait que c’est le seul véritable choix possible ; 

Fabrice, 31 ans, s’est senti profondément trahi par Laura — et pourtant, elle lui manque encore. Mais il est bien décidé à changer de vie et à se prendre en main.

Ces exemples montrent que « le processus d’emprise peut psychiquement perdurer après la sortie de la relation ». Pour Sylvie Tennebaum, qui s’oppose ici à l’avis d’autres thérapeutes, le pardon ne peut aider à mettre fin à ces réminiscences. Au contraire : ce serait comme une double peine pour la victime.

Comme il ne peut généralement rester seul très longtemps, l’ « empreneur » aura souvent retrouvé quelqu’un d’autre rapidement. Quand cela arrive, c’est une chance pour l’ex-victime, car cela lui évite le risque de « rechute ».

Dernier point : comment sortir de l’emprise du prédateur intérieur ? Nous parlons ici d’une figure d’autorité qui veut faire la loi dans notre tête et réguler nos moindres faits et gestes.

Selon l’auteure, « suivre son intuition, ses antennes, peu importe le nom, est l’antidote ». Votre instinct est votre meilleur guide pour vous y opposer.

Peu à peu, vous gagnerez en force en ne lui répondant plus par la positive. Il ne disparaîtra sans doute jamais complètement, mais il se fera plus faible à mesure que vous aurez retrouvé votre « fil rouge » intérieur.

Conclusion. L’emprise n’est pas une fatalité

Sortir d’une situation d’emprise est un acte de résilience. 

« Les ailes brisées se réparent : recouvrer l’idée de sa dignité autorise la sortie de la cage. Car il ne s’agit pas d’abandonner un abri sûr, un amour sincère, une amitié loyale, une relation de qualité, mais des illusions. Il faut savoir laisser derrière soi ce qui fait souffrir. » (Se libérer de l’emprise émotionnelle, Conclusion)

Se défaire du joug de l’emprise est un geste de libération existentielle. Une fois réalisé, ce geste vous redonne les clés de votre vie. Vous pouvez enfin vous demander le sens que vous voulez lui donner et œuvrer librement à reconstruire votre existence.

Conclusion sur « Se libérer de l’emprise émotionnelle » de Sylvie Tenenbaum :

Ce qu’il faut retenir de « Se libérer de l’emprise émotionnelle » de Sylvie Tenenbaum :

Ce livre aide à se souvenir de plusieurs choses :

Nous pouvons tous « tomber » sous l’emprise d’un manipulateur ;

Il convient d’être prudent, à la fois dans les domaines de la vie professionnelle et personnelle ;

Heureusement, nous pouvons repérer certains traits afin de reconnaître les personnes nocives ;

Et nous pouvons également rester attentifs aux victimes et à leurs symptômes, afin de les aider si nécessaire ;

La sortie de l’emprise est un processus souvent long et difficile ;

Mais ce n’est pas une fatalité — Il est possible de se protéger et de retrouver sa liberté !

Points forts :

Une présentation soignée et claire ;

De nombreux témoignages de patients ;

Une explication simple des concepts issus de la psychologie ;

Des listes de traits caractéristiques ou de symptômes.

Point faible :

Je n’en ai pas trouvé.

Ma note :

★★★★★

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Thu, 07 Dec 2023 17:00:00 +0100 http://www.olivier-roland.fr/items/view/12685/Se-librer-de-lemprise-motionnelle
Réussir (sa vie) grâce au minimalisme digital http://www.olivier-roland.fr/items/view/12683/Russir-sa-vie-grce-au-minimalisme-digital

Résumé de «  Réussir (sa vie) grâce au minimalisme digital » de Cal Newport : un guide clair et pratique qui vous dira tout ce que vous avez besoin de savoir sur les effets du glucose sur votre santé et votre bien-être et vous enseignera à modifier simplement vos habitudes pour gagner en énergie, perdre du poids et résoudre certains problèmes de santé.

Par Cal Newport, 2020, 256 pages.

Titre original : « Digital Minimalism: choosing a focusing life in a noisy world. »

Chronique et résumé de « Réussir (sa vie) grâce au minimalisme digital »

Introduction

À la suite de son premier ouvrage, le best-seller international Deep Work, de nombreuses personnes ont contacté Cal Newport. Elles s’inquiétaient de l’influence des outils numériques non seulement sur leur vie professionnelle, mais personnelle.

N’ayant pas vraiment l’habitude d’utiliser son smartphone ou les réseaux sociaux, l’auteur dut mener l’enquête pendant plusieurs mois pour se rendre compte, par lui-même, de l’ampleur du phénomène.

Comme d’autres, il constata d’abord plusieurs problèmes :

Surutilisation des outils ;

Perte d’autonomie ;

Réduction du bien-être ;

Encouragement à des comportements néfastes et émotions négatives ;

Détournement d’activités plus positives (loisirs, etc.).

Mais bien sûr, ces outils apportent aussi leur lot de bénéfices, sans quoi il ne serait pas si difficile de s’en passer. Néanmoins, globalement, les effets psychologiques sont inquiétants.

Or, pour Cal Newport, les solutions modestes — désactiver les notifications, par exemple — ne sont pas suffisantes. Alors, comment agir ?

Sa proposition est plus profonde. Pour autant, il ne suggère pas de rompre avec toute technologie ni d’en faire une critique radicale. 

Après réflexion, il conseille d’opter pour le minimalisme digital. 

Inspirée notamment par la philosophie de la sobriété de Henri David Thoreau et du stoïcisme de Marc Aurèle, cette éthique (cette façon de vivre) a pour but de nous aider à réduire notre temps en ligne au strict nécessaire.

Partie 1. Principes

Chapitre 1 : Une course aux armements déséquilibrée

Ce n’est pas ce que nous voulons

Lorsque Facebook ou l’iPhone sont devenus disponibles au grand public, personne ne s’attendait à ce que ces dispositifs modifient autant nos vies. 

Nous pensions que Facebook nous aiderait à retrouver nos vieux copains de classe et que l’iPhone nous permettrait de téléphoner et d’écouter de la musique.

Pourtant, Facebook est devenu un réseau social addictif boosté aux « J’aime » et l’iPhone est devenu un ordinateur de poche multifonctionnel rempli d’applications plus ou moins utiles.

Ces changements « nous sont tombé dessus sans que nous le voulions vraiment », dit l’auteur. Or ces dispositifs ont peu à peu modifié profondément nos comportements.

Et il faut noter un autre point important : « les gens ne succombent pas aux écrans par paresse, mais parce que des milliards de dollars ont été investis dans ce but ».

Face à cette tentative puissante de capter notre attention, nous nous sentons souvent un peu perdus. Et ce qui est en jeu, c’est bien la perte de contrôle ou — pour le dire d’un mot plus savant — la perte d’autonomie.

Producteurs de tabac en T-shirt

Les gourous de la Silicon Valley ne sont pas des anges venus aider l’humanité, comme ils aiment à se présenter.

En fait, ils ressemblent plutôt à des dealers ou à des propriétaires de casino. Comme un ancien ingénieur de Google l’a fait remarquer, votre smartphone est un peu comme une « machine à sous » fourrée dans votre poche.

Autrement dit : les milliards de dollars dépensés par les promoteurs de ces dispositifs numériques (du smartphone lui-même aux applications telles que Google, Amazon, Facebook, etc.) le sont dans un but précis : vous rendre accro. 

Cal Report ose donc le mot : les outils numériques créent de — ou plutôt des — addictions. Certes, celles-ci sont de nature « modérée », mais néanmoins préoccupante.

Pour étayer son affirmation, il se base sur les travaux du psychologue Adam Atler. 

Celui-ci montre que les entreprises citées plus haut cherchent à opérer au niveau de deux mécanismes classiques de l’addiction comportementale :

Le renforcement positif intermittent ;

Le besoin d’approbation sociale. 

Dans le livre, l’auteur prend plusieurs exemples pour expliciter ces processus psychologiques. 

Une course aux armements déséquilibrée

Face à la puissance de tir de ces firmes technologiques, les individus se sentent — nous l’avons dit — souvent impuissants. Pourtant, nous avons les moyens de résister. 

Il nous faut pour cela mettre en place une stratégie sérieuse, munie d’un plan concret d’actions. Nous allons en présenter les grandes lignes dans le chapitre qui suit.

Chapitre 2 : Le minimalisme digital

Une solution minimale

Voici comment Cal Report définit le minimalisme digital : 

« Philosophie de l’usage des technologies dans laquelle vous concentrez votre temps passé en ligne sur un petit nombre d’activités soigneusement choisies et optimisées, très propices à ce qui est important pour vous, et vous renoncez d’un cœur léger à tout le reste. » (Réussir [sa vie] grâce au minimalisme digital, p. 42)

Cette philosophie pratique requiert de mettre en place des analyses coûts/bénéfices : qu’est-ce qui m’intéresse le plus entre x et y ?

Par exemple : le soir, est-ce que je préfère passer mon temps à scroller Facebook ou raconter une histoire à ma fille ? Qu’est-ce qui, pour moi, fait le plus de différence positive ?

Cette façon de voir les choses n’implique pas de renoncer à tous les avantages offerts par le numérique. Mais elle impose un choix drastique et conscient sur la meilleure manière d’utiliser ces technologies.

L’auteur rapporte les cas de plusieurs personnes qui se sont converties au minimalisme digital. Certaines d’entre elles ont délibérément choisi de rester partiellement connectées, que ce soit pour leur travail ou pour rendre possible certaines activités de loisir, notamment.

Les principes du minimalisme digital

Voici les 3 principes mis en avant par Cal Report dans son ouvrage :

L’encombrement coûte cher : tant au niveau financier que symbolique (les inconvénients ou petits bénéfices à court terme par rapport aux bénéfices réels ou à long terme).

L’optimisation est importante : utiliser une technologie, pourquoi pas ; en faire usage de la meilleure manière possible en fonction de nos objectifs, c’est mieux.

L’intentionnalité est satisfaisante : être capable de se montrer déterminé et volontariste face au numérique apporte en soi une satisfaction et donne plus de sens à la vie quotidienne.

Un argument en faveur du principe numéro 1 : la nouvelle économie de Thoreau

Henri David Thoreau est mondialement connu pour son ouvrage Walden ou la vie dans les bois. Ce philosophe états-unien de la fin du XIXe siècle voulait expérimenter un autre type d’existence, plus simple et plus sobre.

Ce qu’il a fait en partant vivre plusieurs années dans une cabane, construite par ses soins, dans les bois de Walden Pond. 

Le récit de son expérience n’est pas seulement empreint de poésie et d’amour de la nature. Il est également riche en considérations domestiques sur la meilleure manière de gérer les ressources à sa disposition.

Henri D. Thoreau prend grand soin à comptabiliser ses dépenses et à noter, dans un carnet, le temps passé à accomplir ses activités quotidiennes.

Cette économie est basée sur un critère simple et nouveau : des « unités de vie ». Est-ce que le temps passé à faire quelque chose vous rapporte un bénéfice substantiel ou modeste ? Est-ce que ce n’est pas, tout simplement, du temps gâché ?

Cette façon de calculer amène le philosophe à refuser tout encombrement. Comme le résume Cal Newport :

« Nous sommes facilement séduits par le mince profit offert par la toute dernière appli ou le tout dernier service, mais nous oublions son coût exprimé dans la ressource la plus importante que nous possédions : les minutes de notre vie. » (Réussir [sa vie] grâce au minimalisme digital, p. 53)

Un argument en faveur du principe numéro 2 : la courbe des rendements

En économie, la loi des rendements décroissants stipule qu’arrivés à un certain stade de production, les investissements supplémentaires n’aboutiront plus à des bénéfices substantiels.

Autrement dit : il existe une limite naturelle à la production, un seuil au-delà duquel il est inutile de vouloir aller (à moins de vouloir perdre son argent et son temps).

Si nous considérons sous cet angle notre usage des technologies, nous pouvons nous rendre compte qu’il est possible de faire mieux avec moins. 

Souvent, l’accroissement de temps et (parfois) d’argent dépensés en ligne n’augmente pas les bénéfices que nous retirons de cette activité virtuelle. 

Il y a donc un espace d’optimisation à explorer. Par exemple : 

Nous pouvons choisir de passer moins de temps sur Netflix en nous limitant à un visionnage en couple ou en groupe (bénéfice accru et gain de temps) ;

Nous pouvons supprimer les applications de médias sociaux de nos téléphones et ne consulter nos comptes qu’à partir d’un navigateur internet, à des heures précises (gain de temps pour une satisfaction égale, voire supérieure).

C’est à vous d’essayer : vous arriverez à trouver votre bon dosage personnel par essais/erreurs. 

Un argument en faveur du principe numéro 3 : les leçons du pirate amish

Nous pensons souvent que les Amish vivent reclus du monde moderne et sont farouchement opposés à la technologie. 

C’est faux ! L’auteur rapporte plusieurs témoignages de personnes ayant vécu dans des communautés Amish et qui rapprochent leur usage de la technologie des makers et des hackers.

En fait, la communauté Amish cherche à éviter les effets néfastes des techniques sur les individus et l’ensemble du groupe. Le confort compte moins que l’unité et la pérennité du vivre-ensemble.

Bien sûr, cet exemple a des limites. Les restrictions peuvent être trop fortes et l’inégalité des membres de la communauté (notamment des femmes) pose problème.

Toutefois, il y a un point à en retenir d’une incursion dans les communautés Amish ou mennonites (que l’auteur évoque également) : les personnes qui assument leur choix face aux technologies en retirent un grand sentiment de bien-être et d’autonomie.

Nouveau regard sur un conseil ancien

« Moins peut signifier plus », résume Cal Newport.

Ce principe n’est pas nouveau, mais il peut être à nouveau mis à profit dans nos façons d’utiliser les technologies digitales. 

Ne succombons pas aux sirènes du technomaximalisme : plus d’informations, plus de connexions, plus d’options…

Apprenons au contraire à « faire le grand ménage » numérique !

Chapitre 3 : Le grand ménage numérique

Comment devenir (vite) minimaliste

Voici la proposition d’action numéro 1 de Cal Newport. Un grand ménage numérique en 3 temps : 

Dites stop à tous vos appareils pendant 30 jours (digital detox) ;

Pendant ce temps, redécouvrez d’autres activités qui vous plaisent ;

Une fois cette période terminée, faites le point et réintroduisez les technologies dans votre vie seulement après avoir fait le point sur leur valeur et la façon dont vous pouvez les optimiser.

L’auteur a demandé à sa communauté de faire l’expérience : 1600 personnes ont répondu présentes ! 

Il tire deux conclusions majeures de l’analyse de ces précieux témoignages :

D’abord, cela fonctionne — une large partie des participants ont affirmé que ce grand ménage avait un effet positif sur leur vie quotidienne ;

Ensuite, ce n’est pas facile — il y a eu des abandons et de mauvaises compréhensions des règles. Et c’est justement pourquoi il est nécessaire de préciser les étapes dans la suite du chapitre.

Étape numéro 1 : définissez vos règles technologiques

Il n’est pas question de se priver de toute technologie pendant 30 jours. Nous parlons ici des dispositifs numériques tels qu’Internet, les applications de réseaux sociaux, etc. Il est évident que vos ordinateurs, tablettes et smartphones sont concernés.

Par contre, nous ne parlons pas de votre four à micro-ondes ou de votre brosse à dents électrique…

Mais quid des jeux vidéos ou de la télévision (en particulier de Netflix), par exemple ? À vous de décider. Sachez toutefois que les participants à l’expérience de Cal Newport ont estimé, dans leur grande majorité, qu’elles devaient faire partie du grand nettoyage.

Une règle : ne supprimez que les technologies qui sont facultatives, c’est-à-dire qui ne mettent pas en péril votre vie personnelle ou professionnelle. 

Cela demande une réflexion préalable, car il faut distinguer dès ce stade entre le nécessaire et l’accessoire. 

Pour aller plus loin, voyez les nombreux exemples donnés par l’auteur. Vous repérerez ainsi où vous vous situez et comment vous pourriez mettre en place des stratégies pour séparer le nécessaire et le facultatif !

L’objectif est d’obtenir une liste de technologies « interdites », ainsi que des procédures opérationnelles pertinentes pour bien vivre la cure.

Étape numéro 2 : respectez trente jours de pause

La première semaine sera sans doute compliquée. La tentation sera grande d’aller jeter un œil à vos écrans, mais résistez !

Une fois ce temps passé, vous aurez la sensation d’être libéré d’une emprise. Cela vous permettra de préparer sereinement la phase 3.

Attention : il ne s’agit pas d’une simple digital detox. Autrement dit, il ne s’agit pas de se réprimer, puis de retourner aux mêmes habitudes.

Durant les 30 jours de pause, comblez le temps nouvellement acquis par des activités plus riches de sens. Faites l’effort de sortir de zone de confort, explorez de nouveaux horizons ou retrouvez des activités qui vous tenaient à cœur. 

Si vous savez quelles sont les activités qui vous nourrissent le plus, vous aurez moins de mal à acquérir cette autonomie face au numérique. Pourquoi ? Car vous saurez ce qui compte pour vous et vous apporte une satisfaction authentique.

Étape numéro 3 : réintroduisez les technologies

Ça y est : vous avez « réinitialisé votre vie numérique », comme le dit Cal Newport. Maintenant, que faire ? Eh bien, c’est le moment de reconsidérer avec soin vos usages des technologies digitales.

Pour vous décider, appliquez un filtre en trois étapes — c’est le « sélecteur de technologies minimalistes ». Pour qu’elle revienne dans votre vie, une technologie numérique doit être :

Au service de quelque chose qui a une réelle importance pour vous (et non simplement vous offrir un avantage quelconque) ;

Le meilleur moyen d’obtenir la valeur définie au point un (sinon, remplacez-la par une autre méthode) ;

Spécifiquement limitée dans son usage (à la fois au niveau du temps que vous y passerez et de la manière dont vous l’utiliserez).

« Ce processus vous aidera à cultiver une vie numérique dans laquelle les nouvelles technologies seront au service de vos valeurs profondes au lieu de les subvertir sans votre consentement. C’est lors de cette réintroduction soigneuse que vous prenez les décisions réfléchies qui feront de vous un minimaliste digital. » (Réussir [sa vie] grâce au minimalisme digital, p. 85)

Partie 2. Actions

Chapitre 4 : Passez du temps seul

Quand la solitude sauvait la Nation

Le président Lincoln, premier président des États-Unis, ne passait que 6 mois sur l’année à la Maison-Blanche.

Pourquoi ? Car il avait besoin de solitude.

À la Maison-Blanche, il était sommé de prendre des décisions rapides. Il ne pouvait pas non plus se dérober au public qui souhaitait lui rendre visite afin de lui demander telle ou telle chose.

Par contre, tranquillement installé dans son cottage, il pouvait penser à son aise. Était-ce pour se laisser aller à des pensées futiles ?

Non ! C’est sans doute grâce à ces moments cruciaux de solitude qu’il fut capable de prendre certaines des décisions les plus importantes de son mandat ; certains choix majeurs pour le pays tout entier.

Le prix de la solitude

La solitude a souvent une connotation négative. Pourtant, comme l’expliquent Raymond Kethledge et Michael Erwin dans leur livre à succès Lead Yourself First, elle recèle un grand nombre de bienfaits.

Pour ces auteurs, la solitude est avant tout un état subjectif. Peu importe l’environnement, c’est-à-dire que vous soyez effectivement isolé ou non. C’est ce qui se passe dans votre cerveau qui compte.

En fait, la solitude est un état de concentration sur vos propres pensées. Une chose que savaient déjà de nombreux artistes et intellectuels. 

Mais nous devrions redécouvrir cette vertu : se désencombrer de la surcharge cognitive infligée par d’autres pour cultiver sa propre pensée originale et créative.

À l’heure actuelle, « cette surcharge est de plus en plus auto-infligée par notre préférence pour les distractions de l’écran numérique ». 

Que perdons-nous ? Outre l’émergence de nouvelles idées et une meilleure compréhension de soi, la solitude apporte une proximité nouvelle avec les autres. C’est-à-dire ?

Eh bien, cela signifie que nous ne pouvons « goûter » (profiter, mais aussi évaluer) nos relations intimes que par contraste avec les moments de solitude.

Privation de solitude

Ce constat de manque de solitude à l’ère moderne n’est pas nouveau. Le bruit, la fureur des villes nous éloigne d’un rapport de proximité avec nous-mêmes.

Pour Cal Newport, le phénomène s’est aggravé avec l’iPod, puis le smartphone. Un simple coup d’œil à notre écran pour vérifier nos notifications (ou autre chose) nous éloigne de notre solitude.

L’auteur forge un concept pour marquer le problème. Il nomme cette incapacité à être seul « privation de solitude » et le définit de la manière suivante :

« État dans lequel le temps passé seul avec vos propres pensées sans apport d’autres esprits est presque nul. » (Réussir [sa vie] grâce au minimalisme digital, p. 102)

L’obsession de la connexion avec autrui, amplifiée par les réseaux sociaux, est une mauvaise chose. Les plus jeunes générations en souffrent. Les études en ce sens commencent à abonder. Cal Newport en résume plusieurs.

La cabane connectée

Revenons à David H. Thoreau, ce philosophe qui vécut un temps dans les bois. En fait, il ne vivait pas complètement isolé. Loin de là ! Sa cabane était visible depuis la route et il n’avait qu’à marcher une petite trentaine de minutes pour rejoindre la ville. 

Le lieu, qui plus est, était fréquenté par des randonneurs. Ses amis et sa famille venaient également lui rendre visite. L’homme était donc rarement seul. 

Pourtant, analyse Cal Newport, sa décision de vivre en ces lieux procède d’une volonté de se retrouver dans un état de solitude. La présence de la nature l’aidait à se plonger dans sa pensée et à retrouver ses capacités d’observation.

En fait, c’est l’alternance entre connexion et solitude qui importe le plus. Ce dosage rend la vie plus savoureuse et vous bénéficiez davantage à la fois de la compagnie et de la puissance de votre propre esprit. 

Les propositions d’actions qui suivent sont conçues pour vous aider à générer ce cycle connexion-solitude. À vous de les adapter comme bon vous semble.

Action : laissez votre téléphone à la maison

Vous n’avez pas votre téléphone avec vous ? Et alors ? Est-ce vraiment un drame ? Respirez, détendez-vous. Vous n’en avez pas besoin dans l’immédiat.

Et si vous alliez vous balader sans lui ? Et pourquoi pas, même, le laisser à la maison toute une journée… Au minimum, si cette solution est trop compliquée, laissez-le dans la boîte à gants de votre voiture.

Il n’est pas question de vous débarrasser de votre téléphone, non. Mais d’expérimenter de temps à autre la vie sans lui. Si vous avez 40 ans ou plus, vous vous souvenez sans doute que vous pouviez sans peine le faire il y a quelques années encore.

Action : faites de longues marches

De nombreux philosophes adorent la marche. C’est le cas de Friedrich Nietzsche, mais aussi de Jean-Jacques Rousseau, entre autres.

Vous pouvez vous promener pour différentes raisons. Cal Newport rapporte qu’il aime marcher pour profiter du beau temps ou aller à la rencontre de lieux qui lui rappellent des souvenirs. 

Elles aident à penser et à se maintenir en forme. Elles sont surtout, pour le sujet qui nous intéresse ici, une source de solitude incomparable. Marcher régulièrement améliore grandement le bien-être pour toutes ces raisons.

Action : écrivez-vous des lettres

L’auteur évoque également une autre habitude personnelle : il tient un carnet personnel. Adepte de la marque Moleskine, il rédige dans ses carnets, année après année, ses idées, projets et réflexions diverses.

Plus généralement, la « pratique de réflexion par l’écriture » est quelque chose que mettait déjà en place le président Dwight D. Eisenhower, ou Abraham Lincoln, par exemple.

Peu importe le support et le genre (épistolaire ou non) : « l’essentiel est l’acte d’écrire lui-même », affirme l’auteur. En effet, en écrivant, vous vous concentrez et rejetez temporairement au-dehors de vous toutes les sollicitations étrangères — et notamment numériques.

Chapitre 5 : Ne cliquez pas sur « J’aime »

Le plus grand duel sportif

Vous pensiez que pierre-papier-ciseaux était un jeu bête et dénué d’intérêt ? 

Détrompez-vous ! Non seulement il en existe une ligue nationale américaine, qui a ses joueurs vedettes et ses tournois, mais il apparaît également que ce « sport » est exigeant et épuisant.

Pourquoi ? Car, en réalité, ce jeu peut receler des trésors de psychologie humaine. En tout cas, les meilleurs joueurs doivent avoir de bonnes compétences en analyse des comportements et savoir communiquer de façon subtile pour influencer autrui.

Bref, ce jeu implique — mine de rien — des raisonnements sociaux complexes. Ceux-ci sont essentiels à notre existence. Nous devrions donc en prendre soin en limitant l’interférence négative des outils numériques.

L’animal social

Cal Newport rapporte les études de sciences cognitives de l’équipe du psychologue Matthew D. Lieberman. 

Les résultats sont sans appel : notre cerveau (le réseau « par défaut ») consacre une énergie importante à « comprendre l’esprit des autres, y compris leurs sensations et leurs intentions ». 

En bref, comme les joueurs professionnels de pierre-papier-ciseaux, nous cherchons sans cesse à lire les pensées d’autrui. Une conclusion s’impose : comme le disait déjà le philosophe Aristote 4 siècles avant notre ère, nous sommes des « animaux sociaux ».

Nous pourrions penser que les outils numériques favorisent cette tendance, n’est-ce pas ? Et pourtant, ce n’est pas le cas. 

En réalité, les outils de communication numériques affaiblissent les liens et les échanges d’information — là où l’évolution biologique nous a habitués à des interactions riches en face à face.

Le paradoxe des médias sociaux

Les réseaux sociaux sont-ils en cause directement ? Ses promoteurs défendent l’idée que ce qui pose problème n’est pas l’outil en soi, mais sa mauvaise utilisation. Ce n’est toutefois pas si sûr.

Cal Newport s’appuie sur plusieurs études et articles pour faire le point. Il en résulte un étrange paradoxe que l’auteur exprime en ces termes : « les médias sociaux vous donnent le sentiment d’être à la fois connecté et solitaire, heureux et triste ».

Pour l’auteur, qui cherche ici à cerner où se trouve le problème, le problème vient du fait que les réseaux sociaux peuvent contribuer à détacher les personnes des activités du monde réel, « hors réseau ». 

En bref : un « J’aime » ne vaudra jamais un café en face à face avec un ami… Pourquoi ? Car nous avons besoin, en tant qu’animaux sociaux, d’une socialité plus intense. 

Celle-ci est certes plus difficile à mettre en place, et il est souvent plus facile de choisir la version « rapide » en ligne, qui donne des résultats immédiats. Pourtant, le bénéfice à long terme d’une rencontre en chair et en os est bien plus grand.

Autre point : nous avons signalé plus haut les dangers de l’économie de l’attention. Les entreprises cherchent à utiliser notre besoin de reconnaissance et de socialité pour nous « attacher » à nos smartphones et applications. 

Les « J’aime » assurent cette fonction : vous recevez une notification pour vous prévenir que quelqu’un a mis un « J’aime » sous votre post et vous ne pouvez que difficilement vous empêcher d’y jeter un œil. Vous avez été « capté ». 

Reprenons la conversation

La conversation se distingue de la connexion. C’est ce qu’étudie Sherry Turkle dans son essai remarqué, Reclaiming Conversation. 

Dans la conversation, nous apprenons à écouter, à faire usage d’empathie ; nous utilisons le ton adapté et faisons preuve de nuance. Cela n’a pas cours dans les petites doses de connexion quotidiennes.

Selon l’auteure, il est toutefois possible de renouer avec la conversation. Certes, sa solution va globalement dans le sens du minimalisme digital. Toutefois, elle n’attire pas suffisamment l’attention sur l’importance d’un changement de comportement face à nos dispositifs numériques.

Pour aller plus loin, Cal Newport propose de parler de communication métaconversationnelle, un concept qu’il expose p. 140-143. Plus concrètement, voici les quelques actions qu’il vous propose de mener.

Action : ne cliquez pas sur « J’aime »

Le bouton « J’aime » a été inventé à l’origine par FriendFeed en 2007, puis repris par Facebook en 2009. 

Ce n’est pas seulement une façon simple de montrer son assentiment. C’est aussi et surtout une façon, pour les algorithmes mis au point par ces entreprises, de calculer précisément ce que vous préférez et de vous proposer des contenus (promotionnels ou non) en fonction de celles-ci.

Mais concentrons-nous sur l’intérêt du « J’aime » pour la communication. 

En fait, il n’apporte rien, ou vraiment pas grand-chose. Au lieu de converser et de nuancer votre propos, vous n’apportez qu’un seul bit d’information, sans saveur, à votre interlocuteur (si l’on peut encore l’appeler ainsi).

La méthode de Cal Newport est la suivante : au lieu d’y voir un moyen de saluer un ami, voyez le bouton « J’aime » comme un poison. Faites de même avec les petits commentaires inutiles du genre « Trop mignon !! ». 

Pourquoi ? Afin de préserver les relations à haute valeur ajoutée. Nous croyons pouvoir manier les deux — connexion à faible valeur et conversation à haute valeur —, mais les études montrent que ce n’est que rarement le cas.

Comment faire ? En prévenant, par exemple sur votre mur Facebook, que vous allez renoncer (au moins un temps) à ces petits gestes. Vous pouvez même expliquer pourquoi. 

Il y a de fortes chances pour que cela soit bien accueilli. Mais si certaines personnes doivent sortir de votre « orbite sociale », laissez-les s’en aller. 

Action : regroupez vos écritures

Quid des messages textuels ? Les SMS sont aujourd’hui devenus un moyen de communication privilégié. Pour un grand nombre d’entre nous, il serait difficile, voire impossible de s’en passer.

Cal Newport propose un compromis qu’il nomme le regroupement d’écritures. 

Comment le mettre en place ? 

Première étape : vous mettez votre téléphone en mode « Ne pas déranger » afin de couper l’arrivée des SMS et des notifications (il est possible de le faire tout en conservant, si vous le souhaitez, les appels urgents).

De cette façon, vous devez aller voir vous-même, quand vous le décidez, qui vous a écrit. Cette façon de faire vous libère d’avoir à regarder ou à répondre directement aux messages.

Deuxième étape : répondre à tous les messages en même temps. 

Vous serez certes moins disponibles, mais vous améliorerez la profondeur des relations. C’est un principe que vous pourrez également retrouver dans Cessez d’être gentil, soyez vrai ! 

Action : des heures ouvrables pour les conversations

Faites de même — ou presque — avec les conversations téléphoniques. Désignez des « heures ouvrables » au cours desquelles vous êtes disponible pour converser par téléphone (ou Skype, par exemple).

C’est assez simple à mettre en place et nous le faisions facilement auparavant, et pourtant nous avons presque oublié comment le faire ! Il suffit d’établir un créneau horaire pour s’appeler…

Dans l’idéal, réservez des plages fixes, afin d’aider autrui à mémoriser vos moments de disponibilité.

« La stratégie des heures ouvrables de conversation est efficace pour améliorer votre vie sociale, car elle surmonte le principal obstacle à une socialisation pleine de sens : la crainte d’ennuyer les gens en leur téléphonant. Les gens adorent les vraies conversations, mais cet écueil suffit souvent à les dissuader. Si vous l’éliminez grâce à des heures ouvrables de conversation, vous serez surpris de constater combien de contacts satisfaisants supplémentaires vous pouvez faire tenir dans une semaine normale. » Réussir [sa vie] grâce au minimalisme digital, p. 153

Chapitre 6 : Récupérez vos loisirs

Le loisir et la bonne vie

Le minimalisme est une éthique en ce sens qu’il s’intéresse à ce qu’est une « bonne vie ». Si nous suivons Aristote sur ce thème, nous découvrons que le bonheur s’obtient par la réalisation d’activités plaisantes en elles-mêmes.

Le philosophe de la Grèce antique nous apprend en effet à aimer la contemplation, car c’est une activité que nous pouvons pratiquer pour elle-même, sans qu’elle ne doive s’orienter vers un but extérieur (manger, gagner de l’argent, vaincre un ennemi, etc.).

Cal Newport généralise et actualise cette pensée : pour lui, les « loisirs de haute qualité » sont ceux que nous faisons pour eux-mêmes, simplement car il nous apporte une « joie intérieure ».

Quel rapport concret avec les technologies numériques ? Eh bien, elles nous incitent à nous satisfaire de « loisirs de basse qualité » qui ne nous rendent pas vraiment heureux. Ceux-ci nous rendent juste les problèmes et l’ennui de la vie quotidienne plus supportables.

Lorsque nous nous en passons, nous nous retrouvons face au sentiment diffus de manque. La solution consiste à prévoir à l’avance quelles seront les activités de qualité que nous feront une fois les dispositifs numériques rangés dans l’armoire.

Le Principe de Bennet

Connaissez-vous la communauté FI (Financial Independence) et en particulier le mouvement FI 2,0, qui prône la liberté financière rapide, bien avant l’âge de la retraite ? 

Les adeptes de ce mouvement cherchent à atteindre une indépendance financière complète (c’est-à-dire ne plus avoir à travailler pour subvenir à leurs besoins pendant le reste de leur vie) le plus rapidement possible.

La solution passe par la frugalité, c’est-à-dire la réduction drastique des dépenses. Mais ce qui intéresse au plus haut point Cal Newport, c’est que ces personnes s’intéressent de près à la façon de mener leur vie. Et notamment à la qualité de leurs loisirs.

Voici deux sites de personnalités FI 2,0 qui pourraient vous inspirer :

Mr. Money Mustache de Pete Aden ;

Frugalwoods de Liz Thames.

Leur point commun ? Ils passent leur journée à faire beaucoup, beaucoup de choses. Leurs loisirs ne sont pas passifs, mais actifs : ils fabriquent, rangent, composent, écrivent, tondent, récoltent, etc. Bref, ils sont friands d’activités intenses !

Celles-ci nécessitent des apprentissages et apportent des satisfactions plus durables. Et, chose étonnante : elles augmentent votre énergie pour le travail.

« Dépenser plus d’énergie dans ses loisirs (…) peut en fin de compte rendre plus énergique », affirme Cal Newport à la suite d’un célèbre auteur de développement personnel du début du XXI siècle, Dan Bennett. C’est pourquoi il l’appelle « le principe de Bennett ».

De l’artisanat à la satisfaction

L’artisanat est une excellente source de loisir créatif et de haute qualité, procurant une satisfaction intense.

Dans une société dominée par les écrans, nous avons besoin de retrouver le goût et le sens des savoir-faire manuels. Telle est la conviction de l’auteur, qui suit en cela la pensée de plusieurs intellectuels américains contemporains.

L’artisanat, c’est-à-dire le plaisir d’avoir créé quelque chose de ses propres mains, procure une satisfaction plus profonde pour au moins deux raisons. 

D’abord, nous construisons des objets qui durent dans le temps et que nous pouvons toucher.

Ensuite, ces objets peuvent devenir des sources de fierté et de reconnaissance par les pairs.

Certes, l’action numérique (écrire des articles de blog ou un programme informatique, par exemple) peut également être source de satisfaction et être rapprochée de l’artisanat. Toutefois, elle n’a pas de rapport direct avec « le monde réel ». 

Si vous travaillez déjà dans le domaine informatique, l’auteur vous conseille donc de vous en tenir à la définition plus traditionnelle de l’artisanat pour vos loisirs.

Construisez des objets réels. « Laissez une bonne trace de vous-même. Faites du bon travail », comme le dit Gary Rogowski.

Une vie sociale suralimentée

Ici, l’auteur défend l’intérêt des jeux de société. Ceux-ci permettent, selon lui, d’augmenter la vie sociale. Et de le faire hors du numérique. 

Les jeux de table créent un espace fermé, propice à la création de liens et au développement des émotions. Durant une partie, quelques heures, vous entrez dans un rôle social et vivez plus intensément.

D’un autre côté, Cal Newport évoque aussi la mouvance du fitness social, qui a pour but principal de générer un vrai sentiment d’appartenance à une communauté (plus que de faire du sport). 

Le CrossFit, si célèbre aujourd’hui, en est issu directement. L’objectif : faire du sport et créer de la camaraderie.

Ces activités ont au moins deux points communs :

Elles obligent à passer du temps avec les autres ;

Elles obligent à respecter des règles.

Ces deux éléments peuvent paraître contraignants, et pourtant ce sont eux qui améliorent notre sentiment d’appartenance à une communauté, de liberté et de joie au quotidien.

La renaissance du loisir

Il existe des loisirs de haute qualité qui sont liés à Internet. Celui-ci permet même une « renaissance du loisir » tout à fait intéressante. Il ne s’agit donc pas d’opposer de façon caricaturale loisir de faible qualité numérique et loisir de qualité non numérique.

Comment aide-t-il ? Principalement en se faisant le relais d’activités de qualité dans le monde réel :

Internet aide à trouver des communautés d’intérêts ;

Et donne accès à des informations utiles et parfois obscures.

Les blogs, ainsi que YouTube, par exemple, peuvent donc être utilisés avec un grand intérêt. Le principal est qu’ils demeurent dans un rôle de soutien aux activités « analogiques » (non numériques). 

Action : réparer ou fabriquer quelque chose chaque semaine

Retrouver de l’habilité — être capable de réparer telle ou telle chose et d’acquérir des compétences manuelles — vous apportera un sentiment de puissance, de capacité.

Voici une liste de petites choses à faire vous-même dressée par l’auteur :

Faire la vidange de votre voiture ;

Construire une tête de lit sur mesure ;

Commencer un carré potager ;

Apprendre un nouveau morceau de musique (voire un nouvel instrument, mais cela demandera plus d’effort).

Essayez d’agir de la sorte sur 6 semaines, en privilégiant une compétence par semaine.

Vous n’êtes pas obligé de commencer par des choses compliquées. Suivez d’abord des instructions pas à pas, puis, si le sujet vous plaît, lancez-vous dans des projets plus complexes.

L’objectif : vous redonner envie de vous de mettre les mains dans le cambouis !

Action : programmer vos loisirs de basse qualité

« Voici ma suggestion : réservez à l’avance le temps que vous consacrerez à des loisirs de basse qualité. C’est-à-dire, spécifiez à quels moments vous vous adonnerez au surf sur le Web, aux visites de médias sociaux et aux divertissements en streaming. Dans ces moments, tout peut faire l’affaire (…). Mais hors de ces périodes, restez hors ligne. » (Réussir [sa vie] grâce au minimalisme digital, p. 184)

Selon Cal Newport, cette stratégie est efficace car : 

Vous protégez ainsi les activités intenses des perturbations inutiles en ligne ;

Vous ne renoncez pas complètement à des moments de diversion numérique.

Action : adhérer à quelque chose

En prenant l’exemple de Benjamin Franklin, grand ingénieur et homme social, l’auteur nous invite à faire partie de sociétés ou de groupes dans lesquels nous pouvons pratiquer des activités avec autrui (la lecture, les jeux de société, une action militante ou mille autres choses).

L’essentiel est de faire le premier pas : adhérez, puis apprenez à côtoyer les autres et à vous joindre à l’ambiance de ces groupes. Il est fort probable que vous en retiriez une grande satisfaction.

Action : suivre des plans de loisirs

Ceux qui s’organisent correctement sont souvent ceux qui réussissent le mieux au niveau professionnel. Et si vous agissiez de la même façon au niveau personnel ? 

L’auteur vous propose de créer un plan saisonnier (ou trimestriel) et un plan hebdomadaire de loisirs.

Dans le plan saisonnier, vous veillerez à indiquer :

Un objectif ;

Des stratégies (pour mener à bien votre objectif) ;

Des habitudes (qui viennent en plus de l’objectif principal).

Pour établir votre plan hebdomadaire, vous utiliserez le plan saisonnier en cours. Vous indiquerez les créneaux horaires dédiés à vos loisirs, de façon claire et réaliste. Prenez le temps de vous en imprégner en début de semaine.

Si cela vous paraît nécessaire, faites également le point, chaque semaine, sur les progrès réalisés.

Cal Newport est un fervent défenseur de cette vision planificatrice. Selon lui, elle n’enlève pas la spontanéité, mais permet au contraire de prendre davantage conscience des temps que nous nous octroyons à nous-mêmes et d’en augmenter la fréquence.

Chapitre 7 : Rejoignez la Résistance de l’attention

David et Goliath 2.0

Goliath 2.0, c’est Facebook — et de façon étendue, tous les services « gratuits » d’autres firmes qui cherchent à nous maintenir « verrouillés » sur nos écrans. Pour le dire autrement, Goliath, c’est donc toute cette économie de l’attention dont nous avons parlé depuis le début de ce livre.

Vous l’aurez compris : David, c’est vous ou toute personne soucieuse d’exercer son esprit critique afin de reprendre le contrôle de son attention et, plus largement, de son existence (numérique et hors numérique).

Comme dans le mythe, la lutte n’est pas égale. Vous n’avez très probablement pas le millième des ressources (financières, mais pas que) que possèdent ces entreprises. Mais vous avez néanmoins ce pouvoir de résister au marché qui vous est proposé.

Pour Cal Newport, il s’agit d’un véritable mouvement en marche, celui de la « Résistance de l’attention ». Dans ce dernier chapitre, l’auteur vous donne quelques actions pour vous engager en faveur de ce mouvement.

Action : supprimer les médias sociaux de vos téléphones

Ne prenons que l’exemple de Facebook : ses revenus publicitaires sont générés à 88 % (en 2017) par les annonces sur mobile. 

Si vous supprimez votre application Facebook de votre téléphone, ce sera déjà un geste en faveur de la résistance à la capture de votre attention par les marques en tout genre.

« Vous n’avez pas besoin de faire une croix sur ces services, renoncez seulement à y accéder partout où vous allez », précise Cal Newport.

Action : transformer vos appareils en ordinateurs spécialisés

Cal Newport évoque une application utile pour bloquer les notifications et la connexion à Internet durant des plages horaires que vous pouvez choisir : Freedom. 

Pourquoi priver votre ordinateur de sa puissance et de sa polyvalence ? N’est-ce pas paradoxal ? « Non », répond l’auteur. 

Pour être productif, vous avez besoin de rester focaliser sur votre tâche quand vous travaillez sur ordinateur. Or, la possibilité d’alterner rapidement entre le traitement de texte et la recherche sur le Web, par exemple, peut clairement détériorer la productivité. 

Encore une fois, il n’est pas question de se couper définitivement des applications de divertissement, des réseaux sociaux ou d’Internet, mais simplement d’en mieux réguler l’usage en les bloquant à dessein durant les heures où vous n’en avez pas besoin.

Action : utiliser les médias sociaux comme un professionnel

Les spécialistes des réseaux sociaux ne les utilisent pas, en général, comme les utilisateurs moyens. Ils cherchent à en tirer le maximum dans un objectif professionnel. Nous pouvons nous inspirer de leurs stratégies.

Voici quelques conseils issus de l’analyse, par l’auteur, de la pratique d’une experte en médias sociaux :

Ne pas utiliser les réseaux sociaux comme source de divertissement passif (inscription à des groupes pour leur simple côté « fun », scroll infini du fil d’actualité, etc.) ;

Suivre un petit nombre seulement de comptes directement en lien avec ses centres d’intérêt professionnels (ou pourquoi pas, dans un cadre élargi, personnel) ;

Réserver Facebook aux contacts personnels ou familiaux et se limiter à 150 (le nombre de Dunbar) et ne l’utiliser qu’une fois ou deux par semaine ;

Utiliser Twitter comme un radar pour détecter de nouvelles idées ou tendances, en utilisant notamment la fonction de thresholding (création de seuils) disponible avec un outil tel que TweetDeck.

Action : opter pour le Slow Media

Le mouvement Slow Media est né en Allemagne dans les années 2010. Il s’inspire du mouvement Slow food créé en Italie à la fin du XXe siècle pour s’opposer à l’implantation d’un Mc Donald à Rome (et plus largement à la fast food). 

L’idée consiste essentiellement à « transformer la consommation des médias en expérience de haute qualité ».

Aux États-Unis, la tendance est plutôt à la diète : Timothy Ferriss, qui a écrit La semaine de 4 heures (entre autres), a notamment popularisé l’idée de consommer moins d’informations. 

Les deux approches ont leurs mérites et Cal Newport nous invite à tester l’approche slow. C’est-à-dire, en premier lieu, se concentrer sur les meilleures sources possibles. 

Choisissez également très bien les rédacteurs que vous suivrez. Qu’ils soient journalistes ou blogueurs, choisissez-les car ils ont fait la preuve de la qualité de leurs analyses et commentaires.

Action : abêtir votre smartphone

Vous pouvez aller jusqu’à vous munir d’un téléphone à grosses touches sans aucune connexion à Internet ou d’un Nokia 3310, mais il n’est pas obligatoire d’aller jusque là !

Si l’intérêt d’abêtir nos téléphones se fait de plus en plus sentir, nous voulons tout de même, dans la plupart des cas, pouvoir bénéficier de certains de ses avantages.

Plusieurs solutions existent. L’une d’entre elles est le Light Phone (voir p. 221). L’autre, déjà évoquée, consiste à supprimer les apps que vous ne voulez plus utiliser.

« Déclarer votre indépendance par rapport à votre smartphone est probablement le pas le plus sérieux que vous puissiez accomplir vers la résistance de l’attention. Car les smarpthones sont le cheval de Troie favori de l’économie d’attention numérique. » (Réussir [sa vie] grâce au minimalisme digital, p. 222)

Conclusion sur « Réussir (sa vie) grâce au minimalisme digital » de Cal Newport :

Ce qu’il faut retenir de « Réussir (sa vie) grâce au minimalisme digital » de Cal Newport :

Le point fort du livre est de proposer une solution de résistance simple et efficace à l'économie de l'attention qui gangrène nos vies. Du moins si nous n'y prenons pas garde.

Cal Newport cherche avant tout à nous donner des outils pour agir différemment. Sa philosophie reste simple et pratique. Néanmoins, il l'envisage comme une philosophie de vie ou comme une éthique globale.

Et en effet, le numérique s'infiltre aujourd'hui dans toutes les sphères de nos existences, aussi bien au niveau privé que professionnel.

Son propos est avant tout de nous aider à supprimer les moments inutiles ou à faible valeur ajoutée : ces instants où, par ennui ou dépit, nous consultons machinalement notre smartphone ou nous laissons aller à la procrastination.

L'auteur insiste : avant d'être une "faute" individuelle, c'est avant tout le résultat de techniques mises en place par les plateformes et plus généralement les entreprises du Web 2.0. Or, cela rend encore plus urgent de s'en libérer.

Les solutions proposées sont finalement assez simples. Au cœur du processus, vous trouverez l'idée de faire une pause numérique durant un mois afin de réorganiser votre vie autour des objectifs qui comptent vraiment pour vous.

Car ne l'oubliez pas : le numérique doit vous apporter des outils pour améliorer votre propre existence, et non vous enfermer sur vous-même tout en profitant avant tout aux géants du Web.

À lire aussi : La fabrique du crétin digital.

Points forts :

Une philosophie claire ;

Des conseils pour la mettre en œuvre ;

Une vision critique, mais pas radicale ;

Si vous êtes blogueur ou autre, vous pourrez continuer à travailler en ligne, même en devenant un minimaliste digital !

Point faible : 

Je n'en ai pas trouvé.

Ma note :

★★★★★

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Mon, 04 Dec 2023 17:00:00 +0100 http://www.olivier-roland.fr/items/view/12683/Russir-sa-vie-grce-au-minimalisme-digital
L’art d’aimer http://www.olivier-roland.fr/items/view/12671/Lart-daimer

Résumé de « L’art d’aimer » de Erich Fromm : un manuel qui vous dit tout sur le métier de biographe privé ou familial, une activité qui allie écriture et relation pour celles et ceux qui veulent prendre une nouvelle voie dans leur existence.

Par Érich Fromm, 2015 (1re édition : 1956).

Titre original : « The Art of Loving ».

Chronique et résumé de « L’art d’aimer » de Erich Fromm

Erich From et L’art d’aimer

Né à Francfort, Erich Fromm (1900-1980) a fait ses études et ses premières armes intellectuelles en philosophie. Influencé par les travaux de Freud, il se forme également à la psychanalyse. 

Émigré aux États-Unis dès les années 30, il devient progressivement un psychanalyste et un penseur mondialement connu.

Il a publié de nombreux ouvrages, tous parus postérieurement en France, dont :

L’homme pour lui-même (1967) ;

Société aliénée et société saine (1969) ;

Espoir et révolution (1970) ;

Avoir ou être (1978) ;

De la désobéissance et autres essais (1982).

L’art d’aimer a paru pour la première fois en anglais (États-Unis) en 1956 et est rapidement devenu un classique, au point d’être constamment réédité jusqu’à aujourd’hui.

Dans cet ouvrage, l’auteur reprend une série de concepts qu’il a développé ailleurs dans son œuvre. Pour autant, comme il le dit lui-même dans la préface, il ne s’agit pas d’un « exercice de récapitulation ». 

Au contraire, Erich Fromm développe ici une pensée originale et articulée qui va plus loin que ses anciens travaux et qui, à partir de cette nouvelle perspective sur l’amour, projette sur eux une nouvelle lumière.

Le livre se décompose en 4 parties principales : 

Dans la première, très courte, il pose la question de l’amour comme « art ».

La seconde partie est consacrée aux théories de l’amour dans l’histoire ;

Dans la troisième partie, l’auteur analyse la façon dont nous percevons l’amour dans la société d’aujourd’hui (c’est-à-dire les États-Unis des années 1950) ;

Enfin, la quatrième et dernière partie formule une approche pratique de l’amour et nous donne plusieurs clés pour exercer cet « art d’aimer ».

Première partie — L’amour est-il un art ?

L’auteur commence par opposer deux conceptions de l’amour :

L’amour comme art (ce qui est sa thèse) ;

Et l’amour comme « sensation agréable ».

Selon Erich Fromm, c’est la seconde option qui est aujourd’hui en vogue, comme le prouvent les innombrables films, chansons et objets culturels que nous consommons.

Cette idée de l’amour comme sensation ou sentiment est liée à plusieurs prémisses. L’intellectuel en évoque 3 principales :

Nous cherchons avant tout à être aimés plutôt qu’à aimer. Dans toutes nos relations, nous cherchons avant tout à être « aimable » et développons différentes stratégies pour ce faire.

Pour nous, l’enjeu est de trouver le bon « objet » à aimer : la bonne personne, celle qui aura les qualités requises et qui est « attrayante » à un moment historique donné) et non de développer une faculté (celle d’aimer).

Nous imaginons l’amour comme une chute dans un état permanent, comme le révèlent les expressions « tomber amoureux », puis « être » amoureux. Pourtant, l’engouement initial fait vite place à l’ennui et au retour de la solitude.

Nous pensons que la difficulté est d’être aimé ; aimer, en revanche, semble aisé et naturel. Pourtant, les échecs en amour, si nombreux, témoignent du contraire. Comment, dans ce cas, changer la donne ?

« La première démarche qui s’impose est de prendre conscience que l’amour est un art, tout comme vivre est un art ; si nous voulons apprendre comment aimer, nous devons procéder de la même manière que pour apprendre n’importe quel autre art, à savoir la musique, la peinture, la charpenterie, ou l’art de la médecine ou de la mécanique. » (L’art d’aimer, Première partie)

Erich Fromm considère qu’il y a deux étapes à cet apprentissage :

L’apprentissage théorique ;

La maîtrise de la pratique.

La connaissance théorique est largement insuffisante. Elle permet de donner l’impulsion et d’éduquer le regard. Toutefois, nous devenons un maître dans un art qu’après une longue pratique. 

Le psychanalyste impose une troisième condition en plus de la théorie et de la pratique : « il importe, dit-il, que rien au monde n’ait plus d’importance que l’art ». Autrement dit, il faut être capable — ce qui n’est pas si évident à l’heure actuelle — de se dévouer à cet apprentissage. 

Êtes-vous prêt pour entrer dans cette voie ? 

Deuxième partie — La théorie de l’amour

1 — L’amour, réponse au problème de l’existence humaine

Si les animaux connaissent une forme d’amour, elle est essentiellement le fruit d’un instinct incontrôlé. Or, sur bien des points, les êtres humains (en tant qu’espèce et individu) ont coupé les ponts avec cette origine animale.

Bien sûr, nous restons sujets à des pulsions. C’est évident, une part animale nous habite toujours. Mais en tant qu’hommes, nous devons avancer dans la vie grâce à notre raison. 

Cela signifie aussi que nous nous retrouvons face à une situation indéterminée, obligés de prendre conscience de ce que nous faisons. 

En tant qu’individus pensants, nous nous sentons séparés d’autrui (et du monde) et nous aspirons à le retrouver.

— Angoisse de la séparation et besoin de la surmonter

« L’expérience de la séparation suscite l’angoisse ; elle est, à vrai dire, la source de toute angoisse », selon Erich Fromm. 

La séparation génère aussi honte et culpabilité. Le mythe biblique d’Adam et Ève, qui se trouve aux racines de notre culture occidentale, est particulièrement clair sur ce point. 

Ce n’est pas une morale de chasteté qui est en jeu dans cette histoire, mais plutôt l’idée selon laquelle nous nous trouvons démunis et honteux une fois que nous prenons conscience :

De notre situation d’isolement hors de la nature, hors de notre condition animale ; 

De la séparation des sexes en masculin et féminin.

L’amour est l’opérateur de la réunion et c’est lui qui nous donne espoir. Si nous ne croyions pas à cette possibilité d’unité par l’amour, nous sombrerions dans la folie.

Cette condition fondamentale des êtres humains est universelle, pour Erich Fromm. Au cours du temps, dans les différentes régions du monde, les hommes et les femmes ont trouvé des moyens, des rituels, des réponses diverses et variées à ce problème unique.

Il en va aussi ainsi de l’individu lui-même. Lorsqu’il est enfant, il ne répond pas de la même façon à ce besoin fondamental que lorsqu’il est adulte. Ces manières de faire évoluent. 

— Première solution partielle : les états orgiaques (abolition du moi séparé)

Les états orgiaques prennent plusieurs formes, de l’extase autoprovoquée à la prise de drogues, par exemple. L’expérience sexuelle fait également partie des rites qui permettent ce type de fusion.

Lorsqu’ils sont pratiqués au sein de rituels organisés par des groupes sociaux déterminés, ils sont socialement approuvés et les individus n’en souffrent pas.

En revanche, quand une culture donnée les abandonne et qu’ils deviennent des comportements individuels, ces comportements deviennent déviants et sources de souffrance.

Dans ce deuxième cas, la recherche d’états orgiaques peut vite devenir une tentative désespérée pour soulager un trop fort sentiment de solitude. 

La particularité de ces formes d’union est leur violence et leur aspect total (engagement du corps et de l’âme). Par ailleurs, elles sont plutôt brèves et doivent être régulièrement répétées. 

— Deuxième solution partielle : le conformisme

Le conformisme est une autre forme d’union. Celle-ci prévaut dans les sociétés démocratiques occidentales, depuis la République romaine jusqu’à nos jours.

L’union s’effectue au groupe dans son ensemble : nous voulons nous conformer à la façon d’agir et de penser d’autrui et, plus largement, de la « société » dans sa totalité. 

L’égalité a plusieurs sens. Elle pouvait signifier coexistence des différences et respect des singularités. Mais aujourd’hui, elle est plutôt devenue synonyme de « similitude » : tout le monde doit se ressembler. 

Les différences doivent s’effacer au profit d’une identité homogène, standardisée. Ce sont la routine et le calme qui caractérisent ce type d’union. Le corps reste en retrait ; c’est l’esprit qui est avant tout concerné. 

— Troisième solution partielle : le travail créateur

« Une troisième manière d’atteindre l’union réside dans l’activité créatrice, que ce soit celle de l’artiste ou celle de l’artisan. Dans toute espèce de travail créateur, la personne qui crée s’unit avec son matériau, qui représente le monde en dehors d’elle. » (L’art d’aimer, Première partie)

Cela n’est pas vrai du travail d’exécution de type administratif (employé) ou industriel (ouvrier). Là, c’est plutôt le conformisme qui joue. Pour que ce troisième type d’union ait lieu, il faut, selon Erich Fromm, qu’il y ait organisation, élaboration, contemplation du résultat du travail « fait main ».

— L’amour seule solution humaine

L’amour est un terme vague qui comprend bien des acceptations. Cela pose problème dans la mesure où nous cherchons à en construire une théorie. 

Pour Erich Fromm, l’amour est avant tout une « réponse plénière au problème de l’existence » et prend forme entre des personnes.

Toutefois, il faut aussi parler de l’amour dans d’autres sens, tel que le sens religieux par exemple. Dans la suite de l’exposé, l’auteur complète son propos en analysant d’autres formes et conceptions de ce mot.

— Les formes imparfaites de l’amour par union symbiotique

La symbiose signifie « ensemble ». Le modèle biologique de la symbiose est « la relation entre la mère enceinte et le fœtus ». Il y a interdépendance complète des deux êtres. 

Au niveau psychologique, les formes d’attachement symbiotiques peuvent se diviser en deux :

Dans sa forme passive, la symbiose est masochisme ou soumission. Celle-ci peut prendre des modalités très diverses : soumission à une personne, au destin, à un objet de culte, etc.

Dans sa forme active, les psychanalystes parlent de sadisme ou de domination. Ici, c’est le sentiment d’emprise sur l’autre qui crée la fusion : un individu « se surestime et se valorise par incorporation d’une autre personne qui lui rend un culte ». C’est l’envers du masochisme. Toutefois, il faut noter que le sadique est aussi dépendant que le masochiste.

— L’amour accompli, pouvoir actif de participation

« En contraste avec l’union symbiotique, l’amour accompli est une union qui implique la préservation de l’intégrité, de l’individualisé. L’amour est chez l’homme (comme être humain) un pouvoir actif ; un pouvoir qui démantèle les murs séparant l’homme de ses semblables, qui l’unit à autrui ; l’amour lui fait surmonter la sensation d’isolement et de séparation, tout en lui permettant d’être lui-même, de maintenir son intégrité. Le paradoxe de l’amour réside en ce que deux êtres deviennent un et cependant restent deux. » (L’art d’aimer, Deuxième partie)

Pour Erich Fromm, il importe de comprendre que l’amour est une activité, un « prendre part ». Aimer, c’est avant tout donner et non « se laisser prendre » ou recevoir.

— Signification du don

Donner n’est pas « abandonner », comme nous le croyons trop souvent. Dans une optique créative, c’est un acte de puissance et de vitalité. Et cela, aussi bien chez l’homme que chez la femme.

Nous entendons trop souvent le mot « donner » dans un sens purement matériel. Souvent, nous plaçons ce mot en relation avec l’argent ou avec les biens (immobiliers ou autres). 

Pourtant, là où il est le plus important et le plus intéressant, c’est dans la sphère des relations proprement humaines. Dans les relations authentiquement humaines, donner et recevoir vont de pair :

L’élève instruit le maître qui l’instruit ;

L’acteur stimule son public qui le stimule ;

Le patient guérit le psychanalyste qui le guérit ;

L’amant reçoit l’amour qu’il donne à l’être aimé.

— Sollicitude de l’amour

Mais ce n’est pas tout. L’amour sincère n’est pas que don. Il est aussi sollicitude. C’est parfois l’un de ces autres noms. Pour Erich Fromm :

« L’amour est une sollicitude active pour la vie et la croissance de ce que nous aimons ». Erich Fromm

Lorsque vous « vous donnez la peine » d’aider un être (une chose ou une personne) à « croître », à grandir, vous témoignez de la sollicitude et donc, d’une forme d’amour qui est liée à un effort.

— Amour et responsabilité

Ce geste de sollicitude et de souci d’autrui va de pair avec une responsabilité authentique. Non celle de « devoir imposé », mais de la capacité de répondre de ce qui, pourtant, n’est pas nous.

En vous rendant responsable d’autrui, vous créez un lien entre lui et vous.

— Amour et respect

Le respect, c’est d’abord « regarder » (de respicere en latin). Respecter, c’est donc d’abord regarder l’autre dans sa singularité et non obéir à une norme. 

« Si j’aime l’autre personne, je me sens un avec elle, mais avec elle telle qu’elle est, non telle que j’ai besoin qu’elle soit en tant qu’objet pour mon usage », rappelle encore l’auteur. 

— Amour et connaissance

Pour que le respect prenne sa vraie valeur, il est nécessaire de connaître l’autre. Le regard bienveillant vis-à-vis de l’autre implique la connaissance intime et donc, aussi, l’empathie.

Cette connaissance est aussi un désir : nous voulons souvent « percer le secret » de nous-mêmes comme des êtres qui nous entourent. Et pourtant, nous n’y arrivons jamais complètement.

La violence peut alors intervenir : la volonté de savoir se faire désir d’emprise et de destruction pour mieux pénétrer à l’intérieur de ce qui reste inconnu. C’est pourtant un acte désespéré et qui mène à la ruine des deux parties.

La meilleure manière de connaître est l’amour. Amour et connaissance authentiques s’impliquent et se nourrissent l’un l’autre. 

— Amour, réunion de l’homme total : polarité masculine et féminine

La polarité est en chaque personne. Nous avons tous un pôle masculin et féminin : cela se confirme par la physiologie (les hormones que nous avons en commun) et au niveau psychologique.

Nous la retrouvons au niveau biologique, bien sûr, puisque l’ovule et le spermatozoïde créent un nouvel être. L’union de cette polarité est source de la perpétuation de l’espèce. Elle se retrouve d’ailleurs dans toute la nature.

— Erreur de Freud

Selon Erich Fromm, Freud a échoué à comprendre la dualité homme-femme. Pris dans des schémas de pensées patriarcaux, il a considéré à tort que la sexualité et la libido étaient avant tout des attributs masculins.

De ce fait, il a complètement manqué l’idée, à la fois physique et psychologique, de l’attirance sexuelle. Celle-ci ne se réduit pas à un besoin qui doit être déchargé, mais se fonde sur le besoin plus fondamental de l’union du féminin et du masculin.

2 — L’amour entre parents et enfants

Bébé, le petit humain s’identifie complètement à sa mère. Il y a fusion et, pour le dire avec la psychanalyse, état narcissique. La réalité de l’enfant se limite à ce qui le satisfait ou le frustre.

Quand l’enfant grandit, il se détache du giron maternel et apprend à donner un nom aux choses. La réalité s’agrandit et ne correspond plus seulement à ses désirs. Cela dit, il prend pour acquis (si tout se passe bien) qu’il est aimé et en sécurité.

Ce n’est qu’après 8 à 10 ans qu’il commence à inverser aussi le rapport : désormais, il sait qu’il peut aimer. Il lui faudra longtemps avant de porter cette connaissance à maturité (parfois jamais). 

Pour résumer ce passage, Erich Fromm dit : « L’amour infantile suit le principe : “J’aime parce que je suis aimé.” L’amour parvenu à maturité suit le principe : “Je suis aimé parce que j’aime.” »

Cette évolution de la capacité d’aimer est liée à l’évolution de l’amour de la mère vers le père (considérés ici comme des « idéaux types » ou des « archétypes » et non des personnes réelles).

Alors que l’amour maternel est inconditionnel, celui du père est conditionné à la façon d’agir. Les deux s’incorporent progressivement et, dans les cas heureux, s’équilibrent.

« En fin de compte, lorsqu’elle est à maturité, la personne est devenue sa propre mère et son propre père », dit encore le psychanalyste. Autrement dit, elle a intégré harmonieusement les exigences d’amour inconditionné et conditionné.

3 — Les objets d’amour

L’amour est une attitude ou « une orientation du caractère ». Nous l’avons dit aussi : pour Erich Fromm, c’est une faculté et un pouvoir. En ce sens, il est absurde de prétendre le figer sur un seul objet. 

C’est en ce sens que l’amour se diffuse et que, lorsque j’aime authentiquement une personne, j’aime aussi le monde et la vie.

Néanmoins, il y a bien des liens (au moins historiquement) privilégiés et des « formes d’amour d’après le type d’objet qui est aimé ». Voyons lesquels.

A. L’amour fraternel

L’auteur considère qu’il s’agit là de la forme la plus « fondamentale », car c’est celle qui est reliée à la sollicitude, à la responsabilité, au respect et à la connaissance (voir plus haut). 

Le sens de l’égalité fonde cet amour ; c’est celui par lequel nous nous entraidons et nous sortons de la misère. Dans l’amour fraternel, nous aimons l’être fragile qui ne nous apporte rien, mais que nous pouvons aider à remettre sur pied, à égalité.

B. L’amour maternel

Ici, il n’y a pas égalité, car l’amour de la mère est ce qui permet au petit humain de grandir. Celui-ci dépend de celle-là. 

Au-delà de ce simple souci de préserver l’enfant, la mère lui donne à goûter à la vie ; elle est capable de lui transmettre l’amour pour la vie.

Cet amour ne finit pas dans la fusion, mais au contraire dans la séparation. La mère aimante favorise ce départ de l’enfant et continue à aimer — d’une autre manière — une fois cette épreuve passée.

C. L’amour érotique (ou conjugal)

Les deux amours évoqués ci-dessus sont généralisables : vous pouvez passer d’un objet (« J’aime mon frère ») à une multiplicité (« J’aime tous mes frères »). 

En revanche, l’amour érotique est (le plus souvent) attaché à un seul objet aimé et rejette tout élargissement. Il est exclusif.

Dans l’amour érotique, nous cherchons à fusionner par une connaissance complète de l’autre, à la fois physique et psychique. Il cherche à trouver, sous les différences, une essence unique qui joint les deux êtres.

L’auteur insiste sur un point supplémentaire : la volonté. C’est grâce à elle que le couple peut se maintenir et que l’union peut prendre une forme stable. 

D. L’amour de soi

Contrairement à une pensée répandue, Erich Fromm distingue nettement amour de soi et égoïsme, ainsi qu’amour de soi et narcissisme. 

Pour lui, l’amour de soi, loin de s’opposer à l’amour de l’autre, va de pair avec lui. D’ailleurs, le précepte biblique : « Aime ton prochain comme toi-même » ne dit pas autre chose. 

E. L’amour de Dieu

Nous avons projeté sur un être parfait, hors de nous, nos propres caractéristiques. 

En fait, cela signifie implicitement que nous avons appris à nous aimer et à nous considérer comme « la “chose” la plus digne et la plus élevée de l’univers ». 

C’est ce que nous appelons anthropomorphisme. Approfondissons quelque peu la question dans les sections qui suivent.

— Passage des religions matriarcales aux religions patriarcales

Au cours de l’histoire humaine, nous sommes passés de religions matriarcales (fondées sur l’idée d’amour inconditionnel) à des religions patriarcales (fondées sur l’amour conditionnel).

Les religions matriarcales créent une foi en l’amour complet de Dieu. « Quoi que je fasse, Dieu m’aimera comme je l’aime ». À l’inverse, les religions patriarcales impliquent une foi fondée sur la justice et le châtiment : « Je serai digne de Dieu si j’agis bien ».

— Passage du principe anthropomorphique au principe monothéiste

Le principe anthropomorphique, nous l’avons signalé, renvoie à la personnification du Dieu à partir de caractéristiques humaines. 

Que la religion soit patriarcale ou matriarcale, nous projetons des traits humains et nous nous plaçons, à rebours, dans la situation de l’enfant.

En revanche, l’auteur fait une distinction originale avec le principe monothéiste, plus authentique. 

Dans ce cadre, nous devenons religieux lorsque nous n’attendons plus rien de Dieu. Le monothéiste croit en des principes qui sont certes « représentés » par Dieu, mais qui sont plus importants que lui.

— Logique aristotélicienne et logique paradoxale

L’auteur poursuit son enquête en opposant la logique aristotélicienne ou occidentale à la logique paradoxale ou orientale.

La première se fonde sur 3 principes :

Identité (A est A) ;

Non-contradiction (A n’est pas non A) ;

Tiers exclu (A ne peut être A et non-A, ni A ou non-A).

La seconde, en revanche, brouille les cartes et considère par exemple que A peut être non A. C’est une pensée que nous retrouvons notamment dans les philosophies chinoises (notamment le taoïsme) et indiennes (notamment le brahmanisme).

Pour Erich Fromm, la logique paradoxale permet d’aller plus loin dans notre compréhension du rapport à un être divin, infiniment supérieur. Si ce point vous intéresse, vous pouvez consulter en particulier les p. 108-111.

— Implications sur le plan religieux et éthique

Quelles sont les conséquences de ces réflexions ? 

Eh bien, selon l’auteur, l’amour de Dieu est avant tout un amour de soi-même. Dans une conception mature, nous nous rendons compte que « Dieu et moi, nous sommes un », dit encore Erich Fromm en citant un célèbre théologien médiéval.

— Amour de Dieu et amour des parents

Avant la maturité, nous considérons l’amour de Dieu sur le modèle de l’amour parental. Nous serons protégés ou punis, mais nous resterons sous la tutelle du Dieu.

Avec la maturité, nous incorporons les principes d’amour et de justice et ne considérons plus Dieu que sous l’aspect du langage poétique ou symbolique. 

Ces schémas sont souvent inconscients. La structure sociale en place, si nous n’y prenons pas garde, impose sa marque sur nos façons de considérer Dieu, mais aussi de vivre l’amour.

Troisième partie — L’amour et sa désintégration dans la société occidentale contemporaine

Pour Erich Fromm, la situation actuelle (en 1956, donc) n’est pas des plus enviables. Nous aurions perdu la capacité d’aimer authentiquement. Ce qui signifie aussi que nous nous réfugions, souvent, dans des comportements enfantins.

En fait, sous couvert d’amour authentique, ce sont des « contrefaçons » qui proliféreraient à foison. Mais quelles sont-elles ? Et comment les analyser ? C’est ce que nous allons voir maintenant.

La structure du capitalisme

Le capitalisme repose sur la liberté politique (libéralisme politique) et sur le marché comme régulateur des échanges économiques et sociaux (libéralisme économique).

Dans ce système, ce sont les possédants des moyens de production (une usine, par exemple) qui sont en mesure d’acheter la force de travail des personnes et donc de dicter leurs conditions.

Aujourd’hui, le capitalisme se caractérise par un haut niveau de bureaucratie (organisation rationnelle du capital et du travail). Et la règle qui gouverne le grand nombre est le conformisme, dont nous avons évoqué les traits plus haut.

Conséquences : l’homme-marchandise

« L’homme moderne a perdu contact avec lui-même, avec autrui et avec la nature », dit l’auteur. Il s’est oublié lui-même et surmonte sa solitude dans les « divertissements » qui lui sont proposés.

La routine « métro, boulot, dodo » le maintient dans un semblant d’union avec ses semblables. De temps en temps, il éprouve la nostalgie de la fusion orgiaque et se plaît à faire la fête et à aller au spectacle.

Mais la joie n’y est plus. Et il ressemble davantage à un automate (le travailleur salarié est une forme de marchandise pour son patron) prêt à ingurgiter n’importe quelle autre marchandise.

L’amour comme relation d’équipe

Pour l’auteur, l’un des effets de cette société sur l’amour est de modifier le sens de ce mot en en faisant une « relation d’équipe ». C’est un thème qui revient souvent dans les films états-uniens. 

L’idée est, dans ce genre de couple, de fonctionner le plus efficacement possible en permettant à l’autre de réaliser ces projets et en lui offrant du confort. 

Chacun prétend y trouver un refuge, un cocon qui lui permettra d’échapper au monde.

Primat de la technique sexuelle

À partir de la Première Guerre mondiale, des spécialistes ont estimé que la maîtrise de la sexualité permettait de rendre le couple heureux et donc de fortifier l’amour. C’est une conception que nous avons conservée dans la société actuelle.

Pourtant, c’est l’inverse qui est vrai : si nous avons des problèmes d’ordre sexuel, c’est d’abord — si nous évacuons les dysfonctionnements purement physiques — en raison d’une incapacité à aimer.

Nous ne savons pas comment nous unir à l’autre ; nous en avons peur et refusons de nous abandonner à lui. C’est la reprise en main de notre capacité à aimer qui nous libère des problèmes sexuels.

Réduction de l’amour à la sexualité chez Freud

Freud et ses disciples ne sont pas pour rien dans la croyance en ce « primat de la technique sexuelle ». En effet, le père de la psychanalyse a contribué à répandre l’idée d’une réduction de l’amour au sexe.

Pourtant, Erich Fromm considère qu’il faut plutôt renverser la cause et l’effet : Freud aurait été influencé par les conceptions de son temps, c’est-à-dire par l’idéologie capitaliste et le matérialisme scientiste qui régnaient au XIXe siècle.

L’élément qui se modifie après 1918 est le suivant : désormais, l’épargne et la retenue comme preuves de réussite économique et sociale sont dévalorisées au profit de la dépense et de la consommation.

Ce renversement coïncide avec la théorie freudienne de la satisfaction plénière et non inhibée des désirs instinctuels. 

Sullivan et l’égoïsme à deux

Contrairement à Freud, le psychiatre et psychanalyste Henri Stack Sullivan établit une claire distinction entre amour et sexualité. Toutefois, ce dernier ne parvient pas à dépasser l’idée d’amour comme « relation d’équipe ».

Cette conception de l’amour est celle d’un « égoïsme à deux », c’est-à-dire d’un enfermement dans une bulle hors du monde à priori vécu comme hostile.

Dans la suite du chapitre, Erich Fromm étudie quelques formes pathologiques de l’amour dans les sociétés actuelles.

Formes d’amour névrotique d’origine familiale

Il arrive souvent que l’une des personnes au sein du couple, voire les deux, en soit restée à un stade infantile d’amour. Dans ce cas, il ou elle cherche une figure parentale à aimer sous couvert d’amour conjugal.

La forme la plus connue et peut-être la plus répandue est celle de l’amour névrotique qui unit un homme immature à une femme pensée comme une mère. Le conjoint attend de sa compagne un amour inconditionnel et une protection.

À l’inverse, certains hommes peuvent avoir été davantage influencés par la figure paternelle. Dans ce cas, ils font souvent une belle carrière, mais demeurent assez froids avec leurs partenaires féminines, ce qui déçoit celles-ci et finalement les éloigne.

Autre exemple : les conséquences d’un couple qui ne s’aime pas, mais qui « joue les apparences ». L’enfant qui vit dans cet environnement familial est susceptible de développer, adulte, un sentiment amoureux empreint de correction et d’absences.

Autres formes pathologiques de l’amour

Une autre forme d’amour pathologique est l’amour idolâtre. Celui-ci est d’office déçu, car personne n’est capable de tenir longtemps le rôle de l’idole. Face à la réalité, l’adorateur perd ses illusions et ne trouve que déception. 

L’amour sentimental en est une autre forme. Ici, l’amour se vit par procuration dans une foule d’objets culturels (films, livres, etc.). Ce type d’amour, qui peut être vécu au sein même du couple, est fait de rêveries et d’évitement. I

L’auteur traite aussi de l’amour basé sur des mécanismes projectifs. Chacun, dans ce cas, devient le miroir de l’autre. Vous accusez l’autre des défauts que vous ne voulez pas voir (et surtout accepter) chez vous. 

Si les deux partenaires agissent de la sorte, le développement devient impossible. À noter également : ce phénomène se produit souvent vers les enfants, qui se retrouvent chargés de devoir réussir la vie que l’un des parents (ou les deux) pense avoir manquée.

Autre forme problématique : penser que l’amour implique nécessairement l’absence de conflit ou de violence. Au contraire, il importe de voir que les conflits réels (non issus de mécanismes projectifs) peuvent être porteurs d’un renouveau.

Désintégration de l’amour de Dieu

La déliquescence de l’amour religieux sincère est le fruit de la société d’automates dans laquelle nous vivons. Si regain de religion il y a, c’est avant tout celui d’un amour idolâtre inauthentique.

Quatrième partie — La pratique de l’amour

Il est temps d’en venir à l’art d’aimer à proprement parler et à sa pratique. Toutefois, nous sommes face à deux problèmes, reconnaît ici Erich Fromm :

« Est-il possible d’apprendre quelque chose sur la pratique d’un art, sinon en le pratiquant ? »

« La plupart des gens (…) s’attendent à ce qu’on leur donne des recettes sur la manière de s’y prendre, ce qui signifie dans notre cas qu’on leur apprenne comment aimer. » (L’art d’aimer, Quatrième partie)

Si c’est ce à quoi vous vous attendez, vous serez déçu. Car c’est une expérience éminemment personnelle. Toutefois, nous pouvons « réfléchir sur les prémisses de l’art d’aimer », dit l’auteur. Penchons-nous donc sur ce qu’il nous propose.

Ce que requiert la pratique de tout art

Tout comme la cuisine ou la danse, l’amour a des exigences générales. La première d’entre elles est la discipline. Pour exceller en quelque chose, il faut s’y astreindre, y passer du temps.

Deuxième exigence de base : la concentration. Elle va de pair, vous le devinez, avec la discipline. Se plonger dans une activité exige une attention soutenue sur l’objet à réaliser (nous verrons ce qu’il en est dans le cas de l’amour).

Troisième exigence : la patience. Il n’est pas suffisant de se consacrer et de se concentrer. Il faut admettre, accepter que la maîtrise prend du temps. Nous avons tous envie d’aller vite. Pourtant, c’est dans la durée que s’établit l’excellence.

Enfin, le souci est une exigence générale de la pratique d’un art qui vaut pour l’amour également. Vous devrez vouloir l’excellence, et non pas en restant à un usage dilettante. Dans ces conditions, la personne doit se modeler en profondeur pour accueillir cet art.

« Pour ce qui est de l’art d’aimer, cela signifie que quiconque aspire à devenir un maître dans cet art doit commencer par pratiquer la discipline, la concentration et la patience dans chaque phase de sa vie », conclut Erich Fromm. Erich Fromm

— Pratique de la discipline

Précisons le premier point. La discipline doit devenir un style de vie plaisant que nous recherchons et non être ressenti comme une contrainte extérieure. 

Parmi les aspects pratiques de la discipline, vous trouverez par exemple l’importance du sommeil et des repas. Se lever tôt, manger peu sont des règles d’ascèse assez connues.

— Pratique de la concentration

C’est un point particulièrement difficile à mettre en place. Nous voulons être sans cesse connectés. Pourtant, la concentration demande de savoir demeurer seul avec soi-même.

« Il sera utile de pratiquer quelques exercices très simples tels que, par exemple, se tenir assis dans une position de détente (ni molle ni rigide), fermer les yeux et imaginer un écran blanc, en veillant à écarter toutes les images et pensées qui viendraient interférer ; suivre sa respiration, non point y réfléchir ou la contraindre, mais s’efforcer de la suivre, et ce faisant, de la sentir ; enfin, essayer d’avoir le sentiment de son Je ; Je = moi-même, commencer de mes forces, comme créateur de mon monde. Il faudrait, au moins, faire ces exercices de concentration chaque matin durant vingt minutes (et si possible plus longtemps) et chaque soir avant de se coucher. » (L’art d’aimer, Quatrième partie)

Cela vous fait penser à la méditation de pleine conscience ? Ce n’est pas un hasard !

— Sensibilisation à soi-même

Cette exigence est très liée à la concentration. Il ne s’agit pas de penser au sens fort de réfléchir, mais d’être dans un état d’ « écoute flottante » (comme le disent les psychanalystes).

Dans cet état, vous êtes réceptif, sans pour autant être préoccupé. Vous prenez conscience de vos états sans les rationaliser ; à la place, vous écoutez plutôt votre intuition.

Cette sensibilisation à soi-même est un souci constant pour l’amélioration de l’art d’aimer. Il est l’équivalent du champion de course qui apprend à connaître le moindre bruit bizarre de sa moto, ou du violoniste qui écoute son corps et prend soin de son instrument.

Exigences propres à l’amour : l’objectivité, remède au narcissisme 

Narcissisme et objectivité s’opposent :

Le narcissisme est l’incapacité à voir les choses telles qu’elles sont — nous préférons les voir telles qu’elles nous paraissent devoir être.

L’objectivité est la capacité à voir les choses telles qu’elles sont, même si cela contredit nos désirs.

Le psychotique est celui qui est incapable d’objectivité. Le rêveur, également, est un Narcisse endormi. 

Au quotidien, nous diffusons tous de petites doses de narcissisme. Et ce n’est pas que l’apanage des individus. Les États, par exemple, préfèrent parfois voir le monde tel qu’ils veulent — et non tel qu’il est.

Pour contrer ce phénomène, il nous faut utiliser la faculté de penser objectivement, à savoir la raison. Celle-ci est sous-tendue par un affect : l’humilité, qui implique le rejet de l’omniscience et de l’omnipotence.

Humilité, objectivité et raison doivent nous accompagner sur le chemin de l’art d’aimer. 

— Foi rationnelle et foi irrationnelle

Pour aimer, il est important d’avoir la foi. Qu’est-ce que cela signifie ? L’auteur parle-t-il ici de religion ? Non ! La foi est d’abord liée au phénomène de la croyance et aussi — plus profondément — de la confiance ou de la conviction.

C’est justement ce qui différencie foi rationnelle et foi irrationnelle selon Erich Fromm :

La première se fonde sur la « certitude et la fermeté qui marque nos convictions ».

La seconde s’appuie sur « la soumission à une autorité (idée, personne, divinité) ».

Les grands scientifiques eux-mêmes se remarquent à leur foi rationnelle. Avant d’aboutir à une nouvelle théorie, ils ont tous dû faire un saut — une hypothèse — et croire en sa portée intellectuelle, en sa fécondité. Cela leur a souvent demandé du courage.

Mais la foi rationnelle et le courage se retrouvent aussi dans l’existence ordinaire. Quand nous « avons foi » en nos frères et quand nous nous « confions » à eux, par exemple. 

Nous avons souvent peur d’aimer, dit Erich Fromm. Car « aimer signifie se compromettre sans garantie, se livrer sans réserve, en espérant que notre amour engendrera l’amour dans l’aimé », précise l’auteur. 

Or la foi et le courage nous sont ici d’un grand secours. En fait, l’amour est « un acte de foi », c’est-à-dire un saut dans l’inconnu. Et pour oser se lancer, reconnaissez qu’il faut une certaine dose de courage !

— Orientation active et productive

L’amour est activité. Pour le dire autrement : c’est se tenir dans un état d’intérêt vis-à-vis de l’être aimé et de la vie en général. Il ne peut y avoir d’amour dans la paresse et l’ennui. 

Cela dit, inutile de courir et de s’agiter en tous sens : c’est au contraire l’usage productif et créatif de nos facultés qui compte. Faites primer la qualité et l’intensité sur la quantité et la dispersion.

« Pour aimer, nous devons nous tenir dans un état d’évidé intense, de puissance vitalité, qui implique nécessairement une orientation productive et active en de nombreuses sphères de la vie. » (L’art d’aimer, Quatrième partie)

— Distinction entre amour et équité

L’amour se diffuse dans toutes nos relations, et pas seulement à l’égard d’une seule personne. Lorsqu’il devient un trait de caractère intégré, l’amour ne connaît nulle « division du travail », dit Erich Fromm.

À défaut, nous cherchons — et c’est déjà quelque chose — à être équitables. L’équité est l’absence de fraude et de triche. Faute de fraternité, nous garantissons la sécurité des échanges par l’équité.

Il y a pourtant une grande différence. Dans l’amour, nous nous sentons responsables des autres et unis à eux. Avec l’équité, nous commençons détachés les uns des autres et, une fois la transaction terminée, nous nous estimons « quittes ».

Pratique de l’amour dans la société actuelle

L’amour authentique, tel qu’il a été enseigné dans ce livre, est-il une folie ? Est-il impossible de le mettre en œuvre dans la société actuelle ? Pour l’auteur, pas complètement.

Erich Fromm soutient que, même s’ils s’opposent théoriquement, amour et travail peuvent fonctionner ensemble. Au moins dans certaines professions ; celles où le mensonge n’est pas la règle comportementale de base. 

Toutefois, il faut bien admettre que l’amour sincère ne peut rester que marginal dans une société où le travail et l’échange économique ont pris le dessus. Faire de l’amour un style de vie social et non individuel impliquerait des changements que ce livre ne peut aborder.

Pourtant, Erich Fromm veut y voir une foi rationnelle et non un désir délirant : 

« La foi dans la possibilité de l’amour comme phénomène social, est non comme phénomène individuel d’exception, est une foi rationnelle qui se fonde sur l’intuition de la véritable nature de l’homme », affirme-t-il en conclusion de son ouvrage.

Conclusion sur « L’art d’aimer » de Erich Fromm :

Ce qu’il faut retenir de « L’art d’aimer » de Erich Fromm :

Ce livre est un classique. Il se situe au croisement de la philosophie, de la psychologie et du développement personnel. 

Les analyses peuvent surprendre le lecteur distrait : il ne s’agit nullement de recevoir des conseils sur l’amour conjugal afin de « réussir sa vie de couple ». En fait, le thème est beaucoup plus large.

L’art d’aimer est un livre de réflexion sur le rôle de l’amour dans la société contemporaine et sur les façons actuelles que nous avons de le pratiquer. Il offre un regard critique sur nos attitudes contemporaines, tout en nous proposant une autre voie.

Cette voie se rapproche étonnamment des sagesses orientales et, notamment, de la méditation. Adopter une attitude de gratitude, d’humilité, d’attention consciente aux choses. Voilà des conseils généraux mais qui, à coup sûr, résonneront à vos oreilles !

Et si ce n’est pas le cas, nous vous conseillons de découvrir d’autres chroniques de ce site qui vont dans le même sens. Et pourquoi pas, par exemple, celle-ci : De l’art du bonheur ?

Points forts :

Un livre érudit par un intellectuel reconnu ;

Une argumentation très claire, malgré certaines difficultés théoriques  ;

Des exemples d’amours problématiques qui nous permettent d’analyser nos relations ;

Une réflexion plus large sur le rôle de l’amour dans les relations sociales.

Point faible : 

Je n’en ai pas trouvé, sinon que le livre est déjà ancien. Mais avec un peu d’imagination, vous trouverez très facilement comment le mettre au goût du jour ! 

Ma note :

★★★★★

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Mon, 27 Nov 2023 17:00:00 +0100 http://www.olivier-roland.fr/items/view/12671/Lart-daimer
L’intelligence artificielle pour les nuls http://www.olivier-roland.fr/items/view/12662/Lintelligence-artificielle-pour-les-nuls

Résumé de "L'intelligence artificielle pour les nuls" de John Paul Mueller et Luca Massaron : voici un livre qu'il vous faut lire si vous voulez comprendre les enjeux de ces nouvelles technologies qui prétendent changer notre vie et nos façons de travailler — un ouvrage de vulgarisation technique complet qui répondra à toutes vos interrogations sur le fonctionnement et les défis posés par l'IA.

Par John Paul Mueller et Luca Massaron (pour l'adaptation française), 2022, 420 pages.

Titre original : "Artificial intelligence for dummies".

Chronique et résumé de "L'intelligence artificielle pour les nuls" de John Paul Mueller et Luca Massaron

Introduction

Il y a beaucoup de discours contradictoires sur l'intelligence artificielle (IA), des plus optimistes aux plus pessimistes. Ce livre cherche à faire le point en étudiant le rôle des IA dans nos vies quotidiennes. Il aborde aussi la question des limites — techniques et éthiques — de ces technologies.

Partie 1. Introduction à l'IA

Chapitre 1. Introduction à l'IA

"Chacun a de l'IA une vision différente", affirment les auteurs. Cela ne facilite ni sa compréhension ni son développement.

L'intelligence artificielle, qu'est-ce que ça veut dire ?

Il faut d'abord distinguer entre différents types d'activités mentales reprises sous le nom d'intelligence :

Apprentissage ;

Raisonnement ;

Compréhension ;

Perception de la vérité ;

Vision des liens ;

Prise en compte du sens ;

Distinction entre les faits et les croyances ;

Etc.

Malgré cette diversité, l'intelligence suit un processus qui peut être imité ou simulé par une machine :

Élaboration d'un objectif ;

Estimation de la valeur d'une information pour l'atteinte de l'objectif ;

Manipulation de données ;

Définition des valeurs de vérité entre informations nouvelles et existantes ;

Évaluation de l'atteinte de l'objectif ;

Modification de l'objectif en fonction de nouvelles données ;

Répétition jusqu'à la réussite/échec (trouvé vrai/trouvé faux).

Pour comprendre ce que les ordinateurs peuvent faire, il peut être utile de se rapporter à la théorie des intelligences multiples de Howard Gardner (voir le tableau 1.1. p. 12-14).

En fait, il est important de comprendre que "l'IA, en réalité, n'a rien à voir avec l'intelligence humaine". L'IA "simule" l'intelligence grâce à des algorithmes.

Comprendre l'histoire de l'IA

Les débuts de l'IA ont lieu aux États-Unis, à Darmouth, dans les années 50. Les premières expériences ont lieu avec la logique symbolique. Au début, les scientifiques tentèrent d'imiter le fonctionnement du raisonnement humain (tel qu'ils le comprenaient à l'époque). Cela a donné des résultats, mais plutôt décevants par rapport à ce qui était attendu.

Les systèmes experts ont ensuite fait leur apparition. Nous en utilisons toujours aujourd'hui (les correcteurs d'orthographes, par exemple). Ce type de recherche a connu ses beaux jours dans les années 70 et 80, avant d'être relégué au second plan dans les années 90.

Ensuite vint "l'hiver des IA". L'engouement s'est réduit (financier, scientifique, etc.). Mais au début des années 2000, de nouvelles découvertes ont vu le jour. De nouvelles théories et groupes de recherche naissent et se développent rapidement.

À l'heure actuelle, c'est la "tribu" de l'apprentissage profonds qui connaît le plus de succès. Nous verrons plus bas de quoi il s'agit.

Recenser les applications de l'IA

Voici quelques applications d'utilisations de l'IA déjà mises en place :

Détection des fraudes ;

Planification des ressources ;

Analyse complexe ;

Automatisation ;

Services à la clientèle ;

Systèmes de sécurité ;

Efficience des machines.

Éviter l'emphase et la surestimation concernant l'IA

Voici maintenant les 5 tribus de l'IA et de l'apprentissage machine dont nous parlions plus haut :

Symbolistes (leur truc, c'est la logique et la philosophie) ;

Connexionnistes (eux, ils sont branchés neurosciences) ;

Évolutionnistes (les biologistes du coin) ;

Bayésiens (pros de la statistique) ;

Analogistes (ou la psychologie appliquée aux machines).

À terme, l'objectif serait de fusionner toutes ces approches pour créer un ou plusieurs "algorithme(s) maître(s) (...) capable(s) d'apprendre quelque chose". Même si des scientifiques y travaillent, nous sommes encore loin du compte.

Il faut donc être prudent et ne pas succomber aux sirènes médiatiques qui nous annoncent la révolution IA tous les deux ou trois ans. En tant qu'utilisateurs, nous devons rester calmes et ne pas surestimer leur puissance.

Chapitre 2. Définir le rôle des données

Les données sont la "nourriture" des centres de calcul. Ce qui change aujourd'hui, c'est leur nombre et leur diversité. "L'utilisation de matériels sophistiqués et les progrès réalisés dans les algorithmes font que les données sont aujourd'hui la ressource universelle de l'IA", rappellent les auteurs.

Constater que les données sont aujourd'hui omniprésentes

Il existe différents types de données. Mais avant d'aller plus loin, il faut prendre la mesure du "big data" (grandes données). C'est la grande nouveauté. Les données sont vastes, si vastes que de nouveaux outils d'analyse sont nécessaires pour les stocker et les traiter.

Où sont créées et distribuées ces données ? Sur Internet, principalement. Et plus encore depuis la naissance du web 2.0 (collaboratif, avec les réseaux sociaux et le peer-to-peer, etc.).

Tous nos équipements contemporains — de l'ordinateur au mobile, en passant par les appareils domestiques connectés — récoltent des données qui sont (ou peuvent être) ensuite traitées ailleurs.

Aujourd'hui, ce sont principalement les algorithmes fonctionnant avec l'apprentissage profond qui sont capables de traiter ces grands amas de données.

Exploiter les données avec succès

Avoir des données ne suffit pas à améliorer les IA. Il faut les recueillir, les manipuler, puis seulement les analyser. Pour la récolte, vous aurez besoin de capteurs qui sont de toutes sortes (voir p. 36). Ce sont eux qui seront capables de vous fournir des données fiables.

Parfois, ce sont les humains qui introduisent eux-mêmes leurs données (sur Facebook ou dans un formulaire du registre national en ligne, par exemple). Mais vous pourrez aussi recourir à l'automatisation de la collecte de données.

Dans tous les cas, vous devrez vous assurer d'agir avec éthique (ce qui n'est pas toujours facile). Voici quelques recommandations :

Obtenir la permission ;

Utiliser des techniques d'assainissement des données ;

Éviter l'inférence des données ;

Éviter les généralisations (p. 41-42).

Adapter les données

Vous n'aurez que rarement des données "parfaites". Vous devrez faire avec des données manquantes et prendre en compte des discordances entre certaines d'entre elles. Par ailleurs, vous devrez faire le tri entre les données utiles et celles qui ne vous apporteront rien.

Autrement dit, comme vous pouvez le constater, les données sont loin d'être simplement "données". Il faut un long travail pour les "obtenir".

Tenir compte des 5 types de données incorrectes

Vous devrez être particulièrement vigilant, lors de la récolte, à exclure ces 5 types de données :

Mensonges ;

Omissions volontaires ;

Erreurs de perspectives ;

Biais cognitifs (sur ce point, voir Système 1/système 2) ;

Mauvais cadres de référence (quand vous ne parlez pas de la même chose, vous ne pouvez pas vous comprendre).

Définir les limites de l'acquisition des données

Bien sûr, il convient aussi de définir des limites à l'acquisition des données. Pourquoi accumuler tant de data ? Pour faire quoi ? "Il importe d'adapter l'acquisition de données aux questions auxquelles il faut répondre", rappellent les auteurs.

Sans questionnement préalable, la récolte pourrait bien être absurde ! Si vous êtes en situation de récolter et d'analyser des données, assurez-vous donc d'avoir clairement défini, au préalable, les choses que vous voulez savoir.

Prendre en compte les problèmes de sécurité des données

L'accessibilité des données ne va pas de soi. Certains utilisateurs biaisent volontairement leurs données (dans le domaine politique ou médical, par exemple). Par ailleurs, certaines données peuvent être corrompues par des sources humaines ou des machines (botnets, attaques de virus, etc.).

Chapitre 3. Réfléchir à l'utilisation des algorithmes

Les données sont capitales. Plus encore que le perfectionnement de l'algorithme. C'est en tout cas l'avis de spécialistes en création de modèles de langage. Mais allons un peu plus au fond des choses.

Comprendre le rôle des algorithmes

"Un algorithme est une procédure, c'est-à-dire une succession d'opérations, généralement exécutée par un ordinateur, qui garantit l'aboutissement à la solution correcte d'un problème dans un temps fini, ou qui vous dit qu'il n'existe aucune solution." (L'intelligence artificielle pour les nuls, p. 58)

En soi, ce n'est rien de très nouveau et nous utilisons déjà des IA appuyées sur des algorithmes plus ou moins simples tous les jours, depuis les systèmes intelligents d'ouverture de porte de garage jusqu'à Alexa ou Siri.

Les auteurs abordent ensuite des questions techniques liées à la compréhension plus fine des premiers algorithmes ayant servi au développement des IA :

Les plans et ramifications (comment construire des graphes de résolution de problèmes en créant des espaces d'états et des moyens de "traverser" les graphes) ;

Les jeux qui opposent des joueurs (l'exemple type est le morpion, aussi appelé OXO) ;

La recherche locale et les heuristiques.

Découvrir la machine qui apprend

Les algorithmes présentés ci-dessus peuvent résoudre des problèmes de type "sudoku". Mais certains problèmes de la vie réelle sont plus compliqués. Le diagnostic d'une pathologie ou la détection d'une fraude à l'assurance, par exemple, demandent d'autres compétences et — surtout — plus de flexibilité.

Les systèmes experts forment des moyens plus subtils de répondre à ce type de tâche (les auteurs donnent l'exemple de MYCIN et DENDRAL).

Autre solution : faire intervenir l'apprentissage machine. C'est ce qui a été utilisé par Google et son IA AlphaGo, qui a réussi à vaincre plusieurs champions du Go (un jeu de table plus complexe que le jeu d'échecs).

Chapitre 4. Innover avec un matériel spécialisé

Pour que l'IA fonctionne bien, et même mieux, il faut développer des matériaux nouveaux. Le matériel informatique reste la base de tout développement et progrès en ce domaine. Par ailleurs, il faut aussi apprendre à améliorer la relation humain/machine.

Utiliser un matériel standard

Mieux vaut se fier à ce qui a déjà fait ses preuves, au moins dans un premier temps. Si vous devez développer une IA, vous vous appuierez donc sur des systèmes pérennes et standards dans ce domaine. En l'occurrence, l'architecture de von Neumann (du nom de l'inventeur de l'informatique) fait encore référence, même si elle a des défauts (qui sont répertoriés page 80).

S'appuyer sur de nouvelles techniques de calcul

Certaines nouvelles techniques peuvent paraître géniales, mais c'est parfois juste un effet d'annonce. Il faut donc rester vigilant, surtout si vous souhaitez expérimenter en la matière. Neural Magic est une technique intéressante, mais elle nécessite d'avoir un matériel informatique robuste.

Les auteurs parlent également du Sub-Linear Deep Learning Engine (SLIDE) qui change complètement la façon traditionnelle d'exécuter les tâches.

Utiliser des processeurs graphiques (GPU)

Ceux-ci sont très performants. Ils s'adjoignent au processeur central (CPU) afin d'en accroître les performances, notamment dans le traitement des images, un thème brûlant de l'IA depuis les années 2010 au moins.

Travailler avec des processus d'apprentissage profond

Ici, il faut différencier entre :

Le DLP pour deep learning processor ou processeur d'apprentissage profond, encore étudié par les universitaires ;

Et le NPU pour neuronal processor unit ou unité de traitement neuronal, qui est issu du premier et qui a fait l'objet d'utilisations commerciales ;

Et le TPU pour tensor processing unit créé par Google sur la même base, pour des utilisations spécialisées.

Créer un environnement de traitement spécialisé

En revanche, l'apprentissage profond est incompatible avec les architectures classiques de type Von Neumann. Les spécialistes (dont l'Agence de recherche du ministère de la Défense US et IBM) ont donc conçu d'autres dispositifs, dont SyNAPSE (Systems of neuromorphic adaptative plastic scalable electronics).

Les matériels se font de plus en plus performants et la compétition est rude (entre Google et Microsoft, entre autres).

La course aux capteurs toujours plus sensibles est également lancée. L'objectif ? Rendre les IA encore plus réceptives à leurs environnements et, donc, plus capables d'interagir avec lui.

Partie 2. Recenser les utilisations de l'IA dans la société

Chapitre 5. Faire le tour des utilisations de l'IA dans les applications informatiques

La correction (d'erreurs, au sens large) et la suggestion (propositions en tout genre) sont actuellement les deux manières par lesquelles les IA répondent à nos besoins.

Prenons une voiture "intelligente" : celle-ci corrige les erreurs de conduite et suggère des itinéraires plus rapides. Ce sont déjà des fonctions que nous connaissons (conduite assistée et GPS, notamment).

Avoir une idée des applications les plus courantes

Il y a certaines applications déjà courantes de l'IA. Voici celles citées par les auteurs :

Créativité artificielle (les auteurs citent Chat GPT un peu plus haut) ;

Vision par ordinateur, réalité virtuelle et traitement d'image ;

Diagnostics ;

Reconnaissance de visages ;

Jeux de tous types ;

Reconnaissance d'écriture manuscrite ;

Traitement automatique du langage naturel, traduction automatique, agents conversationnels ;

Contrôle non linéaire et robotique ;

Reconnaissance optique de caractère ;

Reconnaissance de la parole.

L'un des plus gros problèmes à ce jour concerne les deepfake ou hypertrucage. Il faut donc mettre en balance les exploits de l'IA avec ses risques.

Voici quelques autres applications, plus spécifiques (ou en cours de recherche) :

Vie artificielle ;

Raisonnement automatisé ;

Exploration de données ;

Représentation des connaissances ;

Résolution des contentieux ;

Robotique ;

Web sémantique ;

Etc.

Etudier les erreurs de l'IA

"On parlera d'erreur pure et simple quand le résultat d'un processus, compte tenu des inputs, n'est correct en aucun cas, c'est-à-dire quand la réponse n'est pas adaptée du tout à la requête." (L'intelligence artificielle pour les nuls, p. 111)

Les erreurs sont nombreuses et les développeurs ne savent pas toujours pourquoi elles ont lieu. Ces erreurs peuvent avoir de conséquences graves dans certains cas. Toutefois, la plupart du temps, cela ne doit pas nous inquiéter outre mesure. Rappelons-nous simplement que l'IA ne pense pas !

Chapitre 6. Automatiser des processus courants

Élaborer des solutions contre l'ennui

Nous pouvons également renverser la conclusion précédente : les IA peuvent nous aider là où nous, humains, faisons des erreurs.

Selon les auteurs, qui s'appuient sur plusieurs études, les personnes au travail font souvent des erreurs lorsqu'ils s'ennuient. Les IA peuvent aider à réaliser ces tâches ennuyeuses.

Il est également possible d'élaborer des solutions efficaces contre l'ennui, en rendant les tâches plus intéressantes ou en permettant aux personnes de travailler plus efficacement.

Par contre, une IA ne pourra pas vous motiver ou vous dire ce que vous pourriez faire pour vaincre l'ennui. Mais rappelez-vous : l'ennui est aussi une condition de la pensée créative !

Travailler dans un contexte industriel

L'automatisation est un problème ancien, qui commence dès les débuts de l'industrialisation et même — à en croire les auteurs — dès le XIe siècle dans les chantiers navals de Venise !

Les IA peuvent aider à améliorer l'automatisation et à rendre le travail encore plus efficace. C'est vrai en l'associant à la robotique, mais pas seulement. Une question se pose alors : si nous automatisons tout, que feront les humains ?

Créer un environnement sécurisé

La sécurité n'est pas toujours garantie. En milieu industriel, c'est encore plus vrai. L'automatisation aide à être plus efficace, mais pas nécessairement à sécuriser certaines tâches. Les IA peuvent assister les humains dans leurs difficultés avec l'automatisation.

Mais ce n'est pas le seul endroit où l'IA pourrait améliorer la sécurité : c'est vrai aussi dans la vie quotidienne et même lorsque nous surfons sur le Net (l'IA pourrait nous aider à ne pas laisser traîner des données sensibles ou à nous prévenir de la présence de virus).

En revanche, l'IA ne pourra pas rendre le monde totalement sécurisé. La réponse de l'IA interviendrait toujours trop lentement au regard de notre irrésistible capacité à inventer de nouveaux problèmes et dangers !

Chapitre 7. Utiliser l'IA pour répondre à des besoins médicaux

L'IA peut aider le médecin, qui est confronté à de nombreux défis et qui doit mettre à jour régulièrement ses connaissances, après avoir déjà passé une dizaine d'années à l'université (en moyenne). Les auteurs se penchent sur certaines solutions techniques dans ce chapitre.

Mettre en œuvre une surveillance portative pour le patient

C'est l'une des voies à suivre pour améliorer le monitoring régulier des patients. Il y a certains moniteurs portables qui sont utiles, voire essentiels au bien-être des plus fragilisés ou des personnes avec des maladies chroniques (diabète, par exemple).

Rendre les gens plus capables

Rester en bonne santé plus longtemps est également un objectif souhaitable. Et il peut être atteint grâce — entre autres — à des techniques incluant l'IA.

Il y a d'abord des jeux qui peuvent aider à conserver motricité et capacités cognitives. Les consoles telles que Nintendo Wii ou Xbox 360 sont utilisées dans des programmes de physiothérapie, par exemple.

Au-delà des jeux pour rester en bonne santé, il existe déjà des ingénieurs s'intéressant à la création d'exosquelettes pour aider les personnes en souffrance à retrouver la mobilité.

Assurer une série de capacités physiques

Chacun est différent, avec ses forces et ses faiblesses. Les yeux d'untel seront plus vite fatigués, tandis qu'un autre aura plus rapidement mal aux jambes après une marche de 10 km, etc.

Pour nous aider dans nos tâches quotidiennes et permettre aux moins valides d'accéder aux technologies numériques, des solutions logicielles sont mises en place (comme les lecteurs d'écran pour les personnes malvoyantes, par exemple).

Au-delà des simples programmes disponibles sur nos ordinateurs, des solutions intégrant robotique et logiciels avec IA peuvent être pensées (c'est déjà le cas des exosquelettes évoqués ci-dessus). Différents types de prothèses ou de systèmes de pilotage sont d'ores et déjà imaginés pour aider les patients à recouvrer leurs capacités.

Mais que se passera-t-il quand ces dispositifs permettront à ces patients de surpasser les capacités physiques humaines ? Ou lorsque des personnes saines décideront de les employer ? Est-ce que cela est irrévocable ? Nous devrons réfléchir au caractère souhaitable de ces évolutions.

Exploiter de nouvelles méthodes d'analyse et de diagnostic

La téléprésence est la technologie qui permet à quelqu'un de consulter une personne tout en étant ailleurs. Elle est souvent combinée à la réalité virtuelle (plongée dans un monde virtuel) et à la réalité augmentée (ajout d'éléments numériques à la réalité présente).

Vous avez peut-être entendu parler de téléopérations qui ont déjà eu lieu dans le monde. Mais nous pouvons imaginer des systèmes qui permettent aux professionnels de santé d'intervenir auprès des patients à leur domicile, sans avoir besoin de s'y rendre.

Concevoir de nouvelles techniques chirurgicales

L'IA peut être utile pour formuler des suggestions et assister un chirurgien dans son diagnostic ou son intervention. Il sera plus difficile, en revanche, de lui faire remplacer le chirurgien. Pourtant, certains chercheurs s'y attèlent déjà ; en atteste le développement du robot STAR (smart tissue autonomous robot).

Exécuter des tâches en recourant à l'automation

Comme elles ne s'ennuient pas et adorent les procédures, les IA peuvent parfaitement gérer les dossiers médicaux, élaborer des prédictions à partir de ceux-ci ou rendre les protocoles de soin plus sûrs. Voire aider à créer des médicaments (l'IA a été utilisée dans la recherche de solutions contre la Covid-19).

Combiner les robots et les professionnels de la santé

Ceux-ci existent déjà au Japon et aux États-Unis. Ils aident les patients à l'hôpital et les professionnels dans leurs tâches.

"Ces robots n'en sont encore qu'à leurs balbutiements, mais on peut s'attendre à les voir évoluer", promettent les auteurs.

Chapitre 8. Utiliser l'IA pour améliorer l'interaction humaine

Dans ce chapitre, la question porte sur la communication et les IA. Où celles-ci pourraient-elles nous aider ? Que font-elles déjà ? Voici quelques points d'intérêt et lignes de recherche contemporaines.

Développer de nouvelles façons de communiquer

Pourquoi pas créer de nouveaux alphabets : c'est ce que l'informatique a déjà réalisé avec les émoticônes et les émojis. Ces caractères peuvent aider les IA et donc les machines informatiques à interpréter les émotions, qui leur restent sans cela incompréhensibles.

Au-delà, l'automatisation de la traduction doit être signalée. Google Traduction a fait de grands progrès. Or cette application est basée sur un système d'IA, le GNMT (Google neural machine translation).

Enfin, des recherches sont même effectuées pour apprendre aux IA à reconnaître (voire à imiter) le langage corporel.

Échanger des idées

Les IA peuvent nous aider à :

Créer des liens (c'est ce qui se fait sur LinkedIn, par exemple) ;

Augmenter la communication (via des représentations graphiques ou la traduction, notamment) ;

Définir des tendances (analyse de données et représentations graphiques, etc.).

Utiliser le multimédia

"Dans l'avenir (...), on peut espérer pouvoir utiliser l'IA pour la reconstitution de scènes en 3D à partir d'images en 2D. Imaginez que les policiers puissent se déplacer sur une scène de crime virtuelle et noter fidèlement tous les détails." (L'intelligence artificielle pour les nuls, p. 158)

Les images seront de plus en plus dynamiques et se "détacheront" des supports. Comme dans les journaux de Harry Potter !

Embellir la perception sensorielle humaine

Pourrions-nous avoir le don de synesthésie comme certains génies des mathématiques (tels que Daniel Tammet) ?

C'est encore une technologie à l'état expérimental, mais les auteurs semblent prévoir la possibilité d'augmenter nos sens humains et d'acquérir de nouvelles compétences dans ces domaines. De là à pouvoir aller jusqu'à la synesthésie, rien n'est moins sûr, car cet état est très difficile à décrire et à reproduire.

Partie 3. Travailler avec des applications électroniques de l'IA

Chapitre 9. Effectuer une analyse de données pour l'IA

"L'analyse de données et l'apprentissage machine permettent de dépasser les limites précédentes en matière d'utilisation de données et de développer une IA plus performante", affirment les auteurs.

Voyons en détail de quoi il en retourne.

Définir l'analyse de données

Les données, c'est comme le pétrole. Cette analogie a été popularisée, à l'origine, par un spécialiste du marketing : Clive Humby. Comme le pétrole, les données doivent être raffinées afin de pouvoir être utilisées.

Ce n'est donc pas du tout cuit : il faut beaucoup travailler pour devenir riche à partir des données !

L'analyse de données permet d'aider l'IA à interpréter les images.

Mais plus fondamentalement, les données sont désormais utilisées pour se passer des théories elles-mêmes : leur simple agrégation (en grand nombre) permet d'induire des règles et des lois sans avoir à passer par la création d'hypothèses.

Définir l'apprentissage machine

Il s'agit d'un apprentissage mathématique à partir des données. Les auteurs évoquent le fonctionnement et l'intérêt de cette technique. Mais ils explorent aussi ses limites.

Parmi celles-ci, il y a le sur-apprentissage (inférer des règles qui n'existent pas dans la réalité) et l'incapacité à reconnaître de mauvaises données (fausses ou anormales).

Savoir comment apprendre à partir des données

Il y a plusieurs types d'apprentissage machine. À chaque fois, il s'agit de donner un objectif (plus ou moins complexe) à un algorithme et de voir comment il se "débrouille" pour l'atteindre.

En l'occurrence, 3 grandes catégories d'apprentissage existent :

Supervisé (vous dites à la machine ce qu'elle doit faire) ;

Non supervisé (vous la laissez faire) ;

Par renforcement (vous la "récompensez" ou la "punissez" en fonction de ses réponses).

Chapitre 10. Utiliser l'apprentissage machine dans l'IA

"Aujourd'hui, l'apprentissage machine peut se vanter d'avoir atteint un niveau quasi humain pour des tâches spécifiques comme la classification des images ou le traitement du son, et il s'efforce d'atteindre un niveau similaire dans un certain nombre d'autres tâches." (L'intelligence artificielle pour les nuls, p. 181)

Emprunter différents chemins vers l'apprentissage

Il existe plusieurs techniques que nous avons déjà vues plus haut : symbolisme, connexionnisme, évolutionnisme, bayésianisme, analogisme. Mais quelle sera la prochaine percée ?

Explorer la vérité dans les probabilités

L'une des approches les plus fructueuses est d'utiliser les probabilités. C'est une solution intéressante lorsque l'IA doit agir en situation d'incertitude.

C'est ce que fait très bien l'algorithme bayésien qui permet, notamment, de se représenter le monde sous la forme d'un graphe. Sur la base de ce graphe, l'IA peut calculer les probabilités et choisir quelle action entreprendre.

Faire grandir les arbres pour classer des éléments

"L'arbre de décision est un autre type d'algorithme essentiel dans le domaine de l'apprentissage machine et de mise en œuvre de l'IA". Celui-ci est de type symbolique (déductif) et assez ancien.

Chapitre 11. Améliorer l'IA grâce à l'apprentissage profond

Allons un pas plus loin. Que peut l'apprentissage profond (une forme de l'apprentissage machine) qui est aujourd'hui tant vanté par les firmes et les publicitaires ?

Développer des réseaux de neurones similaires au cerveau humain

L'apprentissage profond est la méthode du connexionnisme, qui s'appuie sur les neurosciences.

L'idée est d'imiter le mode d'apprentissage du cerveau en utilisant le neurone comme unité de base (le neurone étant ici conçu comme un algorithme) et en superposant des "couches" formant une architecture de réseau.

Malgré quelques problèmes techniques qui en ont ralenti la progression durant plusieurs années, cette technologie s'est développée jusqu'à devenir l'une des plus prometteuses.

Elle est notamment très utilisée pour la reconnaissance des images. Et elle pourrait aujourd'hui nous aider à fabriquer des IA capables d'"imiter l'art et la vie", comme disent les auteurs, en prenant néanmoins leurs précautions (voir les limites posées plus bas, dans la "Partie des 10").

Quoi qu'il en soit, elles ont fait de grands progrès en matière de conversation : les agents conversationnels oraux de type Alexa ou écrits de type ChatGPT en témoignent.

Il importe toutefois de voir que ce ne sont pas encore de véritables IA, dans la mesure où ces réseaux d'apprentissages profond "ne peuvent pas vraiment comprendre le discours".

Partie 4. Travailler avec l'IA dans des applications matérielles

Chapitre 12. Mettre au point des robots

L'IA et la robotique ne doivent pas être confondus. Certains robots peuvent fonctionner sans IA et vice-versa. Pour autant, leur couplage est source de grands espoirs.

Définir les rôles des robots

Il faut distinguer les automates des hologrammes, qui sont des projections lumineuses sans mécanique. Les androïdes, dont rêvent beaucoup d'auteurs de science-fiction, sont issus de procédés biotechnologiques (et parfois mécaniques).

Hors de la SF, les robots sont déjà présents dans nos vies et surtout dans l'industrie, mais pas nécessairement sous forme humaine.

D'ailleurs, les robots humanoïdes ne sont pas si faciles à concevoir et créent des réticences éthiques plus fortes que les autres types de robots.

Lorsque ceux-ci deviennent trop réalistes, mais pas encore suffisamment pour être confondus avec des humains, nous avons tendance à les rejeter avec plus de véhémence. C'est ce qu'un auteur japonais a nommé la "vallée dérangeante".

Assembler un robot basique

Les auteurs expliquent comment assembler un robot basique en déclinant ses composants. Mais pour qu'il soit opérationnel, le robot doit détecter le monde alentour. Il doit également être possible de le contrôler et, notamment, de gérer les situations d'incertitude et de situations conflictuelles.

Chapitre 13. Voler avec des drones

Prendre connaissance de l'état actuel des progrès

Ces applications ont d'abord été militaires et existent déjà depuis plusieurs décennies (les années 1970). Les auteurs retracent leur histoire dans l'armée et s'intéressent en particulier au quadrirotor, ce drone à quatre pales que nous voyons aujourd'hui assez communément.

Définir l'usage des drones

À quoi peuvent bien servir les drones non militaires ? Voici quelques exemples d'applications :

Livrer des marchandises ;

Suivre la maintenance ou la gestion d'un projet ;

Cartographier ;

Évaluer des dommages pour les assurances ;

Assister des opérations de recherche et de sauvetage ;

Produire de l'électricité à partir de vents d'altitude ;

Transporter des personnes ;

Poursuivre des malfaiteurs ;

Organiser des entrepôts ;

Etc.

L'IA est bien sûr déterminante dans l'usage de ces engins car elle permet de les doter d'autonomie dans la prise de décision (ainsi, un "pilote" n'est pas obligé de les téléguider à chaque instant).

Néanmoins, il ne faudrait pas négliger les problèmes de réglementation qui se posent. Cela se voit déjà avec le développement des drones de loisir, dont l'usage a dû être réglementé dans de nombreux pays.

Chapitre 14. Utiliser une voiture conduite par une IA

Avoir un aperçu historique

Les premières tentatives de réalisation de ce type de véhicule ont eu lieu dans les années 1980. Google a racheté un projet prometteur dans les années 2000 et poursuit ses recherches.

Vous pouvez également consulter les avancées d'Elon Musk en ce domaine !

Avoir une vision claire de l'avenir de la mobilité

Ce type d'innovation changera en profondeur nos façons de nous mouvoir dans la ville, notamment. Restons toutefois prudents, car nous ne sommes pas encore arrivés au bout des recherches en la matière.

Nous devrons repenser le rôle de l'automobile dans nos existences. Sommes-nous prêts ? Y avons-nous suffisamment réfléchi collectivement ? Et sommes-nous au clair sur ce que ces voitures intelligentes ne pourront pas faire ?

Les attentes sont grandes. Mais les questions éthiques (quelle option choisir en cas d'incertitude ou de danger ?) et techniques (à propos des capteurs, notamment) ne manquent pas.

Partie 5. Se pencher sur l'avenir de l'IA

Chapitre 15. Avoir un aperçu d'une application qui ne mène nulle part

Ce qu'une IA ne peut pas faire

Selon les auteurs, l'IA ne pourra jamais être performante dans certains types d'intelligence. C'est en particulier le cas pour la créativité et l'intelligence. Ils n'ignorent pas les tentatives en ce domaine (notamment pour créer de la musique ou des images), mais considèrent que ce n'est pas de la créativité.

La créativité implique de "développer une nouvelle forme de pensée", or cela, une IA est incapable de le faire. Une IA se limite aux données reçues et ne pourra jamais créer ses propres données.

L'IA n'a pas d'imagination. Elle ne peut vagabonder à travers différents domaines et se laisser aller à faire des liens en fonction de ses émotions. Pourquoi ? Eh bien parce qu'elle n'en a pas !

L'IA ne pourra jamais inventer d'idées neuves, profondément originales. En revanche, elle pourrait bien se laisser berner par des données fausses ou qui recèlent des éléments négatifs que nous voudrions supprimer (racisme, etc.).

N'ayant pas de sentiments, l'IA pourrait également énoncer des vérités blessantes pour les gens et manquer cruellement d'empathie dans les moments douloureux.

Mesurer les effets des hivers de l'IA

Le danger majeur des hivers de l'IA, c'est-à-dire des moments d'arrêt de l'innovation, vient des espérances démesurées du public. Mais surtout, il vient des créateurs eux-mêmes qui promettent beaucoup trop et de façon beaucoup trop rapide !

Il existe aussi des solutions pour lesquelles on cherche un problème réel : ce sont les gadgets qui, au fond, ne servent à rien ou pas grand-chose. Sont-ils vraiment utiles ? Font-ils avancer l'IA ?

"De façon assez curieuse, les limites de l'IA laissent beaucoup de champ libre à l'être humain, notamment dans un certain nombre de domaines auxquels nous ne pouvons pas encore accéder parce que nous sommes trop pris par des tâches répétitives et ennuyeuses qui pourraient facilement être confiées à l'IA." (L'intelligence artificielle pour les nuls, p. 321)

Chapitre 16. Voir l'IA dans l'espace

Voici, en résumé, les 4 principales fonctions que les auteurs attribuent à l'IA dans la conquête de l'espace :

Observer l'univers (améliorer notre "visibilité", trouver de nouveaux endroits et étudier l'évolution de l'univers, voire créer de nouveaux principes scientifiques) ;

Extraire du minerai dans l'espace (récolter de l'eau, des minéraux rares, découvrir de nouveaux éléments, améliorer la communication terrestre et spatiale) ;

Explorer de nouveaux endroits (avec des sondes équipées d'IA, puis des robots et éventuellement des binômes IA/humain) ;

Construire des structures dans l'espace (aller en vacances, faire des investigations scientifiques, créer de nouvelles industries ou stocker des choses).

Chapitre 17. Inaugurer de nouvelles activités humaines

L'espace est une chose, mais que faire des terriens ? Contrairement à une idée répandue, les auteurs ne pensent pas que les IA vont supprimer le tiers des emplois humains dans les prochaines décennies. Ils se veulent rassurants.

Au contraire, selon eux, de nombreux métiers bénéficieront des IA. Celles-ci complèteront leurs compétences et amélioreront leurs conditions de travail.

C'est pourquoi il est important de continuer à privilégier l'humain. De là à l'augmenter grâce à l'IA ? Cela reste une question ouverte.

La question des territoires est importante. Les IA pourraient-elles nous aider à créer de nouvelles villes dans des environnements hostiles — voire dans l'espace, comme le suggère le chapitre précédent ? C'est possible…

Et qu'en est-il, enfin, des problèmes à l'échelle planétaire ? L'IA (ou plutôt les IA) aurait-elle les capacités de nous aider à régler les problèmes de la surpopulation, de la malnutrition, de la pollution et du réchauffement climatique ? N'est-ce pas à la résolution de ces problèmes qu'il faudrait l'employer en premier lieu ?

Certes, c'est une option. Mais nous devons rester conscients d'une chose : les IA n'étant pas créatives, la recherche de solutions reviendra toujours, in fine, à l'humain.

Partie 6. La partie des 10

Chapitre 18. Dix activités à l'abri de l'IA

Voici 10 catégories professionnelles que l'IA ne pourra pas remplacer (selon les auteurs, bien sûr) :

Enseigner aux enfants ;

Assurer des soins ;

Répondre à des besoins personnels ;

Résoudre des problèmes de handicap ;

Inventer ;

Faire de l'art ;

Imaginer l'irréel ;

Enquêter sur les crimes ;

Contrôler des situations en temps réel (par l'intuition) ;

Distinguer la réalité de la fiction

Autrement dit, ce qui touche majoritairement aux interactions humaines (1-3), à la création (4-7) et aux décisions intuitives (8-10).

Chapitre 19. Dix contributions importantes de l'IA à la société

Voici, par contraste, 10 contributions majeures de l'IA (présentes ou à venir) :

Concevoir une prothèse active de pied humain ;

Assurer un contrôle permanent (des patients, par exemple) ;

Administrer des médicaments ;

Utiliser l'IA pour l'impression 3D ;

Faire progresser les technologies robotiques ;

Développer de nouvelles ressources rares ;

Voir ce qui ne peut pas être vu (des structures ou matériaux, par exemple) ;

Livrer des marchandises aux stations spatiales ;

Exploiter des ressources extraterrestres ;

Explorer d'autres planètes.

Chapitre 20. Dix exemples d'échecs de l'IA

Ces échecs ont provoqué des hivers de l'IA et nous devrions donc apprendre à connaître ces 10 limites. L'IA est incapable de/d' :

Interpréter plutôt qu'analyser ;

Aller au-delà des chiffres ;

Considérer les conséquences inattendues ;

Faire de nouvelles données avec les anciennes ;

Voir au-delà des schémas ;

Mettre en œuvre de nouveaux sens ;

Se mettre dans la peau de quelqu'un ;

Développer de vraies relations ;

Changer de point de vue ;

Faire un acte de foi.

Conclusion sur "L'intelligence artificielle pour les nuls" de John Paul Mueller :

Ce qu'il faut retenir de "L'intelligence artificielle pour les nuls" de John Paul Mueller :

Ce livre est très intéressant ! Mais attention, car sa lecture n'est pas aisée (même si c'est "pour les nuls" !). En effet, il y a des parties assez techniques, que nous vous avons évitées ici. Mais si vous avez l'âme d'un geek, vous allez adorer, c'est sûr !

Mais que les autres ne perdent pas courage. Au-delà des questions techniques, les auteurs prennent soin de nous emmener vers des terrains plus philosophiques et éthiques. Ils posent des questions sur les limites et les futurs désirables de l'IA. Nous avons essayé de reproduire certaines de ces questions dans la chronique.

Dans l'ensemble, les auteurs, John Paul Mueller et Luca Massaron, sont tous deux de fervents technophiles. Le ton de l'ouvrage est donc résolument optimiste. Un peu comme Bill Gates lorsqu'il parle de changement climatique, ceux-ci pensent que l'innovation peut résoudre bien des problèmes…

Pour finir, retenez ces 4 points importants :

L'IA n'est pas ce qu'en font les médias, les publicitaires et les auteurs de science-fiction ;

C'est avant tout un ensemble de techniques en progrès, qui a ses ratés et ses limites ;

Cela étant dit, il est fort probable que les IA (au pluriel) changent en profondeur nos modes de vie ;

Et c'est d'ailleurs ce qu'elles sont déjà en train de faire, discrètement, depuis plusieurs décennies.

Points forts :

Une présentation claire et dynamique ;

Des encadrés pour comprendre ou approfondir certains concepts ;

Beaucoup de liens vers des vidéos, des articles, etc. pour "aller voir par soi-même" (le gros plus du livre, à notre avis).

Points faibles : 

Une certaine difficulté de lecture par moment (mais cela fait partie du jeu !) ;

Quelques répétitions (notamment sur l'IA et l'espace) ;

Même si le livre est à jour et parle des agents conversationnels type Chat-GPT (OpenAI) ou Bard (Google), nous aurions aimé en savoir plus à ce sujet !

Ma note :

★★★★★

Avez-vous lu le livre de John Paul Mueller « L'intelligence artificielle pour les nuls » ? Combien le notez-vous ?

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Mon, 20 Nov 2023 17:00:00 +0100 http://www.olivier-roland.fr/items/view/12662/Lintelligence-artificielle-pour-les-nuls
Art oratoire : 5 livres pour exceller en prise de parole en public http://www.olivier-roland.fr/items/view/12656/Art-oratoire-5-livres-pour-exceller-en-prise-de-parole-en-public

La prise de parole en public est un défi intimidant pour beaucoup d'entre nous. Elle ferait même partie des plus grandes peurs de l’être humain. Pourtant, l'art oratoire est une compétence indispensable à développer. Une compétence utile dans bien des domaines professionnels comme personnels : que ce soit pour mener à bien un projet, inspirer votre équipe, témoigner des sentiments, une expérience,  ou simplement gagner en confiance et en charisme.

Fort heureusement, des auteurs éclairés ont partagé leur expertise dans des livres afin de nous aider à maîtriser l'art de la parole. Car oui, bien parler en public s’apprend. Vous n’êtes pas voué à vie, à "faire un flop" lors de vos élocutions.

Cet article vous présente une sélection de 4 ouvrages incontournables pour faire de la prise de parole en public un atout majeur dans votre vie.

  1. "Parler en public | TED - Le Guide officiel"

Par Chris Anderson, 2016, 348 pages.

Résumé du livre "Parler en public - TED Le Guide officiel" de Chris Anderson

L’auteur du livre "Parler en public - TED Le Guide officiel" est Chris Anderson. Il est connu pour être le fondateur de la conférence TED et l’auteur d’autres livres célèbres comme "La Longue Traine", "Free : The future of a radical price" ou encore "Makers".

Dans "Parler en public TED", il partage une mine d’informations afin d'améliorer votre art oratoire.

Il met en lumière la structure logique d'une intervention réussie, des astuces pour captiver son auditoire et des techniques pour transformer son discours en un moment inoubliable.

L'ouvrage se divise en cinq parties majeures. Il explore d'abord les bases d'une bonne prise de parole, puis les quatre outils essentiels pour parler en public. Une troisième partie guide le lecteur à travers la préparation de la conférence. Ensuite, l'auteur aborde les cinq paramètres à ajuster une fois sur scène pour une performance optimale. Enfin, il termine par une réflexion profonde sur l'art de la communication.

Les points clés à retenir si vous voulez développer vos compétences en art oratoire, selon Chris Anderson

Voici 5 idées à garder en tête issues du livre "Parler en public - TED Le Guide officiel" de Chris Anderson :

La prise de parole en public repose sur une structure cohérente et une bonne préparation. Ainsi, il faut surtout : comprendre son auditoire, bien charpenter son discours et prévoir son support visuel.

Il est essentiel de connaître et d'utiliser des techniques de storytelling pour captiver et maintenir l'attention de l'auditoire.

La vulnérabilité d'un orateur est un atout qui permet de créer un lien d'empathie avec l'auditoire. Elle suscite l’émotion.

La mise en forme de l'introduction et de la conclusion est très importante. Il faut donc veiller à bien la préparer avant sa prise de parole.

La communication n'est pas uniquement verbale. L'orateur doit apprendre à maîtriser son langage corporel, son ton et son rythme pour être convaincant.

Mon avis sur le livre "Parler en public TED | Le Guide officiel" de Chris Anderson

"Parler en public TED" de Chris Anderson est un véritable manuel d’art oratoire.

J'ai trouvé les astuces et conseils pratiques très utiles et nombreux. En effet, ils se déclinent à tous les plans : que ce soit pour préparer un discours, un pitch ou encore une présentation orale devant une grande audience. D’autre part, l’auteur nous plonge dans les coulisses des conférences TED. Ceci apporte une dimension immersive unique au livre.

"Parler en public TED" est donc une lecture que je recommande sans hésitation aux conférenciers, aux orateurs et leaders en tout genre mais aussi à quiconque cherchant à améliorer sa capacité à parler en public.

Les points forts et points faibles du livre "Parler en public TED | Le Guide officiel" de Chris Anderson

Points forts :

L’approche méthodique des propos qui guide le lecteur pas à pas dans les différentes étapes d'une prestation orale, quelle qu’elle soit (longue, courte, grande ou petite audience, etc.).

Un aperçu détaillé de diverses techniques de communication, comme la répétition, le storytelling et l'art de convaincre.

La réflexion sur la communication proposée dans le dernier chapitre qui élargit le débat et ouvre vers une vision holistique.

Point faible :

L'auteur développe peu sur la confiance en soi et la gestion du stress, des éléments pourtant clés pour une prise de parole en public réussie.

Ma note :

★★★★★

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Format poche :

  1. "Comment parler en public"

Titre original: “The quick and easy way to effective speaking”

Par Dale Carnegie, 1992 (réédition), 215 pages.

Résumé du livre "Comment parler en public" de Dale Carnegie

Si votre rêve est d'arriver enfin à prendre la parole en public avec confiance et assurance, le livre "Comment parler en public" de Dale Carnegie devrait vous intéresser.

Vous avez raison de vouloir développer vos compétences dans ce domaine, car quel que soit votre métier, votre capacité à parler en public aisément est déterminante. Et la bonne nouvelle, selon Dale Carnegie, c'est qu'il est tout à fait possible d'apprendre à surmonter les appréhensions qui peuvent vous paralyser face à un groupe ou face à un examinateur. Il est tout à fait possible également d'apprendre à retenir l'attention de son auditoire et à capter leur intérêt. Et c'est tout le sujet de son livre !

"Comment parler en public" est un guide pratique dans lequel l'auteur partage des techniques simples mais efficaces sur les trois plans indissociables de toute intervention en public :

Le discours : l’auteur partage des conseils sur la façon de structurer un discours de manière logique et cohérente pour le rendre convaincant, tout en assurant un bon flux d'idées.

L’orateur : Dale Carnegie explique comment vaincre la peur de parler devant une audience. Il met l'accent sur l'importance de la confiance en soi dans la prise de parole en public. Il propose alors différentes stratégies pour surmonter la nervosité et l'anxiété.

L’auditoire : le livre décrit des techniques de persuasion à employer. Il montre comment utiliser les histoires, les anecdotes et les exemples pour persuader et influencer positivement son auditoire.

Les 4 points clés à retenir pour réussir votre prise de parole en public

"Comment parler en public" partage de nombreux conseils clés pour réussir à parler en public. En voici 4 que vous pouvez d’ores et déjà appliquer :

La passion pour votre sujet est cruciale. Si vous êtes passionné par le thème dont vous parlez, cela se transmettra à votre auditoire et renforcera l'impact de votre discours.

Vous devez déterminer l'objectif de votre discours avant de prendre la parole : est-ce pour informer, convaincre, inciter à l'action ou divertir ? Votre préparation et votre présentation varieront en fonction de cet objectif.

Votre comportement est un élément clé. La sincérité, l'honnêteté et la chaleur que vous dégagez influencent fortement l'efficacité de votre message. La gestuelle, le ton de votre voix, votre expression faciale et le vocabulaire employé jouent tous un rôle dans la transmission de votre message.

Raconter une histoire rend votre discours plus impactant. Une histoire bien racontée, riche en détails, permet à l'auditoire de s'identifier au personnage principal et d'activer son imagination, rendant vos propos plus mémorables.

Mon avis sur le livre "Comment parler en public" de Dale Carnegie

L’auteur, Dale Carnegie, est un auteur américain réputé pour son expertise en matière d’art oratoire, de psychologie de la communication et de leadership.

Son ouvrage "Comment parler en public" se base alors sur ses expériences personnelles et son travail avec des milliers de personnes ayant suivi ses cours de communication et de leadership. La version rééditée de 1992 a été mise à jour pour inclure des conseils sur la façon d'utiliser les médias modernes et la technologie pour améliorer ses compétences en matière de prise de parole en public.

Le mélange des conseils pratiques avec des exemples tirés de la vie réelle rend l'ouvrage agréable à lire. Les techniques présentées sont facilement applicables et laissent espérer un impact significatif. "Comment parler en public" est à mon sens une base à lire pour les leaders et quiconque souhaitant plus impacter lors d'une prise de parole en public.

Les points forts et points faibles du livre "Comment parler en public" de Dale Carnegie

Points forts :

Des anecdotes captivantes, des extraits de discours inspirants, de nombreuses références.

Un langage accessible à tous, clair et direct.

Une structure bien pensée, avec des synthèses en fin de chaque section mettant en relief les idées clés.

Un rythme soutenu qui maintient l'intérêt du lecteur jusqu'à la fin.

La pertinence des techniques partagées.

Points faibles :

Quelques répétitions dues à la structuration du livre, sans pour autant nuire à l'intérêt de la lecture.

Le manque d'exercices pratiques dans le livre, malgré l'insistance de l'auteur sur l'importance de l'entraînement. Les outils offerts lors des formations Carnegie semblent alors indispensables pour compléter la lecture.

L'absence d'analyse scientifique des processus psychiques. L'auteur ne détaille pas "pourquoi" ni "comment" ses méthodes fonctionnent, mais se concentre sur "ce qui" fonctionne. Cette approche, basée sur l'expérience plutôt que sur la théorie, peut être considérée comme un point faible par certains lecteurs.

Ma note :

★★★★

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  1. "La parole est un sport de combat"

Par Bertrand Périer, 2017, 250 pages.

Résumé du livre "La parole est un sport de combat" de Bertrand Périer

"La parole est un sport de combat" est un livre écrit par Bertrand Périer, un avocat et enseignant français spécialisé dans la prise de parole en public et l'art oratoire.

Ayant lui-même dû surmonter une grande timidité pour réussir à bien parler en public, il partage dans cet ouvrage sa méthode visant à libérer sa parole et à s'épanouir à l'oral.

Le livre est divisé en plusieurs parties. Chacune est dédiée à une étape clé de la structure d'un discours, à savoir l'exorde, la narration, l’argumentation, la réfutation et la péroraison.

Bertrand Périer invite aussi le lecteur à se familiariser avec le dictionnaire pour enrichir son vocabulaire et affiner la précision de son discours, retranscrire plus fidèlement sa pensée.

Il propose également des techniques pour maîtriser sa voix et la rendre plus puissante sans pour autant crier. Selon l’auteur, une bonne respiration et une bonne projection de la voix sont essentielles pour se faire entendre sans hurler.

Enfin, le livre partage des conseils pour l'écriture et la tenue du discours. On apprend alors que l'analyse précise des termes utilisés, l'appel à des références culturelles et la préparation d'exemples concrets sont des clés pour écrire un discours efficace. Mais, pour l’auteur, l'orateur doit aussi être capable d'improviser et de se détacher de ses notes pour s'adapter aux réactions de l'auditoire.

Les quatre idées fortes du livre pour maîtriser l'art oratoire

L'ouvrage de Bertrand Périer développe différentes techniques et idées pour améliorer sa prise de parole en public. Parmi elles, en voici quatre essentielles à retenir :

La parole est une force. Elle doit être précise, structurée et s'appuyer sur un vocabulaire étendu. L'orateur doit aussi maîtriser le langage corporel, la posture, le regard et le débit, qui constituent 90 % de l'impact de son discours.

Enrichir son vocabulaire et éliminer les tics de langage est essentiel pour une bonne prestation. Il recommande de lire régulièrement et de jouer avec les mots.

Pour l'auteur, il est nécessaire d’apprendre à gérer ses émotions et à surmonter sa timidité pour une meilleure prise de parole en public. Il conseille, pour cela, la pratique de l'autodérision, une bonne respiration et la visualisation.

La structure de notre discours doit être solide. C’est primordial pour bien communiquer ses idées. Elle permettra de susciter l'attention, présenter sa thèse, énoncer les arguments, réfuter les arguments adverses et conclure de manière claire.

En plus de ces principes, "La parole est un sport de combat" apporte des conseils pratiques pour débattre, réussir un entretien d'embauche, animer une réunion et parler dans les médias.

Mon avis sur le livre "La parole est un sport de combat" de Bertrand Périer

"La parole est un sport de combat" est un livre pratique que je recommande pour plusieurs raisons :

D’abord, il permet de réaliser à quel point certains mécanismes – comme le non-verbal, l’intonation de la voix, la respiration par exemple - impactent notre prise de parole en public. On y apprend donc à réajuster ce que l’on fait mal, souvent inconsciemment, pour éviter les influences négatives dans nos élocutions.

L’ouvrage nous apporte aussi une prise de conscience sur l’importance de la construction de nos discours pour en transmettre l’essence même.

De nombreux aspects de l'art oratoire sont couverts par l’auteur. Depuis la construction d'un discours jusqu'à la gestion du trac, en passant par la maîtrise de la voix et de la respiration, le livre offre une vision complète et détaillée de l'éloquence.

Les exercices proposés pour s’entraîner sont nombreux et accessibles. Ils ne sont pas difficiles à réaliser, même s’ils nécessitent parfois l’intervention d’un tiers.

Enfin, les conseils sont d’autant plus pertinents que provenant d’un auteur lui-même brillant orateur et professeur en communication expérimenté. Sa méthode pédagogique est claire, structurée et efficace.

Bref, je pense que "La parole est un sport de combat" est un guide précieux pour toute personne ayant peur de la prise de parole en public ou désireuse d’améliorer son art oratoire.

Si c’est votre cas, cet ouvrage peut vous aider à surmonter vos appréhensions et à gagner en confiance. "La parole est un sport de combat" est définitivement un livre qui vous réconciliera avec la prise de parole en public.

Les points forts et points faibles du livre "La parole est un sport de combat" de Bertrand Périer

Points forts :

La richesse et la variété du contenu.

L’approche pédagogique du livre.

Un contenu inspirant et motivant pour améliorer son art oratoire et gagner en confiance dans sa prise de parole en public.

Des résumés reprenant les points essentiels à la fin de chaque partie.

Point faible :

Les exercices qui nécessitent parfois la présence de complices et tierces personnes peuvent parfois freiner si l’on est seul dans son apprentissage.

Ma note :

★★★★★

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Format Poche :

  1. "L’ouverture du discours"

Par Éric Bah, 2021, 284 pages.

Résumé du livre "L’ouverture du discours" d’Éric Bah

Éric Bah, reconnu pour son expertise dans le domaine de la prise de parole en public, partage, dans cet ouvrage, tout son savoir pour nous aider à captiver un auditoire dès les premières secondes d'un discours.

Le livre est organisé en six grandes parties, chacune détaillant des techniques pour attirer l'attention, établir la connexion avec le public, susciter l'intérêt, lancer le sujet du discours, éviter les erreurs courantes et réussir sa prise de parole en public.

L'approche d'Éric Bah se base sur l'étude des besoins psychologiques de l'audience et la manière de répondre à ces besoins par le discours.

Les quatre points pour briller dès le début d'une prise de parole en public, selon Éric Bah

"L'Ouverture du Discours" est un ouvrage plébiscité. C'est une référence pour tous ceux qui souhaitent maîtriser l'introduction d'une prise de parole en public.

Il est le premier ouvrage de la trilogie phare d'Éric Bah sur l’art oratoire, tous best-sellers : "L’Ouverture du Discours", "La Structure du Discours", "Le Finale du Discours" (une version intégrale de cette trilogie a d’ailleurs été publiée en un seul volume, il s’intitule : "L’intégrale du discours").

Dans ce volume, l’auteur focalise sur le début du discours, son ouverture.

L’idée-maitresse à garder en tête, nous dit-il, c’est que la première impression est cruciale. Le secret alors, c’est d’arriver à captiver son public dans les 10 premières secondes de son élocution. Certes, c'est court, mais Eric Bah partage plein de pépites pour performer dans cet art.

Pour cela, l’auteur divise l'ouverture du discours en quatre missions cruciales, chacune répondant à un besoin fondamental de l'auditoire :

Attirer l'attention : il faut surprendre avec des déclarations étonnantes, des paradoxes intrigants, des questions rhétoriques captivantes, en créant du suspens ou même en exprimant une demande au public ou en utilisant des silences bien placés.

Établir une connexion émotionnelle avec votre public : montrez de l'intérêt pour eux, personnalisez votre discours, faites preuve d'humour et encouragez leur participation.

Susciter l'intérêt de l'auditoire : pour cela, répondez à leur question intérieure "Qu'est-ce que j'y gagne ?". Présentez des démonstrations, racontez des histoires, utilisez des supports visuels percutants et faites des promesses d'apprentissage.

Lancer le sujet clairement : cela rassure les auditeurs et répond à leur besoin de sécurité. Utilisez des statistiques, des citations, des événements passés ou des définitions pour encadrer votre discours.

Éric Bah met également en lumière 15 erreurs à éviter. Parmi celles-ci, il cite celle de commencer sans pause, d'improviser, de dire bonjour ou merci ou encore de s'excuser d'être là. Il propose également 15 outils incontournables pour y remédier et se donner toutes les chances d'une ouverture de discours réussie.

Mon avis sur le livre "L’ouverture du discours" d’Éric Bah 

Si vous rêvez de marquer les esprits et de briller lors de vos prochaines prestations publiques, ne cherchez pas plus loin.

Qui que vous soyez, leader, conférencier, orateur amateur ou simplement parce que vous avez une prise de parole en public pour laquelle vous tenez absolument à briller et vous démarquer, ce livre vous aidera !

"L’ouverture du discours" est un ouvrage assez court et concis. Pour autant, son contenu est riche et pertinent, qui va à l'essentiel. Le partage de connaissances de l'auteur à propos de l’éloquence et de la rhétorique est complet.

Le livre regroupe une grande quantité et qualité d’informations. Éric Bah ne se contente pas de partager des conseils abstraits. Il propose aussi :

Des techniques concrètes, éprouvées, illustrées et clairement expliquées : ces techniques nous aident à structurer notre discours selon les besoins psychologiques de notre audience, assurant ainsi une connexion puissante avec notre auditoire.

De multiples exemples à travers de "vrais" discours analysés avec soin : nous pouvons ainsi nous exercer sur des cas pratiques et observer comment les grands orateurs ont réussi à captiver leur public.

Des ressources à consulter intéressantes et variées sur l'art oratoire pour compléter ses connaissances (audios, vidéos, textes...).

Bref, si vous cherchez à faire la différence lors de votre prochaine prise de parole en public et rêvez de laisser une impression inoubliable lors de vos élocutions, ne manquez pas l'occasion de vous plonger dans ce livre passionnant. Vous ne verrez plus jamais la prise de parole en public de la même manière !

Les points forts et points faibles du livre "L’ouverture du discours" d’Éric Bah

Points forts :

La pertinence, la richesse et la qualité du contenu.

Les exemples de discours nombreux et décryptés par l’auteur : ils rendent les principes théoriques concrets et sont une véritable base d'entraînement et d’analyse.

Les nombreuses références sur la prise de parole : supports audio et vidéo, livres, formations, leaders, conférenciers, etc. En plus d’être une plus-value, c’est un format original et différenciant.

Les touches d’humour de l’auteur rendent le contenu vivant, en restant extrêmement pertinent.

Point faible :

Je n’en vois point.

Ma note :

★★★★★

Pour aller plus loin :

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Nous attendons avec impatience vos retours sur la façon dont ces livres vous ont aidé à transformer votre art oratoire. N'hésitez pas également à partager vos impressions sur ces ouvrages et à suggérer d'autres livres inspirants sur le thème de la prise de parole en public.

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Thu, 16 Nov 2023 05:00:00 +0100 http://www.olivier-roland.fr/items/view/12656/Art-oratoire-5-livres-pour-exceller-en-prise-de-parole-en-public
Cyberminimalisme http://www.olivier-roland.fr/items/view/12639/Cyberminimalisme

Résumé de « Cyberminimalisme. Face au tout numérique, reconquérir du temps, de la liberté et du bien-être » de Karine Mauvily : cet ouvrage est un véritable petit manuel qui vous guidera vers une réduction de vos usages numériques, que ce soit vis-à-vis des réseaux sociaux ou l’utilisation des moteurs de recherche, notamment.

Par Karine Mauvily, 2019, 228 pages.

Chronique et résumé de "Cyberminimalisme. Face au tout-numérique, reconquérir du temps, de la liberté et du bien-être" de Karine Mauvily

Introduction — Il n'y a pas de fatalité technologique

Un antidote à la fatalité numérique

L’auteure commence par raconter comment elle en est venue à s’intéresser au cyberminimalisme. Elle raconte deux anecdotes :

Ayant reçu un appareil photo argentique, elle se rend compte qu'elle ne sait pas l'utiliser correctement. Elle retourne au numérique, mais se dit qu'il doit y avoir un moyen pour limiter les nuisances liées à ce type d'appareil.

Après une pause de 4 ans (quand même !) sans téléphone portable ni smartphone, elle s'est dit qu'il était possible de proposer un mode de vie sain et vivable tout en réduisant nos usages des technologies numériques.

Selon Karine Mauvily, nous ne sommes donc pas sans ressources face au déferlement des innovations numériques. Nous pouvons choisir — pour nous et pour la société — de moduler notre rapport aux dispositifs digitaux (en particulier les ordinateurs et téléphones portables, mais aussi les tablettes et autres montres ou objets connectés).

Un peu partout, des prises de conscience

La discussion critique sur les technologies numériques s'étend sur plusieurs "fronts", et notamment :

Des "repentis" de l'industrie numérique elle-même (dirigeants de Facebook et autres).

Des collectifs comme Pièces et main-d'œuvre ou Oblomoff, en France.

Bien sûr, des intellectuels individuels.

Des médecins et des psychologues également, eux aussi parfois regroupés en collectifs, comme la Cose (Collectif surexposition écrans).

Des praticiens de tous les métiers touchés par la numérisation de leurs fonctions, parfois rassemblés (comme dans le collectif Écran total).

Parmi eux, des enseignants se battent contre l'échec de la numérisation à l'école (Karine Mauvily a d'ailleurs écrit un précédent livre à ce sujet : Le désastre de l'école numérique).

Des utilisateurs déçus de Google, de Facebook ou d'autres plateformes qui appellent au désabonnement.

Même certains patrons dénoncent la concurrence déloyale des géants du Web, les GAFAM (pour Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft).

Qu'est-ce que le cyberminimalisme ?

Le cyberminimalisme est, selon Karine Mauvily :

"Un style de vie qui cherche à minimiser la présence du numérique dans nos vies pour nous faire gagner du temps, du bien-être et de la liberté. Il s'agit d'agrandir notre zone non numérique dès que cela est possible." (Cyberminimalisme, p. 20)

Le terme vient de "cyber-", qui a donné "cybernétique" dans les années 1940 sous l'impulsion du mathématicien Norbert Wiener. Ce terme est emprunté au Grec ancien où il signifie "piloter", "gouverner" ou "diriger".

Ne laissons pas la cybernétique gouverner nos vies ! Soyons prudents face aux sollicitations constantes des mondes numériques et reprenons la place du pilote. Telle est l'idée.

Si vous voulez en savoir plus au sujet des dangers du numérique et de l'addiction qui peut en découler, lisez la chronique du livre Le bug humain.

Les 7 principes cyberminimalistes

Pour récupérer du contrôle sur nos existences numérisées, Karine Mauvily dresse un inventaire de sept principes :

Le minimum d'objets connectés, achetés à l'occasion.

Pas de téléphone portable avant 15 ans.

Refuser de se laisser remplacer par des logiciels.

Fournir le minimum de données.

Vivre sa vie sans l’enregistrer.

Pratiquer la cyberpolitesse.

Ne pas agir seul (pour une brève explication de chaque principe, voir p. 22-27).

Les avantages du cyberminimalisme

L'auteure considère qu'il y a au moins 5 avantages à l'adoption de ce mode de vie :

Temps gagné = contrairement à ce que nous pouvons penser spontanément, nous gagnons peu de temps à utiliser les solutions clés en main proposées par les applications. Par contre, notre temps d'écran quotidien a explosé et nous fait perdre beaucoup d'heures de la journée.

Bien-être augmenté = l'addiction aux dispositifs numériques est bien documentée maintenant. Elle génère des sentiments négatifs (anxiété, solitude, etc.) dont nous pouvons nous délivrer.

Efficacité retrouvée = c'est une vérité qui se fait de plus en plus jour, nous travaillons mieux quand nous sommes déconnectés.

Liberté préservée = eh oui, les plateformes savent beaucoup, beaucoup de choses sur vous. Pourquoi leur donner toutes ces informations et leur permettre de vous tracer pour vous vendre tel ou tel produit ?

Environnement protégé = la pollution liée au numérique est de plus en plus visible. Les ressources nécessaires pour produire nos dispositifs et soutenir nos échanges en ligne sont en quantité limitée et nous devons en prendre soin.

Chapitre 1 — L’équipement cyberminimaliste

Karine Mauvily ironise : il ne s’agit pas de retourner à la bougie, mais bien de réduire sa dépendance aux outils numériques. Autrement dit, le cyberminimaliste ne nie pas leur intérêt, mais cherche à en circonscrire la portée et le nombre. Voyons comment.

Pourquoi réduire notre stock d'objets connectés ?

Parce que le "tout-numérique" (notamment via l'internet des objets) crée :

Une pression écologique insoutenable ;

Une exposition accrue au piratage ;

Des coûts économiques importants.

Au niveau écologique, d'abord :

"Un Européen aisé se débarrasse d'environ 20 kilos de déchets électriques et électroniques chaque année, n'en déposant que 7 kg en déchetterie. La biodiversité est anéantie par les sites d'extraction de minerais, les sols et rivières sont pollués dans les pays d'export des déchets. Le mot "dématérialisation" accolé aux politiques de numérisation est un mensonge pur et simple." (Cyberminimalisme, p. 37)

L'auteure s'offusque de certains discours, comme celui qui veut qu'imprimer soit moins écologique que lire sur écran. C'est faux ! Parfois, lire sur papier est moins gourmand en énergie que lire directement sur ordinateur.

De façon plus générale, la "dématérialisation" n'aura pas lieu par miracle, mais uniquement si nous réduisons le nombre de nos dispositifs numériques connectés.

Sur le plan du piratage, "chaque nouvel objet connecté qui pénètre chez nous est une porte d'entrée pour la cybercriminalité", dit Karine Mauvily. Pourtant, nous ne nous en rendons pas souvent compte.

Concernant les économies, cela paraît par contre plus évident à chacun : nous consommons aujourd'hui beaucoup plus de technologies numériques qu'il y a 10 ou 15 ans. Pour l'auteure, mieux vaut opter pour des outils d'occasion et faire preuve d'une certaine frugalité en :

Ne renouvelant pas le matériel que vous n'utilisez pas ou peu ;

Achetant d'occasion (reconditionné) ;

Évitant l'achat de gadgets ;

Groupant les achats/ne dupliquant pas le matériel informatique ;

Retardant l'équipement des enfants.

Réduire notre empreinte numérique : mode d'emploi

Commencez par tout noter — avec un calepin et un stylo ! Quoi ? Tous les dispositifs (de l'ordinateur à la bouilloire) électroniques, informatiques ou simplement mécaniques que vous avez chez vous. Pièce après pièce, faites "l'inventaire de vos machines avant réduction" (un tableau illustratif est proposé page 45) dans votre maison.

Une fois l'inventaire réalisé, faites le tri proprement dit. Supprimez :

Les doublons (une télévision, c'est largement suffisant, non ?) ;

Les appareils qui n'ont pas servi plus d'une fois dans l'année ;

Ceux qui peuvent être remplacés par une alternative manuelle.

À chaque phase, Karine Mauvily donne en exemple le cas de sa famille. Elle affirme avoir réduit 25 % du stock d'objets inutiles chez elle.

Troisième étape : la remise en circulation. Si vous le pouvez, ne jetez pas (ou à la déchetterie, au minimum). Recyclez, quand l'option vous en est offerte. Par exemple, en donnant les objets qui fonctionnent encore ou en les envoyant dans des recycleries.

Toutefois, pour l'auteure, la revente en ligne n'est pas ce qui est de plus fiable. Préférez plutôt la revente directe, comme il vient d'être indiqué (directement à la ressourcerie ou dans une recyclerie près de chez vous).

Quatrième étape : si vous devez acheter, achetez d'occasion. Ou si vous ne pouvez vraiment pas vous retenir d'acheter du neuf, cherchez à acheter du modulaire, qui permet un remplacement plus facile des composants (pour un téléphone mobile, par exemple).

Adopter le smartphone allégé

Le smartphone est un couteau suisse. Oui, mais… C'est bien ça le problème : "ses nombreuses fonctions nous ramènent à lui en permanence, au-delà du raisonnable". Pour limiter son utilisation, "allégez-le" en vous dotant :

D'une montre à poignet ;

D'une calculatrice old school ;

D'un réveil ;

D'un calepin ou agenda papier ;

D'une radio classique ;

D'un miroir ;

D'un répertoire téléphonique "papier".

En plus de cela, pensez à désinstaller les logiciels qui ne vous servent pas ou plus. Veillez tout particulièrement — si vous voulez suivre jusqu'au bout les conseils de Karine Mauvily — à supprimer tous les services Google qui vous tracent à coup sûr (nous allons revenir sur ce point plus bas).

Libérer nos appareils des géants de la Tech

C'est un autre aspect important, en effet. Vous pouvez chercher à utiliser des logiciels libres, dont "les codes sources restent ouverts, consultables et modifiables".

Mais attention : leur installation et leur utilisation peuvent parfois devenir chronophages. Cela doit donc être véritablement utile. Pour l'auteure :

"Ce sont deux zones de liberté à conquérir : la zone non numérique à agrandir, la zone numérique à libérer de ses monopoles." (Cyberminimalisme, p. 59)

Pour commencer à vous libérer des monopoles, vous pouvez opter pour un :

Système d'exploitation libre (type Linux) ;

Navigateur Internet libre (type Firefox) ;

Moteur de recherche respectueux de votre vie privée (il y en a plusieurs, tels que DuckDuckGo ou Startpage, par exemple).

Pour vos téléphones portables, c'est pareil ou presque. Le pire étant ici Android, véritable "cheval de Troie" de Google. Apple (et son système iOS) ne semblent pas tracer — pour l'instant au moins — ses utilisateurs.

Voici les 6 options à considérer pour votre mobile, de la moins à la plus cyberminimaliste :

Acheter et utiliser un téléphone Android et l'utiliser tel quel ;

Choisir un iPhone ;

Guetter les smartphones sous système d'exploitation libre (qui arriveront prochainement sur le marché) ;

Choisir un Android et feinter Google (en migrant tout ce qui est possible vers le libre, notamment via le magasin d'applications libres F-Droid) ;

Garder un téléphone portable simple (non "smart") ;

Ne pas avoir de téléphone portable (voir l’argument complet p. 65).

Chapitre 2 — Pas de téléphone portable avant 15 ans

L’auteure raconte l’histoire d’une petite voisine qui, après avoir reçu un smartphone, a perdu toute spontanéité et présence auprès des autres.

Le danger du "piratage de cerveau" (brain-hacking) est réel. L'enfant a besoin de s'ennuyer et d'inventer des jeux pour grandir normalement ; pas de téléphone. Pour Karine Mauvily, la règle "Pas de téléphone portable avant 15 ans" doit donc être suivie.

Les limites d'âge définissent l'enfance

Il y a une foule de choses que nos enfants peuvent ou ne peuvent pas faire en fonction de leur âge, dont se marier et boire de l'alcool, par exemple. Lorsque vous achetez un jouet ou que vous vous apprêtez à regarder un film avec votre bambin, vous regardez aussi quels sont les âges préconisés.

De façon plus générale, poser des limites est sain et fait partie de la construction de l'enfant. Malheureusement, ces limites sont quasi inexistantes sur Internet.

Les impacts de la connexion précoce de mieux en mieux connus

Voici quelques effets négatifs des écrans, établis par des experts, sur les plus jeunes d'entre nous :

Un fort sentiment de dépendance ;

Une exposition à la publicité (et, par ce biais, aux produits gras, sucrés, etc.) ;

De moins bons résultats scolaires ;

Une santé physique et morale en berne.

Pour en savoir plus à ce sujet, vous pourriez également être intéressé par notre chronique de La Fabrique du crétin digital.

Pas d'objets connectés personnels avant 15 ans : la mise en pratique

Pas facile tous les jours, bien entendu, de maintenir le cap ! Et, soyons clairs : pour l'auteure, cela ne signifie pas couper complètement l'enfant de l'univers numérique ou de leurs copains.

Pour ce faire, l'enfant pourra utiliser l'ordinateur familial et surfer sur Internet à cette occasion. Il est aussi recommandé de réhabiliter le téléphone fixe dans la maison pour qu'il puisse recevoir des appels privés.

Il y a plus : pour Karine Mauvily, les enfants doivent aider aux tâches ménagères et être amenés à la lecture. Par ailleurs, il est aussi souhaitable de :

Les inscrire à une activité sportive ;

Se balader en famille (sans mobile) ;

Manger en famille (sans écran).

Lorsque l'enfant a accès à un écran d'ordinateur collectif, il faut en fixer la durée et les plages horaires. Bien sûr, il est aussi important de donner soi-même l'exemple en tant que parent !

Voici quelques autres propositions de l'auteure :

Jouer à des jeux de société ;

Écouter de la musique en famille ;

Imprimer les photos de vacances et faire des albums ;

Proposer des "récompenses" sociales (fêtes d'anniversaire, invitations à dormir, etc.).

Karine Mauvily est également prudente face à la numérisation du milieu scolaire, à la fois néfaste pour les enfants et les enseignants. Ce n'est pas toujours simple, mais il faut oser résister.

Que font les pouvoirs publics ?

Malgré des études aux résultats toujours plus inquiétants, les États continuent à vouloir numériser massivement le système éducatif. Tous les Français sont de surcroît poussés à la consommation de ce type d'appareil, qui reçoit la bénédiction des pouvoirs publics (surtout s'il s'agit de French tech).

Il y a des régulations : par exemple, la "majorité numérique" stipule qu'un enfant ne peut pas ouvrir un compte seul sur un réseau social avant 15 ans. Mais c'est largement insuffisant, du moins pour Karine Mauvily.

Chapitre 3 — La communication cyberminimaliste

Connaissez-vous le phubbing (contraction de phone et snubbing, snober) ? C'est lorsque quelqu'un vous interrompt ou coupe la conversation pour répondre à une notification de son téléphone (appel ou autre).

Au-delà, comment retrouver une communication plus vivante et plus polie ?

Problème numéro 1 : le phubbing

Nous venons de le voir : c'est le phénomène d'être avec quelqu'un tout en agissant sur son téléphone en même temps. Nous pensons pouvoir rester attentifs, mais c'est faux. En outre, cela crée une gêne et un sentiment d'exclusion ou de frustration de l'autre personne.

La solution ? Ne pas utiliser son téléphone portable comme un malpropre ! Voici quelques règles de cyberpolitesse suggérées par l'auteure :

Se rendre à un rendez-vous avec un ami sans téléphone (ou, à défaut, le mettre en sourdine) ;

Terminer une conversation téléphonique avant d'entrer dans un commerce ;

Quitter sa place dans un train pour téléphoner ;

Ne rien écrire sur Internet que nous n'oserions pas dire en face (p. 112-113).

Problème numéro 2 : l'e-réputation à la dérive

Un hacker ou quelqu'un de mal intentionné peut savoir beaucoup de choses sur vous rien qu'en observant vos réseaux sociaux. Mais pas seulement ! Pensez aussi que les recruteurs sont extrêmement nombreux (93 %) à aller jeter un œil du côté d'Internet pour vérifier le profil d'un candidat.

"Retenons comme un mantra : tout ce que nous publions sur Internet devient notre CV, et dans la plupart des cas, nous ne pouvons pas l'effacer." (Cyberminimalisme, p. 114)

Les solutions sont peu nombreuses pour remédier à une mauvaise réputation sur Internet. Nous avons, en Europe, un droit à l'oubli, mais il n'est pas aisément mis en œuvre par les plateformes des GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft).

Il existe d'autres bases juridiques, comme la diffamation ou l'atteinte à la vie privée. Mais vous devrez souvent vous battre pendant longtemps avant d'obtenir gain de cause.

Au-delà (ou en deçà) de ces solutions de dernier recours, il existe une formule simple : renoncer au life-log, c'est-à-dire à l'étalage (via le téléchargement) de sa vie sur Internet. Voulez-vous vraiment devenir "le rédacteur en chef de votre propre vie" ?

Ce temps d'attention que vous donnez aux réseaux sociaux est perdu. Et l'image de vous-même qui en sort n'est pas si bénéfique. Il est normal et sain de se fabriquer des identités, mais les identités numériques sont très fragiles et causent souvent de fortes doses d'anxiété.

Problème numéro 3 : trop de messages, des liens moins profonds

"C'est le paradoxe de notre époque : nous communiquons plus que nous ne l'avons jamais fait, pourtant le sentiment de connexion aux autres n'est pas réellement amélioré." (Cyberminimalisme, p. 121)

Demandons-nous quelles sont les personnes que nous voulons avoir dans notre vie et communiquons en priorité avec elles. Optons donc pour le nombre de Dunbar (le nom d'un anthropologue) : 150 relations en moyenne.

Cette "galaxie relationnelle" est composée de plusieurs "couches de relations" (des plus proches aux plus lointaines). Si elle reste constante en nombre, il est tout à fait possible, en revanche, que certains noms changent au cours du temps.

Parmi ces personnes (si vous faites la liste, comme le préconise l'auteure dans le livre, p. 124), lesquelles sont sur Facebook ? Ne gardez qu'elles et privilégiez deux réseaux sociaux maximum.

Réhabituez-vous également, si le cœur vous en dit :

À l'art des coups de fil et des visites ;

Ou à celui des lettres manuscrites !

Finalement, Karin Mauvily traite de la question des réseaux sociaux d’entreprise (souvent moins efficaces que ce qui était espéré) et de la possibilité de quitter certains réseaux comme Facebook.

Chapitre 4 — Cyberminimalisme au travail

Il existe trois enjeux pour le cyberminimalisme relativement au travail. Voyons tout de suite lesquels.

Défi numéro 1 : rester concentré

L'attention se dissipe, l'énergie s'en va… Face à tous ces écrans, nous ne savons plus où donner de la tête. Mais il existe des solutions assez simples pour s'y retrouver.

Premier conseil, classique : ne pas recevoir de notifications lorsque vous travaillez. Pour l'auteure, mieux vaut se passer du téléphone tout court (pendant les plages de labeur, mettre le téléphone dans une autre pièce, en silencieux).

Vous voulez tester votre niveau de proximité à votre smartphone ? Remplissez le tableau p. 148 !

Autres conseils pour améliorer l'attention (d'après Jean-Philippe Lachaux, cité par l'auteure) :

Fractionner ses activités de la journée en minimissions ;

Formuler très clairement son intention pour chaque mission ;

Donner à chaque mission une heure précise de fin.

Pour les mails, perdez l'habitude d'ouvrir votre boîte le matin — un conseil de Thimothy Ferris ! Consultez-les plutôt en fin de journée ou avant une pause, lorsqu'une mission est achevée.

Défi numéro 2 : déconnecter pour éviter le burn-out

Trop de connexions et la surchauffe guette ! Vous avez pensé à faire une pause en milieu de matinée ? C'est pourtant une très bonne idée, assez simple à mettre en œuvre.

Bien sûr, ce n'est pas tout — et pas suffisant, dans bien des cas. Pensez aussi à organiser des réunions sans portable et à vous déconnecter après le travail. C'est dans la loi, vous en avez le droit — ne l'oubliez pas (même si son application pose quelques problèmes qui sont mentionnés dans le livre p. 152 notamment).

Karine Mauvily plaide également pour un droit à la non-connexion. Est-il envisageable, aujourd'hui, de ne pas avoir de boîte mail ? Pas si sûr. Même pour avoir une ligne fixe, il faut désormais se connecter avec une "box". Pourtant, il est capital de penser ce droit, qui est une liberté fondamentale, pour l'auteure.

Défi numéro 3 : ne pas se laisser remplacer

Quand le débat sur la numérisation des professions aura-t-il lieu ? C'est vrai pour l'école, qui intéresse beaucoup Karine Mauvily, mais ça l'est aussi pour bien d'autres métiers.

À l'hôpital ou dans les administrations publiques, c'est pareil : de plus en plus de dispositifs numériques deviennent obligatoires, sans qu'il y ait vraiment de justification à cela. Le travail devient abrutissant, car il consiste à assister des logiciels.

La pression sociale est forte, mais il est important de voir que l'envie de numérisation n'est pas uniformément répandue dans la société. Et que cette résistante mérite d'être entendue !

D'où l'importance de ne pas agir seul (septième principe cyberminimaliste), de constituer des collectifs (ou d'en faire partie) et de créer le débat, notamment au sein des syndicats.

Chapitre 5 — Achats et loisirs cyberminimalistes

Il y a moyen de faire des achats, de passer ses vacances et ses soirées de façon sobre, numériquement parlant. Pas besoin d'être derrière un écran à la recherche de la dernière appli à la mode !

Les achats cyberminimalistes

Il nous faut prendre conscience que nous sommes environnés par les entreprises venues de Californie. "Dans le monde entier, les responsables de communication des entreprises, des services publics, des start-up, semblent confondre modernité et intérêts californiens", rappelle l'auteure.

Chaque achat numérique nous renvoie vers des conditions d'accès, contrats et autres conditions d'utilisation qui font souvent plusieurs milliers de signes et qui sont difficiles à lire. Qu'achetons-nous ? À quoi nous engageons-nous ? Nous ne le savons pas vraiment.

Autre point important : les achats en ligne. Nous participons à la destruction des petits commerces, voire de marchés entiers. Pourtant, nous aimons nous rendre dans une librairie ou dans un magasin… Alors pourquoi ne pas y retourner ?

N'oublions pas non plus de faire attention lorsque des données nous sont demandées par les commerçants (en ligne ou réels).

Les vacances cyberminimalistes

La déconnexion totale n'est pas forcément bonne, car elle crée le manque qui appelle l'obsession. Il est par contre plus intéressant de regarder comment limiter notre rapport :

Aux sites "parasites" tels que Booking ou dans une moindre mesure Airbnb ;

Aux systèmes d'évaluations réciproques ;

Ainsi qu'aux applications qui veulent (trop) nous "faciliter la vie" en vacances (comme les GPS, par exemple) ;

Et enfin aux photographies, que nous prenons en masse — mais pourquoi, au juste ?

Les soirées cyberminimalistes

Souvent, la télévision nous déprime et nous donne un sentiment d'inachèvement. "Nous rêvons d'autre chose", dit l'auteure. Comment mettre en place de nouvelles routines, plus créatives ?

Voici quelques options :

S'offrir trois soirées sans écrans par semaine (et en profiter pour commencer une activité sociale, ludique, créative, sportive, technique, etc.) ;

Varier les plaisirs numériques (en ne visionnant qu'un seul film par semaine, en allant au cinéma et en modérant notre goût pour les séries ou le sport en se fixant une consommation d'un match//épisode par semaine) ;

Surfer sur Internet de façon raisonnable et responsable (à la fois écologique et sociale).

Karine Mauvily propose un tableau (qu'elle remplit en donnant son exemple) pour "choisir ses usages de la Toile", p. 198.

Quelques défis cyberminimaliste

Voici quelques rappels de ce que l'auteure a déjà proposé durant l'ouvrage, accompagné de quelques nouveautés :

Acheter des journaux papier et s'installer pour lire à la terrasse d'un café ;

Écouter la radio ;

Imprimer ses billets de train ;

S'ennuyer dans une salle d'attente ;

Faire une cure de désinformation (ni internet, ni journaux, ni télévision) ;

Transformer tout achat projeté sur Internet en un achat en ville.

Conclusion — Que faire collectivement ?

Cyberminimalisme versus dataïsme

Le dataïsme est la religion de certains grands patrons de la Silicon Valley. Ceux-ci souhaitent vivre éternellement en téléchargeant leurs esprits dans des espaces numériques.

Lisez la chronique de Homo Deus à ce sujet ! L'intelligence artificielle se répand et avec elle les rêves d'immortalité les plus fous des transhumanistes.

Nous ne sommes jamais consultés

Un fait est là : les citoyens ne sont pas consultés sur la numérisation de la société et sur l'utilisation à grande ampleur de l'intelligence artificielle. Qui, nous dit-on pourtant, est potentiellement dangereuse !

Il semble que les entreprises qui les commercialisent aient réussi à faire passer toute cette évolution pour quelque chose de très naturel et d'irréversible.

Pourtant, nous pourrions en débattre et opter pour d'autres options, moins high-tech, plus durables, etc. Au moins, nous devrions avoir le droit d'en discuter collectivement.

Des pistes d'actions collectives

Voici quelques pistes d'actions à mettre en place au niveau collectif :

Lutter pour un droit à la non-connexion ;

Faire fleurir les boutiques de matériel d'occasion ;

Installer en ville des espaces publics numériques (où trouver de l'aide) ;

Renoncer à la numérisation de l'école ;

Se questionner sérieusement sur l'idée de machines éthiques (IA).

Karine Mauvily fait le vœu que la génération Y (nés dans les années 1980 et abreuvés de télévision) soit capable d’élever des enfants avec l’idée de modération numérique. Cette génération Alpha (enfants nés dans les années 2010) saura, espérons-le, reprendre en main le numérique.

Conclusion sur "Cyberminimalisme. Face au tout-numérique, reconquérir du temps, de la liberté et du bien-être" de Karine Mauvily :

Ce qu'il faut retenir de "Cyberminimalisme. Face au tout-numérique, reconquérir du temps, de la liberté et du bien-être" de Karine Mauvily :

Rappelons tout d'abord les 7 principes cyberminimalistes mis en avant par Karin Mauvily :

Le minimum d'objets connectés, achetés à l'occasion.

Pas de téléphone portable avant 15 ans.

Refuser de se laisser remplacer par des logiciels.

Fournir le minimum de données.

Vivre sa vie sans l'enregistrer.

Pratiquer la cyberpolitesse.

Ne pas agir seul.

Ce livre qui complète de façon très intéressante, à la fois :

Les critiques du monde numérique, telles que La fabrique du crétin digital, Le Bug humain (déjà cité) ou bien Apocalypse cognitive ;

Les ouvrages sur l'organisation et la gestion du temps, tels que Savoir s'organiser ou encore l'indémodable La semaine de 4 heures.

Vous y trouverez une recherche de juste milieu visant à accroître notre "zone non numérique", tout en prenant en main notre "zone numérique".

L'auteure ne propose pas de critique radicale de la technologie numérique. Elle cherche plutôt à rendre l'existence contemporaine plus vivable et agréable en limitant nos usages et en évitant le gaspillage.

Points forts :

Une bibliographie intéressante ;

Des tableaux et conseils pratiques ;

Une écriture simple, mais qui aide à réfléchir.

Point faible : 

Pour certains d'entre vous, il ne sera pas pertinent d'appliquer toutes les règles recommandées. En effet, cela dépend de votre goût pour l'informatique ainsi que du travail que vous effectuez. Mais le plus important est de pouvoir y penser et de choisir vos pratiques consciemment. Et en cela, aucun doute, le livre vous aidera !

Ma note :

★★★★★

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Mon, 06 Nov 2023 17:00:00 +0100 http://www.olivier-roland.fr/items/view/12639/Cyberminimalisme